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L'ÉGLISE devant son péché. (André LIEGE)

 « Désormais, je vous appelle mes amis. »

L'Église est de Jésus Christ, mais elle n'est point Jésus Christ. Il ne faut donc point s'étonner qu'il y ait en elle du péché et qu'elle s'identifie comme un peuple de pécheurs.

Voyons bien les exigences qui s'attachent à une Église pénitente en même temps que sainte. C'est d'abord la lucidité sur soi-même et l'abandon de toute justification travestissante de ses faiblesses. Pourquoi l'Église, en ses propos sur elle-même, a-t-elle tant de mal à avouer son péché, à reconnaître ses errements, à confesser ses conversions? Au Concile, bien des évêques suspectaient d'impiété des autocritiques comme celle-ci : « l'Église n'ignore pas quelle distance sépare le message qu'elle révèle et la faiblesse humaine de ceux auxquels cet Évangile est confié. Quel que soit le jugement de l'histoire sur ces défaillances, nous devons en être conscients et les combattre avec vigueur » (l'Église dans le monde, 43). Une Église pénitente c'est aussi une Église qui manifeste sa volonté de changer et de remédier au mal par des décisions de conversion.

Il serait cependant trop facile de faire de 1 'institution abusive ou mal adaptée le bouc émissaire du péché du corps ecclésial, peuple de pécheurs. C'est dans le manque de haute tension mystique et évangélique que s'enracine souvent le péché de l'Église. Allons à l'essentiel: dans le manque de foi, dans le manque de passion pour l'aventure de la sainteté selon les béatitudes évangéliques. On n'aura pas manqué de remarquer la similitude qui existe entre l'exploration des menaces de péché dans l'Église sainte et la somme des contestations adressées à l'Église dans les milieux chrétiens critiques ou même dans les milieux incroyants. Qu'il soit permis cependant de rappeler l'exigence de l'authentique contestation. La contestation ne se limite pas à la dénonciation, ni à la colère, ni à la polérnique. Elle est un appel véhément à une expérience plus pure, à une conscience plus vraie, à un comportement plus véritable, de la part de quelqu'un qui a payé son droit à protester par une expérience qui l'engage car au coeur du terme il y a, selon l'étymologie (testis), l'appel à un témoignage vécu. Seuls pourront contester le péché de l'Église les chrétiens qui la désirent sainte et qui ont déjà fait quelque expérience d'une Eglise plus fidèle à l'Évangile en vertu de leur propre engagement mystique et missionnaire; ceux qui souffrent dans leur être chrétien des malfaçons du Corps dont ils sont solidaires. « Aimez l'Église aussi dans ses limites et dans ses défauts. Non pas à cause de ses limites et défauts - et peut-être même de ses fautes - mais parce que c'est seulement en l'aimant que nous pourrons la guérir et faire resplendir sa beauté d'épouse du Christ. (Paul VI, 29 juin 1968).

 

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