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VIVRE L'ANNEE LITURGIQUE AVEC L'EGLISE

L'année Liturgique

POUR FORMER LA VIE LITURGIQUE

La liturgie ne se contente pas de nous indiquer la manière d’accomplir le service de Dieu, l’opus Dei, dans des formes précises, perfectionnées par l’Église au cours des siècles. Elle veut aussi façonner notre vie entière, à condition que nous suivions ses lois internes et en fassions la norme de notre vie. On peut donc réellement parler d’une vie liturgique. Cette vie liturgique s’écarte, en bien des points, de celle qui est actuellement en usage et que nous appellerons subjective. Cette vie liturgique objective peut revendiquer, en face de la vie liturgique subjective, son antiquité et la noblesse de son origine. Elle n’est autre que la piété et la vie de l’ancienne Église et de la Bible.

1. Demandons-nous maintenant comment notre piété et notre vie doivent prendre une forme liturgique. Il faut tout d’abord signaler ceci : l’esprit subjectif, égocentriste, des derniers siècles, doit de plus en plus disparaître de notre vie religieuse. Si nous ne comprenons pas nettement cela, il est inutile de parler de vie liturgique. On peut se servir pieusement de son bréviaire et de son missel sans être jamais entièrement liturgiste. Car la liturgie a un corps et une âme. Le corps c’est la forme, la parole, l’action ; l’âme c’est l’esprit de la liturgie et c’est cet esprit que nous devons faire nôtre. Cela n’est pas l’œuvre d’un jour. Mais il faut y arriver. Certaines personnes y arrivent du premier coup. Dès qu’elles ont aperçu cette distinction, les écailles leur tombent des yeux et elles comprennent clairement l’esprit liturgique. D’autres n’y arrivent jamais. On perd son temps à vouloir discuter et donner des arguments de raison.

Comment arriver à comprendre l’esprit liturgique ? Exerçons-nous avec zèle à la liturgie. Cessons de dire : “ moi ”, dans nos prières et disons : “ nous ”. Cherchons dans notre piété la communauté et tenons-nous aux formes de la liturgie. Ne nous arrêtons pas aux exercices et aux objets extérieurs de la religion, mais pénétrons de plus en, plus au centre. Que notre prière et notre vie soient christocentriques et théocentriques. Considérons la piété moins du point de vue de l’homme que du point de vue de Dieu. Pensons un peu moins à nos péchés et davantage à la joie d’être rachetés. Il s’agira donc souvent d’une transformation spirituelle et d’une révision des valeurs religieuses. Il faudra nous attendre peut-être à la contradiction dans notre paroisse, de la part de notre pasteur, de notre entourage. — En somme, voici par où il faut commencer : former en nous un état d’âme objectif, théocentrique.

2. Pour bâtir l’édifice de notre vie spirituelle transformée, il faudra lui donner une triple base : la vie divine — l’Eucharistie — l’Église.

a) La vie divine. En quoi consiste notre sainteté ? Elle ne consiste pas, en premier lieu, dans nos efforts vers la perfection ni même dans nos vertus. Elle consiste surtout dans l’accroissement et le développement, en nous, de la vie sainte de la grâce. Cette vie est tout d’abord indépendante de notre concours ; c’est une œuvre divine. Dans le Baptême et la Confirmation, nous, avons été sanctifiés ; nous sommes sans cesse sanctifiés de nouveau par l’Eucharistie. Cette vie sainte de la grâce n’est pas seulement la condition préalable de la vertu et de la perfection ; c’est le but perpétuel et propre de notre vie. Si donc nous voulons modeler notre vie selon la liturgie, nous devons avoir le souci de faire croître et mûrir en nous la vie divine. Laissons Dieu opérer dans notre âme.

b) L’Eucharistie. Les deux plus grands moyens dont Dieu se sert pour agir dans notre âme sont le Baptême et l’Eucharistie. Les deux font un tout. Le Baptême dépose en nous le germe de la vie divine ; l’Eucharistie le développe. L’Eucharistie est, pour ainsi dire, un Baptême sans cesse renouvelé. Comme le Baptême, l’Eucharistie fait mourir à chaque fois un peu plus le vieil homme et revivre un peu plus l’homme nouveau. L’accroissement et la maturité de la vie divine s’accomplissent donc dans l’Eucharistie. Cela nous fera comprendre sa position centrale dans l’Église.

Il faut cependant comprendre l’Eucharistie dans son essence. Elle existe moins pour continuer la présence du Christ sur la terre que pour être un sacrifice et une nourriture de nos âmes. Elle rend présent le sacrifice rédempteur, elle est l’aliment de notre vie de grâce. Elle est le sacrifice commun de la famille de Dieu ; elle est l’acte le plus élevé de notre culte et la source de toutes les grâces. Si l’on veut donner à sa vie une forme liturgique, il faut placer l’Eucharistie au point central. Cela doit s’entendre tout d’abord de la messe du dimanche.

c) L’Église. La troisième base de la vie liturgique est la communauté dans et avec l’Église. Il faut que nous recommencions à voir dans l’Église notre Mère, le corps mystique du Christ, l’Épouse immaculée du Christ. Nous ne nous présentons pas devant Dieu comme des individus séparés, mais dans la communion sainte avec l’Église. Chacun de nous est pécheur, misérable ; mais, en tant que membre de l’Église, il est saint et immaculé. Aussi nous devons rechercher la communion avec l’Église dans toutes nos actions religieuses, dans la prière, dans le sacrifice, dans la vie. La communion des saints doit être pour nous un dogme très important. C’est l’union avec les habitants du ciel, l’union des chrétiens entre eux. “ Vae soli ! ” (Malheur à celui qui reste seul !). Au temps de l’individualisme. on croyait que la personnalité était tout et que la communauté nous diminuait. Ceux qui voulaient être des “ surhommes ” s’imaginaient qu’ils pourraient. comme des titans, élever une tour qui monterait jusqu’au ciel. “ Vous serez semblables à Dieu, vous connaîtrez le bien et le mal ”. Les fruits de cette semence satanique ont été le subjectivisme, le rationalisme, le nationalisme, le matérialisme et les erreurs modernes aux noms multiples.

Il faut revenir à la communauté, à la communauté religieuse comme à la communauté sociale. Il faudra encore beaucoup de travail pour arracher l’humanité contemporaine à l’égoïsme, à l’isolement, à la division et à la fierté de caste. Pour la vie liturgique, spécialement, l’esprit de communauté est une des conditions préalables les plus importantes.

La vie divine, l’Eucharistie et l’Église sont les bases sur lesquelles doit s’édifier la vie liturgique.

3. Il nous faut parler maintenant de là répartition liturgique du temps. La liturgie entoure le temps de notre vie de quatre cercles concentriques. Elle sanctifie le jour, la semaine, l’année, notre vie entière.

a) Le jour liturgique. L’Église a donné au jour une forme liturgique d’une grande beauté. Elle l’a fait : 1° par la célébration de la messe ; 2° par la prière des Heures ; 3° par les fêtes des saints. Sans doute un laïc est moins complètement enserré dans les mailles de ce filet sacré que ne l’est un clerc. Il lui reste cependant de nombreuses possibilités de donner à sa journée, sous une forme abrégée, une figure liturgique. Et, — remarquons-le ici, — c’est justement le but de ce livre, d’extraire les pensées liturgiques de chaque journée, pour permettre à chacun d’en tirer profit pour sa vie. Si l’on consacre chaque soir un petit quart d’heure à la préparation du jour suivant, on y trouvera certainement utilité et édification.

Le point culminant, le soleil du jour, c’est l’Eucharistie. C’est le culte religieux suprême ; mais c’est aussi la source intarissable où nous puiserons des forces pour la journée. Quand on peut assister quotidiennement à la messe, on dispose d’un grand trésor de vie. On doit s’efforcer alors de pénétrer de plus en plus profondément dans l’intelligence de la messe, afin qu’elle devienne vraiment le sacrifice de notre œuvre quotidienne.

Autour de la messe évoluent, comme les planètes autour du soleil, les Heures de prière. Le chrétien qui veut donner à sa vie une forme liturgique doit s’adonner aussi à la prière des heures. Ille fera peu à peu et progressivement. Il se contentera d’abord d’une prière liturgique le matin et le soir. Aux autres heures du jour, il fera tout au moins des oraisons jaculatoires. A tierce, il invoquera le Saint-Esprit ; à sexte et à none Jésus crucifié. Plus tard, il arrivera certainement à réciter chacune des prières des Heures qui sanctifient le jour. Pour donner au jour sa forme liturgique, il faut absolument prendre l’habitude de réciter une prière des Heures, si courte soit-elle.

Le culte des saints peut aussi faire progresser notre vie religieuse. Nous lirons la courte biographie du saint du jour et nous nous efforcerons d’imiter ses vertus particulières. Ne sommes-nous pas, dans la messe, en étroite communion avec ce saint ?

Chaque jour nous lirons un passage de l’Écriture, soit une page de l’Évangile, soit un extrait de l’Écriture occurrente. C’est ici qu’il faut appliquer la règle :

Nulla dies sine linea.

b) La semaine liturgique. La semaine, elle aussi, constitue une unité dont Dieu a donné le modèle dans l’œuvre créatrice des six jours. La semaine est sanctifiée par le dimanche. Le dimanche est le grand jour liturgique ; c’est le jour de la commémoration du baptême, c’est le jour de la vie divine. La célébration convenable du dimanche doit attirer toute l’attention du chrétien. Notre époque irréligieuse essaie de faire disparaître la différence entre le dimanche et les Jours ordinaires. Nous ne devons pas l’imiter.

Quel aspect doit donc présenter un dimanche idéal ? Dès le samedi soir, nous en commençons la célébration par la préparation spirituelle. Plus qu’en tout autre jour, c’est le dimanche que nous devons réciter toute la prière des Heures : le samedi soir, les vêpres et les matines ; le dimanche matin, les laudes et prime ; avant la messe, tierce ; l’après-midi, les vêpres. Le dimanche, le corps est revêtu de l’habit de fête qui est le symbole de la robe festivale de l’âme. Qu’on se rende à la messe sans précipitation, solennellement. La messe du dimanche est le grand sacrifice de la semaine entière. Qu’elle soit, autant que possible, une célébration de communauté. Le travail, la souffrance et la prière de la semaine, nous portons tout cela à l’autel au moment de l’offertoire. La communion du dimanche nous confère des forces de grâce pour la semaine à venir. L’instruction du dimanche sera le programme de vie pour cette semaine. Le dimanche est un jour de Dieu, un jour de joie, un jour de repos, un jour de rénovation spirituelle. Son rôle est de sanctifier la semaine qui suit. La célébration convenable du dimanche contribue essentiellement à la formation de notre vie liturgique.

c) L’année liturgique. L’année ecclésiastique, avec ses temps et ses fêtes, est d’une importance primordiale pour la tonalité de notre vie liturgique. Il faut nous adapter à ce rythme. Ce qu’est la succession des saisons pour la nature, les époques de l’année liturgique le sont pour la vie de notre âme. Et cette année liturgique est au service de la vie divine. Au sens le plus profond, les deux grandes périodes festivales, Noël et Pâques, sont les deux sommets de la vie de grâce. Entre ces sommets, l’Église et l’âme rencontrent, deux fois par an, la plaine et un fleuve. La plaine ce sont les temps de préparation ; le fleuve, ce sont les fêtes des saints. Quelle abondance de joie spirituelle, d’édification et de force n’offre pas, pour notre vie, l’année ecclésiastique ! Il importe donc d’entrer de plus en plus profondément dans l’esprit de l’année liturgique.

d) Sanctification de la vie. Le cercle le plus vaste, celui qui entoure notre vie entière, est la sanctification de cette vie par l’Église, grâce aux sacrements et aux autres moyens de salut. Ce dernier cercle, lui aussi, est tout entier au service de la vie surnaturelle. C’est de ce point de vue que nous devons considérer l’organisation des sacrements.

Il faut ici commencer par le sacerdoce. En premier lieu, le Christ a donné à son Église un sacrement spécial pour lui fournir des ministres, des moyens de salut et pour ainsi dire des générateurs de la vie surnaturelle. Le prêtre est le dispensateur des mystères de Dieu. Comme nous devrions, chrétiens éveillés à une vie nouvelle, apprécier la grâce du sacerdoce, remercier Dieu de ce grand bienfait et en user comme il faut !

En second lieu, Dieu a institué un sacrement qui doit fournir la condition préalable de la vie divine : la vie terrestre. C’est le sacrement de mariage. Le mariage, lui aussi, est au service de la vie divine. Ainsi donc ces deux sacrements du sacerdoce et du mariage posent les bases de la vie divine des individus. Le mariage nous donne le générateur de la vie terrestre ; le sacerdoce, le générateur de la vie divine. Il faut en outre que le mariage soit sanctifié, afin que sur le tronc naturel de la vie terrestre puisse être greffé le noble rameau de la vie divine. De ce fait se tire une application importante : le mariage est la pépinière de la vie divine. Les époux reçoivent, dans le sacrement de mariage, la grâce qui leur permettra de faire, des enfants de leur chair, des enfants de Dieu.

Ce n’est qu’ensuite (après ces deux sacrements) que l’on peut songer au baptême. C’est la renaissance, une seconde naissance, beaucoup plus précieuse que la première parce qu’elle enfante l’homme à une vie plus haute. Le Baptême élève donc à une forme nouvelle de vie ; par lui l’homme reçoit la vie sainte, il devient membre du corps du Christ. Le chrétien doit, par conséquent, entretenir en lui avec zèle la pensée de son baptême. L’Église lui facilite ce devoir, car tout son programme d’éducation tend à ce but. Le Carême et Pâques sont destinés à retremper l’âme dans l’esprit de filiation divine que lui a communiqué le baptême ; chaque dimanche marque un rappel et comme un renouveau de cette vie baptismale.

Le sacrement institué par le Christ pour entretenir et développer la grâce du baptême est l’Eucharistie. Son rôle est de maintenir, de nourrir et de faire mûrir la vie divine. Le Christ le dit expressément : “ Celui qui ne mange pas ma chair n’aura pas la vie en lui ” (Jean VI). On le comprendra facilement par la comparaison avec la nourriture matérielle. Nous mangeons pour accroître notre vie, pour réparer les forces perdues, pour nous protéger de la mort, pour surmonter les maladies, pour être en état de travailler. Il faut en dire autant de l’Eucharistie par rapport à la vie divine.

Pour affermir cette vie divine et nous donner dans l’ordre surnaturel le sens de la virilité, Dieu a mis à notre disposition un sacrement spécial, la Confirmation. La Confirmation est le sacrement de la maturité, de l’affermissement dans la vie divine et donne spécialement la force de professer sans crainte la foi catholique.

Dieu nous a donné encore deux autres sacrements pour réparer les déficiences et guérir les maladies de la vie divine : la Pénitence et l’Extrême-Onction.

A côté de ces sacrements, l’Église nous offre encore de nombreuses bénédictions et consécrations, qui aident au progrès de notre vie spirituelle et nous aident à donner à notre piété une forme liturgique. L’Église, notre mère, nous accompagne sans cesse avec ses bénédictions et sa main nous protège tout le long de notre vie... Ces réflexions nous permettront de considérer les sacrements et les sacramentaux de l’Église d’une tout autre manière, de mieux comprendre leur usage et de les recevoir avec les dispositions convenables.

Entrons donc de bon cœur dans ces quatre cercles : ils assurent la consécration de notre vie.

4. Ce que nous avons indiqué jusqu’ici est la condition préalable, le cadre de notre vie liturgique ; mais nous n’avons pas encore montré ce qu’est la vie liturgique elle-même. Je comparerais volontiers le temps réglé par la liturgie à un rayon de miel. La liturgie a réparti notre vie dans des cadres aussi réguliers que les cellules d’un rayon de miel. Il s’agit maintenant de garnir ces alvéoles du miel précieux qui est le contenu de la vie. Ce contenu est le travail voulu par Dieu, le support des souffrances dans l’abandon à la volonté de Dieu ; bref, la destinée que nous a prescrite la providence, dans toute son étendue. Nous exposerons à ce sujet quelques pensées.

a) Ne bâtissons pas ici-bas une demeure permanente, mais seulement une tente qui peut, à chaque instant, être arrachée. En d’autres termes, que le but de nos espérances, de nos désirs, de nos tendances ne soit pas la terre, mais le ciel. Le temps est le chemin de l’éternité. Soyons un peu étrangers au monde, comme l’étaient les premiers chrétiens. Cela enlèvera à la mort son aiguillon et son caractère redoutable ; les biens de la terre nous paraîtront moins précieux. “ Nous n’avons pas ici-bas de demeure permanente, mais nous cherchons la demeure future ” (Hébr. XIII, 14).

Par ailleurs, le temps est très court et nous devons utiliser le bien inestimable de la vie dans toute la mesure de nos forces. Il nous faut, comme dit l’Apôtre, “ racheter le temps ”, c’est-à-dire épuiser toutes les possibilités que nous offre le temps ou bien encore, pour revenir à l’image ci-dessus, remplir de miel précieux toutes les alvéoles de notre vie.

b) Ensuite, un principe important : Ne vivons pas dans le passé, ne vivons pas dans l’avenir, vivons dans le présent, aujourd’hui. Beaucoup de soucis des hommes viennent de ce qu’ils vivent dans le passé ou dans l’avenir. Rien ne se passe comme on l’a espéré ou redouté. Le passé est révolu, plaçons-le dans le sein de la divine miséricorde. Nos regrets ne changeront rien. L’avenir est incertain, il n’est pas en notre pouvoir. La seule chose certaine, c’est le présent, le moment actuel. Accomplissons le moment actuel, soyons-en maîtres et nous aurons tout fait. Le Sauveur dit, dans le Sermon sur la montagne, cette grande parole : “ A chaque jour suffit sa peine, le lendemain aura souci du lendemain ” (Math. VI, 34). Il faut donc vivre chaque jour dans son entier comme si c’était le jour unique. N’ayons pas de soucis pour le lendemain. Dieu lui-même en prend soin. C’est là vivre en chrétien : on s’abandonne entièrement à la Providence, on est toujours prêt à quitter la terre. C’est cette forme de vie que nous enseigne la liturgie.

c) Examinons encore de plus près et demandons-nous quelle est l’exigence du jour. Qu’est-ce que Dieu demande de nous pour l’instant présent ? Nous allons encore parler par parabole. Le Père céleste envoie ses enfants, les hommes, accomplir leur voyage sur la terre ; ils doivent y subir leur épreuve, puis rentrer à la maison paternelle. Pour qu’ils sachent comment se conduire durant leur pèlerinage terrestre, Dieu dépose deux choses dans leur sac de voyage : 1° des règles de voyage, 2° un itinéraire. Les règles de voyage sont communes à tous, l’itinéraire diffère pour chacun.

Que signifie cette parabole ? Les règles du voyage sont les commandements de Dieu et les prescriptions de l’Église. Ces règles sont valables pour tous. Nous ne pouvons pas avoir de doute sur notre conduite. La conscience nous dit avec précision ce que nous devons faire et omettre. Le Seigneur résume toutes les règles du voyage dans ces deux commandements importants : l’amour de Dieu et du prochain.

Cependant les règles de route ne suffisent pas, elles ne disent pas à chacun où il doit aller. C’est pourquoi notre bon Père nous donne aussi un itinéraire précis où est indiqué le chemin que nous devons suivre. Chacun reçoit un itinéraire spécial. Personne n’a le même.

L’itinéraire est notre état de vie particulier. C’est notre vocation, notre état, notre lot dans la vie : l’un est riche, l’autre est pauvre ; l’un est beau, l’autre ne l’est pas ; l’un est considéré, l’autre est méprisé. C’est le milieu où nous sommes placés, le détail de tous les événements qui nous arrivent. Cet itinéraire, nous devons le suivre consciencieusement et avec joie. Nous devons accepter avec joie notre sort en y voyant la volonté de Dieu. Nous n’avons pas le droit de demander un autre itinéraire. C’est la perfidie du démon qui nous fait mépriser notre propre condition et nous fait désirer celles des autres Ce qu’il veut, c’est que nous ne suivions pas notre itinéraire.

Dieu ne fait pas acception de personnes : à ses yeux tous les hommes sont égaux. Peu importe pour lui que nous soyons princes ou mendiants. La simple servante est aussi grande devant lui qu’une reine couronnée. Il faut que chacun suive son itinéraire.

Encore une parabole. La vie ressemble à un drame. Celui-ci joue le rôle d’un roi, celui-là le rôle d’un mendiant. Quand la pièce et finie, le roi dépose sa couronne et le mendiant quitte ses haillons. Alors vient le moment de la récompense. Le roi n’est pas payé plus cher pour cette seule raison qu’il a joué le rôle de roi et le mendiant ne reçoit pas moins parce qu’il a joué le rôle de mendiant. Chacun reçoit d’après sa capacité, selon qu’il a plus ou moins bien joué son rôle. Il peut très bien se faire que le roi n’ait été qu’un figurant et que le mendiant ait tenu le premier rôle.

Dieu fera de même. Quand tombera le rideau de notre vie, nous dépouillerons tous nos oripeaux et nous serons tous égaux devant Dieu. Celui-là recevra la couronne du ciel qui se sera bien comporté dans le rôle qu’il avait à remplir sur la terre.

Voilà quels doivent être les traits principaux de notre vie liturgique.

QU’EST-CE POUR NOUS L’ANNEE LITURGIQUE ?

C’est toujours pour nous chrétiens une joie intime, quand nous commençons une nouvelle année ecclésiastique. Notre Mère l’Église nous tend charitablement la main et veut nous guider pendant une année sainte, nous faire vivre une année de vie divine. De nouveau le Christ mystique veut grandir dans ses membres, faire circuler dans son corps, qui est l’Église, le courant de vie divine. C’est là le but de toute liturgie, c’est donc aussi le but de l’année ecclésiastique.

La vigne divine doit pousser de nouveaux rameaux, elle doit verdir, porter des fruits — et les faire mûrir — tout cela dans les saisons de l’année liturgique. C’est ainsi qu’elle tend à la perfection.

Le Christ mystique doit “ se faire chair ” dans ses membres ; il doit naître, croître, souffrir, mourir et ressusciter. C’est ainsi qu’il tend à la perfection.

Ce qui se passe dans le drame extérieur, dans le mystère de l’année ecclésiastique, est le voile, le manteau, derrière lequel se cache, invisible à l’œil humain, la croissance du corps mystique du Christ.

L’année liturgique ne veut pas être la commémoration des grandes actions de Dieu dans l’histoire du salut ; elle ne veut pas nous promener dans une galerie de saints héros. En général, elle ne veut pas nous parler du passé, mais du présent. Elle ne veut pas nous offrir de l’histoire, mais de la réalité. Elle ne veut pas nous raconter des faits passés, mais bien plutôt nous donner la vie divine et la développer en nous. Le but de l’année ecclésiastique est le même que celui de l’Église, celui pour lequel le Christ est venu sur la terre : “ afin qu’ils aient la vie (divine) et qu’ils l’aient en abondance ”.

Sans doute l’année liturgique nous conduit dans le passé : l’Ancien Testament avec ses principales figures passe devant nous, nous pouvons considérer la vie terrestre du Christ dans ses phases principales, et même suivre ses pas ; l’Église nous conduit au tombeau des saints et nous raconte mainte vie héroïque. Ce que l’année ecclésiastique nous montre extérieurement est du passé, mais ce passé n’est que revêtement, image et symbole ; c’est le corps de l’année liturgique ; son âme est le développement de la vie divine. L’Ancien Testament doit nous indiquer l’accomplissement réalisé dans le Nouveau, la vie historique de Jésus se renouvelle par la grâce dans notre âme, et les saints doivent nous communiquer de la surabondance de leur vie glorifiée. Que devons-nous donc attendre de l’année liturgique ?

La vie divine, la vie en abondance. La vie divine dont le germe a été déposé dans notre âme par le baptême doit, pendant cette année ecclésiastique, se développer et tendre à sa perfection, au moyen de la prière liturgique. La liturgie est semblable à un anneau précieux dont le diamant est l’Eucharistie et dont la sertissure est formée par les fêtes et les temps ecclésiastiques.

Le voyage à travers l’année ecclésiastique ressemble à une excursion dans les montagnes ; il y a deux sommets à gravir, une première hauteur qui est la montagne de Noël et une hauteur principale qui est la montagne de Pâques. Dans les deux cas, il y a une montée, le temps de préparation (Avent et Carême), un cheminement sur les hauteurs d’une crête à l’autre (Noël jusqu’à l’Épiphanie, Pâques jusqu’à la Pentecôte) et une descente dans la plaine (dimanches après l’Épiphanie et après la Pentecôte). Nous avons par conséquent deux cycles de fêtes à parcourir. Dans les deux, les considérations particulières ont pour objet tout l’ensemble, le royaume de Dieu dans l’âme et dans l’Église. Deux fois dans l’année, nous cherchons le royaume de Dieu, nous le trouvons et l’édifions, Pendant l’Avent nous soupirons avec l’ardeur des justes de l’Ancien Testament après la venue du Sauveur, à Noël, nous nous réjouissons de sa naissance et par là même de la Rédemption acquise ; après l’Épiphanie, nous essayons d’étendre le royaume de Dieu en nous et autour de nous. Et puis, pendant le Carême, nous commençons, en esprit de pénitence et avec le sentiment de notre besoin de Rédemption, une nouvelle ascension, celle de la montagne escarpée de Pâques, nous recevons à Pâques une vie divine nouvelle, nous savourons le bonheur des enfants de Dieu, jusqu’à la Pentecôte, pour recevoir ensuite la maturité chrétienne et mener le bon combat contre l’enfer, le monde et notre moi. Et enfin nous attendons la fin glorieuse, le retour du Seigneur à notre mort et au dernier jour.

Qu’il est donc heureux le chrétien qui, guidé par la main maternelle de l’Église, peut parcourir, tous les ans, l’année du salut ! Elle lui offre une source jaillissante de joies pures, de grande consolation et d’édification spirituelle.

L’année ecclésiastique est le vrai guide de nos âmes. Notre âme est souvent si dénuée et pauvre ! (Ps. 69) ; elle est comme égarée dans cette vallée de larmes. Sans doute le Baptême l’a revêtue du vêtement des enfants de Dieu et l’a munie de la force de la grâce, mais les suites du péché originel sont comme un poids de plomb qui retient son élan et l’entraîne vers la terre. Elle a besoin d’un maître sage, d’un guide expérimenté, d’un éducateur zélé, d’une mère patiente. L’année ecclésiastique remplit tous ces rôles.

Elle enseigne : c’est une école de la foi. L’une après l’autre, au cours de l’année liturgique, les vérités de la foi nous sont présentées et rappelées.

C’est une éducatrice zélée : elle ne veut pas seulement nous communiquer les vérités de la foi, elle veut nous rendre meilleurs, nous éduquer pour le ciel. A travers tous les jours de l’année liturgique, le même appel s’adresse à notre cœur : déposez le vieil homme et revêtez le nouveau. Cette éducatrice recourt à tous les moyens d’éducation, douceur et sévérité, récompense et peine, exemples qui doivent nous porter au bien ou nous détourner du mal. Elle fait appel à toute la hiérarchie des motifs : amour, compassion, crainte, désirs, réflexion, pénitence. Quelle haute valeur éducative n’ont pas les fêtes des saints quand l’Église nous conduit à travers la galerie de ses héros et presque chaque jour nous procure la compagnie de l’un d’eux !

L’année liturgique est un guide expérimenté sur le chemin du ciel. Elle connaît l’âme humaine avec ses lassitudes, elle ne lui demande pas trop, elle connaît le chemin et les dangers du chemin, elle l’empêche de s’égarer ; sans doute, elle ne conduit pas le pèlerin terrestre par la voie large et facile, elle la mène par la voie étroite, escarpée et pierreuse, mais elle lui ménage des instants de repos et un viatique.

L’année liturgique est une mère aimante et patiente. De combien de patience a besoin l’âme pour se dégager de tous les pièges de la terre ! Avec bonne volonté elle commence, mais bientôt toutes ses bonnes résolutions sont oubliées. Alors comme une mère patiente, l’année liturgique vient à son secours : “ Recommence toujours ”, lui dit-elle, tous les ans, à l’Avent, tous les ans, au Carême ; bien plus, chaque dimanche, l’âme doit déposer son habit usé de la semaine et prendre sa “ robe du dimanche ”. Cette mère ne perd jamais patience, elle espère toujours : “ Si vous n’avez pas réussi hier peut-être réussirez-vous aujourd’hui. ” Cette mère patiente sait toucher toutes les cordes dans le cœur de ses enfants, depuis l’amour le plus tendre jusqu’au sérieux le plus amer ; elle n’a qu’un but, le bien de ses enfants, le salut de leurs âmes immortelles. Oui l’année liturgique est le guide de nos âmes et nous devons lui donner toute notre confiance. Nous pouvons donc considérer l’année liturgique sous un double aspect : objectivement, comme l’année de la vie divine : comme l’année, vitale du Christ mystique ; subjectivement comme l’école éducatrice de la perfection chrétienne.

L’année sainte est, comme l’année naturelle, divisée en deux parties. La première sort de la nuit et tend vers la lumière, c’est le cycle de Noël ; dans l’autre règne la lumière, c’est le cycle pascal. Ces deux cycles sont sans doute ordonnés l’un à l’autre (le premier est, pour ainsi dire, le prélude du second). Néanmoins chaque cycle est indépendant ; chacun a une époque de préparation, un temps festival et une prolongation.

LE CYCLE DE NOËL

Nous entrons d’abord dans le cycle de Noël. Ce temps parle beaucoup à notre sensibilité. Ce combat, qui nous mène, à travers la nuit, vers la lumière, est passionnant. En outre, les aspirations et l’attente de l’Avent correspondent au sentiment du cœur humain pour la patrie. De même, l’histoire de l’enfance de Jésus, avec son caractère d’intimité, et surtout la fête de Noël des familles chrétiennes font de ce temps le plus beau de l’année.

Cependant la liturgie nous invite à regarder plus profondément. Si nous demandons : Que célébrons-nous dans le temps de Noël ? la réponse est celle-ci : l’avènement du Christ. Avent veut dire : avènement ; Épiphanie veut dire : apparition ou avènement. Par conséquent, la célébration de la venue du Seigneur est le contenu du temps de Noël.

On pourrait se demander de quel avènement il est question, car nous savons qu’il y a un double et même un triple avènement du Seigneur.

Le premier avènement a eu lieu dans la chair, quand le Verbe s’est fait Homme ; le second aura lieu dans la puissance et la gloire, au dernier jour. Entre les deux il y a encore une venue du Seigneur qu’on peut aussi appeler avènement. Le Christ en parle une fois : “ Si quelqu’un m’aime, mon Père l’aimera et nous viendrons en lui et nous ferons de lui notre demeure ” (Jean CIV, 23). C’est la venue du Christ dans la grâce. Nous nous demandons à quelle venue pense l’Église dans le temps de Noël. Pendant l’automne ecclésiastique, c’est-à-dire pendant les derniers mois de l’année liturgique, l’Église nous a déjà préparés à la venue du Christ, c’était donc déjà un Avent, mais un Avent tout différent.

La comparaison de ces deux Avents nous permettra de mieux connaître la caractéristique de chacun. Pendant l’automne ecclésiastique, l’Église nous a mis devant les yeux le second avènement du Christ, l’avènement dans la puissance. Nous nous avancions avec une attente croissante, mais aussi avec tremblement, à la rencontre du Seigneur qui doit revenir. Le dernier dimanche, le Roi et le juge se tenait devant nous dans sa majesté. Ainsi l’automne ecclésiastique était une préparation au second avènement du Christ, à la Parousie. Mais comme la liturgie travaille aussi pour le présent, elle revenait sans cesse à notre vie présente ; elle nous présentait la Parousie comme un grave motif de changement de vie. Enfin le retour du Seigneur était aussi une image et un symbole de la venue du Christ en nous par la grâce.

Il en est tout autrement au temps de Noël. Ici la venue du Christ n’est pas le terme du drame ; c’en est le commencement. Il peut se faire que dans l’antiquité, la pensée du second avènement ait été plus fortement marquée. Aujourd’hui elle n’a qu’une importance faible. Les chrétiens d’aujourd’hui, en célébrant Noël, ne pensent pas sérieusement au second avènement du Seigneur. Le premier nous occupe complètement. Nous y voyons, au reste, une image et un symbole, ou pour mieux dire, le drame sacré de la venue du Christ dans nos âmes par la grâce. C’est le contenu principal du cycle de Noël. Nous pouvons dire, par conséquent, que, dans l’automne ecclésiastique, l’Église insiste sur l’avenir et la pensée de l’avenir sert au présent. Le cycle de Noël, par contre, a le présent pour point central, le passé n’est qu’une image et un symbole, l’avenir n’apparaît que dans le lointain sombre.

Ainsi donc le triple avènement du Christ est l’objet du cycle de Noël. La liturgie envisage le fait historique du premier avènement, elle pense à la visite actuelle par la grâce et, dans la perspective prophétique, elle considère le retour du Seigneur. Cette constatation nous sera utile dans l’explication des textes ; elle nous servira aussi à célébrer ce temps d’une manière convenable et fructueuse. Nous trouvons, dans des termes brefs et frappants l’expression de ce triple avènement à l’hymne des Matines de l’Avent.

Premier avènement :

Tu descendis, Verbe adorable,

Du sein de ton Père éternel

Et ta naissance dans l’étable

A sauvé le monde à Noël.

Avènement de grâce :

Allume en nos cœurs ta lumière

Et brûle-les de ton amour,

Pour que méprisant la matière

Ils vivent pour toi chaque jour.

Deuxième avènement :

Lorsque ta voix, Juge sévère,

Enverra les damnés au feu

Et qu’au royaume de ton Père

S’en iront les enfants de Dieu,

 

Des noirs tourbillons de la flamme

Daigne préserver tes enfants ;

En ton ciel accueille notre âme

Parmi tes élus triomphants.

L’avènement du Seigneur nous est maintenant présenté d’une manière dramatique dans une triple série d’images :

1. Une série d’images historiques : la venue du Seigneur dans la chair. Cette image apparaît à travers tout le cycle. Pendant l’Avent, nous assistons déjà aux préliminaires de l’histoire de la naissance ; à Noël, nous sommes témoins de la naissance ; et ensuite, jusqu’à l’Épiphanie, nous lisons l’histoire de l’Enfance. Après l’Épiphanie nous voyons passer devant nos yeux des scènes de la vie ultérieure du Seigneur. Cette série d’images correspond au premier avènement du Christ.

2. Une image des derniers temps : le retour du Seigneur. On comprend que cette image soit obscure et voilée, car elle appartient à l’avenir. Le premier dimanche de l’Avent, elle est au premier plan. Ensuite elle est de plus en plus pâle et invisible. Cette image désigne le second avènement du Seigneur.

3. Une série d’images symboliques : la visite festivale du Roi divin dans Jérusalem qui est en même temps son Épouse. Pendant l’Avent, nous assistons aux préparatifs, sans cesse plus actifs, de l’Église à la visite œ et aux noces du Roi. Nous entendons les appels du héraut. Il nous est permis de participer à la réception du Roi et même de nous asseoir à la table des noces. Cette série d’images correspond à la venue du Christ par la grâce. Cette venue devient une réalité : nous pouvons entrer dans la fête et même en transporter la scène dans notre âme. Dans l’Église, nous sommes nous-mêmes la ville de, Jérusalem que le Roi visite ; notre âme est l’épouse qu’il vient épouser et conduire aux noces.

Ces trois images alternent et s’entrelacent dans les textes liturgiques : tantôt l’une brille davantage, tantôt l’autre ; tantôt l’une apparaît à travers l’autre. C’est justement ce changement qui donne à la liturgie du cycle d’hiver un caractère si poétique et si dramatique. L’âme trouve sans cesse un aliment pour l’imagination, la sensibilité et l’intelligence.

Encore une pensée. Il faut considérer tout le cycle d’hiver comme formant un ensemble unique. C’est comme un grand jour de fête. L’aurore se lève avec le premier dimanche de l’Avent (“ Il est temps de sortir du sommeil ”) ; le soleil brille à l’horizon au jour de Noël ; il est à son midi au jour de l’Épiphanie et la Chandeleur est son crépuscule qui fait déjà pressentir le soir sanglant de la Passion.

Essayons maintenant, en nous basant sur ces tableaux, de résumer le cycle de Noël et de donner le sommaire des scènes de ce “ mystère ”. Cela permettra au lecteur de mieux se rendre compte du caractère dramatique de l’année liturgique.

Sujet du mystère : la Parousie de grâce de l’Époux divin.

A. Le drame commence (Avent) : Préparatifs de l’arrivée de l’Époux.

I. Il vient.

1. On l’aperçoit dans le lointain (1 Dim. Av.).

2. Jérusalem se prépare (2 Dim. Av.).

II. Il est déjà proche.

3. Première joie (3 Dim. Av.).

4. Le Roi prend ses haillons (Quatre-Temps).

5. Derniers préparatifs et appels ardents de l’Épouse (Ant. O.).

6. Devant les portes éternelles (Vigile de Noël).

B. Au point culminant du drame.

I. Le Roi vient dans son habit d’esclave (Noël).

a) Sa suite :

Les martyrs (S. Étienne).

Les Vierges (S. Jean).

Les Enfants (SS. Innocents).

b) Son regard vers la Croix (Dim. dans l’Octave).

II. Le Roi vient dans sa majesté (Épiphanie).

a) Il rassemble les hôtes de ses noces (les Rois Mages).

b) Il purifie son Épouse (Baptême dans le Jourdain).

c) Il donne son banquet nuptial (2e dim. après l’Épiphanie).

III. L’Épouse prépare sa robe nuptiale (Chandeleur).

C. Le drame s’achève (Dimanches après l’Épiphanie).

a) Le Sauveur (38 dim.).

b) Le vainqueur (48 dim.).

c) Le juge sage (58 dim.).

d) L’accroissement de son royaume (68 dim.).

Tel est le drame sacré, le “ mystère” du cycle de Noël. Ce “ mystère ” recouvre une réalité sublime et pure. Le Christ communique à son Épouse, l’Église, sa vie divine. Elle doit “ avoir la Vie et l’avoir en abondance ”.

L’AVENT — LA PREPARATION A LA VENUE DU SEIGNEUR

Quand, après les nombreuses semaines qui suivent la Pentecôte, nous chantons les premières vêpres du dimanche de l’Avent, nous nous rendons immédiatement compte de la différence. Auparavant la liturgie était simple, calme ; maintenant elle est poétique, débordante de sentiment. Le premier chant : “ En ce jour la douceur coulera... ” nous dit expressément que nous entrons dans un temps plein d’espérance joyeuse, un temps d’attente, d’aspirations et de joie.

Qu’est précisément pour nous l’Avent ? Après ce que nous avons exposé plus haut, la chose est claire, c’est une préparation à la venue de grâce du Seigneur. Le martyrologe romain annonce pour le premier dimanche de l’Avent : “ Le premier dimanche du temps de préparation à la venue de Notre Seigneur Jésus-Christ ”.

L’Avent est donc nettement un temps de désir, d’aspirations, d’attente. Pour que la nourriture soit profitable, il faut que le corps ait la sensation de la faim. Dieu non plus ne veut pas imposer sa grâce à des âmes rassasiées. “ Ceux qui ont faim, il les remplit de biens ; quant aux riches, il les renvoie les mains vides ”. C’est là une des plus anciennes lois du royaume de Dieu. C’est pourquoi, pendant quatre semaines, l’Église nous fait ressentir la faim spirituelle ; le besoin de Rédemption, afin de nous rendre dignes de recevoir la grâce de la Rédemption. Nous nous demandons : comment éveille-t-elle en nous ce sentiment de faim spirituelle ? Elle le fait avec une grande maîtrise. Elle nous représente dramatiquement le premier avènement du Christ, et, dans ce drame sacré, elle nous fait partager la faim spirituelle, l’ardent désir des plus nobles et des meilleurs hommes qui ont attendu le Messie. En même temps, elle nous fait entrevoir la merveilleuse méthode éducative dont Dieu s’est servi pour préparer l’humanité à la venue du Rédempteur.

Cette préparation divine a été triple. Toute l’histoire sainte, l’Ancien Testament nous conduit comme un éducateur vers le Christ. Quand la plénitude des temps fut arrivée, Dieu envoya un précurseur spécial ; sa personne, sa vie annonçaient l’avènement du Christ. Enfin Dieu bâtit pour son Fils un temple de pierres précieuses : le corps et l’âme de la Mère de Dieu. Cette triple préparation à la venue du Christ doit nous instruire, nous aussi, à attendre, l’avènement de grâce du Christ. Nous comprenons maintenant pourquoi ces trois éléments occupent une place si large dans l’Avent : l’Ancien Testament, Saint Jean-Baptiste et la Sainte Vierge.

a) Le porte-parole et l’interprète de l’Ancien Testament est le prophète Isaïe. Il incarne à la fois la préparation de Dieu et les désirs de l’humanité.

Ce serait une méditation intéressante (on pourrait la faire les soirs d’Avent) de parcourir tout l’Ancien Testament et d’y rechercher les prophéties messianiques. On verrait comment, après s’être présentées en quelques traits obscurs, elles deviennent sans cesse plus précises, plus claires, plus vivantes. C’est ainsi que Dieu faisait l’éducation de l’humanité pour la conduire vers le Rédempteur. On passe ainsi du Protévangile (aux portes du paradis terrestre) à travers Noé, Abraham, la bénédiction de Jacob, Moïse, David, Salomon, jusqu’aux Prophètes dont Isaïe est le prince. — Notre Mère l’Église a fait de cette révélation graduelle de Dieu un principe de sa liturgie. Nous le voyons particulièrement dans l’Avent.

L’Avent se partage en deux grandes parties : la première comprend les deux premières semaines de l’Avent. Pendant ces deux semaines, l’invitatoire salue le “ Roi qui va venir ”. A partir du troisième dimanche, l’Église accentue son attente : “ Le Seigneur est tout près ”. Dans la première partie, les deux dimanches représentent deux étapes. Le premier dimanche nous apporte le message : Le Roi vient ; le second annonce avec plus de précision : Il vient vers Jérusalem (c’est-à-dire dans l’Église). La seconde partie commence immédiatement avec un chant de joie : “ Réjouissez-vous dans le Seigneur ; je vous le dis de nouveau, réjouissez-vous car le Seigneur est proche ”. C’est la première étape. La seconde est constituée par les Quatre-Temps qui nous apportent un nouveau message : Le Seigneur vient comme Homme. Nous entendons la préhistoire de sa naissance. Une troisième étape est constituée par les antiennes O. Ce sont les jours de l’attente la plus pressante de l’Avent. Au soir de la vigile de Noël, enfin, nous nous tenons devant les portes qui s’ouvrent et donnent au monde le Sauveur.

Dieu a révélé le Rédempteur d’une manière progressive et l’Église l’imite dans sa liturgie. C’est ainsi également que les choses se passent dans la vie de notre âme. Dans notre âme aussi, la lumière du Christ se fait de plus en plus claire jusqu’à ce que nous ayons atteint notre maturité et que nous puissions voir la face rayonnante du Rédempteur, à l’heure de notre mort.

Cependant Isaïe nous présente aussi les nobles fruits de l’Ancien Testament. Il est le représentant de tous les justes qui, avec toute l’ardeur de leur âme. ont imploré le Rédempteur. Il doit évoquer dans notre âme cette ardeur de désirs. C’est pourquoi son imploration : “ Cieux, répandez votre rosée ; nuées, laissez tomber le Juste (le Rédempteur) ; que la terre s’ouvre et fasse germer le Sauveur ” est devenue la prière d’Avent la plus connue de la chrétienté.

b) Quand je commençais à vivre de la vie de l’Église, je m’expliquais assez mal le rôle que joue saint Jean-Baptiste dans l’Avent. Mais, au cours des années, je compris de mieux en mieux qu’il y avait sa place. Sa vie, sa parole, sa personne sont une préparation à la venue du Christ. Dieu en a fait le précurseur, le héraut du premier avènement du Christ ; l’Église en fait le héraut et le précurseur de l’avènement du Christ par la grâce. Quand il parut jadis, il prêcha au peuple juif la pénitence et la conversion : “ Convertissez-vous, le royaume de Dieu est proche ”. Il nous prêche la même chose aujourd’hui. Nous pouvons le dire ; c’est le Baptiste qui a fait de l’Avent un temps de pénitence. Sa parole : “ Préparez les voies du Seigneur, rendez droits ses sentiers ; toute vallée sera comblée, toute montagne et toute colline sera abaissée ; ce qui est courbe sera redressé ”, cette parole est pour nous une exhortation à un véritable renouvellement de vie.

c) Il y a une manifestation particulière de la bonté et de l’amabilité de Dieu dans le fait qu’il a rendu l’œuvre de la Rédemption si humainement proche de nous. Le Rédempteur devait devenir un Enfant des hommes, se soumettre au cours de la nature, être conçu et enfanté. Ceci nous montre la condescendance de Dieu dans l’œuvre de notre salut ; il ne voulait pas nous apparaître comme le Dieu terrible ; il voulait être un véritable Emmanuel (Dieu avec nous). Aussi il a introduit une noble figure de femme dans le plan de la Rédemption ; elle devait y coopérer. Tout cela est si aimable et si touchant que la chrétienté — et on le comprend sans peine -, ne peut détacher son regard de ce souvenir. Elle ne cesse de voir la Mère avec son divin Enfant. Comprenons-nous maintenant pourquoi l’Église nous fait marcher à travers l’Avent en compagnie de : Marie et nous fait puiser nos méditations dans le cœur de Marie ? Si l’Avent est en premier lieu une préparation à la venue du Christ par la grâce, quel plus beau modèle pouvons-nous trouver que Marie qui reçut corporellement le Christ, lui donna asile et eut le droit d’être appelée sa vraie Mère ? Oui le mystère de la maternité divine, le plus sublime symbole de l’habitation de Dieu en nous, doit trouver une large place dans l’Avent. C’est pourquoi nous entendons sans cesse retentir la cloche de l’Ave.

C’est là un triple accord merveilleux : Isaïe, Jean, Marie, une harmonie dont chaque son est d’une mélodie rare : saints désirs, pénitence, union à Dieu. Voilà ce que doit être pour nous l’Avent.

PREMIERE SEMAINE DE L’AVENT

Il vient de loin

L’aurore du grand jour empourpre l’horizon. Dans le lointain nébuleux, se laisse entrevoir le Roi qui va venir. Nous l’adorons : “ Le Roi, le Seigneur, va venir, adorons-le ”. Le chemin est sombre et des nuées recouvrent le royaume de Dieu.

Je regarde dans le lointain ;

Voici que je vois venir Dieu dans sa puissance,

C’est comme une nuée légère qui enveloppe la terre entière.

Allez au-devant de lui et criez :

Annonce-nous si tu es

Celui qui va régner sur le peuple d’Israël.

Vous tous, enfants de la poussière, fils des hommes, riches et pauvres à la fois,

Allez à sa rencontre et demandez lui :

Pasteur d’Israël, écoute-nous ;

Toi qui conduis la tribu de Joseph comme un troupeau,

Dis-le-nous, est-ce Toi ?

Élevez vos frontons, portes,

Ouvrez-vous, portes éternelles,

Pour que puisse entrer le Roi de majesté

Qui va régner sur le peuple d’Israël

(Grand répons).

Pour nous, allons à la rencontre du Roi qui va venir avec toute l’impatience de nos désirs : “ Vers Toi, j’élève mon âme, mon Dieu... car personne n’est confondu quand il t’attend.

Cieux répandez votre rosée, nuées laissez descendre le Juste,

Que la terre s’ouvre et fasse germer le Sauveur ”.

1. Veille du premier dimanche de l’Avent. Dès la veille, on entend les premiers échos de l’Avent. Écoutons ces premiers accents, ces premiers accords. Les antiennes des Vêpres nous donnent l’image exacte de tout le temps. Nous ne devons pas réciter ces antiennes d’une manière superficielle, elles donnent la note fondamentale du chant qui doit nous accompagner pendant tout l’Avent. Ces antiennes, le dimanche, sont chantées quatre fois : aux premières et aux secondes Vêpres, à Laudes et aux petites Heures ; bien plus, nous les récitons encore pendant la semaine suivante aux stations du jour (de Prime à None). Il en est de même pour les antiennes des dimanches suivants, dont le contenu est tout à fait semblable. C’est pourquoi il me semble que rien n’est meilleur pour entrer dans la vie, la pensée et le chant de l’Avent, que de répéter sans cesse ou même de chanter ces antiennes. C’est pourquoi nous les reproduisons dès le début de l’Avent. ;

1. A. In illa die stillabunt montes dulcedinem et colles fluent lac et mel, Alleluia.

En ce jour les montagnes distilleront la suavité et les collines laisseront couler le lait et le miel, Alleluia.

2. A. Jucundare, filia Sion et exsulta satis, filia Jerusalem, Alleluia.

Réjouis-toi, fille de Sion, et tressaille d’allégresse, fille de Jérusalem, Alleluia.

3. A. Ecce Dominus veniet ; et omnes sancti ejus cum eo : et erit in die illa lux magna, Alleluia.

Voici que le Seigneur va venir et tous ses saints avec Lui ; et dans ce jour se lèvera une grande lumière, Alleluia.

4. A. Omnes sitientes, venite ad aquas : quaerite Dominum dum inveniri potest, Alleluia.

Vous tous qui avez soif, venez à la source, cherchez le Seigneur tant qu’on peut le trouver, Alleluia.

5. A. Ecce veniet Propheta magnus et ipse renovabit Jerusalem, Alleluia.

Voici que vient le grand Prophète et il créera une Jérusalem nouvelle, Alleluia.

Quel bonheur, quelle joie ne nous annoncent pas ces versets ! Oui vraiment l’Avent est un temps de joyeux messages.

Le verset qui encadre le Magnificat est délicatement choisi, nous voyons le Seigneur venir de loin : “ Voici que le nom du Seigneur vient de loin et sa gloire remplit l’univers ”.

2. Considérations chorales sur les antiennes de l’Avent. Les antiennes de l’Avent ont un caractère très accusé, comme on n’en trouve pas d’exemple dans l’année liturgique. Celui qui est familier avec elles et possède leur mélodie dans l’oreille le sentira, avant même de pouvoir en donner les raisons. On perçoit le souffle de l’Esprit de Dieu même dans les mélodies de la sainte liturgie. — Le caractère dominant des antiennes de l’Avent est la joie : 1° tantôt une gaieté enfantine, 2° tantôt la joie profonde de la contemplation, 3° tantôt la joie stupéfaite et admirative, le saisissement devant la grandeur du Roi qui va venir.

Ad 1. Exemple : la troisième antienne du premier dimanche de l’Avent (Ecce Dominus veniet). Ce sont sans doute les tierces ascendantes et descendantes qui lui donnent ce caractère si joyeux.

Ad 2. Exemple : La seconde antienne du même dimanche (Jucundare). Sur la syllabe Jucun-“ da ”-re, les neumes se balancent, comme pour savourer la joie et sur “ et exsulta satis ”, la mélodie descend comme pour nous instruire de la dignité et de la grandeur du Roi qui va venir.

Ad 3. Exemple : La seconde antienne du troisième dimanche (Jerusalem gaude). Les mots “ Jerusalem gaude — gaudio magno — quia veniet ” montent à chaque fois d’une tierce et constituent ainsi un crescendo d’une beauté incomparable. Le plus bel exemple de ce genre est sans doute la quatrième antienne du quatrième dimanche (la même que la quatrième de la vigile). (Dominus veniet, occurrite ei). Sont également caractéristiques les antiennes qui sonnent comme un appel de fanfare. Qu’on examine, par exemple, la deuxième antienne, du deuxième dimanche (Urbs fortitudinis nostrae Sion) (7e ton), ainsi que celle, dont la mélodie du 4e ton revient sans doute souvent, mais qui ici rend un son tout particulier, quelque chose comme l’annonce d’un héraut.

PREMIER DIMANCHE

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DE L’AVENT

STATION A SAINT MARIE MAJEURE

On voit pointer l’aurore du jour de la Rédemption !

1. La prière nocturne. Dans les longues nuits de l’Avent, le Prophète Isaïe se tient devant nous. Dans les lectures d’Écriture sainte, nous entendons tous les jours sa voix jusqu’à Noël. C’est là une distinction particulière. On lit les autres Prophètes, depuis Ézéchiel jusqu’à Malachie, pendant le mois de novembre ; leur rôle est de nous annoncer l’achèvement du royaume du Christ. Par contre, l’Église donne la parole à deux Prophètes dans un autre temps. Ces deux Prophètes sont Isaïe et Jérémie. Jérémie est le type (le symbole) du Christ souffrant et nous guide à travers le temps de la Passion. Isaïe, de son côté, est, au cours de quatre semaines, le prédicateur et le prophète de l’Avent. Il est considéré comme le Prince des Prophètes et même comme l’” évangéliste de l’Ancien Testament ”. C’est lui qui, parmi tous les Prophètes, a donné l’image la plus précise du Rédempteur. C’est là une des raisons pour lesquelles son livre est lu pendant l’Avent. Il y a une autre raison, c’est qu’il est la voix de l’humanité implorant le Rédempteur. Cette voix doit pénétrer dans notre âme et y trouver un écho. Mais il est aussi un prédicateur de pénitence et il doit nous conduire à la conversion et à la réforme de notre vie. La lecture d’aujourd’hui contient de sérieux reproches de Dieu à son peuple. Le prophète parle du peuple juif, mais l’Église pense à nous. L’amour méprisé de Dieu prend le ciel et la terre à témoins. Cette leçon retentit comme un écho de la malédiction divine au paradis terrestre (Is. l, 1-9) :

Cieux écoutez, écoute, Ô terre, car Dieu parle :

J’ai nourri des enfants et je les ai élevés et eux m’ont méprisé.

Le bœuf connaît son maître et l’âne l’étable de son possesseur.

Mais Israël ne me connaît pas et mon peuple ne comprend pas.

Malheur à toi, nation pécheresse, peuple chargé d’iniquités.

Malheur à vous, race impie, fils dégénérés,

Qui avez abandonné le Seigneur et méprisé le Saint d’Israël.

Où pourrai-je encore vous frapper si vous continuez vos prévarications ?

La tête est toute entière malade et le cœur défaillant.

Depuis la plante des pieds jusqu’au sommet de la tête, il n’y a rien de sain en toi.

Ce n’est que coups, meurtrissures et blessures,

Sans pansement, sans herbe médicale, sans huile adoucissante.

Votre pays est dévasté, vos villes sont incendiées par le feu,

Votre sel est dévoré, sous vos yeux, par les étrangers.

Il n’est resté que la fille de Sion, comme une hutte dans le vignoble,

Comme une tour de garde dans un champ de concombres, comme une tour solitaire.

Si le Seigneur ne nous laisse un germe,

Nous deviendrons comme Sodome et Gomorrhe... ”.

Sérieuses paroles qui doivent nous exhorter au changement de vie !

2. La messe (Ad te levavi). La messe d’aujourd’hui, la première que nous célébrions au seuil de l’année nouvelle, nous offre dans ses textes trois choses : un message d’Avent (Évangile), un avertissement d’Avent (Epître) et des prières d’Avent (Introït, Oraisons).

Nous entrons dans la maison de Dieu. Là, vient à notre rencontre la Mère de Dieu qui prépare déjà la Crèche dans laquelle elle veut déposer le Fils de Dieu. L’église de station est Sainte-Marie-Majeure à la Crèche (dans l’église de station, le saint de la station vient à notre rencontre). Quel beau symbole ! Aujourd’hui, au premier jour de la préparation à Noël, nous voyons déjà Marie auprès de la Crèche. La Mère de Dieu nous introduit alors au Saint Sacrifice, elle nous parle et dicte notre prière. Quels accents d’une beauté profonde n’a pas l’Introït dans sa bouche : “ J’élève mon âme vers toi, mon Dieu, en toi, j’ai confiance... car personne n’est confondu quand il t’attend ”. Mieux que personne. la Mère de Dieu peut nous apprendre à prier, à désirer.

Nous chantons ensuite le Kyrie. C’est le chant d’exil des enfants de Dieu, c’est notre chant d’imploration. Dans l’Avent spécialement, nous voulons par-là exprimer notre besoin de rédemption.

Le Gloria disparaît, nous attendrons, pour le chanter de nouveau, la nuit sainte où nous fêterons Noël, dans la même église. Maintenant, notre Mère l’Église étend ses bras pour chanter l’Oraison : C’est la prière typique de l’Avent qui commence par Excita. A la différence des collectes du temps après la Pentecôte. au rythme si calme, celle-ci est impétueuse ; l’accent est sur veni (viens). Nous remarquons que l’Oraison s’adresse directement au Christ. C’est donc comme un antique “ Maranatha ”, c’est-à-dire : Viens Seigneur ! Pourquoi le Seigneur doit-il venir ? Pour nous délivrer : Viens et délivre-nous du péché et de la peine.

Maintenant, Marie s’avance de nouveau pour nous instruire, dans l’Epître. C’est une parole magnifique, surtout dans la bouche de Marie. Marie se tient debout devant nous, à l’aurore du jour de délivrance. Sur la terre s’étendait jusqu’ici une nuit profonde ; les hommes dormaient, revêtus du vêtement nocturne du péché. Mais le jour de la Rédemption n’est pas éloigné, les premiers feux de l’aurore s’allument à l’horizon, le Roi est proche. Il appelle au combat ses chevaliers de lumière ; Marie parle comme notre guide Revêtez la cuirasse de lumière ; mieux encore : revêtez-vous du Seigneur Jésus, comme je m’en suis revêtue moi-même.

A l’Évangile, le Seigneur paraît dans sa puissance et sa majesté. C’est déjà la réponse à l’Excita. Nous regardons en haut et nous levons nos têtes, car notre Rédemption s’approche.

La Parole est maintenant suivie de l’Acte, tant du côté des hommes que du côté de Dieu. Pour montrer que ce ne sont pas de simples paroles, nous nous offrons nous-mêmes dans le symbole de l’offrande et nous accompagnons cette offrande de nos désirs. l’Offrande est par conséquent le culte de prière de l’avant-messe, transformé en acte. Et l’Acte de Dieu est la venue du Christ par la grâce avec les mêmes effets que ceux qui sont décrits dans la Parole de Dieu (l’Évangile).

Cette venue du Christ est encore une venue cachée, voilée, mais elle est la préparation, la première, de son grand avènement de grâce au jour de Noël (Postc.). Qu’on observe la Postcommunion, elle s’inspire du Ps. 47, “ Puissions-nous, Seigneur, recevoir ta miséricorde au milieu de ton temple ”. En voici le sens symbolique : nous sommes agenouillés dans la maison de Dieu, les mains jointes, et nous attendons que la Miséricorde (incarnée) soit déposée dans nos bras comme jadis dans ceux du vieillard Siméon. Telle est notre attitude au début de ce cycle festival. A la fin du cycle, le 2 février, nous prierons avec les mêmes paroles du psaume : “ Nous avons reçu ta miséricorde... ” (Intr.).

Le banquet eucharistique doit calmer l’impatience que nous avons de l’avènement du Seigneur, il doit être la semence déposée dans la terre fertile, qui doit produire à Noël des fruits abondants (Comm.). Notre cœur doit ressembler à la Mère de Dieu et à la Crèche.

Faisons une remarque. Quand il s’agit d’exprimer l’attente de l’homme, nous chantons le psaume 24 (Intr. Grad. Off) ; quand il s’agit d’exprimer la réponse de Dieu qui vient, nous entonnons le psaume de Noël, le psaume 84 (ALI. Comm.).

3. Marie. — Pendant l’Avent, l’Église nous donne, pour nous accompagner, la Mère de Dieu ; la Sainte Vierge nous ens,eigne à attendre le Seigneur. C’est pourquoi nous commençons la célébration de l’Avent dans la grande église romaine de Sainte-Marie “ ad praesepe ” “ à la Crèche ”. Cette église de station fut reconstruite en 432 pour commémorer le concile d’Éphèse et dédiée à la “ Mère de Dieu ”. Elle est l’église spéciale de station pour le temps de Noël (on y célèbre six fois pendant ce temps). Au reste, les secondes oraisons des messes de l’Avent sont les oraisons de la Sainte Vierge. Ces oraisons ont un contenu très riche. Elles affirment la maternité divine, elles rappellent le message de l’ange et nous assurent de la protection maternelle de Marie. L’oraison de la communion est devenue l’oraison de l’Angelus et, à ce titre, fait partie du trésor populaire. — Une oreille sensible reconnaîtra aussi, dans l’antienne de communion de ce jour, une allusion à la Mère de Dieu : Nous nous demandons ce qu’entend la liturgie par “ notre terre ” qui “ porte son fruit ” ? Il faut sans doute penser d’abord à la terre de l’Église et de notre âme qui maintenant, dans le banquet sacrifical, porte des fruits de rédemption. Cependant l’Église pense sûrement à son modèle, la Vierge bénie entre toutes les femmes, et au “ fruit de ses entrailles ”, à la Mère de Dieu et au Fils de Dieu. C’est justement au moment de la communion que nous ressemblons à Marie dans sa dignité de Mère de Dieu. D’une certaine manière, nous pouvons, nous aussi, concevoir le Seigneur, le porter, afin qu’il puisse prendre forme en nous et que nous le mettions au monde le jour de Noël.

Avec beaucoup plus de clarté que dans le Missel, l’Église chante Marie au bréviaire.

Marie dit : Que signifie cette salutation ? Mon âme est toute troublée : je dois enfanter le Roi qui ne me fera pas perdre ma virginité” (Ant. Matines). Comme on le voit, dès le premier jour de l’Avent, l’Église fait déjà entendre la cloche de l’Ave. Ne nous étonnons donc pas de voir que les deux antiennes chantées au lever et au coucher du soleil ont aujourd’hui Marie pour objet. Au lever du soleil, nous chantons : “ Le Saint-Esprit descendra sur Toi, ô Marie, ne crains pas, Tu porteras dans Ton sein le Fils de Dieu, Alleluia ”.

Et au coucher du soleil : “ Ne crains pas, Marie ; Tu as trouvé grâce devant le Seigneur, voici que Tu concevras et enfanteras un Fils, Alleluia ”.

LUNDI APRÈS LE 1er DIMANCHE

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DE L’AVENT

Comment la ville fidèle est-elle devenue femme de mauvaise vie ?

1. Lecture de l’Avent. Aux Matines, nous lisons de sérieux avertissements divins. Le Prophète parle de Jérusalem et du peuple juif ; la liturgie pense à l’Eglise et à l’âme (Is. 1, 16-28).

Lavez-vous, purifiez-vous ;

Enlevez de devant mes yeux vos mauvaises actions ;

Cessez de mal faire, apprenez à bien faire,

Recherchez la justice, venez au secours de l’opprimé,

Rendez son droit à l’orphelin, protégez la veuve ;

Puis venez et comptez avec moi, dit le Seigneur ;

Quand vos péchés seraient comme l’écarlate, je les rends blancs comme la neige ;

Quand ils seraient rouges comme la pourpre, ils deviendront comme la laine.

Si vous obéissez de bon cœur, vous mangerez les fruits de la terre ;

Mais si vous résistez et si vous êtes rebelles, vous attirerez ma colère ;

Alors vous serez dévorés par l’épée. En vérité, c’est la bouche du Seigneur qui a parlé. ”

Ces paroles du Seigneur s’adressent à nous tous ; nous avons dans nos mains la vie et la mort, choisissons la vie. Lisons maintenant une lamentation sur l’Épouse infidèle de Dieu, Jérusalem. Cela s’applique aussi à l’âme chrétienne infidèle :

Comment est-elle devenue une prostituée, la cité fidèle qui était si remplie d’équité, dans laquelle la justice habitait et maintenant des meurtriers !

Ton argent s’est changé en scories, ton vin a été coupé d’eau,

Tes princes sont des rebelles et des compagnons des voleurs,

Tous aiment les présents et courent après l’argent.

Ils ne rendent plus son droit à l’orphelin et ne défendent plus les veuves.

C’est pourquoi ainsi parle le Seigneur des armées, le fort d’Israël :

Ah ! je tirerai satisfaction de mes adversaires et je me vengerai de mes ennemis

J’étendrai ma main contre toi,

Je fondrai tes scories comme avec la potasse et j’ôterai tout ton plomb.

Je te rendrai des juges. comme ceux d’autrefois et des conseillers comme dans l’ancien temps.

Après cela on t’appellera la ville de justice la cité fidèle. Sion sera rachetée par la droiture, et ceux qui s’y convertiront, par la justice ;

Mais les rebelles et les pécheurs seront anéantis,

Et ceux qui abandonnent le Seigneur périront.

2. Les chants de l’Avent. — Les beaux répons complètent le tableau d’ensemble du jour de l’Avent. Le premier chante la Sainte Vierge.

Reçois la parole, Vierge Marie, qui T’a été transmise de la part de Dieu par l’Ange.

Tu concevras et enfanteras Celui qui est Dieu et Homme tout ensemble,

Tu dois être bénie entre toutes les femmes.

Tu enfanteras un Fils et Ta virginité demeurera intacte,

Tu seras une Mère, mais une Mère toujours pure. ”

Le second répons est un chant de joie.

Que les cieux se réjouissent et que la terre tressaille, montagnes chantez avec allégresse votre louange : Notre Seigneur va venir.

II aura pitié de ses pauvres ;

En ses jours se lèvera la justice et l’abondance de la paix. ”

Au lever du soleil, l’Église fait entendre la cloche de l’Ave. “ L’Ange apporta à Marie le message et elle conçut du Saint-Esprit, Alleluia. ”

Au coucher du soleil, nous apportons consolation à Jérusalem abaissée : “ Lève les yeux, Jérusalem, et contemple la puissance du Roi ; voici que le Seigneur vient pour te délivrer de tes chaînes. ”

3. Indications pour vivre de la vie de l’Avent. — L’Avent est le temps le plus intime de l’année. Plusieurs se rappelleront leurs années d’enfance quand, tenant la main de leur mère, ils se rendaient à l’église du village. Il faisait noir encore et l’on s’avançait, à la lueur d’une lanterne, vers la maison de Dieu qui brillait dans le lointain. Quand, dans l’église remplie de fidèles, l’orgue préludait au Rorate “ Cieux répandez votre rosée ”, on sentait comme un frisson d’espérance : Voici de nouveau l’Avent, Noël n’est pas loin. — L’Avent est peut-être, pour la vie intérieure, le temps le plus fécond et le plus beau de l’année. Ce mélange d’attente, de joie et de gravité parle plus au cœur que le Carême austère.

Le premier avis est celui-ci : Développer en soi l’esprit de l’Avent. L’esprit de l’Avent est un esprit de silence, de recueillement et de vie intérieure. Représentons-nous la Sainte Vierge dans les derniers mois avant la naissance du Sauveur, étudions les dispositions de son cœur. Elle nous enseigne l’esprit de l’Avent. L’Avent chante davantage : la liturgie nous montre que les sentiments de l’Avent sont lyriques et enthousiastes. C’est pourquoi, aimons à redire les chants de l’Avent, les chants populaires comme les chants liturgiques. Appliquons-nous, de toutes nos forces, à nous assimiler l’esprit de l’Avent. Lisons le prophète Isaïe, cherchons l’esprit de l’Avent dans les Introïts des messes de l’Avent, dans tant de merveilleux répons. Cultivons en nous les sentiments d’attente et de désir de l’Avent. Aimons la compagnie des enfants. Nous attendons la naissance de l’Enfant-Jésus, c’est d’eux que nous apprendrons comment on se prépare à Noël. Aimons contempler des images de l’Avent, à entendre des paroles et des chants de l’Avent. Prenons aussi quelques résolutions d’Avent : par exemple : se lever plus tôt, faire quelques sacrifices.

Le second avis est celui-ci : L’heure du soir pendant l’Avent. Le soir, la nuit sont le symbole de l’Avent. Chantons donc le beau chant de l’Avent :

Les nuits de plus en plus longues de l’Avent ont leur caractère propre d’intimité. Cette petite heure du soir contribuera beaucoup à développer en nous l’esprit de l’Avent. Comment devons-nous la passer ? Nous la passerons soit seuls, soit avec un petit groupe. On chantera alors des chants de l’Avent et on lira spécialement le Prophète Isaïe. Dans certains endroits il y a aussi des usages particuliers pour l’Avent par exemple : une guirlande de l’Avent munie de cierges que l’on allume graduellement.

Le troisième avis est la Messe Rorate : nous en parlerons demain.

MARDI APRES LE 1er DIMANCHE

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DE L’AVENT

Marchons dans la lumière de Dieu

1. Lecture de l’Avent. — Aux Matines, Dieu parle par la bouche de son Prophète de l’Avent, (Isaïe II, 2-19).

Écoutons d’abord le message d’Avent (2-5)

A la fin des temps sera établie la montagne de la maison de Dieu,

Fondée sur la plus haute montagne, élevée au-dessus de toutes les collines.

Vers elle affluent toutes les nations,

Beaucoup de tribus s’avancent vers elle et disent : Venez, montons vers la montagne du Seigneur,

Vers la maison du Dieu de Jacob ; qu’il nous enseigne ses voies ; marchons dans ses sentiers.

Car c’est de Sion que sort la doctrine et de Jérusalem la Parole du Seigneur.

Il juge parmi les peuples, il dit le droit à de nombreuses tribus.

Pour faire des socs de charrues on reforgera les glaives et des lances on fera des faucilles ;

Le peuple ne s’élève plus contre le peuple et ne fait plus désormais la guerre.

Allons, peuple de Jacob, marchons dans la lumière du Seigneur ”.

C’est un joyeux message d’Avent qui nous annonce que Jérusalem est le lieu de naissance de l’Église, que l’Église rassemblera tous les peuples et fondera le royaume de la paix sur la terre.

Il y a comme une contre-partie sombre dans le second chant : l’avertissement de l’Avent. C’est une annonce saisissante du jugement (II, 6-19).

Tu as rejeté ton peuple, la maison de Jacob.

Sa terre est remplie d’argent et d’or,

Innombrables sont ses trésors.

Sa terre est remplie de chevaux,

Innombrables sont ses chars.

Sa terre est remplie d’idoles,

Innombrables sont ses images.

Il adore l’œuvre de ses mains,

Ce qu’ont façonné ses propres doigts.

Rampez dans les trous des rochers, cachez-vous dans la poussière.

Par crainte de Dieu et de sa sublime majesté ;

Alors la fierté des hommes est courbée, leur orgueil est rabaissé ;

En ce jour le Seigneur seul se tient élevé.

Car un jour vient pour le Seigneur des armées

Au-dessus de toute fierté et de toute élévation, Au-dessus des cèdres du Liban,

Au-dessus de tous les chênes de Basan,

Au-dessus des hautes montagnes,

Au-dessus des collines élevées,

Au-dessus de toute haute tour,

Au-dessus de toute muraille fortifiée,

Au-dessus des vaisseaux de Tarse,

Au-dessus de tout apparat somptueux.

Alors la fierté des hommes est courbée, leur orgueil est abaissé ;

En ce jour le Seigneur seul se tient élevé. ”

2. Chants de l’Avent. — Message de joie et avertissement sévère, telles sont les voies de Dieu ; notre voie à nous c’est l’attente ardente du royaume de Dieu. C’est ce qu’expriment les chants.

Montagnes d’Israël, étendez vos rameaux,

Fleurissez et portez des fruits,

Le temps approche où viendra le jour du Seigneur.

Cieux répandez votre rosée,

Nuées laissez tomber le Juste,

Que la terre s’ouvre et fasse germer le Sauveur. ”

Que les montagnes distillent la suavité,

Et les collines la justice,

Car le Seigneur, la lumière du monde, vient avec puissance.

De Sion procède la loi, la “ Parole ” du Seigneur vient de Jérusalem” (Répons).

Le moment précieux du lever du soleil doit être consacré au souvenir de celle qui nous donna cette lumière “ qui se lève des hauteurs ”, à Marie. “ Avant qu’ils se réunissent, il se trouva que Marie avait conçu par la vertu du Saint-Esprit, Alleluia. ” Au moment du coucher du soleil, l’Église nous avertit de bien user de ce temps de grâces de l’Avent. “ Cherchez le Seigneur, tant qu’on peut le trouver, appelez-le tant qu’il est proche, Alleluia. ”

3. La messe Rorate fait partie de l’héritage liturgique du peuple, mais c’est un héritage qu’on ignore souvent. C’est une messe votive en l’honneur de la Mère de Dieu pendant l’Avent. (On la trouve dans le Missel à la fin des messes communes, c’est la première des cinq messes votives en l’honneur de la Sainte Vierge). C’est en réalité une simplification de la messe d’or (missa aurea) du mercredi des Quatre-Temps. C’est donc une des messes qui expriment le plus clairement les pensées de l’Avent. Ici encore Marie se montre comme notre guide à travers l’Avent pour nous conduire jusqu’à Noël. Dans certains pays de langue allemande, cette messe s’accompagne d’usages dont le symbole est très beau. Elle est célébrée avant le lever du soleil, par conséquent en pleine nuit d’hiver. Les fidèles s’en vont, une lanterne à la main, dans les ténèbres glacées, à travers la neige. Les lumières de la maison de Dieu leur apparaissent de loin. Dans l’Église, le prêtre s’avance vers l’autel, vêtu d’ornements blancs. Il y a dans cet usage comme l’image de l’âme non rachetée, qui sort de sa nuit pour s’avancer vers la lumière de Noël.

Rorate coeli, Cieux répandez votre rosée ”, ce sont les premiers mots de la messe. Elle en a tiré son nom. Ainsi Isaïe se tient au seuil, interprète du désir de l’humanité qui attend un Sauveur.

Remarquons aussi le Kyrie. Ce Kyrie implorant et suppliant de l’humanité qui a soif de Rédemption est l’Avent journalier. Le “ Dominus vobiscum ” doit nous faire songer à la parole de l’Ange : “ Le Seigneur est avec vous ”. En unissant ces deux paroles, nous comprendrons mieux le sens profond de ce salut : Que le Seigneur soit avec vous, comme il était avec Marie. Cette considération nous conduit à une pensée élevée qui nous fait apparaître le culte de la Sainte Vierge pendant l’Avent, dans une lumière nouvelle. Marie est l’idéal de notre union avec le Christ qui demeure en nous. Le chrétien participe à la dignité de la maternité divine. Le Christ doit prendre forme en lui et se manifester au monde le jour de Noël. C’est ce que signifie la parole de l’Épître de dimanche dernier : “ Revêtez-vous du Seigneur, Jésus. ” C’est pourquoi presque toutes les parties de la messe parlent de la naissance imminente du Christ et du rôle de Marie dans cette naissance. L’Introït annonce déjà que Marie est la terre féconde sur laquelle est tombée la rosée du ciel, la terre qui s’entr’ouvre et fait germer le Sauveur ; elle est la chambre nuptiale du divin Soleil de Justice (ce n’est qu’en lisant tout le psaume qu’on a le sens plein de ce chant). Dans l’Épître, nous entendons la prophétie célèbre de la naissance virginale du Fils de Dieu. L’effet du Graduel est dramatique. Nous nous tenons dans l’attente et le désir devant les portes éternelles qui doivent s’ouvrir au “ Roi de gloire ”. L’Alleluia, avec les accords de l’Ave, avant l’Évangile, nous annonce par qui seront ouvertes ces portes : par Marie. A l’Évangile, nous sommes témoins de la belle et inoubliable scène qui se déroule dans la petite maison de Nazareth. “ Le Verbe se fait chair” en Marie d’abord, puis au Sacrifice de la messe et à la Communion, puis dans l’Église, puis en nous-mêmes. Nous pouvons nous appliquer aussi les paroles de la Communion : “ Voici qu’une Vierge concevra... et le nom (de son Fils) sera : Dieu avec nous. ” Ne négligeons pas non plus l’Agnus Dei. Une parole du Précurseur a plus d’efficacité pendant l’Avent. Enfin nous pouvons écouter avec plus d’attention le dernier Évangile. Il nous donne chaque jour le résumé de ce qui s’est accompli en nous à la messe. Mais aujourd’hui son sens est plus actuel : “ La Lumière brille dans les ténèbres, la véritable Lumière qui éclaire tout homme venant en ce monde... Il nous donne le pouvoir de devenir enfants de Dieu... Le Verbe s’est fait chair et Il a habité parmi nous ”.

MERCREDI APRÈS LE 1er DIMANCHE

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DE L’AVENT

La vigne du Seigneur est la maison d’Israël

1. Lecture de l’Avent. Aujourd’hui nous entendons encore de joyeux messages d’Avent. Nous lisons des extraits du 48 et du 58 chapitres d’Isaïe ; c’est une lecture qui réjouit le cœur. Le premier cantique est une prophétie messianique :

En ce jour le rejeton de Dieu sera en honneur Et le fruit de la terre aura fierté et gloire Pour ceux d’Israël qui sont sauvés,

Et voici ce qui arrivera : tous ceux qui seront laissés dans Sion

Et qui demeureront dans Jérusalem

Seront appelés saints,

Tous ceux qui sont inscrits dans le livre de vie à Jérusalem.

Quand le Seigneur aura lavé l’impureté de la fille de Sion

Et qu’il aura fait disparaître la tache sanglante de Jérusalem

Par le vent impétueux de son jugement et son souffle de feu,

Alors il viendra lui-même et sera présent sur toute place de Sion

Et dans toute réunion comme une nuée pendant le jour

Et comme l’éclat ardent du feu pendant la nuit.

Et il sera un toit d’abri contre la chaleur

Et une protection et un abri contre l’orage et la pluie. ”

Ce joyeux message est accompli dans l’Église. Jadis, Dieu était présent parmi les Hébreux dans le désert sous la forme de nuée sainte pendant le jour et de colonne de feu pendant la nuit. Maintenant le Christ est présent dans son Église “ tous les jours jusqu’à la consommation des siècles ”.

Le second chant est saisissant : c’est une élégie du Christ à propos de la vigne stérile (la vigne est l’Église dans son abaissement, c’est l’âme humaine non rachetée) (Is. V, 1-7).

Au nom de mon ami, je veux chanter un chant sur sa vigne :

Mon ami avait une vigne sur la hauteur grasse ;

Il la creusa et enleva les pierres et la planta de ceps

Et il bâtit une tour au milieu, il creusa un pressoir

Et il espérait qu’elle produirait des raisins, mais elle a produit du verjus.

Et maintenant, habitants de Jérusalem, hommes de Juda, jugez entre moi et ma vigne.

Qu’y avait-il à faire dans ma vigne que je n’aie pas fait ?

J’espérais qu’elle produirait des raisins et elle a produit du verjus.

Et maintenant je vais vous annoncer ce que je ferai à ma vigne.

Je détruirai sa haie pour qu’elle devienne un pâturage,

Je détruirai son mur pour qu’on la foule aux pieds

Et qu’il croisse des buissons d’épines ;

Je défendrai même aux nuages de l’arroser de pluie.

La vigne du Seigneur est la maison d’Israël,

Juda est sa plantation préférée ;

Il espérait des actes de bonté et voici des actes de sang,

Des actions droites et voici des actions perverses. ”

2. Chants de l’Avent. — L’Église attend avec d’ardents désir le Rédempteur.

Notre Roi va venir, le Christ,

Celui que Jean annonça : l’Agneau va venir

Devant Lui, les rois fermeront leur bouche,

Les gentils l’adoreront” (Répons).

Dans les temps passés depuis longtemps, Ezéchiel donna sa prophétie :

Je vis une porte fermée.

Et voici que le Dieu éternel passa par cette porte pour le salut du monde

Et elle fut de nouveau fermée. ”

Le Prophète fait ici allusion à la Vierge

Qui après son enfantement resta Vierge.

C’est là la porte que tu as vue,

Le Seigneur seul doit passer par cette porte” (Répons).

Au lever du soleil, l’Église chante : “ De Sion vient la doctrine, de Jérusalem la “ Parole du Seigneur ”.

Au coucher du soleil, nous entendons la parole du Précurseur : “ Après moi vient un plus fort que moi et je ne suis pas digne de délier les courroies de sa chaussure ”. !

3. Le bréviaire pendant l’Avent. — Il n’est pas un temps dans l’année dont l’office au bréviaire puisse se comparer avec celui de l’Avent. Nulle part on ne trouve tant de poésie, de sentiment, de variété. Nous sommes sous le charme d’une vision lyrique. Voici quel est le sens et la manière du bréviaire de l’Avent : une attente faite de contemplation joyeuse et de sentiment profond, un respect sincère pour le Roi qui va venir, un grand zèle à préparer dignement sa réception, un tendre désir de son retour, un jour, dans la gloire.

Les Matines sont la prière dramatique du jour, elles expriment, de la manière la plus parfaite, les sentiments qu’éprouve l’Église pendant l’Avent. L’Invitatoire nous donne la pensée principale du temps : nous allons au-devant du Roi qui va venir. Les hymnes chantent son triple avènement. L’Avent est le temps le plus poétique, le plus lyrique de l’année ; c’est pourquoi tout l’office contient des antiennes propres. Mais ce qu’il y a de plus beau, ce sont les répons qui sont d’une abondance et d’une richesse incomparables. Il faut ajouter à ces éléments la belle unité des leçons.

Le Prophète Isaïe nous conduit, à travers les longues nuits des quatre semaines de l’Avent, jusqu’à Noël. Le héraut du désert du Jourdain, lui aussi, fait entendre sans cesse les avertissements de sa voix austère. Ce qui donne a la poésie de l’Avent son charme et son complément c’est le tendre culte de Marie. On entend à travers tout l’Avent comme un doux Ave Maria, dont l’antienne de magnificat du premier dimanche donne les premiers accents : “ Ne crains pas, Marie... ”

Les antiennes de Vêpres, de Laudes, et des Petites Heures, nous annoncent, par avance, le doux bonheur de Noël et comptent parmi les plus beaux passages de tout le livre.

Il est temps aujourd’hui d’examiner de plus près l’Ordinaire de l’Avent (c’est-à-dire les textes qui ne changent pas). C’est dans ces textes que s’exprime de la manière la plus claire l’esprit de l’Avent.

A tierce : “ Voici venir le temps, dit le Seigneur, où je susciterai à David un rejeton juste ; il règnera comme Roi et sera sage ; il exercera le droit et la justice sur la terre ” (Jér. XXIII, 5).

Viens nous racheter, Seigneur Dieu des armées,

Montre-nous ton visage et nous serons sauvés.

A sexte : “ En ces jours, Juda sera racheté et Israël habitera dans la confiance ; et voici le nom dont on l’appellera (le Sauveur) : notre Seigneur juste (Jér. XXIII, 6).

Fais-nous voir, Seigneur, ta miséricorde et donne-nous ton salut ;

Souviens-toi de nous, Seigneur, dans ta bienveillance pour ton peuple,

Visite-nous dans ton salut.

A none : “ Son temps est tout près de venir et ses jours ne seront pas éloignés, le Seigneur aura pitié de Juda et Israël sera sauvé ” (Is. XIV, 1).

Sur toi, Jérusalem, le Seigneur se lèvera comme le soleil

Et sa gloire apparaîtra en toi.

Viens, Seigneur, ne tarde pas,

Remets à ton peuple ses méfaits.

JEUDI APRÈS LE 1er DIMANCHE

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DE L’AVENT

Me voici, envoie-moi

1. Lecture d’Avent. — Le Prophète Isaïe nous présente aujourd’hui une scène sublime : la vision où il reçut sa vocation (VI, 1-13). Il est dans le temple : “ Je vis le Seigneur sur un trône élevé et sublime, les bords de son manteau remplissaient le temple, les Séraphins planaient au-dessus de lui ; ils avaient chacun six ailes... Ils criaient l’un à l’autre : Saint, Saint, Saint est le Dieu des armées, tout l’univers est rempli de sa magnificence. Leurs hauts cris ébranlèrent les gonds des seuils et la maison se remplit de fumée. ” Le Prophète s’effraie ; il craint de mourir parce qu’il a vu le Seigneur. “ Malheur à moi, je suis perdu, impures sont mes lèvres et je demeure parmi un peuple impur et mes yeux voient le Seigneur des armées ! Alors un Séraphin vola vers moi avec un charbon ardent dans la main qu’il avait pris avec une pince sur l’autel et il toucha ma langue et dit : ce charbon a touché tes lèvres, ta faute a disparu, ton péché est détruit. Alors j’entendis la voix du Seigneur qui disait : Qui enverrai-je et qui ira pour nous ? Alors je lui dis : Me voici, envoie-moi. Et Il dit : Va et dis à ce peuple : Entendez et ne comprenez pas, voyez et ne reconnaissez pas : endurcis le cœur de ce peuple, assourdis ses oreilles, aveugle ses yeux afin qu’il ne voie pas avec ses yeux, qu’il n’entende, pas avec ses oreilles, qu’il ne rentre pas en lui-même et ne trouve pas la guérison... Cependant de même que lorsqu’on a abattu un chêne il reste un tronc, son tronc produira un saint rejeton. ”

Ainsi parle le Prophète. Ce passage est pour nous d’une grande importance. Nous y entendons pour la première fois le chant des chérubins : Saint, Saint, Saint, dont use la liturgie depuis les temps les plus reculés au début du Canon. De même, la purification avec le charbon ardent est mentionnée dans la liturgie : chaque jour le prêtre fait cette prière avant d’annoncer l’Évangile : Purifie mon cœur et mes lèvres, Toi qui as purifié les lèvres du prophète Isaïe avec un charbon ardent ” De même la malédiction contre le peuple juif nous est connue par l’Évangile. Le Christ lui-même se réfère, dans sa prédication au bord du lac, à ce passage d’Isaïe (Math. XIII, 14 sq.). C’est là la destinée émouvante et tragique du peuple élu devenu le peuple réprouvé. L’aveuglement du peuple juif (obcaecatio cf. les oraisons du Vendredi-Saint) persiste encore de nos jours. La conclusion consolante de la prophétie, où il est question du rejeton saint, est l’espérance de l’Avent. Ce rejeton saint est le Rédempteur.

2. Chants de l’Avent. Un chant de l’Église est comme une vision du Roi qui approche :

Je contemple dans une vision nocturne et je vois :

Dans les nuées du ciel vient le Fils de l’Homme,

A Lui ont été donnés le royaume et l’honneur

Et tous les peuples, tribus et langues le servent.

Sa puissance est une puissance éternelle, elle ne lui sera pas enlevée

Et son royaume ne sera jamais détruit. ”

La première pensée qui se présente à notre réveil, comme une goutte de rosée qui rafraîchit notre âme, est celle de la Vierge avec le divin Enfant : “ Vous êtes bénie entre toutes les femmes et le fruit de vos entrailles est béni. ”

Quand le soleil s’incline sur l’horizon, nous sommes saisis du désir ardent de la venue du Seigneur : “ Je veux chercher des yeux le Seigneur, mon Sauveur, je veux lui souhaiter la bienvenue quand il viendra, Alleluia. ”

3. Les psaumes de l’Avent. La liturgie est un contact avec la divinité. Il faut pour cela qu’il y ait un double mouvement : Dieu “ vient ”, Dieu “ apparaît ” ; l’homme “ va ” “ à la rencontre ” de Dieu. Ce double mouvement est exprimé d’une manière très belle et très dramatique, particulièrement pendant l’Avent. Ne voyons-nous pas le Seigneur venir peu à peu ? La liturgie montre cette gradation avec une maîtrise incomparable. Mais l’homme aussi s’avance au-devant du Seigneur. La liturgie exprime aussi la gradation de cette démarche. C’est surtout dans les psaumes que nous trouvons l’expression graduelle de cet élément humain. L’Église chante fréquemment dans ce temps quatre psaumes : les ps. 24, 79, 84 et 18. Ces quatre psaumes nous donnent, sous quatre aspects successifs, l’impression de l’Avent, telle qu’elle est exprimée dans les Introïts des quatre dimanches de l’Avent.

Le psaume 24 domine toute la messe du premier dimanche de l’Avent (C’est toujours la caractéristique d’une messe). Nous devons donc, pendant la première semaine, nous pénétrer de ce psaume et aimer à le chanter. Nous y trouvons la confiance en Dieu, unie au désir et à l’attente de son secours en même temps qu’à la pénitence. Nous en donnons ici la traduction (récitons-le chaque jour pendant cette semaine).

I

Vers toi, Seigneur, j’élève mon âme.

Mon Dieu, en toi je me confie ; que je ne sois pas confondu !

Que mes ennemis ne se réjouissent pas à mon sujet

Non, aucun de ceux qui espèrent en toi ne sera confondu,

Ceux-là seront confondus qui sont infidèles sans cause ; ;

Seigneur, fais-moi connaître tes voies,

Enseigne-moi tes sentiers,

Conduis-moi dans ta vérité et instruis-moi ;

Car tu es le Dieu de mon salut,

Tu es, tout le Jour, mon espérance,

Seigneur, souviens-toi de moi, selon ta miséricorde,

A cause de ta bonté.

II

Le Seigneur est bon et droit ;

C’est pourquoi il indique aux pécheurs la voie.

Il conduit les humbles dans la justice,

Il enseigne aux humbles sa voie.

Tous les sentiers du Seigneur sont miséricorde et fidélité

Pour ceux qui gardent son alliance et ses commandements.

A cause de ton nom, Seigneur,

Tu pardonneras mon iniquité, car elle est grande.

Quel est l’homme qui craint le Seigneur ?

Le Seigneur lui montre la voie qu’il doit choisir.

Son âme repose dans le bonheur

Et sa postérité possédera le pays.

Le Seigneur est une forteresse pour ceux qui le craignent

Et il conclut avec eux son alliance.

III

J’ai les yeux tournés vers le Seigneur,

Car c’est lui qui tirera mes pieds du lacet.

Regarde-moi et prends pitié de moi, Car je suis délaissé et malheureux.

Les angoisses de mon cœur se sont accrues :

Tire-moi de ma détresse.

Vois ma misère et ma peine,

Et pardonne tous mes péchés.

Vois combien sont nombreux mes ennemis,

Et quelle haine violente ils ont contre moi !

Garde mon âme et sauve-moi.

Que je ne sois pas confondu, car j’ai mis ma confiance en toi

Que l’innocence et la droiture me protègent,

Car j’espère en toi !

O Dieu, délivre Israël

De toutes ses angoisses.

Faisons quelques remarques sur le psaume. Le chant, dans le texte hébreu, est alphabétique, c’est-à-dire que chacun des versets commence par une lettre de l’alphabet. Dans ces sortes de chants, assez fréquents dans la Bible, la marche des idées est un peu flottante ; les versets se suivent comme des sentences. Il en est ainsi dans notre psaume. Nous pouvons cependant distinguer trois sections : 1. Un regard plein de confiance vers Dieu ; 2. Dieu est miséricordieux et fidèle ; 3. Nous le prions de nous garder au milieu de nos ennemis. Quelques versets sont si beaux qu’il faudrait les apprendre par cœur et en faire des oraisons jaculatoires.

Faisons-en l’application à l’Avent. Le chant de “ l’espoir et de la Rédemption ” est un psaume typique de l’Avent. Ce n’est pas sans raison qu’il prend place, le premier dimanche de l’Avent, dans l’introït, le graduel et l’offertoire de la messe. Le psaume 24 contient en effet toutes les pensées et tous les sentiments dont nous avons besoin pendant l’Avent. Il respire la confiance et l’espoir. Il nous parle des aspirations et des désirs de l’âme qui cherche le secours. Les sentiments de pénitence s’y trouvent aussi. On peut citer quelques versets typiques qui pourront servir de leitmotiv pour l’Avent. “ Vers toi, j’élève mon âme. ” “ Aucun de ceux qui espèrent en toi, ne sera confondu. ” Il est question des “ chemins ” et des “ sentiers ” du Seigneur. “ J’ai les yeux tournés vers le Seigneur ”, “ J’espère en toi. ” On trouve très peu de psaumes qu’on puisse aussi facilement, sans faire violence au sens littéral, adapter aux desseins de la liturgie, que celui-ci. Il n’en est que plus aisé de répondre aux désirs de la liturgie et d’exprimer, au moyen de ce psaume, nos désirs et notre préparation de l’Avent. Les pensées principales de ce psaume, dans lesquelles il faut chercher l’accent liturgique, ont été extraites par l’Église pour constituer l’Introït et l’Offertoire, et, dans le Graduel, elle les réunit pour en former comme un bouquet. Ces versets doivent aider notre vie de prière pendant l’Avent et lui donner la tonalité juste.

On n’arrivera à aimer les psaumes que si on les récite souvent, que si on les répète sans cesse. C’est ainsi qu’ils pénétreront dans notre âme comme un chant favori. Une bonne résolution à prendre pendant l’Avent serait celle de nous rendre familier un des quatre psaumes de l’Avent.

VENDREDI APRÈS LE 1er DIMANCHE

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DE L’AVENT

La Vierge concevra

1. Lecture de l’Avent. — Le Prophète nous fait entendre la prophétie messianique de la naissance virginale du Rédempteur (VII, 10-15) (nous lisons aussi ce passage dans la messe Rorate). Isaïe (VII, 10-15) est envoyé vers le roi Achaz, avec mission de lui proposer de demander un signe miraculeux du ciel, comme preuve que Dieu l’aidera contre ses ennemis. Achaz refuse cette preuve de grâce avec dédain. C’est pourquoi Dieu promet un signe miraculeux dans l’avenir et en même temps un jugement pour Israël : Le Christ né de la Vierge Marie : “ En ces jours, le Seigneur parla ainsi à Achaz : demande pour toi un signe du Seigneur, soit dans les profondeurs de l’enfer, soit dans les hauteurs du ciel. Mais Achaz dit : je n’en demanderai pas et je ne tenterai pas le Seigneur. Alors le prophète parla : écoutez donc, écoutez vous autres de la maison de David. N’est-ce donc pas assez d’importuner les hommes que vous voulez importuner votre Dieu lui-même ? C’est pourquoi le Seigneur vous donnera lui-même un signe. Voici qu’une Vierge concevra et enfantera un fils et son nom sera appelé Dieu avec nous (Emmanuel), il mangera de la crème et du miel jusqu’à ce qu’il puisse rejeter le mal et choisir le bien. ”

Ce passage convient tout à fait à l’Avent. Le Prophète esquisse, devant nos yeux, une image charmante : la Vierge Mère avec le divin Emmanuel.

2. Chants de l’Avent. — C’est vers ce Rédempteur que l’Église soupire dans ses chants :

C’est le Sauveur, le Seigneur Jésus-Christ que nous attendons.

Il transformera notre pauvre corps et le rendra semblable à son Corps de gloire.

C’est pourquoi mettons de la sobriété, de la justice et de la piété dans notre vie en ce monde ; cependant nous attendons, dans la bienheureuse espérance, la manifestation de la gloire de notre grand Dieu ”.

Je t’en prie Seigneur, envoie Celui que tu dois envoyer,

Vois la misère de ton peuple.

Comme tu l’as promis, viens et délivre-nous,

Toi qui diriges le peuple de Joseph comme une brebis,

Toi dont le trône est au-dessus des Chérubins” (Répons).

Les chants qui accompagnent le lever et le coucher du soleil sont les suivants : “ Voici qu’il va venir l’Homme-Dieu, de la maison de David, il prendra place sur son trône, Alleluia ” (Ant. Ben.).

Dès le matin l’Église nous montre le soleil levant : Voyez le soleil se lever ; c’est ainsi que viendra le Seigneur. “ D’Égypte, j’ai rappelé mon Fils ; Il viendra pour sauver son peuple” (Ant. Magn.).

3. Les saints de l’Avent. — Pour vivre vraiment de la vie de l’Avent, il serait désirable que nous ne célébrions qu’un tout petit nombre de fêtes de saints. Quand on attend le Roi, ses serviteurs passent au second plan. C’est pourquoi nous n’insisterons pas sur les fêtes des saints, à moins que nous ne puissions faire entrer le culte des saints dans notre préparation à la fête de Noël. Nous envoyons les saints comme précurseurs au-devant du Roi qui va venir, ou bien nous nous revêtons de leur livrée, pour nous avancer nous-mêmes au-devant du Roi. En parcourant le calendrier des saints, nous essaierons d’établir une relation entre leur culte et l’Avent. Parfois, ce sera très facile, par exemple, pour sainte Lucie (Lucie = la brillante, reflet de la lumière de l’Avent). Un certain nombre de saints sont considérés, dans les habitudes populaires, comme des précurseurs de Noël, par exemple le grand bienfaiteur saint Nicolas. On n’a pas besoin de rappeler que la fête de l’Immaculée-Conception appartient tout à fait à l’Avent.

SAMEDI APRÈS LE 1er DIMANCHE

Index

DE L’AVENT

Un entant nous est né

1. Lecture de l’Avent. — Nous lisons aujourd’hui une prophétie messianique d’Isaïe que nous entendrons de nouveau à l’heure sainte des matines de Noël (Is. IX, 1-16) :

Il opprime d’abord le pays de Zabulon et le pays de Nephtali ;

Mais ensuite viendront de nouveaux honneurs

Aux pays qui tombent à la mer, au pays d’au-delà du Jourdain et au district des Gentils ;

Le peuple qui marchait dans les ténèbres voit une grande lumière.

Et sur ceux qui habitaient les pays de l’ombre et de la mort se lève une lumière.

Tu multiplieras ton peuple et lui accorderas une grande joie,

II se réjouira devant toi comme on se réjouit à la moisson, comme on pousse des cris d’allégresse en partageant le butin ;

Car le joug pénible qui pesait sur lui tu l’as brisé comme à la journée de Madian

Ainsi que la verge qui frappait son épaule et le bâton de son exécuteur

Car toute armure de guerrier sera le butin du feu

Et tout manteau sanglant sera la proie des flammes ;

Car un enfant nous est né, un fils nous a été donné ;

Sur ses épaules repose l’empire et on le nommera

Conseiller admirable, Dieu fort, Père de l’avenir. Prince de la paix ;

II sera assis sur le trône de David pour accomplir son alliance,

Pour l’établir et l’affermir par e droit et la justice, dès maintenant et pour toujours.

Le zèle du Seigneur des armées fera cette œuvre. ”

Ce passage est une des plus importantes prédictions des Prophètes.

2. Chants de l’Avent. — C’est vers cet enfant-Roi que l’Eglise soupire dans ses chants :

Voici que viennent les jours, dit le Seigneur,

Et je susciterai à David un rejeton juste.

Il régnera comme Roi et sera sage

Il exercera le droit et la justice sur la terre

Et voici le nom qu’on lui donnera :

Notre Seigneur juste.

En ces jours, Juda sera sauvé

Et Israël habitera dans la sécurité ” (Répons)

Dès le matin, l’Église se console ainsi : Sion, ne crains pas, ton Dieu va venir, Alleluia.

3. Désirs ardents. — Notre premier guide à travers l’Avent nous prêche l’attente et le désir. Tous les jours nous chantons et nous disons après lui : “ Cieux, répandez votre rosée ; nuages, laissez tomber, comme une pluie, le Juste. Que la terre s’entr’ouvre et fasse germer le Sauveur. ” Demandons-nous, une bonne fois, ce que signifie cette parole : nous devons pendant l’Avent avoir un grand désir du Sauveur !

Jetons d’abord nos regards sur la nature. Le champ ne reçoit la semence que lorsque la charrue l’a pénétré et ouvert. Le labourage est, pour ainsi dire, le désir du champ. Quand, pendant l’été, le soleil impitoyable a brûlé les champs et les prés, que pendant des semaines il n’est pas tombé une goutte d’eau, le sol a soif d’eau. Le champ aspire à l’eau. Pour que la nourriture soit profitable il faut que nous ayons la sensation de la faim. La faim est l’aspiration de l’organisme. Dans la vie physique, il y a des aspirations naturelles qui sont une préparation et une condition préalable pour la croissance et la fécondité.

Regardons maintenant vers la vie naturelle de l’homme. Le désir est le sentiment primitif et foncier du cœur humain. Y a-t-il un homme qui ne désire plus rien ? L’enfant se bâtit déjà des châteaux en Espagne. Quelle soif de bonheur n’ont pas les hommes ! Le cœur humain est un abîme qui demande toujours davantage. “ La sangsue a deux filles qui s’appellent : Toujours plus, toujours plus” (Prov. XXX, 15). Combien est grande la faim de l’or chez l’homme ! Combien sont violents et difficiles à dompter les instincts sensuels et les passions de l’homme ! L’ardeur du cœur humain pour les biens de la terre est donc très grande. Et ces désirs, semblables à l’eau sous pression, tendent sans cesse à faire irruption et à se satisfaire.

La nature, selon la volonté de Dieu, est l’image de la surnature. Pourquoi les forces puissantes qui sont dans l’homme ne pourraient-elles pas être mises au service du divin ? Oui, l’homme peut avoir le désir ardent du divin. Dieu s’en servit comme moyen d’éducation pour préparer à la venue du Christ. Il fallait amener les Juifs et les Gentils à désirer le Rédempteur. Les Juifs y furent amenés par la voix des Prophètes ; les païens, par la connaissance de la ruine complète de leur vie spirituelle et morale. C’est pourquoi on entend retentir dans l’antiquité ce cri : Cieux répandez votre rosée et laissez descendre le Juste.

Or, depuis la venue du Rédempteur, le désir n’est pas éteint. Le grand saint Augustin a prononcé cette parole célèbre : “ Notre cœur est sans repos tant qu’il ne se repose pas en Dieu. ” Les biens terrestres ne peuvent étancher la soif du cœur humain ; Dieu seul peut le rassasier.

Posons maintenant cette question : Comment pouvons-nous désirer le Rédempteur, puisque nous le possédons déjà ? Est-ce que le désir de l’Avent ne doit être qu’un sentiment confus, sans valeur réelle ? Entendons ce désir comme un désir concret, l’aspiration à la Rédemption et au royaume de Dieu. Le Notre Père contient dans ce sens une prière d’Avent : “ Que ton règne nous arrive. ” Que veut dire cela ? L’âme doit être conquise pour Dieu, elle doit devenir le royaume de Dieu. L’est-elle déjà ? L’est-elle complètement ? N’y a-t-il aucune région dans cette âme où règnent le monde, le moi, le diable ? — Nous sommes les membres du Christ, mais est-ce que le membre que nous sommes est entièrement rempli de la vie divine ? Ayons donc lé désir d’une vie divine complète, le désir de la domination absolue de notre âme par Dieu. Voilà ce que signifie le désir de l’Avent.

Le Christ doit régner sur toutes les forces de notre âme. L’intelligence doit avoir soif de la connaissance divine, afin de pouvoir connaître la profondeur, la hauteur et la longueur de l’état chrétien. La volonté. doit être remplie de la force et de la grâce du Christ, afin de pouvoir accomplir ce que Dieu exige d’elle. Ah ! comme elle est donc faible notre volonté humaine ! Le cœur, qui est souvent si froid ou si tiède, doit s’enflammer d’ardeur pour son Roi Jésus-Christ. Il n’a que trop de passion encore pour les biens terrestres. Toutes nos puissances, toutes nos facultés doivent tendre vers l’action vertueuse. En d’autres termes : nos désirs ardents, pendant l’Avent, doivent être le sentiment de notre besoin de Rédemption.

Nous pouvons encore entretenir ces désirs d’une autre manière, en désirant pour les. païens de chez nous et ceux des pays lointains. Ce désir doit nous porter à nous préoccuper des âmes. Prions pour ceux qui ne désirent pas encore le Rédempteur. Disons tous les jours pendant l’Avent, avec ferveur et désir d’être exaucés : Adveniat regnum tuum. Ainsi nos aspirations, pendant l’Avent, ouvriront le champ de notre âme pour la semence de la nouvelle année liturgique.

3. Samedi soir : Le soir nous récitons déjà et nous chantons les Vêpres du second dimanche. Les antiennes sont de nouveau remplies de l’attente de l’Avent : “ Voyez, dans les nuées du ciel, le Seigneur va venir avec une grande puissance, Alleluia. ” Puis nous nous tournons vers la ville de Jérusalem. Demain nous entendrons beaucoup parler d’elle : “ La ville de notre force est Sion, le Sauveur est établi en elle comme mur et avant-mur ; ouvrez les portes, car Dieu est avec nous, Alleluia. ” Et de nouveau l’Église nous console : “ Voici que le Seigneur va paraître et il ne mentira pas ; s’il tarde, attends-le, car il viendra et l’attente ne sera pas longue, Alleluia. ” A l’arrivée du Seigneur, la Création louera Dieu : “ Les montagnes et les collines chanteront au Seigneur un cantique de louange et tous les arbres des forêts applaudiront, parce que le Seigneur souverain viendra dans son royaume éternel. ” Son arrivée sera aussi pour nous une illumination : “ Voici que le Seigneur va venir avec puissance et il illuminera les yeux de ses serviteurs, Alleluia. ” A Magnificat, nous chantons avec supplication ardente : “ Viens, Seigneur, visite-nous dans la paix afin que nous nous réjouissions devant Toi, d’un cœur parfait. ”

DEUXIÈME SEMAINE DE L’AVENT

L’EPOUSE SE PREPARE

Le Seigneur vient dans sa ville de Jérusalem. Jérusalem, la ville et en même temps l’épouse du grand Roi, se pare et s’apprête à le recevoir solennellement. C’est le second message de l’Avent ; c’en est en même temps le progrès et le développement.

L’Église. — Le Sauveur raconta un jour une parabole singulière. Un homme trouva, dans le champ qu’il avait loué, un grand trésor ; il s’en alla alors rapidement, rassembla tout son avoir, afin d’acheter le champ et d’entrer ainsi en possession du trésor. Le Seigneur raconte encore une parabole semblable à la première. Un marchand eut connaissance d’une perle grosse et rare ; il vendit tout ce qu’il possédait, afin d’acquérir la perle. Je comparerais volontiers les paraboles du Seigneur à des noix ; elles ont souvent une écorce rude et grise, sans apparence et dure ; mais elles ont un noyau délicieux qui reste intact pendant tous les siècles. Quand on sait briser ces noix, on a la révélation d’un grand et profond mystère du royaume de Dieu. Combien de fois, au cours des dernières années, avons-nous pensé à cette double parabole ! Il nous est arrivé ce qui arriva au cultivateur et au marchand. Nous avons trouvé un grand trésor. Nous osons le dire avec une sainte fierté. Devons nous répandre ce trésor devant le monde ? C’est un grand coffre rempli d’or et de pierres précieuses. Qu’y trouvons-nous ? La messe, l’année liturgique, la Bible, le Christ, l’Église, la vie divine ; bref, la vie dans l’Église. Tels sont les trésors que nous avons déterrés. Que les pharisiens n’aillent pas nous dire : Oh ! il y a longtemps que tout cela existait. Non, cela n’existait pas, cela était oublié. Et vous qui parlez ainsi, vous n’avez pas encore découvert le trésor. Réjouissons-nous, ce sera là une grande partie de notre joie de l’Avent, réjouissons-nous d’avoir trouvé le trésor. Aujourd’hui est le jour d’honneur de l’Église, de notre Mère l’Église. Allons à sa rencontre et disons-lui : O Mère, nous ne faisons que commencer à te connaître. Tu es notre royaume de Dieu, tu es le corps du Christ ; c’est toi qui nous donnes ce que nous avons de plus grand, la vie divine ; tu es plus que notre mère selon la chair, tu es notre Mère, celle qui a enfanté en nous la vie divine. Et la promesse que nous t’apportons, en ce jour qui est ton jour d’honneur, est celle-ci : nous voulons vivre avec l’Église.

DEUXIÈME DIMANCHE

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DE L’AVENT

STATION A SAINTE CROIX DE JERUSALEM

Dimanche dernier nous entendions mainte parole de pénitence et d’avertissement, nous entendions le grondement du tonnerre annonçant le retour du Seigneur pour juger le monde. Aujourd’hui nous entendons seulement des messages joyeux. Nous pouvons les résumer dans cette parole : voici venir le royaume de Dieu. Nous savons déjà ce qu’il faut entendre par ce mot. Le royaume de Dieu a sa manifestation extérieure dans l’Église, l’Épouse du Christ ; dans nos âmes, c’est la vie divine ; du point de vue du Christ, c’est son corps mystique. C’est ce royaume de Dieu que veut instaurer le Seigneur qui va venir. Aujourd’hui nous devons apprendre de nouveau à apprécier le grand bonheur de faire partie du royaume de Dieu. Ce dimanche est une fête du royaume de Dieu. La liturgie nous le montre d’abord dans le symbole de Jérusalem.

1. Jérusalem. — Aujourd’hui, l’Église occidentale se rend à la messe à “ Jérusalem ”. L’église de station, “ Sainte-Croix de Jérusalem ” était considérée par les chrétiens de Rome comme leur Jérusalem.

Que signifie pour nous Jérusalem ? Dans les fouilles des cités antiques, il n’est pas rare de découvrir un certain nombre de couches superposées. La ville a été détruite par la main des ennemis et sur ses fondements on en a bâti une nouvelle ; aujourd’hui les fouilles font apparaître ces couches différentes, on trouve pour ainsi dire des villes superposées. Notre Jérusalem présente trois ou même quatre de ces couches.

Nous voyons d’abord apparaître la Jérusalem du pays de Judée, cette ville vénérable où le Seigneur Jésus a commencé sa mission de Rédempteur, où il a souffert, où il est mort. C’est la Jérusalem juive pour laquelle nous devons avoir un grand respect. Celui qui a le bonheur de faire un pèlerinage en Terre Sainte pénétrera avec un frisson dans cette ville.

Pourtant cette Jérusalem est périmée. Sur ces fondements, une autre Jérusalem s’est bâtie : la Jérusalem des chrétiens qui est le royaume de Dieu sur la terre, la sainte Église. Cette Jérusalem est toujours debout, c’est elle que le divin Roi doit visiter à Noël. Nous comprenons maintenant pourquoi, dans cette semaine, on nous parlera tant de Jérusalem. Nous devons commencer dès maintenant nos préparatifs pour la visite du grand Roi. Nous devons orner cette Jérusalem et lui donner sa parure de fête. Nous devons mettre en état les chemins et les rues pour que le Sauveur puisse venir. Maintenant aussi, nous comprenons la parole du Précurseur : “ Préparez les voies du Seigneur, rendez droits ses sentiers, toute vallée sera comblée et toute montagne sera abaissée ”. Quel message nous apporte donc, aujourd’hui, notre sainte Mère l’Église ? Le Seigneur vient dans la Jérusalem des chrétiens, dans l’Église.

Mais cette ville a encore un troisième étage. Au-dessus de la seconde Jérusalem s’en élèvera une troisième, la Jérusalem céleste, quand les temps seront accomplis.

L’Église pense déjà à cette Jérusalem dans ses chants. Dans l’Avent nous attendons aussi le Sauveur qui doit venir au dernier jour pour nous introduire tous dans la Jérusalem céleste.

Enfin nous pouvons découvrir une quatrième Jérusalem, c’est notre âme. Le Roi veut aussi faire son entrée dans cette Jérusalem et c’est cette Jérusalem qu’il nous importe spécialement d’orner et de préparer — cela aussi est une tâche de l’Avent.

Au point culminant du Cycle de Noël, à l’Épiphanie, l’Église nous annoncera le message de joie : “ Illumine-toi Jérusalem, car la gloire du Seigneur s’est levée sur toi. ” C’est là le but. Aujourd’hui, pour recevoir la visite du grand Roi, nous devons faire des préparatifs dans Jérusalem. C’est la tâche de cette semaine. L’Église dit dans son oraison : “ Éveille nos cœurs pour préparer les voies à ton Fils unique, afin que nous puissions le servir avec un cœur purifié ”. Nous devons préparer cette Jérusalem en lui donnant les ornements des jours de fête, nous devons construire des routes afin que l’Époux puisse venir. Au temps de l’empire romain, les empereurs aimaient à se rendre de ville en ville et à les visiter, on appelait ces visites : épiphanie ou parousie. C’était pour les villes honorées de cette visite un événement capital ; des mois entiers, on faisait des préparatifs, on construisait des rues... Faisons de même dans la Jérusalem de notre âme. Dans l’antienne de la Communion, nous nous tenons au haut du poste d’observation et nous voyons de loin venir le Seigneur. A l’Évangile a paru le Précurseur, saint Jean, il va se hâter vers la ville de Jérusalem pour annoncer la visite du Roi.

Dans la prière des Heures on chante de nombreux cantiques en l’honneur de cette Jérusalem :

Voici que le Seigneur vient et tous ses saints avec lui

Et il se lèvera dans ces jours une grande lumière

Et ils sortiront de Jérusalem comme une eau pure

Et le Seigneur régnera dans l’éternité sur tous les peuples ;

Voici que le Seigneur va venir avec force et il a dans sa main la royauté, la puissance et l’empire ” (Répons).

Jérusalem, tu planteras une vigne sur tes montagnes

Et tu tressailliras de joie parce que le jour du Seigneur vient ;

Lève-toi, Jérusalem, retourne-toi vers le Seigneur ton Dieu ;

Réjouis-toi et exulte, Jacob,

Car du milieu des Gentils viendra ton Sauveur ;

Tressaille de joie, fille de Sion, jubile, fille de Jérusalem ” (Répons).

Les chants de la messe, aujourd’hui, sont entièrement consacrés à Jérusalem : “ Peuple de Sion, le Seigneur va venir pour sauver les Gentils. Le Seigneur fait entendre sa voix pour la joie de votre cœur (Intr.). “ De Sion resplendit l’éclat de Sa gloire : Dieu va venir, d’une manière visible. Rassemblez autour de lui ses saints qui ont conclu avec lui l’alliance du sacrifice ” (Grad.). “ Jérusalem lève-toi et monte à l’observatoire et vois la douceur qui va te venir de ton Dieu ” (Comm.). Sion, ville de notre force, le Sauveur est en toi comme un mur et un avant-mur : ouvre largement tes portes car Dieu est avec nous, Alleluia ” (Ant. laudes).

Ces cantiques de Sion nous suffiront pour aujourd’hui. Mais la liturgie nous montre encore le royaume de Dieu en d’autres symboles.

2. Le nouveau Paradis terrestre. — Le Prophète nous décrit le royaume de Dieu comme un royaume de paix, un nouveau paradis terrestre (XI, 1-16).

Il sortira un rameau de la racine de Jessé

Et une fleur croîtra de sa racine

Et l’Esprit du Seigneur reposera sur lui,

L’EsprIt de sagesse et d’Intelligence,

L’Esprit de conseil et de force,

L’Esprit de science et de piété

Et l’Esprit de la crainte du Seigneur Le remplira.

Il ne jugera pas d’après ce qui paraît aux yeux,

Il ne se prononcera pas d’après ce qu’entendent les oreilles,

Mais Il jugera les pauvres selon la justice

Et, pour les petits de la terre, Il décidera en équité.

Il frappera le méchant de la verge de Sa bouche

Et du souffle de Ses lèvres, Il tuera l’impie.

La justice sera la ceinture de Ses flancs

Et la vérité la sangle de Ses reins. ”

De qui parle le Prophète ? Quel est ce rameau qui sort d’une racine et produit une fleur charmante ? La racine est le roi David, fils d’Isaï ou Jessé. De David descend Marie ; c’est le rameau verdoyant et la fleur est Jésus-Christ notre Rédempteur. Le Prophète voit ensuite le Messie rempli des sept dons du Saint-Esprit. Ces sept dons du Saint-Esprit, nous les avons reçus nous-mêmes dans le sacrement de Confirmation. Devant les yeux du Prophète, la figure du Messie grandit. Ce n’est plus seulement la fleur du rameau de Jessé. C’est un Roi puissant père et protecteur des pauvres. C’est aussi un juge équitable des bons et des méchants. Le Prophète nous parle ensuite de son royaume qui est la sainte Église.

Alors le loup habitera avec l’agneau,

Avec le chevreau se couchera la panthère

Et le veau et le lionceau mangeront ensemble

Et un petit garçon les mènera.

Et la vache et l’ourse paîtront ensemble

Et leurs petits auront le même gîte

Et le lion mangera de la paille comme le bœuf

Et le nourrisson jouera devant le trou de la vipère

Et l’enfant qui vient d’être sevré mettra sa main sur la caverne du basilic

Et il arrivera en ce jour-là

Que le rejeton de Jessé sera un signe de ralliement pour les peuples ;

Les nations le rechercheront

Et son sépulcre sera glorieux. ”

Voilà encore une belle prophétie. Au Paradis terrestre, toutes les bêtes étaient apprivoisées. La même chose doit se produire dans le nouvel Eden du royaume de Dieu. Assurément il faut savoir comprendre cette prophétie. Extérieurement, la terre demeure une vallée de larmes et les bêtes sauvages ne sont pas apprivoisées. Mais la prophétie est symbolique. Le Paradis terrestre sera dans les cœurs, dans les âmes des enfants de Dieu. Le prophète songe à la paix du Christ “ que le monde ne peut donner ”, à cette paix “ qui surpasse tout sentiment ” et que les anges chanteront au moment de la naissance du Christ dans les plaines de Bethléem.

3. Concorde et amour. — Saint Paul lui aussi va nous apporter un joyeux message du royaume de Dieu. Dès l’Introït de la messe, l’Église a chanté : “ Peuple de Sion, le Seigneur va venir pour sauver les Gentils. ” C’est là le message de l’Apôtre des Gentils. Il montre dans l’Épître que le Christ est venu pour les deux parties de l’humanité séparées jusqu’ici : les Juifs et les Gentils. Dieu manifesta sa fidélité en faisant naître le Christ dans le peuple juif “ afin d’accomplir les promesses faites à nos pères ”. Quant aux Gentils qui n’ont reçu aucune promesse “ ils louent Dieu à cause de sa miséricorde ”. Saint Paul s’arrête à cette pensée et cite une série de textes de l’Écriture qui montrent comment Dieu a témoigné sa miséricorde aux Gentils dans le Christ. Pour nous, les descendants des païens, ces paroles ont de l’importance : nous apprécierons le bonheur de notre vocation. Mais c’est à tous que saint Paul prêche la concorde et l’amour. Dans la nouvelle Jérusalem, nous sommes tous unis et nous ne formons qu’un seul peuple.

4. Le Sauveur. — C’est tout d’abord l’Église qui parle de Jérusalem, ensuite le Prophète nous annonce le royaume de Dieu qui va venir, saint Paul nous parle de la réconciliation des peuples. C’est maintenant le : Christ lui-même qui va nous parler dans l’Évangile : “ Allez et rapportez à Jean ce que vous avez entendu et vu : les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts ressuscitent, les pauvres sont évangélisés et bienheureux celui qui n’aura pas été scandalisé à mon sujet. ” Là encore, il nous faut bien comprendre ce que le divin Maître dit. Dans le royaume de Dieu, tous ces miracles se produisent chaque jour, à chaque heure. Dans ce royaume le Seigneur est continuellement le grand médecin : Il guérit les aveugles qui ne voient pas les réalités célestes. Il fait marcher les boiteux vers l’éternité. Il purifie les lépreux de la lèpre du péché ; c’est lui qui ressuscite les morts. Dans ce peu de mots, le Sauveur nous a décrit d’une manière précise son royaume divin. Cependant, dans l’Évangile, il veut nous faire entendre quelque chose encore : Il nous présente son Précurseur comme modèle de notre attente pendant l’Avent, comme modèle pour tous ceux qui cherchent Dieu. Il nous le présente en même temps comme notre guide pendant l’Avent.

Nous avons entendu aujourd’hui des vérités importantes sur le royaume de Dieu et c’est ce divin royaume que nous apporte le Seigneur qui va venir.

LUNDI APRÈS LE 2ème DIMANCHE

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DE L’AVENT

Le Seigneur vient pour la nuit sainte et pour la nuit terrible

1. Lecture de l’Avent. — Le Prophète nous présente aujourd’hui un sombre tableau : Babylone, la ville du prince de ce monde, destinée au châtiment et à la destruction (chap. XIII).

Voici que vient le jour du Seigneur, le jour terrible,

Le jour de colère et de courroux enflammé ;

II fera du pays un désert et détruira les pécheurs

Et les étoiles ne brilleront plus de leur éclat.

Le soleil s’obscurcira à son lever et la lune ne brillera plus

Car je châtie le monde pour sa méchanceté

Et les pervers pour leur faute.

Et je rabaisse la fierté des superbes

Et j’amortis l’orgueil des tyrans ;

C’est pourquoi le ciel tremble,

La terre s’ébranle devant la colère du Seigneur des armées...

Jamais plus (le pays) ne sera peuplé,

Il ne sera pas habité de génération en génération ;

Aucun Arabe n’y dressera sa tente,

Aucun pasteur n’y campera plus.

Vos demeures seront remplies de hiboux,

Les autruches viendront y demeurer,

Les cabris viendront y bondir

Et les chacals hurleront dans ses palais

Et les hyènes dans ses châteaux voluptueux. Son temps approche,

Ses jours ne sont plus éloignés. ”

Les paroles du Prophète se sont réalisées depuis longtemps. Babylone est un monceau de ruines, symbole de la destruction de toute puissance terrestre. Ainsi le Messie vient pour la bénédiction des bons, à Jérusalem, pour la malédiction des mauvais, à Babylone.

2. Chants de l’Avent. — Ces chants ont encore pour objet Jérusalem.

Les profanes ne traverseront plus Jérusalem,

Car en ce jour les montagnes distilleront la suavité

Et les collines feront couler du lait et du miel.

Dieu viendra du Liban

Et le Saint, de la Montagne ombragée et sombre. ”

Comme une mère console ses enfants, je veux vous consoler, dit le Seigneur,

Et de Jérusalem viendra du secours, de la ville que j’ai choisie,

Et vous verrez et votre cœur se réjouira,

Dans Sion j’apporterai le salut

Et ma gloire dans Jérusalem. ”

Les chants du lever et du coucher du soleil ont trait au Roi qui va venir :

Du ciel viendra le Souverain, le Seigneur ; il a dans sa main honneur et empire” (Ant. Ben.).

Voici que va venir le Roi, le Seigneur de la terre et il enlèvera le joug de notre captivité” (Ant. Magn.).

Quelle belle perspective ! Le soleil est pour la liturgie l’image du Roi ; dans l’esprit de l’Avent, nous sommes encore sous le joug de la servitude.

3. Le psaume 79. — Parmi les quatre psaumes de l’Avent, le psaume 79 est le plus intimement mêle à l’Avent. C’est ce que montre déjà l’oraison typique de l’Avent qui apparaît en cinq variantes : “ Excita potentiam tuam et veni. ” “ Éveille ta puissance et viens ”. Ces paroles sont empruntées à notre psaume.

Le psaume 79 est une élégie très poétique. Israël, la vigne autrefois fertile de Dieu, gît déserte (c’est l’exil de Babylone) et abandonnée au caprice de ses ennemis. Le psalmiste implore le retour de l’antique magnificence. Ce qu’il faut remarquer surtout, c’est la belle parabole de la vigne et le refrain plein d’effet qui revient à la fin de chaque strophe.

I

Pasteur d’Israël, prête l’oreille, toi qui conduis Israël comme un troupeau ;

Toi qui trônes sur les Chérubins,

parais dans ta splendeur devant Ephraïm, Benjamin et Manassé.

Réveille ta puissance et viens pour nous racheter.

Seigneur Dieu des armées, rétablis-nous, montre-nous ta face et nous serons sauvés.

II

Seigneur, Dieu des armées, jusqu’à quand seras-tu irrité quand ton peuple te prie ?

Tu nous as nourris du pain des larmes, tu nous a abreuvés d’une boisson de larmes.

Tu as fait de nous un objet de risée pour nos voisins et nos ennemis se raillent de nous.

Seigneur Dieu des armées, rétablis-nous, montre-nous ta face et nous serons sauvés.

III

Tu as transplanté de l’Egypte une vigne, tu as arraché le plant païen et tu l’as établie ;

Tu as été un conducteur devant son visage, tu as enfoncé ses racines et elle a rempli la terre.

Son ombre couvrait les montagnes et ses rameaux les cèdres de Dieu.

Elle étendait ses branches jusqu’à la mer et ses rejetons jusqu’au fleuve (de l’Euphrate).

Et maintenant pourquoi as-tu détruit son mur ? ? Tous les passants la dévastent.

Le sanglier de la forêt la dévore et les bêtes des champs en font leur pâture.

Seigneur, Dieu des armées, rétablis-nous, montre-nous ton visage et nous serons sauvés.

IV

Regarde du haut du ciel et vois et visite cette vigne ;

Rétablis ce que ta droite a planté et le fils que tu t’es choisi.

Ceux qui la brûlent et la dévastent, fais-les brûler devant la menace de ta face.

Étends ta main sur l’homme de ta droite, sur le fils que tu as élevé.

Et maintenant ne nous laisse plus être infidèles, rends-nous la vie et nous te louerons.

Seigneur Dieu des armées, rétablis-nous, montre-nous ta face et nous serons sauvés.

Ordre des idées. Le psaume est partagé, par le retour du même refrain, en quatre strophes :

1. Strophe : Demande de secours dans la confiance au Dieu bienveillant et tout-puissant.

2. Strophe : Lamentation (Israël est profondément abattu).

3. Dans la charmante parabole de la vigne le psalmiste rappelle les soins aimants que Dieu a pris d’Israël, mais aussi le châtiment qu’il lui a infligé.

4. Strophe : Nouvel appel au secours.

Application liturgique. Est-il possible de mettre dans la bouche d’un chrétien en prière ce cantique poétique qui concerne entièrement le sort d’Israël ? Oui, c’est possible. Des psaumes comme celui-ci, qui ont un arrière-plan historique, sont des paraboles de prière. L’important est de trouver le point de comparaison. Quand on l’a trouvé, il est facile d’entendre la parabole. Ce qui ne sert pas à la comparaison n’est qu’un ornement accessoire de l’image. Quel est ici le point de comparaison ? L’exil et le retour des Juifs est l’image de l’état de non-rédemption et de rédemption par le Christ. La vigne est l’Église, dévastée par les péchés de ses membres, rétablie par le Christ. Tant que nous sommes sur la terre, nous vivons en exil. Le retour final dans la Jérusalem céleste aura lieu au moment du retour du Christ, Maintenant nous n’aurons pas de peine à comprendre l’usage de ce psaume pendant l’Avent, Les deux grands sentiments de l’Avent : le besoin de rédemption et le désir ardent du Christ, trouvent une expression puissante dans notre psaume. C’est pourquoi il est te chant d’Avent de l’Église.

MARDI APRÈS LE 2ème DIMANCHE

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DE L’AVENT

Dans tes mains sont placées la mort et la vie

1. Lecture de l’Avent. — Le Prophète nous conduit aujourd’hui dans l’enfer et chante ses célèbres sarcasmes contre le roi de Babylone (XIV, 1-15).

Comment donc a fini le tyran, comment a cessé l’oppression !

Dieu a brisé le sceptre du chef impie

Qui frappait les peuples de coups innombrables,

Qui assujettissait les peuples sous le joug, sans ménagement.

Maintenant le monde est tranquille et se repose, il tressaille de joie.

Les pins eux-mêmes se réjouissent à ton sujet et les cèdres du Liban ;

Depuis que tu es vaincu, personne ne se lève plus pour nous abattre,

L’enfer est dans l’agitation pour te recevoir,

Il excite contre toi les ombres, les princes du monde,

Il ordonne de se lever de leur trône, aux rois des peuples ;

Voici que tous se. lèvent et te parlent :

Te voilà donc affaibli comme nous, devenu semblable à nous ?

Précipité dans l’enfer est ton orgueil ainsi que le bruit des harpes,

Tu es couché sur la pourriture, couvert de vers.

Comment es-tu tombé du ciel, étoile du matin ?

Te voilà écrasé à terre, toi le dompteur des peuples,

Tu pensais en toi-même : je m’élèverai jusqu’au ciel

Au-dessus des étoiles de Dieu j’établirai mon trône,

Je placerai mon trône sur la montagne de l’assemblée aux extrêmes confins de l’Aquilon,

Je m’élèverai dans les hauteurs des nuées, je serai semblable au Très-Haut ;

Et te voilà précipité dans l’enfer, dans l’abîme des profondeurs. ”

L’Église aime appliquer ce passage à la chute de l’ange Lucifer (Lucifer = étoile du matin) au matin de la création. Ce chant est pour nous d’une force saisissante. Il ne s’applique pas aux enfants de Dieu que nous sommes, mais il s’applique à l’homme inférieur et non racheté que nous portons en nous.

2. Chants de l’Avent. — Avec ardeur nous implorons dans ces chants le Seigneur qui va venir et nous demandons son royaume.

Que des montagnes jaillisse la douceur et des collines la justice,

Car la lumière du monde, le Seigneur, vient avec puissance, De Sion sort la loi

Et la “ Parole” du Seigneur, de Jérusalem ” (Répons).

Montagnes d’Israël étendez vos rameaux, Fleurissez et portez des fruits ;

Voici qu’approche le moment où viendra le jour du Seigneur ;

Cieux, répandez votre rosée et que les nuées fassent pleuvoir le juste ;

Que la terre s’entr’ouvre et fasse germer le Rédempteur ” (Répons).

L’antienne de Bénédictus est aujourd’hui un vrai cantique du soleil : “ Au-dessus de toi, Jérusalem, le Seigneur se lèvera comme le soleil et sa gloire paraîtra en toi. ”

Ce verset nous donne la synthèse la plus concise de cette semaine. Le soir, le Précurseur nous rappelle notre devoir de préparer les voies : “ Voix du crieur dans le désert : Préparez les voies du Seigneur, aplanissez les sentiers de notre Dieu ”.

MERCREDI APRÈS LE 2ème DIMANCHE

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DE L’AVENT

Heureux ceux qui l’attendent

1. Lecture de l’Avent. — Le prophète apporte une consolation à Jérusalem accablée (XXX, 18-28).

Le Seigneur attend pour avoir pitié de vous

Et il, se lèvera pour vous épargner,

Car Il est un Dieu de Justice.

Heureux ceux qui l’attendent

Oui peuple qui habites Sion,

Tu ne pleureras plus ;

Assurément, le Seigneur aura pitié de toi.

Dès qu’il entendra ton cri, il répondra immédiatement.

Et le Seigneur vous donnera du pain et de l’eau,

Il ne permettra pas que ton docteur s’éloigne de toi

Et tes yeux verront ton docteur.

Tes oreilles entendront la voix de ton docteur.

Voici le chemin, suivez-le,

Ne vous détournez ni à droite ni à gauche.

Alors tu détruiras les idoles d’argent ;

Les images recouvertes d’or,

Vous les jetterez avec dégoût comme les souillures d’une hémorroïsse.

Alors le Seigneur fera tomber sa pluie sur les semences

Que tu auras semées dans ton champ

Et le pain de ton froment sera abondant et savoureux,

Tes troupeaux paîtront en de vastes pâturages.

Et sur toute haute montagne et sur toute colline élevée

Il y aura des ruisseaux et des courants d’eau.

Alors la lumière de la lune sera semblable à la lumière du soleil

Et la lumière du soleil sera sept fois plus grande,

Comme la lumière de sept jours, au temps

Où le Seigneur bandera les blessures de son peuple

Et guérira les plaies dont il l’avait frappé.

Voici que le nom du Seigneur vient de loin.

Sa colère brûle et l’ardeur en est insupportable,

Ses lèvres sont remplies de colère

Et sa langue est comme un feu dévorant,

Son souffle est comme un torrent débordé

Qui monte jusqu’au cou ;

Il vient pour détruire les peuples...

Alors vous chanterez des cantiques comme dans la nuit où l’on célèbre la fête (Noël)

Et votre cœur sera joyeux

Comme celui qui monte au son de la flûte

Vers la montagne du Seigneur, vers le fort d’Israël.

Et le Seigneur fera entendre sa voix majestueuse... ”

(Intr.).

Nous pouvons très bien appliquer ce passage à l’Avent. Le Seigneur vient. C’est un consolateur pour Jérusalem, un juge pour les ennemis.

2. Chants de l’Avent.

Dans les temps passés depuis longtemps,

Ézéchiel fit cette prophétie : Je vis une porte fermée

Et voici que le Seigneur passa à travers cette porte pour le salut du monde

Et elle fut de nouveau fermée.

Ici le Prophète fait allusion à la Vierge qui resta vierge après son enfantement.

C’est la porte que tu as vue,

Le Seigneur seul passe à travers cette porte ” (Répons).

Notre Roi va venir, le Christ,

Celui que Jean annonça : l’Agneau va venir ;

Devant lui, les rois fermeront leur bouche,

Les nations l’adoreront” (Répons).

L’antienne du matin est la suivante : “ Voici que j’envoie mon messager pour préparer les voies devant ta face ”. Et voici l’antienne de la fin du jour : “ Sion tu seras renouvelée et tu verras ton Juste qui va venir en toi ”.

JEUDI APRÈS LE 2ème DIMANCHE

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DE L’AVENT

Nous verrons le Roi dans toute sa beauté

1. Lecture de l’Avent. — Le Prophète Isaïe nous fait adresser un appel d’ardente supplication au Roi qui doit venIr (XXXIII, 1-24) :

O Seigneur, aie pitié de nous, car c’est toi que nous attendons,

Sois notre bras, le matin, et notre délivrance dans la détresse.

Devant la voix de l’Ange s’enfuient les nations ;

Quand tu te lèves, les nations se dispersent...

Le Seigneur est glorifié car il habite dans les hauteurs.

Il remplit Sion d’équité et de justice.

La fidélité, en ce temps, habitera parmi les hommes

Ainsi que des trésors de salut, de sagesse et de science :

La crainte du Seigneur, voilà ton trésor ”.

Quelle belle prière de l’Avent ! Mais le royaume de Dieu impose aussi des devoirs ; le prophète se demande qui sera sujet de ce royaume ?

Qui pourra demeurer dans le feu dévorant ?

Qui pourra séjourner dans les flammes éternelles ?

Celui qui marche dans la justice et qui parle avec droiture, Qui méprise les gains extorqués,

Qui ne prête pas sa main au mal pour un gain honteux,

Qui ferme son oreille pour ne pas entendre parler de meurtre,

Qui ferme ses yeux et ne prend pas plaisir au mal,

Celui-là habitera sur les hauteurs, sa forteresse sera solidement bâtie sur le rocher ;

Son pain ne manquera pas et son eau ne tarira pas,

Il verra le Seigneur dans sa beauté ”.

Le prophète voit le premier et le second avènement du Seigneur dans une seule image, c’est pourquoi il parle du “ feu dévorant ”. Dirigeons maintenant nos regards vers Jérusalem où le Roi va paraître :

Regarde vers Sion la cité de nos fêtes,

Tes yeux verront Jérusalem

Comme une riche demeure, comme une tente

Qui n’a point été brisée,

Dont les pieux ne seront jamais arrachés

Et dont les cordages ne seront pas enlevés.

C’est là seulement que le Seigneur réside dans sa gloire.

Car le Seigneur est notre juge,

Le Seigneur est notre Roi, il nous apportera le salut ”.

Ce passage est vraiment une lecture de l’Avent.

2. Chants de l’Avent. — L’Église reprend aujourd’hui ses cantiques de Sion :

Voici que le Seigneur vient et tous ses saints avec lui

Et en ces jours se lèvera une grande lumière,

Et ils sortiront de Jérusalem comme des eaux pures

Et le Seigneur régnera éternellement sur tous les peuples.

Voici que le Seigneur va venir avec puissance,

Il a dans la main le royaume, la puissance et l’empire.

Cité de Jérusalem, ne pleure pas

Car le Seigneur s’est affligé à ton sujet

Et il enlèvera de toi toute tribulation.

Voici que le Seigneur va venir dans la force

Et son bras régnera avec puissance ” (Répons).

Au lever du soleil nous crions vers le Seigneur : “ Tu es Celui qui va venir, Seigneur, nous t’attendons, délivre ton peuple ”. C’est ainsi que l’Église répond à la question de saint Jean dans l’Évangile de dimanche dernier.

Au coucher du soleil, nous empruntons aussi une parole de saint Jean : “ Celui qui va venir était avant moi et je ne suis pas digne de dénouer les courroies de sa chaussure. ”

3. La préparation des voies. — Le désir du Sauveur est le premier grand acte que l’Église nous recommande pendant l’Avent. Le second est la préparation au voyage. Établissons d’abord ceci. Tous les jours, l’Église nous fait réciter à Laudes ce verset : “ Voix de celui qui crie dans le désert : Préparez les voies du Seigneur, rendez droits ses sentiers. ” Le dernier dimanche, nous entendons de la bouche même du Christ : “ Qu’êtes-vous allés voir dans le désert : Un prophète... C’est celui dont il a été dit : J’envoie devant moi mon messager pour qu’il me prépare les voies. ” Le Christ dit donc : le rôle principal de Jean est de préparer les voies au Rédempteur. Cette même parole, nous l’entendrons de nouveau à l’Évangile du IIIe et du IVe dimanches. Dans l’oraison de cette semaine, nous disons : “ Réveille nos cœurs, afin que nous préparions les voies à ton Fils unique... ” Les textes que nous venons de citer prouvent suffisamment que la préparation des voies est un point essentiel dans l’Avent. Que signifie cela ? L’Avent est la préparation de la venue du Christ. Nous savons déjà qu’il s’agit de l’avènement de grâce, par lequel il veut venir dans nos cœurs. L’avènement du Christ par la grâce n’est autre que la vie divine qui doit être renouvelée et couler dans notre âme comme un flot abondant. Deux fois, dans l’année, le flot de la vie divine doit remplir notre âme. C’est aux deux périodes festivales, à Noël et à Pâques. Les fêtes ne sont pas autre chose qu’un contact avec Dieu, une venue du Christ par la grâce. Ces grandes eaux de la grâce sont précédées des eaux basses, d’une préparation : l’Avent et le Carême. Pendant cette préparation, l’homme, lui aussi, doit travailler, afin que la grâce puisse venir. Or que peut faire l’homme ? Il faut qu’il croie et obéisse. L’œuvre divine, c’est la grâce ; l’œuvre de l’homme consiste dans la foi et l’observation des commandements. La foi vient en premier lieu (le désir du Sauveur), les commandements tiennent la seconde place. Voilà ce que signifie la préparation des voies. La préparation des voies, c’est la réforme de la vie.

Au paradis terrestre, Dieu avait attaché la filiation divine à l’observation du commandement : il en est toujours de même dans l’Église. La mission du Précurseur était de dire : Faites pénitence, le royaume de Dieu est proche. Que veut dire pénitence ? Le mot grec métanoïa signifie changement de sentiments. Le centre de gravité de nos pensées et de nos actions doit se déplacer, passer de ce qui est terrestre à ce qui est céleste, de notre moi à Dieu. Nous comprenons maintenant la parole du Baptiste : Préparez les voies du Seigneur. L’Avent n’est pas seulement le temps où nous devons renforcer notre foi dans la nécessité de la Rédemption et exciter nos saints désirs, c’est aussi le temps où nous devons réformer notre vie. Que chacun se demande : Où en suis-je ? Quels sont mes devoirs ? Où sont les vallées (omissions), où sont les montagnes et les collines (transgressions) ? Maintenant nous comprenons la belle oraison qui exprime, de la manière la plus parfaite, le contenu de l’Avent : “ Éveillez nos cœurs ”. Par rapport à l’affaire de notre salut, nous sommes comme des gens endormis. Nous ajoutons : “ pour préparer les voies au Fils unique” — par la réforme de notre vie. Et la suite : “ afin qu’au moment de sa venue ”, quand, à Noël, le flot de la vie divine inondera notre âme, “ nous puissions le servir avec une âme purifiée ”. L’âme doit donc, pendant l’Avent, recevoir un bain de purification. Le but de la préparation des voies est celui-ci : servir. Nous serons prêts pour recevoir le Rédempteur, quand nous pourrons dire avec Marie : “ Voici que je suis l’esclave du Seigneur. ”

VENDREDI APRÈS LE 2ème DIMANCHE

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DE L’AVENT

Le serviteur de Dieu

1. Lecture de l’Avent. — Le Prophète nous montre maintenant le Messie comme Rédempteur, comme “ serviteur de Dieu” (une des plus belles prophéties) (XLII, 1-17).

Voici mon serviteur que j’ai choisi,

Mon élu en qui mon âme se complaît.

Je mets mon esprit sur Lui

Afin qu’il apporte le salut aux nations.

Il ne criera point en élevant la voix,

Il ne fera pas acception de personne

Et ne se fera pas entendre dans les rues.

Il ne brisera pas le roseau froissé

Et n’éteindra pas la mèche qui fume encore.

Avec fidélité, il annoncera la justice, Il ne sera pas triste ni violent.

Il établira la justice sur la terre

Et les îles seront dans l’attente de sa loi. ”

Puis le Père céleste parle lui-même à son Fils :

Moi, le Seigneur, je t’ai appelé dans la justice,

Je te prends par la main et je te protège.

Je fais de toi le Sauveur du peuple

Et la lumière des nations, pour ouvrir les yeux des aveugles

Et délivrer les prisonniers de la prison,

Du cachot, ceux qui sont assis dans les ténèbres. ”

Nous les rachetés, nous chantons un cantique de reconnaissance en l’honneur de son avènement :

Chantez au Seigneur un cantique nouveau,

Un cantique à sa gloire, des extrémités de la terre,

Que la mer mugisse et tout ce qui la remplit,

Les îles et leurs habitants.

Que le désert se réjouisse et tous ceux qui le parcourent,

Que les habitants des rochers tressaillent,

Qu’ils exultent du sommet des montagnes. Qu’on rende gloire à Dieu

Et qu’on annonce sa louange dans les nations. ”

2. Chants de l’Avent. — Les chants de l’Église prennent un accent de joie.

Voici que va venir le Seigneur, notre protecteur, le Saint d’Israël,

Il a sur sa tête la couronne du royaume,

Il dominera de la mer jusqu’à la mer, du fleuve jusqu’à l’extrémité de la terre ”.

Comme une mère console ses enfants, ainsi je veux vous consoler, dit le Seigneur.

Et de Jérusalem vous viendra du secours, de la ville que j’ai choisie ;

Vous verrez et votre cœur se réjouira, A Sion j’apporterai le salut

Et ma gloire à Jérusalem” (Répons).

Les antiennes du lever et du coucher du soleil sont pleines de l’attente de l’Avenir : “ Dites aux pusillanimes : ayez courage, voici que le Seigneur notre Dieu va venir” (Ant. Ben.). “ Chantez au Seigneur un cantique nouveau, que sa louange retentisse depuis les extrémités de la terre ” (Ant.. Magn.).

SAMEDI APRÈS LE 2ème DIMANCHE

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DE L’AVENT

Cieux répandez votre rosée

1. Lecture de l’Avent. — Le Prophète voit de nouveau le Messie que son Père céleste fait Roi (Is. XLV, 1-8) :

Le Seigneur parla ainsi à mon oint (Cyrus)

Dont je prends la main droite

Pour lui soumettre les nations,

Pour mettre les rois en fuite,

Pour ouvrir devant lui toutes les portes,

Afin qu’aucune ne soit fermée devant lui :

Je marche devant toi et j’abaisse les grands de la terre,

Je ferai sauter les portes d’airain

Et je briserai les verrous de fer.

Je te livre les richesses secrètes

Et les trésors cachés.

Tu dois savoir que je suis le Seigneur

Qui te nomme par ton nom, moi le Dieu d’Israël,

Pour l’amour de Jacob mon serviteur et de mon peuple élu d’Israël,

Je t’ai appelé par ton nom

Et je t’ai donné un nom important

Avant que tu me connusses.

Je suis le Seigneur et il n’yen a pas d’autre

Et en dehors de moi il n’y a pas de Dieu.

Je t’ai ceint quand tu ne me connaissais pas.

Et l’on doit savoir, de l’Orient

Et de l’Occident, qu’il n’y a personne en dehors de moi.

Je suis le Seigneur et personne autre

N’a créé la lumière et les ténèbres,

C’est moi qui apporte la paix et crée le malheur :

Je suis le Seigneur qui ai tout fait cela.

Cieux répandez votre rosée et que les nuées fassent pleuvoir le Juste.

Que la terre s’ouvre et fasse germer le Sauveur

Et qu’elle produise en même temps la justice.

Moi le Seigneur, je produis cela. ”

Nous entendons ici l’appel de l’Avent (le Rorate) à sa place première.

2. Chants de l’Avent. — Nous chantons à l’office de nuit un répons mystérieux :

Le Seigneur sortira de Samarie

Vers la porte qui regarde vers l’Orient

Et il viendra vers Bethléem en marchant sur les flots de la Rédemption de Juda

Et alors tout homme trouvera le salut, Car voici qu’il vient

Et son trône sera fondé sur la miséricorde,

Et il siégera sur ce trône dans la vérité” (Répons).

Avec impatience, nous attendons le Seigneur,

Hâte-toi, Ô Seigneur, ne tarde pas, Délivre ton peuple,

Viens, Ô Seigneur, ne tarde pas davantage,

Remets les iniquités de ton peuple” (Répons).

Puis nous le voyons faire son entrée dans la gloire.

Voici que le Seigneur vient, il descend dans la splendeur, accompagné de son armée,

Il visite son peuple dans la paix Et lui accorde la vie éternelle.

Voici que notre Seigneur va venir dans sa puissance ” (Répons).

Au lever du soleil, nous avons la vision de l’Église, de tous les peuples : “ Le Seigneur élèvera un signe de victoire parmi tous les peuples et rassemblera les enfants dispersés d’Israël. ” Les Vêpres du samedi sont déjà les premières Vêpres du dimanche suivant.

3. Samedi soir. — Le soir, en récitant les Vêpres, nous inaugurons déjà à l’office du dimanche. Au dimanche joyeux correspondent les antiennes dont l’accent respire la certitude : “ Le Seigneur va venir et il ne tardera pas, il éclairera les coins cachés des ténèbres — et se manifestera à toutes les nations, Alleluia. ” Jérusalem est invitée à manifester sa joie : ( Réjouis-toi, Jérusalem, avec une grande joie, car le Sauveur va venir vers toi, Alleluia. ” Ensuite le Sauveur lui-même prend la parole. “ J’apporterai dans Sion le salut et dans Jérusalem ma gloire, Alleluia. ” Ensuite nous crions pleins d’ardeur vers le Sauveur qui va venir : “ Les montagnes et les collines s’abaisseront, les sentiers tortueux deviendront droits et les aspérités s’aplaniront : venez, Seigneur, ne tardez pas. ” Et nous terminons par une antienne qui est encore un chant de parousie : “ Vivons avec justice et piété ; attendons l’espérance bienheureuse et la venue du Sauveur. ” Dans l’antienne que nous chantons au coucher du soleil, nous entendons le Seigneur lui-même parler : “ Avant moi il n’y a pas de Dieu et il n’yen aura pas après moi, car devant moi se courbera tout genou et toute langue me louera.” Cette antienne s’accorde merveilleusement avec le Magnificat : Mon âme exalte le Seigneur.

TROISIÈME SEMAINE DE L’AVENT

LA JOIE ANNONCIATRICE DE NOEL

Nous entrons dans la seconde moitié de l’Avent ; jusqu’ici, nous commencions notre prière nocturne par cet invitatoire : Le Roi va venir, venez, adorons-le. Aujourd’hui notre prière commence ainsi : Le Seigneur est déjà proche, venez, adorons-le.

La semaine qui commence est d’une grande richesse liturgique, elle compte parmi les parties les plus belles et les plus impressionnantes de l’année ecclésiastique. C’est d’abord la joie annonciatrice de : Noël, le dimanche rose, puis ce sont les Quatre-Temps entièrement consacrés à la préparation de Noël et spécialement la “ Messe d’or” le mercredi. Enfin c’est, d’ordinaire, dans cette semaine que commencent les antiennes O avec leur ardente supplication vers le Rédempteur. Cette semaine constitue une gradation ascendante et rapide vers la fête de Noël.

La joie. — Nous autres chrétiens, nous devons nous réjouir, nous avons même toutes sortes de raisons d’être joyeux : tel est le consolant message de l’Église au troisième dimanche de l’Avent. Jusqu’ici, on a toujours cru que la joie et la gaieté étaient le lot des gens dépourvus de piété, des mauvais sujets qui font volontiers. La colombe de la vie éternelle est posée sur le toit du ciel, le passereau de la pauvre vie terrestre est dans votre main. Or la foi consiste à laisser ce passereau s’enfuir de votre main pour aller retrouver la colombe sur le toit. Seul le christianisme vivant, celui qui a conscience de la vie divine, qui a assez de foi pour abandonner le bien-être terrestre et l’échanger contre la vie éternelle, seul ce vrai et authentique christianisme peut parvenir à un véritable état de joie. C’est à cette joie chrétienne et à cette foi chrétienne que nous appelle aujourd’hui notre Mère l’Église : Réjouissez-vous sans cesse, je vous le dis encore une fois : Réjouissez-vous.

Une remarque technique pour le lecteur. — Dans l’utilisation du calendrier perpétuel, il se présente une difficulté durant ces deux semaines. Certains chants de l’Avent sont désormais rattachés à la date du mois, par exemple : les antiennes O. Pour ne pas compliquer les recherches, nous insérons ces parties dans le calendrier des saints, lequel suit la date du mois. Qu’on veuille bien se reporter à cet endroit.

TROISIÈME DIMANCHE

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DE L’AVENT

STATION A SAINT-PIERRE

1. Le dimanche rose. — C’est un dimanche de joie pendant l’Avent. Comme des enfants qui attendent impatiemment l’Enfant-Jésus, nous ne pouvons plus maîtriser la joie que nous cause la venue du Seigneur ; ce sentiment de joie nous domine. Cette joie est comme une joie de Noël anticipée. La couleur liturgique est au lieu de violet, le rose. Le rose est une atténuation du violet, il tient par conséquent le milieu entre la couleur de la pénitence et celle de la joie ; il signifie une joie modérée, une joie anticipée. On peut, aujourd’hui, à la différence des autres dimanches de l’Avent, orner l’autel de fleurs et les orgues se font entendre. A la grand’messe, le diacre et le sous-diacre portent la dalmatique et la tunique.

Ces jours exceptionnels doivent être fêtés d’une manière particulière par les amis de la liturgie qui s’efforceront d’en pénétrer tout le sens. Il est à désirer qu’à l’église (vêtements liturgiques, parure de l’autel) et même à la maison (fleurs sur la table) la couleur rose domine ; les pasteurs devraient faire de la décoration de leur église, en ce jour, une prédication muette, une leçon de choses. Très peu de dimanches ont un caractère sentimental aussi marqué.

Assurément la joie de l’Avent a un fondement plus profond que nous fait découvrir la liturgie de ce jour. Il importe beaucoup que nous comprenions l’idée essentielle de la liturgie d’aujourd’hui. Que veut nous dire l’Église ? où réside le progrès dans notre prépa ration de Noël ? Le premier dimanche, la Rédemption apparaissait encore dans le lointain : “ Vous verrez venir le Fils de l’Homme. Élevez vos têtes, car votre rédemption approche.” Le deuxième dimanche, l’Église nous montre le divin médecin qui nous dit de lui-même, en expliquant son programme rédempteur, qu’il vient “ faire voir les aveugles... ; ressusciter les morts... ”. Aujourd’hui, le Précurseur nous crie : “ Il est au milieu de vous. ” Il est vrai que “ nous ne le connaissons pas encore ” comme nous le connaîtrons un jour et que nous devons chercher à le reconnaître, maintenant, dans la foi et le mystère. Ce message joyeux est très semblable au message de Noël. Aussi comprenons-nous qu’au-dessus de ce dimanche plane une joie contenue mais intime et profonde, ainsi qu’une grande impression de respect. La liturgie de ce jour comprend comme deux étapes : les deux causes de notre joie. Nous sommes invités à nous réjouir : 1° parce que le Seigneur est proche, 2° parce qu’il est au milieu de nous.

A proprement parler, il y a ici une contradiction ; comment peut-il être proche et cependant au milieu de nous ? La liturgie seule peut résoudre l’énigme. Par la grâce, il est au milieu de nous, pour la gloire, il est proche. La liturgie est le pont qui conduit de la grâce à la gloire. Considérée du point de vue divin, la liturgie est la voie qui mène à la gloire. Ainsi le Christ est au milieu de nous et en nous parce que nous sommes membres de son corps mystique ; il est également tout proche parce que nous marchons vers sa gloire et sa manifestation. II, est au milieu de nous à la sainte messe, et il est proche, car la vie chrétienne est une révélation continuelle de ce qu’il est, une attente de son retour.

2. Le Seigneur est proche. — Le prophète Isaïe chante un beau cantique d’Avent et de rédemption (XXVI, 1-14) :

En ce jour-là, on chantera ce cantique dans la terre de Juda :

Le mur de fortification de notre ville de Sion est le Sauveur,

Il s’en est fait le mur et l’avant-mur.

Ouvrez les. portes, laissez entrer le peuple juste qui garde la vérIté.

L’antique erreur s’est évanouie, tu donnes la paix,

Oui, la paix ; nous avons confiance en toi.

Ayez confiance dans le Seigneur pour les temps éternels,

Dans. le Seigneur, le Dieu fort, pour toujours.

Car il a abaissé ceux qui demeuraient sur les hauteurs,

Il a humilié la ville superbe.

Il l’a abaissée jusqu’à terre,

Il lui a fait toucher la poussière,

Elle a été foulée sous les pieds,

Sous les pieds des humbles,

Sous les pas des malheureux.

Le sentier du juste est droit,

Unie la voie que foule l’homme pieux.

Sur le sentier de tes jugements, Seigneur, nous t’attendons,

Ton nom et tes pensées sont le désir de notre âme.

Mon âme te désire pendant la nuit

Et je veille avec un cœur qui te recherche dès le matin. ”

Saint Paul est aujourd’hui le vrai messager de joie. Son Épître est comme le centre de la messe et même de toute la journée : : “ Mes frères, réjouissez-vous dans le Seigneur sans cesse, je vous le dis de nouveau : réjouissez vous, que votre modestie soit connue de tous les hommes, car le Seigneur est proche. N’ayez pas de soucis anxieux, mais, en toute circonstance, faites connaître vos besoins à Dieu par des prières et des supplications, avec des actions de grâces. Et que la paix de Dieu qui surpasse tout sentiment garde vos cœurs et vos pensées dans le Christ Jésus notre Seigneur. ”

Que veut dire saint Paul ? Il pensait alors, en écrivant ces paroles, au retour du Christ ; mais aujourd’hui l’Église parle par sa bouche du triple avènement du Seigneur : la fête de Noël est proche, pendant laquelle nous célébrerons son premier. avènement ; son avènement de grâce est proche, dans la messe d’aujourd’hui, comme du reste dans toute messe et spécialement dans la messe de Noël ; proche enfin est son retour.

Les Matines sont riches en beaux répons. Nous n’en donnons que deux exemples :

Voici que le Seigneur apparaîtra sur la nuée brillante

Et des milliers de saints autour de Lui,

Et il y aura écrit sur ses vêtements et sur sa ceinture :

Roi des rois et Seigneur des seigneurs.

Il viendra certainement et il ne trompe pas,

S’il tarde espère en lui, car il viendra, oui il viendra ” (Répons).

Bethléem, cité du Dieu suprême De toi sortira le Souverain d’Israël

Et sa sortie sera comme des jours de l’éternité.

Et il sera glorifié au milieu de l’Univers

Et il y aura paix sur notre terre quand il sera venu,

Il annoncera la paix parmi les nations

Et sa puissance s’étendra de la mer à la mer” (Répons).

Dès l’aurore, l’Église voit dans le soleil qui se lève l’image du Roi : “ Sur le trône de David, dans son royaume, il siègera pendant l’éternité, Alleluia. ” Le coucher du soleil est consacré à la Mère de Dieu : “ Tu es bienheureuse, ô Marie, d’avoir cru au Seigneur, en toi s’accomplira ce qui t’a été dit par le Seigneur, Alleluia. ” Cette fois encore, l’antienne convient merveilleusement au Magnificat.

3. Il se tient au milieu de vous. — Dans l’Évangile, saint Jean-Baptiste nous apporte le plus joyeux message du jour. n reçoit une ambassade du grand Conseil et il assure les envoyés et nous-mêmes que le Messie n’est pas seulement proche : “ Je baptise dans l’eau, mais il y a au milieu de vous quelqu’un que vous ne connaissez pas. C’est lui qui doit venir après moi, n était avant moi et je ne suis pas digne de délier les courroies de sa chaussure ”. C’est là le vrai message chrétien : nous attendons le Seigneur et nous le possédons déjà Mais le Baptiste est notre prédicateur : “ Je suis la voix de celui qui crie dans le désert : Préparez les voies du Seigneur, comme l’a dit le Prophète Isaïe. ” Telle est sa vocation, non seulement parmi le peuple juif, mais encore dans l’Église, tant qu’elle erre encore sous l’habit de pèlerin. Tous les ans, pendant les quatre semaines de l’Avent, il crie à la chrétienté : “ Voix qui crie dans le désert : Préparez les voies du Seigneur, rendez droits ses sentiers. ” Remarquons la progression de ces trois messages. Le premier était plein d’espérance joyeuse (Isaïe), le second respirait l’allégresse causée par la venue prochaine du Seigneur (S.Paul), le troisième nous montre déjà le Seigneur au milieu de nous. Il peut maintenant apparaître réellement, dans le mystère du Saint Sacrifice.

4. La messe. — Nous célébrons le Saint Sacrifice au tombeau du Prince des Apôtres (la messe ne fait aucune allusion à la station). L’introït remplit réellement son rôle, il nous fait pénétrer dans les sentiments du jour et de la messe : “ Réjouissez-vous dans le Seigneur, je vous le dis de nouveau, réjouissez-vous, car le Seigneur est proche. ” Voilà ce que nous annonce la liturgie dès les portes de l’église.

C’est un double avènement que nous attendons dans la joie : l’avènement dans la chair et l’avènement dans la gloire. Dans la messe d’aujourd’hui, cette double attente se trouve exprimée. Comme réponse au message de joie, nous chantons le cantique de délivrance, le psaume 84 et nous le chantons trois fois aujourd’hui : à l’Introït, à l’Offertoire et à la Communion, par conséquent aux trois processions de la messe. A la Collecte, l’Église, s’inspirant du symbole naturel de la nuit et de la lumière, demande à Dieu de nous faire passer de la nuit du péché à la lumière éclatante de la “ visite divine ”. L’Epître est, dans sa brièveté, d’une plénitude remarquable. Les versets principaux, si impressionnants, ont déjà été chantés à l’Introït. Le Seigneur est proche, proche e t son avènement à Noël ainsi que son avènement de grâce à la messe et son retour au dernier jour. Il est le Sauveur et il nous apporte la joie et la paix de Noël. Le Graduel est un cri de supplication appelant la Rédemption, un “ Rorate coeli ” de l’humanité non rachetée et de l’humanité rachetée (nous connaissons déjà ce cantique de l’Avent, psaume 79), c’est aussi un “ maranatha ” un cantique de Parousie. A l’Évangile, nous voyons l’ambassade du sanhédrin venir trouver Jean Baptiste pour éprouver sa dignité de prophète. Le Précurseur nous assure que le Seigneur est proche “ Il est même au milieu de nous ”. A la différence des Juifs, nous le connaissons et au Saint Sacrifice, sa présence sera une réalité. Là encore, le Baptiste est le précurseur du Christ. A l’Offertoire, nous chantons notre cantique de Rédemption (psaume 84) qui retentit au début du sacrifice comme l’accomplissement du grand espoir de l’Avent. Nous y remarquons la gradation déjà signalée : le Seigneur est proche — il est au milieu de vous — le Sacrifice de la messe le fait apparaître. A la Communion, nous éprouvons une joie frémissante, quand notre Mère l’Église nous assure" : Notre Dieu va venir et il nous sauvera. Et nous chantons encore (pour la troisième fois aujourd’hui) notre cantique de délivrance, le psaume 84 qu’il faudrait lire dans son entier. Et nous demandons que le pain du ciel nous prépare dignement à “ la fête qui s’approche ” (Postcommunion).

Chrétiens, ce jour est un jour de joie anticipée. Si cette joie est déjà si belle et si grande, que sera donc la joie de Noël ? que sera surtout la joie céleste de l’éternel Noël ?

LUNDI APRÈS LE 3ème DIMANCHE

Index

DE L’AVENT

Venez à la lumière

1. Lecture de l’Avent. — Le Prophète nous présente de nouveau le Messie qui se manifeste comme le Rédempteur de l’humanité (XLIX, 1-13) :

Écoutez-moi, îles lointaines,

Soyez attentifs, peuples éloignés.

Le Seigneur m’a appelé dès le sein de ma mère ;

Dès les entrailles de ma mère, il a songé à mon nom.

Il a rendu ma bouche semblable à une épée tranchante ;

Sous l’ombre de sa main, il m’a caché

Et a fait de moi une flèche aiguë, Il m’a caché dans son carquois.

Et il m’a dit : tu, es mon serviteur, Israël,

Car en toi je veux me glorifier...

Ce n’est pas assez d’être mon serviteur

Pour rétablir les tribus de Jacob Et ramener les restes d’Israël.

Voici que je t’établis pour être la lumière des nations,

Pour faire parvenir mon salut jusqu’aux extrémités de la terre.

Ainsi parle le Seigneur, le Rédempteur et le Saint d’Israël, de celui qui est méprisé,

Détesté des nations, esclave des tyrans (= Jésus).

Les rois regarderont et les princes se lèveront

Et se prosterneront devant le Seigneur,

Le Juste, le Saint d’Israël.

Ainsi parle le Seigneur. Au temps de grâce je t’ai exaucé,

Au temps du salut, je t’ai aidé.

J’étends ma protection sur toi et je fais de nouveau de toi un peuple d’alliance

Pour relever le pays et pour hériter des plaines dévastées

Et tu peux dire aux captifs : Sortez

Et à ceux qui vivent dans les ténèbres : venez à la lumière.

Ils trouveront leur pâture le long des chemins

Et sur toutes les hauteurs sera le lieu de leur pâturage ;

Ils ne souffriront ni la faim ni la soif

Et ils ne seront pas tourmentés par la chaleur du soleil,

Car celui qui a pitié d’eux sera leur guide

Et les fera boire à des sources d’eau.

Je ferai de toutes mes montagnes des chemins et mes sentiers seront relevés.

Voici que les uns viennent de loin,

Ceux-ci du Nord et de l’Ouest Et ceux-là de l’Orient.

Cieux, poussez des cris de joie ; terre, tressaille d’allégresse,

Montagnes, éclatez de cris joyeux.

Car le Seigneur console son peuple, Il a pitié de ses pauvres.

Et quand Sion dirait : le Seigneur m’a abandonnée,

Le Seigneur m’a oubliée ; (moi je dis)

Une femme peut-elle oublier son enfant

Et ne pas avoir pitié de son propre fils ?

Alors même qu’elle l’oublierait,

Moi je ne t’oublierai jamais,

Je t’ai gravée sur la paume de mes mains. ”

C’est là encore une merveilleuse lecture d’Avent. Le Rédempteur de toute l’humanité est devant nous et pourtant c’est lui que les hommes méprisent. Avec quelle force la Rédemption nous est décrite comme le temps de grâce ; l’amour de Dieu ressemble à l’amour d’une mère. Le Seigneur nous a inscrits sur la paume de ses mains ; cette inscription, ce sont ses plaies.

2. Chants de l’Avent. — Les chants de l’Église nous font voir et désirer le Seigneur.

Voici que le Seigneur va venir sur la nuée brillante Avec des milliers de saints autour de lui,

Sur ses vêtements et sur sa ceinture il y a écrit : Roi des rois et Seigneur des seigneurs.

Il viendra certainement et il ne trompe pas ;

S’il tarde, espère en lui, car il viendra, oui il viendra. ”

Celui qui va venir, vient et ne tarde pas

Et il n’y aura plus de crainte sur nos frontières Car il est notre Sauveur.

Il enlèvera de nous nos iniquités

Et jettera tous nos péchés dans les profondeurs de la mer. ”

Le matin, au lever du soleil, l’Église chante : “ Un rameau sortira de la racine de Jessé et toute la terre sera remplie de la gloire du Seigneur ; toute chair verra le salut de Dieu. Il Quel accent impressionnant n’a pas ce cantique quand se lève le soleil, le symbole du Christ ! Le soir, à Magnificat, nous pensons de nouveau à la Mère de Dieu, nous chantons avec elle : “ Bienheureuse me proclameront toutes les générations, car Dieu a abaissé son regard vers son humble servante. ”

3. Un psaume de l’Avent. — A la messe du troisième dimanche de l’Avent, l’Église chante trois fois le psaume 84 : à l’Introït, à l’Offertoire et à la Communion. C’est un signe que ce psaume exprime parfaitement ses sentiments. C’est le joyeux cantique de notre Rédemption. Ce psaume nous accompagne à travers tout l’Avent. Le premier dimanche, nous l’avons chanté à l’Alleluia et à la Communion, le second dimanche à l’Offertoire, aujourd’hui, il est le chant dominant de la messe. Dans la nuit de Noël, nous le récitons ou le chantons tout entier à Matines.

I

Tu as béni ta terre, Ô Seigneur,

Tu as détourné la servitude de Jacob ;

Tu as pardonné les péchés de ton peuple, tu as couvert toute son iniquité ;

Tu as adouci ton courroux,

tu as abandonné ta juste colère,

Et maintenant, tourne-toi, Ô Sauveur, Ô Dieu, vers nous, écarte de nous ta colère ;

Veux-tu donc éternellement t’irriter contre nous, veux-tu étendre ton courroux de génération en génération ?

Avec un regard, Ô Dieu, tu nous rends la vie et ton peuple se réjouira en toi.

Montre-nous, Ô Seigneur, ta miséricorde Et donne-nous ton salut.

II

J’écoute ce que le Seigneur Dieu me dit,

Il annonce la paix à son peuple,

A ses saints et à tous ceux qui ont tourné leur cœur vers lui.

Son salut est proche pour ceux qui le craignent, sur notre terre habitera de nouveau sa gloire.

La bonté et la vérité vont se rencontrer, la justice et la paix s’embrasseront.

La vérité germera de la terre et la justice regardera, apaisée, du haut du ciel.

En vérité, le Seigneur accordera sa bénédiction et notre terre donnera son fruit.

La vérité marchera devant lui et, sur ses pas, le suivra la paix.

Au sens littéral, le psaume parle de la délivrance de la captivité de Babylone ; mais cette délivrance n’est qu’un symbole de la Rédemption par le Christ. Dans la liturgie de l’Église, ce psaume est un cantique de la Rédemption. Il décrit la gloire du royaume du Christ, qui commence à se manifester lors de son premier avènement, et trouvera sa plénitude à son avènement dernier. Essayons d’interpréter le psaume dans ce sens : Tu as, ô Dieu, par la venue du Christ, béni de nouveau la terre maudite. Tu as par la mort du Sauveur pardonné tous les péchés. La Rédemption est complète (objectivement), il appartient à chacun de nous de nous l’appliquer (subjectivement) : c’est cela que nous demandons dans la seconde partie de la première strophe (c’est là la vraie prière de l’Avent, nous la faisons aussi chaque jour à la fin des prières graduelles : Avec un regard tu nous rends la vie...). La seconde strophe est comme une joyeuse réponse de Dieu : Oui, tu recevras une délivrance complète, ici-bas par la grâce et là-haut dans la gloire, mais, bien entendu, si tu es du nombre de ceux “ qui se tournent vers le Seigneur ”. Dans ce cas, pour toi aussi, “ son salut sera proche ” et “ sa gloire habitera en toi ”. Alors les anges de Dieu t’entoureront avec tendresse, ces anges seront sa miséricorde, sa fidélité, sa justice et sa paix. Alors la terre de l’âme produira de riches fruits. Oui, le Sauveur passe sur la terre précédé de la justice, accompagné de la paix. — Récitons souvent ce cantique pendant cette semaine.

MARDI APRÈS LE 3ème DIMANCHE

Index

DE L’AVENT

Proche est mon Juste

1. Lecture de l’Avent. — Nous entendons encore de la bouche du Prophète une promesse consolante (LI 1-11)

Écoutez-moi, vous qui cherchez le salut, Vous qui attendez le Seigneur.

Considérez le rocher d’où vous avez été taillés

Et la carrière d’où vous avez été tirés.

Considérez votre père Abraham.

Car je l’ai appelé quand il était seul, je l’ai béni et multiplié.

Ainsi le Seigneur aura aussi pitié de Sion,

Il aura compassion de ses ruines.

Il fera un Eden de son désert

Et de sa solitude un jardin du Seigneur.

On y trouvera la joie et l’allégresse,

Les chants de louanges

Et les accents des cantiques.

Peuples, écoutez-moi,

Nations, prêtez-moi l’oreille.

C’est de moi que sort la loi

Et je ferai briller mes commandements comme une lumière des peuples.

Proche est mon Juste, en chemin est mon Sauveur.

Mon bras jugera les peuples. En moi espèreront les îles,

Elles se confieront en mon bras.

Levez les yeux vers le ciel

Et abaissez-les vers la terre :

Le ciel peut se dissiper comme une fumée

Et la terre tomber en lambeaux comme un vêtement

Et les habitants de la terre disparaître,

Cependant mon salut demeurera éternellement,

Ma justice n’aura pas de fin.

Écoutez-moi, vous qui connaissez la justice,

Toi, peuple, qui portes ma loi dans ton cœur.

Ne craignez pas les moqueries des hommes,

Ne vous effrayez pas de leurs outrages.

Comme un vêtement, la teigne les dévorera,

Comme une laine les consumera la mite ;

Cependant mon salut demeurera éternellement

Et ma justice persistera de génération en génération.

Encore une fois, cette lecture convient parfaitement à l’Avent.

2. Chants de l’Avent. — Les chants de l’Église sont de plus en plus joyeux, l’attente devient de plus en plus une heureuse certitude :

Égypte, ne pleure pas, car ton Souverain viendra à toi,

Celui devant qui les abîmes trembleront,

Il vient pour délivrer son peuple avec une main puissante :

Voici que viendra le Seigneur des armées, ton Dieu, avec une grande puissance ” (Répons).

Le Seigneur descendra comme la pluie sur la toison,

En ses jours se lèveront la justice et l’abondance de la paix,

Et l’adoreront tous les rois,

Toutes les nations de la terre le serviront ” (Répons).

L’antienne que nous chantons au lever du soleil nous conduit déjà à Bethléem : “ Bethléem, terre de Juda, tu ne seras pas la plus petite ; de toi, en effet, sortira le chef qui doit régir mon peuple d’Israël. ” Le soir, nous chantons : “ Élève-toi, élève-toi, tiens-toi debout, Jérusalem, délie les chaînes de ton cou, fille captive de Sion. ”

Ave Maria. — Les deux messagers de l’Avent, Isaïe et Jean, nous ont indiqué les deux actes humains : les saints désirs et la préparation des voies. Ces deux actes sont la préparation du grand don de grâce, la vie divine. C’est ce don que nous prêche le troisième messager de l’Avent : Marie. Examinons d’abord comment la liturgie nous présente Marie pendant l’Avent. C’est précisément sa figure très sainte qui confère à l’Avent je ne sais quoi de tendre et d’aimable. Isaïe et Jean sont des figures d’hommes un peu rudes. Cette sévérité est adoucie par l’image de la Vierge. Dès le commencement de l’Avent, la liturgie nous conduit dans la grande église mariale de Rome, qui est en même temps l’église de la Crèche, et elle nous fait déjà pressentir la joie de Noël. Chaque jour, nous récitons, comme seconde oraison, une oraison de la Sainte Vierge ; après chaque Heure nous chantons la belle antienne : Alma Redemptoris. Dans plusieurs antiennes et répons, la liturgie chante avec amour la Vierge bénie. Plus nous approchons de Noël, plus se multiplient les chants consacrés à Marie. Les deux premiers jours des Quatre-Temps appartiennent particulièrement à Marie et célèbrent deux de ses plus grands mystères : l’Annonciation et la Visitation. La piété populaire va même plus loin avec la messe “ Rorate ” et l’“ Angelus ”. La liturgie et le peuple veulent attendre le Seigneur avec Marie.

Qui, mieux que Marie, pourrait nous enseigner comment on attend le Seigneur, comment on le porte, comment on lui fait de son cœur un berceau ? Nul n’a eu un Avent aussi sacré que le sien. Isaïe nous représente l’Avent de l’humanité, y compris le monde païen ; Jean nous montre l’Avent du peuple juif ; mais Marie symbolise pour nous l’Avent de l’âme. C’est certainement là une des pensées dont s’est inspirée la liturgie ; elle a voulu établir un parallèle entre Marie et l’âme. Comment Marie a-t-elle attendu le Seigneur ? Dans le silence, le recueillement, l’intimité et la prière. Les peintres n’ont certainement pas tort, quand ils représentent la Sainte Vierge en prière au moment de l’Annonciation. Dieu ne nous visite par sa grâce que lorsque notre cœur est silencieux et recueilli. Comme il est rare cependant que nous plongions notre âme dans ce silence ! Ne devrions-nous pas, tout au moins dans les jours qui vont suivre, attendre le Seigneur avec le recueillement et le silence de Marie.

Cependant nous n’avons pas encore examiné la question dans toute sa profondeur. Marie nous indique quelque chose de beaucoup plus élevé. Nous connaissons les trois grands biens du christianisme : la foi, les commandements et la vie divine. Isaïe nous prêche la foi au moyen des saints désirs ; Jean nous prêche l’observation des commandements par la réforme de la vie ; Marie nous apporte corporellement la vie divine dans le Christ. Sa maternité divine est la sublime image du bien le plus haut que puisse atteindre un homme : posséder Dieu dans son âme et dans son corps. Marie est l’image de l’habitation divine dans l’homme par la grâce. Dans un certain sens, l’enfant de Dieu participe au mystère de la maternité divine. C’est précisément dans le banquet sacrifical que nous devenons plus particulièrement semblables à la Mère de Dieu. Le divin grain de froment est semé dans notre cœur, où il doit croître au point d’absorber notre moi dans le Christ : “ Ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi. Il Nous comprendrons encore mieux maintenant pourquoi c’est la Mère de Dieu qui doit nous conduire à travers l’Avent jusqu’à Noël.

LES QUATRE-TEMPS

Le Roi revêt ses haillons

Nous entrons dans un nouveau stade de la préparation de Noël. On nous a dit d’abord : Le Roi vient, puis : Jérusalem s’apprête, ensuite : il est au milieu de vous. Aujourd’hui, l’Église nous montre le Fils de Dieu sous la forme humaine : le Roi revêt les haillons de l’humaine nature. Les messes des Quatre-Temps nous présentent les antécédents de la naissance et de l’avènement du Seigneur.

Comme introduction à ces solennités d’une antiquité vénérable, donnons ici un sermon de Quatre-Temps du pape saint Léon : “ Mes très chers, notre souci pastoral nous porte à vous prêcher conformément au temps et à l’usage liturgique. Nous célébrons le jeûne du dixième mois (décembre, comme son nom l’indique, était le dixième mois). Dans ce jeûne, nous offrons à Dieu, l’auteur de tous biens, après avoir achevé la récolte de tous les fruits, un digne sacrifice de tempérance. Car quelle œuvre peut être plus efficace que le jeûne, par lequel nous nous rapprochons de Dieu, nous résistons au démon, nous triomphons des vices séducteurs ? En effet, toujours le jeûne a été l’aliment de la vertu. La sobriété produit les pensées chastes, les résolutions raisonnables, les conseils salutaires. Par la mortification volontaire on meurt aux convoitises de la chair. L’esprit est renouvelé pour la pratique de la vertu. Mais comme nous ne pouvons pas faire notre salut par le jeûne seul, complétons-le par la miséricorde envers les pauvres. Donnons à la vertu ce que nous enlevons au plaisir. Que la privation de ceux qui jeûnent soit un soulagement pour les pauvres. Efforçons-nous de protéger les veuves, d’aider les orphelins, de réconcilier ceux qui sont en discorde, de recueillir les étrangers, de secourir les affligés, de vêtir ceux qui sont nus, de soigner les malades. Ainsi celui d’entre nous qui aura offert à Dieu, l’auteur de tous biens, le sacrifice de ses œuvres de charité comme un bon travailleur, méritera de recevoir comme salaire le royaume céleste. Ainsi donc, jeûnons mercredi, vendredi et samedi, veillons ensemble (célébrons l’office de nuit) auprès de l’Apôtre saint Pierre, afin que, par son intercession, nous puissions obtenir ce que nous demandons par Notre Seigneur Jésus-Christ qui avec le Père et le Saint-Esprit vit et règne dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il ”.

Les Quatre-Temps comptent parmi les usages les plus anciens de l’année liturgique et remontent aux tout premiers temps de l’Église romaine. Ils sont plus anciens que l’Avent et le pape saint Léon (vers 45°) nous a laissé toute une série de beaux sermons de Quatre-Temps. C’était originairement une fête d’action de grâces pour les récoltes. Il n’yen avait que trois, après chacune des trois récoltes principales : le blé, le vin et l’huile — les plus importants symboles naturels de la liturgie. Les fidèles apportaient à l’Offrande la dîme de leurs récoltes, pour les besoins du Sacrifice, de l’Église et des pauvres — et ceci est un exemple pour nous. Néanmoins ces époques sont aussi des jours de renouvellement spirituel. L’homme, au milieu de ses occupations matérielles, oublie trop facilement ses intérêts éternels ; c’est pourquoi il est bon qu’à chaque saison il se rappelle la pensée de Dieu et fasse réflexion sur l’état de son âme. Si le carême est l’époque de la retraite spirituelle annuelle, les Quatre-Temps sont celle du renouvellement intérieur. Ce sont des semaines de sérieux, mais non de tristesse et de pénitence. Le jeûne est moins une manifestation de pénitence qu’une dîme joyeusement offerte à Dieu et qui doit nous inciter à l’aumône. Le sacrifice de la charité miséricordieuse doit être offert en même temps que celui du jeûne (saint Léon). En devenant jours d’ordination (le samedi), les Quatre-Temps ont revêtu un caractère particulier. Le samedi des Quatre-Temps de décembre était le principal jour d’ordination. (En ce jour les fidèles doivent prier spécialement pour obtenir de Dieu de bons prêtres). Cependant, dans la suite des temps, les Quatre-Temps ont été insérés dans la trame de l’année liturgique et chacune de ces semaines a pris une nuance particulière. Les Quatre-Temps de décembre signifient une préparation plus intense à la fête de Noël.

Les derniers grands préparatifs pour la venue du Christ se font pendant ces semaines, comme l’attente de Noël trouve sa plus haute expression dans les antiennes O.

MERCREDI DES QUATRE-TEMPS

STATION A SAINTE MARIE MAJEURE

L’Annonciation de la Sainte Vierge

La messe d’or

Aujourd’hui nous célébrons le mystère de l’Annonciation de la Sainte Vierge, l’instant solennel où le Verbe divin s’unit à la nature humaine. C’est le commencement de la Rédemption. Le corps mystique a reçu son centre lumineux, les membres peuvent s’y adjoindre. Ce n’est pas seulement le souvenir de ce grand événement que nous célébrons ; à la messe, est mise sous nos yeux l’Incarnation du Christ, puisque l’Incarnation est le commencement de la Passion dont la messe est le renouvellement. Au moment de la consécration, nous pourrions répéter : le Verbe s’est fait chair.

C’est pourquoi, depuis l’antiquité, cette messe a été très appréciée et appelée la messe d’or (missa aurta). Au moyen âge, on la célébrait avec une grande solennité. C’est à l’occasion de cette messe que saint Bernard fit en qualité d’Abbé ses célèbres homélies “ super Missus est ” qui se trouvent en partie dans le bréviaire. Une des preuves de la considération qu’on avait pour elle, c’est que la messe “ Rorate ” qui, dans certaines régions, est célébrée pendant tout l’Avent, en procède.

1. Lecture de l’Avent. — Isaïe nous montre aujourd’hui l’image du Messie souffrant. C’est une des prophéties les plus célèbres de l’Ancien Testament (Chap. LIII).

Qui a cru à ce qui nous était annoncé ?

Et la puissance du Seigneur, à qui a-t-elle été révélée ?

Il (le Rédempteur) s’élève comme un arbrisseau devant lui,

Comme une racine qui sort d’une terre desséchée ;

II n’a ni forme ni beauté, nous l’avons vu,

Mais ce n’était pas une vue que nous désirions,

II était méprisé, le dernier des hommes,

Un homme de douleurs connaissant la souffrance ;

Son visage était comme voilé et déshonoré.

Si bien que nous ne faisions de lui aucun cas.

En vérité il a porté nos maladies

Et nos douleurs il les a chargées sur lui.

Nous le considérions comme un lépreux,

Comme un homme frappé et humilié par Dieu.

II a été blessé à cause de nos méfaits,

II a été frappé à cause de nos péchés,

Pour notre salut il a été en butte au châtiment

Et par ses meurtrissures nous est venue la guérison.

Comme des brebis, nous étions errants,

Chacun s’écartait de son chemin ;

Le Seigneur a chargé sur lui tous nos méfaits

Il a été sacrifié parce qu’il l’a voulu lui-même ;

Et il n’ouvre pas sa bouche,

Comme un agneau, il est conduit à la tuerie.

Comme une brebis devant celui qui la tond, il se tait

Et n’ouvre pas sa bouche.

Sans protection de jugement, il est enlevé ;

Ne se préoccupe de lui personne de sa race,

En le voyant retranché de la terre des vivants.

A cause des péchés de mon peuple, je l’ai frappé.

Parmi les impies, on fixe son sépulcre,

Mais auprès du riche a été sa demeure. ”

1. La messe (Rorate coeli). — Nous célébrons aujourd’hui la messe avec toute la chrétienté dans la grande église de Sainte-Marie à Rome où se trouve aussi la Crèche qui est pour nous l’image de Bethléem. A l’Introït, nous crions avec toute l’humanité qui implore la Rédemption : “ Cieux répandez votre rosée. ” Dans le psaume 18, nous voyons sous le symbole du soleil levant, l’accomplissement de nos espérances : “ Pour le soleil il a dressé une tente, au ciel, (l’astre) s’avance comme un époux hors de la chambre nuptiale, il s’élance comme un héros qui fournit sa carrière, d’une extrémité du ciel il prend sa course vers l’autre et rien ne peut échapper à sa chaleur. ” Le Christ, le divin Soleil de justice est resté caché neuf mois dans sa tente, c’est-à-dire dans le sein de Marie, mais, à Noël, après le solstice d’hiver, il paraît au dehors.

Dans la première Oraison, l’Église demande que “ la fête de la Rédemption qui va venir” nous soit utile ici-bas et là-haut. Plus belle encore est la seconde Oraison : “ Hâtez-vous, ne tardez plus, Seigneur, relevez-nous par les consolations de votre avènement. ” C’est une oraison d’une impétuosité remarquable et qui sort du style ordinaire. La haute antiquité de cette messe apparaît dans les trois leçons (aux tout premiers temps de la liturgie romaine, la plupart des messes avaient au moins trois leçons). Les deux premières sont tirées de notre Prophète de l’Avent : Isaïe ; nous les connaissons déjà toutes les deux. Sion est le lieu de naissance de la Sainte Église, vers elle affluent les Gentils. C’est d’elle que sort la loi et le législateur (nous entendons le mot “ Parole” dans le sens de “ Verbe ”). Sion est le symbole de la Vierge Marie qui a donné au monde le Verbe divin. Sion est aussi le symbole de l’Église et de l’âme. Ainsi trois noms se présentent à nous pendant toute la messe, Marie, l’Église, l’âme. L’Église aussi est mère de Dieu, en ce sens que par le ministère des sacrements, elle enfante et fait croître mystiquement le Christ dans les âmes. Et notre âme, à chaque messe peut être dite en quelque sorte mère du Christ, en tant que par la grâce du Saint Esprit reçue en elle, elle enfante mystique ment le Christ.

Le premier Graduel est un chant d’une grande beauté, c’est une image de Noël : nous nous tenons devant les portes fermées du paradis terrestre, déjà se soulèvent les verrous, déjà se tirent les chaînes ; pleins d’impatience nous crions : “ Levez les portes, princes des anges ; ouvrez-vous, portes éternelles et le Roi de gloire fera son entrée. ”

Les deux leçons suivantes ont entre elles une conformité merveilleuse. Le Prophète dit : “ Voici qu’une Vierge concevra et enfantera un Fils et on l’appellera Emmanuel. ” L’évangéliste dit : Je te salue... voici que tu concevras et enfanteras un Fils et tu lui donneras le nom de Jésus. Il sera appelé le Fils du Très-Haut... Le Saint-Esprit te couvrira de son ombre. ”

Cet Évangile, d’une impérissable beauté, compte parmi les plus sublimes révélations que Dieu ait jamais faites à l’humanité. L’avant-messe a, en quelque sorte, parcouru tout l’Avent jusqu’au seuil du mystère de Noël. C’est pourquoi, au commencement du Sacrifice, nous nous voyons déjà le Sauveur venir :

Consolez-vous et ne craignez pas, car voici que notre Dieu apporte la récompense. Il va venir lui-même et nous apporter la Rédemption. Alors s’ouvriront les yeux des aveugles, les oreilles des sourds ne seront plus fermées ; alors le paralytique bondira comme un cerf, la langue du muet jubilera. Il va venir lui-même et nous apporter la Rédemption”

Au sacrifice et à la communion, nous participons mystiquement au mystère de la Maternité divine, aussi pouvons-nous nous appliquer ce que chante l’Église à la Communion : “ Voici qu’une Vierge concevra et enfantera un Fils... ” Une fois encore nous chantons le cantique du soleil (psaume 18). — C’est vraiment une messe d’or.

2. Chants de l’Avent. — Nous restons étonnés devant tous ces chants poétiques qui jaillissent de la lyre de l’Église :

Crie de toutes tes forces toi qui annonces la paix dans Jérusalem,

Annonce aux villes de Juda et aux habitants de Sion :

Voici que notre Dieu que nous attendions va venir. ”

(Répons.)

Une étoile se lèvera de Jacob

Et un homme se lèvera d’Israël qui anéantira tous les chefs des étrangers,

Et toute la terre sera sa possession,

Tous les rois de la terre l’adoreront,

Tous les peuples le serviront. ” (Répons.)

Les antiennes du lever et du coucher du soleil indiquent que nous devons nous occuper, toute la journée, des sublimes passages de l’Évangile ; “ L’ange Gabriel fut envoyé à la Vierge Marie fiancée à Joseph.” Le soir, nous disons avec Marie : “ Voici la servante du Seigneur, qu’il me soit fait selon ta parole. ”

JEUDI APRÈS LE 3ème DIMANCHE

Index

DE L’AVENT

Ton Sauveur est le Saint d’Israël

1. Lecture de l’Avent. — Isaïe décrit la gloire de la nouvelle Sion (LIV, 1-14).

Pousse des cris de joie, stérile qui n’as jamais enfanté,

Éclate en chants d’allégresse, tressaille, toi qui n’as pas été en travail,

Car plus nombreux sont les fils de celle qui était délaissée

Que de celle qui avait un époux, ainsi parle le Seigneur.

Elargis l’espace de ta tente,

Déploie les tentures de ta demeure

Et ne ménage pas la place.

Allonge tes cordages

Et enfonce plus profondément tes pieux.

Sois sans crainte, tu n’as pas à avoir honte.

Aie le cœur joyeux, tu n’as pas à rougir,

Tu oublieras la honte de ta stérilité,

A l’opprobre de ton veuvage tu ne penseras pas,

Ton époux est celui qui t’a créée,

Il s’appelle : le Seigneur des armées.

Ton Sauveur est le Saint d’Israël,

Le Dieu de l’univers, c’est ainsi qu’on le nomme.

Comme une femme abandonnée et profondément affligée le Seigneur t’a rappelée,

Comme une femme aimée dans sa jeunesse et puis répudiée.

Ainsi parle ton Dieu : Pour un instant je t’ai abandonnée ;

Avec un amour puissant je t’ai accueillie de nouveau.

Dans le bouillonnement de ma colère, j’ai caché mon visage devant toi ;

Maintenant j’ai pitié de toi, d’une piété éternelle,

Ainsi parle le Seigneur ton Sauveur.

Il en sera pour moi comme aux jours de Noé,

Alors que je jurai :

Jamais plus les flots ne submergeront la terre ;

Ainsi je jure de ne plus jamais m’irriter contre toi,

De ne plus jamais te châtier.

Quand les montagnes se retireraient, que les collines s’ébranleraient,

Ma miséricorde ne s’écartera pas de toi

Et mon alliance de paix ne sera pas ébranlée,

Dit le Seigneur, celui qui a compassion de toi.

Malheureuse, battue de la tempête, désolée, vois,

Je coucherai tes pierres sur l’antimoine

Et tes murs de fondation sur le saphir ;

Je ferai tes créneaux de rubis

Et des portes d’escarboucles, ton enceinte de pierres précieuses.

Tous tes fils seront disciples du Seigneur ;

Je donnerai à tes fils l’abondance de la paix.

C’est sur le droit que tu seras fondée... ”

Chants de l’Avent. — Les chants célèbrent la grandeur et la gloire du Roi qui va venir :

Le Seigneur se lèvera et combattra contre les nations,

Et ses pieds reposeront sur le mont des Oliviers vers l’Orient,

Il s’élèvera au-dessus de toutes les collines

Et vers lui afflueront tous les peuples” (Répons.)

C’est un répons mystérieux. Peut-être veut-il faire allusion au combat douloureux du Christ qui commencera au jardin des Oliviers et le conduira à la victoire sur tous ses ennemis. On trouve une pensée semblable dans le second répons :

Comme précurseur, il entre pour nous, l’Agneau sans tache

Devenu grand-prêtre selon l’ordre de Melchisédech ;

Il est le Roi de justice dont la génération est éternelle” (Répons.)

Puis on s’adresse à la Reine qu’est l’Église :

Les nations verront ton Juste

Et tous les rois ton illustre

Et on t’appellera d’un nom nouveau

Que la bouche du Seigneur a nommé

Et tu seras une couronne de gloire dans la main du Seigneur

Et un diadème royal dans la main de ton Dieu” (Répons.)

On ne peut pas donner une caractéristique plus belle de l’Église que celle-ci : “ une couronne de gloire dans la main du Seigneur. ”

Au lever du soleil, l’Église chante : “ Veillez avec zèle, car il est proche, le Seigneur notre Dieu. Aux quatre stations du jour, l’Église nous met sur les lèvres un petit chant qui est une prière jaculatoire :

A Prime : “ De Sion va venir le Seigneur tout-puissant pour sauver son peuple. ”

A Tierce : “ Tourne-toi un peu vers nous, Seigneur, et ne tarde pas à venir vers tes serviteur. ”

A Sexte : “ De Sion viendra le Seigneur qui doit régner, Emmanuel est son grand nom. ”

A None : “ Le Seigneur notre législateur, le Seigneur notre Roi viendra lui-même et nous sauvera. ”

Avec ces prières le chrétien a un moyen facile et court de vivre la vie de l’Avent.

A Vêpres nous chantons un cantique de joie : “ Réjouissez-vous avec Jérusalem et tressaillez en elle, vous tous qui l’aimez à jamais. ”

VENDREDI DES QUATRE-TEMPS

STATION AUX DOUZE APOTRES

Mon âme glorifie le Seigneur

L’Église nous fait célébrer aujourd’hui le mystère de la Visitation de la Sainte Vierge. C’est la continuation historique du mercredi des Quatre-Temps. Nous voyons, aujourd’hui, la bienheureuse servante du Seigneur en route vers les montagnes pour aller voir Élisabeth. Nous entendons de sa bouche le premier Magnificat ; le premier fruit de la Rédemption est la sanctification de saint Jean Baptiste, dans le sein de sa mère. Par conséquent de grands mystères s’accomplissent aujourd’hui dans l’Église.

1. La Visitation de la Sainte Vierge. — Saint Ambroise nous donne aujourd’hui une belle homélie sur l’Évangile : “ Dès que Marie eut entendu la parole ( de l’ange), elle se leva et partit vers les montagnes ; non pas qu’elle fût incrédule envers la nouvelle ou qu’elle ait conçu des doutes sur le cas semblable. Mais elle était heureuse en raison des vœux qu’elle formait ; prête à rendre religieusement service, elle se hâtait à cause de sa joie. Où aurait-elle été, maintenant qu’elle était remplie de Dieu, sinon, vers les hauteurs, d’un pas rapide ? La grâce du Saint-Esprit ne connaît pas de lenteurs et d’hésitations. Apprenez aussi, saintes femmes, les attentions que vous devez avoir pour vos parentes qui se trouvent dans la situation d’Élisabeth. Pour Marie, qui demeurait seule dans l’intérieur de sa maison, elle ne fut pas retenue par la pudeur virginale, de paraître en public, ni par les aspérités des montagnes, de montrer son zèle, ni par la longueur du chemin, de témoigner sa charité. Pensant au service à rendre et non aux difficultés, elle quitte sa maison et s’en va dans la montagne, à l’impulsion de son cœur... Apprenez, jeunes filles, à ne pas errer, ici et là, dans les maisons étrangères, à ne pas séjourner sur les rues, à ne pas bavarder en public. A la maison, Marie reste à loisir ; quand elle est dehors, elle se hâte... Vous avez appris, jeunes filles, la pudeur de Marie, apprenez aussi son humilité. C’est une parente qui vient voir une parente, une femme plus jeune qui visite une femme plus âgée. Elle ne vient pas seulement la première, elle salue la première. Il convient donc qu’une vierge soit d’autant plus humble qu’elle est plus chaste. Qu’elle apprenne la déférence envers ses aînées. Qu’elle soit un modèle d’humilité. Car telle est la vocation de la pureté... ”. Considérons les trois personnages qui peuvent jouer un rôle dans ce mystère sacré : le Christ, la Sainte Vierge et nous-mêmes.

Le Christ. — Quelle est l’attitude du Sauveur de Noël et de la messe d’aujourd’hui ? L’Église et Marie elle-même nous l’indiquent dans l’Introït : Il est proche (le Sauveur est devant la porte), il tient fidèle-ment ses promesses. Ce sont ses voies vers nous ; nos voies vers lui doivent être des voies d’innocence. L’Oraison est encore le cri d’imploration de l’Avent : Déploie ta puissance et viens à Noël. Dans la leçon, nous voyons le Sauveur comme un rameau de la racine de Marie ; le fruit divin germe déjà à dans la terre bénie (Graduel). A l’Évangile, nous adorons le Sauveur dans son tabernacle virginal et nous assistons à son premier acte rédempteur. Il purifie son fidèle héraut, de la tache originelle. La Communion fait surgir devant nos yeux la vision de l’avènement dernier, du dernier jour de Noël avec l’escorte de tous les saints. Le Roi qui viendra alors est le Sauveur qui vient à Noël, c’est aussi le Sauveur qui descend aujourd’hui sur l’autel. La messe unit donc le double avènement : l’avènement dans la chair et l’avènement dans la gloire.

Marie : La bienheureuse servante de Dieu apparaît de nouveau devant nous : accompagnons-la dans son voyage ; comme l’ange qui la précède, semons des roses sur ses pas ; avec saint Joseph, suivons modeste-ment ses traces. Les voies de Marie sont des voies immaculées. Elle est la terre bénie, fécondée par la rosée du ciel ; elle est aussi la racine sacrée, qui produit le noble rameau, la fleur divine de t’humanité.

Nous-mêmes. — Quel rôle nous est assigné aujourd’hui ? D’abord celui de saint Jean auquel le Seigneur apporte la grâce de la Rédemption et spécialement la purification de l’antique faute (vetustate purgatos). Mais le rôle de Marie doit être aussi le nôtre, à un titre tout particulier. Il est peu de mystères dans sa vie qui s’adaptent mieux à notre vie spirituelle que son voyage vers les montagnes.

a) Soyons nous aussi des créatures “ avec qui est le Seigneur ” : Il est avec nous par la Sainte Eucharistie, il l’est constamment par la grâce. Nous portons le Christ à travers toute notre vie : il faut qu’il grandisse et prenne forme en nous.

b) Portons consciemment le Christ à travers nos journées, soyons des porteurs de Christ, des christophores.

c) Portons le Christ parmi les hommes, afin qu’il leur donne la grâce, portons-le dans notre maison, au lieu de notre travail, portons-le à tous ceux que nous fréquentons. Que de grâces nous pourrions ainsi communiquer aux hommes sans qu’on le sache, sans qu’on le remarque !

d) Aimons aussi à chanter le cantique de l’habitation de Dieu en nous, le Magnificat, avec la ferveur de Marie ; chantons-le tous les jours.

2. Lecture de l’Avent. — Nous écoutons d’abord le message de notre prédicateur d’Avent (Isaïe LV. 1-13).

Vous tous qui avez soif, venez aux eaux,

Et vous qui n’avez pas d’argent

Venez vite, achetez et mangez,

Venez, achetez sans argent et sans échange du vin et du lait.

Pourquoi dépenser de l’argent pour ce qui n’est pas du pain ?

Votre travail pour œ qui ne rassasie pas ?

Écoutez-moi donc et mangez ce qui est bon

Et que votre âme se délecte de mets succulents.

Prêtez-moi l’oreille et venez à moi,

Ecoutez et que votre âme vive ;

Je conclurai avec vous une alliance éternelle,

En raison de ma ferme promesse à David.

Voici que je l’établis pasteur des peuples, prince et docteur des nations.

Voici que tu appelleras un peuple que tu ne connais pas,

Et des nations que tu ne connais pas accourront à toi,

A cause du Seigneur ton Dieu et du Saint d’Israël

Qui t’a glorifié.

Cherchez le Seigneur pendant qu’on peut le trouver,

Invoquez-le pendant qu’il est proche.

Que l’impie abandonne sa voie (de péché)

Et l’injuste ses mauvais desseins

Et qu’il se convertisse au Seigneur,

Alors notre Dieu aura pitié de lui,

Car il est tout prêt à pardonner.

Ce sont là encore de véritables pensées d’Avent : de joyeuses promesses mais aussi de sérieux avertissements.

3. Chants de l’Avent. — Au caractère plus sérieux du jour correspondent des chants remplis d’une ardente supplication :

Envoie l’Agneau, Seigneur, le Souverain de la terre,

Des rochers du désert vers la montagne de la fille de Sion,

Montre-nous, Seigneur, ta miséricorde Et donne-nous ton salut. ” (Répons.)

Des champs dévastés d’Israël ont jailli des germes parfumés.

Car voici que Dieu vient avec puissance,

De Sion sort la splendeur de sa beauté,

Notre Dieu va venir visiblement. ” (Répons.)

Le matin, au lever du soleil, nous entendons l’exclamation joyeuse d’Élisabeth : “ Quand j’ai entendu le son de ta voix, l’enfant a tressailli de joie dans mon sein, Alleluia. ”

SAMEDI DES QUATRE-TEMPS

STATION A SAINT PIERRE

Toute chair verra le salut de Dieu

Le grand jour des Quatre-Temps d’hiver, c’est ainsi qu’on peut caractériser ce jour. Toute la journée est consacrée aux préparatifs de Noël. Considérons d’abord la messe, puis les textes d. Avent au bréviaire.

1. La messe (Veni). — Pour comprendre la messe d’aujourd’hui, il faut nous transporter par la pensée à l’époque antique où cette messe était célébrée, la nuit, à Saint-Pierre de Rome. Les deux messes précédentes des Quatre-Temps avaient quelque chose d’intime, celle d’aujourd’hui est une messe solennelle de l’Église universelle (elle est célébrée à Saint-Pierre). Cette messe est comme un résumé de l’Avent et de Noël : tout ce qui a été développé dans les quatre semaines de l’Avent est condensé ici. En plusieurs endroits nous rencontrons le symbole de la nuit et de la lumière et cela nous rappelle que cette messe était célébrée en pleine nuit et s’achevait vers le matin. Ce seul fait était déjà un symbole extérieur du thème général de la messe : De la nuit de l’Avent à la lumière de Noël. Tel est le sens de la messe.

A l’Introït, nous appelons de toutes nos supplications la lumière de Noël : “ Viens et montre ton visage, Seigneur, dont le trône est au-dessus des chérubins, et alors nous serons sauvés ”. Puis nous chantons le psaume d’Avent, le psaume 79 qui, avec le psaume 18, nous suivra à travers toute la messe.

Déploie ta force

Et viens à notre secours,

O Dieu des armées, ramène-nous chez nous,

Fais briller ta face et nous serons sauvés ;

Seigneur, Dieu des armées, combien de temps encore,

Seras-tu irrité contre ton peuple qui té prie.

Tu nous nourris d’un pain de larmes,

Tu nous abreuves abondamment de la boisson de pleurs. ”

La première Oraison explique l’image en prose : “ Console-nous, pauvres pécheurs que nous sommes, en nous visitant. ” Noël est en effet la vraie visite de Dieu (adventus). Les quatre premières leçons sont du prophète Isaïe. La première annonce que la lumière (Jésus) brillera dans le paganisme (symbolisé par l’Égypte) : “ Le Seigneur frappera l’Égypte de coups salutaires et ils se convertiront au Seigneur et il se montrera miséricordieux pour eux et les guérira. ”

La seconde leçon donne une image magnifique du nouvel Eden du royaume de Dieu :

Le désert et la solitude se réjouiront,

Le steppe tressaillira et fleurira comme les lis,

Il se couvrira de végétation et poussera des cris de joie,

La gloire du Liban lui sera communiquée,

La splendeur du Carmel et de la plaine de Saron ;

Ils verront la gloire du Seigneur,

La magnificence de notre Dieu.

Fortifiez les mains défaillantes

Et affermissez les genoux qui chancellent.

Dites aux pusillanimes : consolez-vous et ne craignez pas,

Car voici que vient votre Dieu,

Dieu vient lui-même et il vous délivrera. ”

La troisième leçon nous montre l’arrivée du vainqueur. L’Église se tient comme une vigie à son poste d’observation :

Monte sur une haute montagne, messager de Sion,

Annonce aux villes de Juda : Voici votre Dieu,

Voici que le Seigneur Dieu viendra comme un vainqueur,

Comme un pasteur il fera paître son troupeau,

Dans ses bras il recueillera les agneaux

Et les prendra sur son sein... ”

Dans la quatrième leçon, le Christ nous apparaît comme le divin Cyrus qui délivrera l’humanité de la captivité de Babylone où la retient le démon : “ Je suis le Seigneur et il n’yen a pas d’autre, celui qui a créé la lumière et les ténèbres, qui procure la paix et le malheur... ”

Cieux, répandez votre rosée, nuées, faites pleuvoir le Juste,

Que la terre s’ouvre et fasse germer le Sauveur. ”

Entre les leçons sont insérées des chants et des prières qui continuent les pensées de l’Avent. Le psaume 18 nous montre le divin soleil de justice quittant sa tente nocturne (Marie).

Au soleil il a préparé une tente,

Il s’avance comme un Époux qui quitte la chambre nuptiale. ”

Les oraisons sont d’une grande beauté et expriment d’abord notre besoin de Rédemption, puis le bonheur attendu de la visite divine. La plus remarquable est la seconde : “ Depuis longtemps, nous soupirons sous le joug du péché et de l’esclavage, puissions-nous par la nouvelle naissance de ton Fils que nous attendons être délivrés...” C’est la première fois que, dans une oraison, il est question de la naissance du Christ.

La cinquième leçon nous fait déjà saluer l’heure matinale : on nous parle des trois enfants dans la fournaise (cette leçon est la cinquième leçon de tous les samedis de Quatre-Temps, elle constituait les Laudes dans l’antique vigile). L’Église primitive voyait, dans l’histoire de ces héroïques jeunes gens, le symbole de la résurrection et du martyre.

L’Epître nous renseigne sur le retour du Christ. D’abord doit venir l’Antéchrist qui accomplira le mystère d’iniquité. Ce seront les ténèbres. Puis viendra l’illumination de l’avènement du Seigneur. (Cette Épître constitue un vestige de l’ancienne conception de ce temps. Alors l’attente du second avènement était l’objet principal de la fête). Avec le lever du soleil la vigile se terminait, on était au dimanche matin.

A l’Évangile, nous entendons un joyeux message : le Précurseur est arrivé, le Roi n’est pas loin. “ Toute chair verra le salut de Dieu.” Le drame de l’avant-messe est terminé ; dans le Sacrifice, il deviendra une réalité : nos ténèbres seront illuminées par la grâce de la visite divine. Dans le Sacrifice, Noël est déjà arrivé (Offertoire) :

Réjouis-toi, fille de Sion, exulte, fille de Jérusalem.

Voici que ton Roi vient vers toi, le Saint, le Sauveur,

Il parle pacifiquement aux nations, son empire s’étend de la mer à la mer...

Oui, je viens et demeure au milieu de toi, dit le Seigneur. ”

Comme un géant il s’élance sur la voie de la Rédemption, le divin Soleil ; le soleil du dimanche, le soleil de Noël est levé (Communion). La Postcommunion contient une vérité importante, c’est que les “ mystères de Noël ” ont été institués pour assurer notre renaissance spirituelle.

2. Chants de l’Avent. — Nous avons vu qu’aucune époque de l’année n’est aussi riche en chants joyeux que l’Avent. Avec une fécondité inépuisable, l’Église produit des antiennes et des répons de la plus belle poésie.

Un rameau s’élève de la racine de Jessé

Et une fleur jaillit de sa racine ;

La justice sera la ceinture de ses flancs

Et la vérité la sangle de ses reins.

Et sur lui reposera l’Esprit du Seigneur :

L’Esprit de sagesse et d’intelligence,

L’Esprit de conseil et de force. ” (Répons.)

Viens, Seigneur, ne tarde pas,

Remets les péchés de ton peuple

Et ramène ceux qui sont dispersés, dans leur terre,

Déploie ta puissance, Seigneur et viens

Pour nous apporter le salut. ” (Répons.)

Au lever du soleil, nous sommes transportés au moment de l’Annonciation. “ Comment cela se fera-t-il, ange de Dieu, car je ne connais pas d’homme. Écoute, Vierge Marie : Le Saint-Esprit viendra sur toi et la vertu du Très-Haut te couvrira de son ombre. ”

Pendant le jour, nous chantons de nouveau des antiennes propres qui sont autant d’oraisons jaculatoires.

A Prime : “ Voyez comme il est glorieux, celui qui vient pour racheter les nations. ”

A Tierce : “ Puissant est son empire et sa paix n’aura pas de fin. ”

A Sexte : “ Je suis le Seigneur, j’approche et j’apporte

ma justice, elle ne restera pas éloignée, mon salut ne tardera pas. ”

A None : “ Sois prêt, Israël à aller au-devant du Seigneur, car il vient. ”

Aux Vêpres, nous chantons encore pour chaque psaume une nouvelle antienne : “ Sonnez de la trompette à Sion, car proche est le jour du Seigneur, voici qu’il viendra pour nous sauver, Alleluia, Alleluia. ”

Ta Parole toute-puissante, Seigneur, viendra, de son trône royal, Alleluia. ”

QUATRIÈME SEMAINE DE L’AVENT

MAINTENANT TOUT EST ACCOMPLI

La quatrième semaine de l’Avent constitue une montée dans l’Avent, mais non un nouveau stade ; ce n’est que le sommaire de toutes les préparations de l’Avent. Le plus souvent, cette semaine est très courte, c’est déjà la semaine de Noël et des fêtes qui l’accompagnent.

QUATRIÈME DIMANCHE

Index

DE L’AVENT

STATION AUX DOUZE APOTRES

Toute chair verra le salut de Dieu

1. La messe (Rorate coeli). — Ce dimanche était, dans les temps antiques, un dimanche sans liturgie, car la célébration des Quatre-Temps se prolongeait jusqu’au dimanche matin. Ce n’est que lorsque la messe des Quatre-Temps fut transférée au samedi matin qu’on composa, pour le dimanche, un formulaire spécial de messe en rassemblant des textes empruntés aux messes des Quatre-Temps (chants du mercredi, Évangile du samedi). La messe d’aujourd’hui se présente ainsi comme une célébration des Quatre-Temps renvoyée au dimanche pour les fidèles qui n’ont pas pu venir à l’Église pendant la semaine. C’est donc une célébration des Quatre-Temps pour la communauté réunie : nous jetons un regard en arrière sur le trimestre écoulé, dans des sentiments de reconnaissance et de pénitence. C’est le renouvellement de l’alliance pour le trimestre qui va commencer.

Dans l’Epître, on nous rappelle l’ordination des prêtres. Car c’est dans la nuit de ce jour que l’ancienne Église procédait de préférence aux ordinations. Combien de prêtres et d’évêques zélés ont pu recevoir en ce jour les saints Ordres ! Remercions-en Dieu, en ce jour, et prions pour les vocations.

La messe, dans sa composition actuelle, est un sommaire de tout l’Avent. Une fois encore se présentent à nos yeux les trois prédicateurs de l’Avent et nous entendons les paroles typiques qui, pendant tout l’Avent, ont si souvent retenti à nos oreilles. Isaïe répète son “ Cieux répandez votre rosée ”, Jean le Baptiste nous dit encore “ Préparez les voies ”, et nous offrons à Marie la “ salutation angélique ”.

Le Prophète Isaïe se tient au seuil (Intr.). C’est la place qui lui convient, car il appartient précisément à l’Ancienne Alliance. Nous entendons encore de sa bouche l’immortel appel de l’Avent : “ Cieux répandez votre rosée et faites pleuvoir le Juste... ”. Ce fut le premier stade et l’impression fondamentale de l’Avent. Nous entrons dans la nef de la maison de Dieu. Nous trouvons devant nous le second prédicateur de l’Avent, le Baptiste. Il marche devant le Seigneur, il conduit l’Époux (le Christ) à son Épouse (l’Église). Il est aussi celui qui crie dans le désert : “ Préparez les voies du Seigneur. ” Dans la Messe, c’est lui qui domine l’office de la lecture. C’est. son véritable rôle, car sa prédication de pénitence est la grande tâche morale de l’Avent.

Au commencement de l’Offrande, Marie nous conduit enfin à l’autel. Elle se tient déjà dans le sanctuaire. Elle aussi est à la place qui lui convient. Isaïe en effet est Prophète, il se tient encore devant des portes fermées, sur le seuil ; le Baptiste est prédicateur de pénitence et sa place est sur l’ambon de l’avant-messe. Mais Marie incorpore la grâce ; elle nous conduit vers l’autel, sur lequel le Rédempteur descend comme il descendit dans le sein de la Vierge quand l’ange vint la saluer. C’est là le plus haut point de l’Avent ; ce sont les préliminaires de la fête de Noël. Dans le saint sacrifice et dans la communion, l’Église et l’âme sont assimilées mystique ment à la Mère de Dieu, nous devenons nous aussi des porteurs du Christ, qui doit spirituellement être enfanté en nous le jour de Noël. Ces trois figures de l’Avent nous enseignent aussi finalement le sens profond de la liturgie de la messe et du bréviaire : Isaïe représente les matines de nuit, Jean l’avant-messe, Marie le sacrifice de la messe).

2. Lecture de l’Avent. — Aujourd’hui le Prophète chante un chant enthousiaste au sujet du nouveau royaume de Dieu (XXXV, 1-10).

Ainsi parle le Seigneur :

On verra se réjouir le désert et la solitude,

Le steppe tressaillira et fleurira comme le lis.

Il aura une végétation abondante et tressaillira de joie et d’allégresse.

La gloire du Liban lui sera accordée,

La magnificence du Carmel et de Saron.

Ils verront la gloire du Seigneur, La splendeur de notre Dieu.

Fortifiez les mains défaillantes

Et raffermissez les genoux chancelants.

Dites aux pusillanimes :

Consolez-vous et ne craignez point, car voici

Que votre Dieu vient pour accomplir sa vengeance.

Dieu vient lui-même et vous sauvera ;

Alors s’ouvriront les yeux des aveugles,

Les oreilles des sourds ne seront plus fermées.

Alors le paralytique bondira comme un cerf

Et la langue du muet se déliera.

Dans le désert jailliront les eaux

Et les ruisseaux arroseront le steppe.

La terre de la soif deviendra un lac

Et le sol altéré deviendra une source d’eau...

Il y aura là une route, une voie,

On l’appellera la voie sainte.

Nul impur n’y passera

Et les pécheurs n’y erreront pas.

Là point de lion, aucune bête féroce n’y mettra les pieds.

Les délivrés seuls y marcheront.

Ceux que le Seigneur a délivrés rentreront

Et s’en iront vers Sion avec des chants de louange.

La joie éternelle couronnera leur tête.

La joie et l’allégresse seront à eux,

Le chagrin et le gémissement seront loin. ”

Voilà certes un merveilleux message d’Avent.

3. Chants de l’Avent. — Le bréviaire est encore riche de merveilleux répons :

Sonnez de la trompette dans Sion,

Criez aux nations, annoncez bien haut aux peuples :

Voici que Dieu notre Sauveur va venir,

Annoncez-le et faites-le entendre, parler et crier :

Voici que Dieu notre Sauveur va venir. ” (Répons.)

Voici qu’est arrivée la plénitude des temps

Où Dieu a envoyé son Fils sur la terre,

Né d’une Vierge, placé sous la loi,

Afin de racheter ceux qui étaient sous la loi.

A cause de la grande charité dont Dieu nous a aimés

Il a envoyé son Fils sous la forme de la chair de péché. (Répons.)

Il nous est né un petit enfant

Et il sera appelé Dieu le Fort ;

Il prendra place sur le trône de son père David et il régnera ;

Sa puissance repose sur ses épaules,

En lui seront bénis tous les peuples de la terre,

Tous les Gentils le serviront. ” (Répons.)

Au lever du soleil, nous entendons tinter la cloche de l’Ave : “ Salut, Marie, pleine de grâce, le Seigneur est avec toi, tu es bénie entre toutes les femmes, Alleluia. ”

LUNDI APRÈS LE 4ème DIMANCHE

Index

DE L’AVENT

Le sceptre ne sortira pas de Juda

1. Lecture de l’Avent. — Le prophète nous adresse aujourd’hui une exhortation. (Chap. LVIII) :

Donne ton pain à celui qui a faim

Et mène les pauvres et ceux qui sont sans abri dans ta maison :

Si tu vois quelqu’un nu, habille-le

Et ne méprise pas ta chair.

Alors ta lumière se lèvera comme l’aurore

Et tu ne tarderas pas à trouver la guérison ;

Ta justice marchera devant toi

Et la gloire du Seigneur t’accompagnera.

Appelle alors et le Seigneur t’écoutera,

Crie et il dira : Me voici.

Si tu donnes abondamment à ceux qui ont faim

Et si tu consoles les affligés

Ta lumière brillera dans l’obscurité

Et ta puissance sera comme la clarté de midi.

Le Seigneur t’accordera pour toujours le repos

Et remplira ton âme de clarté

Et affermira ta force.

Tu seras comme un jardin bien arrosé

Et comme une source intarissable.

Par toi les antiques ruines seront de nouveau bâties

Et tu poseras des fondements pour des générations futures.

On t’appellera le réparateur des brèches,

Celui qui donne la sécurité aux chemins.

Si, le jour du sabbat, tu retiens ton pied

Et ne fais pas tes propres affaires en mon saint jour ;

Si tu appelles le sabbat tes délices,

Un jour saint et consacré au Seigneur

Et si tu le considères comme sacré, en ne faisant point de chemin,

En ne te livrant pas à tes propres affaires

Et à de vains discours ;

Alors tu auras de la joie dans le Seigneur

Et je t’élèverai au-dessus des hauteurs de la terre

Et je te ferai jouir de l’héritage de Jacob ton père.

Car la bouche du Seigneur a parlé. ”

2. Chants de l’Avent. — Les chants de l’Église expriment l’attente et l’espérance. Déjà nous voyons en esprit le Seigneur comme Roi et comme Enfant :

Le sceptre ne sortira pas de Juda,

Ni la puissance de sa race,

Jusqu’à ce que vienne celui qui doit être envoyé

Et que les peuples espèrent.

Ses yeux sont plus beaux que le vin noir

Et ses dents plus blanches que le lait. ” (Rép.)

Le Précurseur annonce le lever du divin Soleil, c’est pourquoi la lune (lui-même et l’Ancien Testament) doit pâlir :

Je dois diminuer et lui doit croître,

Celui qui vient après moi a existé avant moi

Et je ne suis pas digne de délier les courroies de sa chaussure.

Je vous baptise dans l’eau, mais lui vous baptisera dans le Saint-Esprit. ” (Rép.)

Au coucher du soleil, nous entendons la voix du Précurseur : “ Ainsi parle le Seigneur : faites pénitence, le royaume des cieux est proche. ”

3. Le Symbole de l’arbre de Noël. — C’est vraiment un merveilleux usage que de faire des cadeaux de Noël aux enfants, mais à condition de leur faire remarquer : C’est le petit Jésus qui apporte les cadeaux. La coutume populaire a réalisé ici un chef-d’œuvre. Elle a fait couler un fleuve de joie dans nos pays chrétiens. Pendant des semaines, les enfants ne parlent que de la venue du petit Jésus et de ses cadeaux. Celui qui est né et a grandi dans une famille heureuse, sait que Noël est, à proprement parler, la fête de la famille. Tout l’amour, toute l’intimité, tout le dévouement, bref, tout ce qu’on ne montre pas dans la rudesse des jours ordinaires, éclate alors autour de l’arbre de Noël. Combien sont touchantes les surprises qu’on s’est mutuellement réservées. Dès qu’il y a des enfants dans la famille, la fête est un débordement de joie. C’est en vain que les adversaires cherchent quelque chose pour remplacer notre usage chrétien ; ils ne trouvent rien. Les Juifs même et les incroyants l’imitent pour leurs enfants. Pourtant nous devrions voir plus loin et bien comprendre l’importance de cet usage. Que nous disent les cadeaux de Noël ? Que doit-être l’arbre de Noël ? Image et symbole de ce que nous célébrons à Noël en tant que chrétiens. Que fêtons-nous donc ? C’est un grand message de joie que nous célébrons dans notre fête. Voici quel est ce message : Sur cette misérable terre est venu le Sauveur, le Rédempteur et il veut nous rendre heureux. Tel est le contenu du joyeux message. C’est pourquoi nous fêtons l’arrivée du Christ dans le monde, sa naissance à Bethléem. Noël est une fête de Rédemption. Nous n’avons qu’à prendre en main les textes liturgiques ; sans cesse l’Église chante et dit “ qu’aujourd’hui la véritable paix est descendue du ciel ”. L’Église voit donc déjà, dans la naissance du Christ, l’accomplissement de toute la Rédemption. Dans le Christ tout bien nous a été donné ; en lui nous avons reçu de Dieu le plus grand don ; tout ce que notre foi nous offre comme grand et désirable, nous l’avons reçu dans le Christ : la filiation divine, l’Église, l’Eucharistie, le ciel...On dirait que notre Mère l’Église veut répandre de nouveau devant nous, en ce jour de Noël, toute l’abondance des grâces du chrétien. Maintenant nous comprenons le symbole de l’arbre de Noël. C’est pourquoi nous nous faisons des cadeaux, nous essayons de nous faire plaisir, nous nous comblons de gâteries, nous voulons prouver notre affection. Tout cela est l’image du plus grand des dons que le ciel pouvait nous accorder, le Christ. Et comme le Christ lui-même est l’amour, la joie, la paix, chacun de nous veut être l’Enfant Jésus. Nos cadeaux viennent du petit Jésus. Y a-t-il un plus beau spectacle que l’arbre de Noël illuminé et chargé de cadeaux et, tout autour, les yeux rayonnants de joie des enfants ? C’est là une image du christianisme. Toute lumière, tout bonheur, toute joie pure vient de là Nous pouvons l’apprendre des enfants. Nous pouvons appliquer là aussi la parole du Christ : “ Si vous ne devenez pas comme des petits enfants, vous n’entrerez pas dans le royaume des cieux. ” Les enfants ne se tiennent plus d’impatience jusqu’à la venue de Noël, ils sont d’une joie débordante quand Noël est arrivé. Faisons comme eux. L’enfant est pour nous un modèle de l’attente pendant l’Avent, un modèle de la joie de Noël. Si nous avons un enfant dans notre entourage, considérons-le souvent pendant ces jours ; examinons et faisons-en le symbole de notre attente du Christ, de notre joie dans le Christ.

MARDI APRÈS LE 4ème DIMANCHE

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DE L’AVENT

Un enfant naîtra pour vous

1. Lecture de l’Avent. — Pendant l’Office de nuit, nous entendons le Prophète Isaïe. Il fait paraître le Messie devant nous. Ce passage est sanctifié par l’interprétation de Notre Seigneur lui-même (XVI, 1-8) :

L’Esprit du Seigneur est sur moi,

Parce qu’il m’a oint ;

Il m’a envoyé porter la bonne nouvelle aux malheureux

Guérir ceux qui ont le cœur brisé,

Annoncer aux captifs la liberté,

Aux enchaînés la délivrance ;

Pour publier une année de grâce du Seigneur,

Un jour de repos de notre Dieu

Et pour consoler tous ceux qui pleurent,

Pour apporter aux affligés de Sion, au lieu de cendre, une couronne,

De l’huile de joie au lieu de l’habit de deuil.

On les appellera désormais “ chênes de la justice.,

Plantation du Seigneur qui le glorifie ”.

Ils reconstruiront les ruines antiques

Et ils rétabliront les décombres des âges passés.

Ils restaureront les villes abandonnées

Qui de génération en génération ont été ruinées.

Les étrangers vous serviront et feront paître vos troupeaux ;

Les fils des étrangers seront vos laboureurs et vos vignerons.

Mais vous, on vous appellera prêtres du Seigneur,

On vous nommera serviteurs de notre Dieu.

Vous jouirez des richesses des nations et vous serez maîtres de leurs trésors... ”

(Maintenant la parole est à l’Église) “ Je me réjouirai dans le Seigneur

Et mon cœur tressaillira dans mon Dieu

Parce qu’il m’a revêtue du vêtement du salut

Et m’a couverte du manteau de la justice,

Comme un fiancé qui se pare de fleurs,

Comme une fiancée qui se pare de joyaux. ”

Nous sentons à cette lecture que Noël est proche.

2. Chants de l’Avent. – Les chants respirent déjà la joie.

Il nous naîtra un petit enfant et il sera appelé le Dieu fort,

Il siégera sur le trône de David son père et règnera,

Sa puissance reposera sur ses épaules ;

En lui seront bénis tous les peuples de la terre,

Toutes les nations le serviront. ” (Répons)

Vierge d’Israël, reviens dans ta ville,

Pourquoi détournes-tu tristement ton visage ?

Tu enfanteras le Sauveur, le Seigneur,

Une nouvelle oblation pour la terre.

Les hommes se tourneront vers la rédemption.

D’un amour éternel je t’ai aimée

Et c’est pourquoi, avec pitié, je t’ai attirée à moi.” (Répons)

Au coucher du soleil, nous crions vers Dieu : “ Lève-toi, lève-toi, enveloppe-toi de force, bras du Seigneur. ”

MERCREDI APRÈS LE 4ème DIMANCHE

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DE L’AVENT

Voici que va venir ton Sauveur

1. Lecture de l’Avent. — Dans les jours précédents, le Prophète a donné à ses prédictions un caractère de plus en plus précis et joyeux. Aujourd’hui il nous fait une peinture vivante de Jérusalem, l’Épouse de Dieu. (Chap. LXII).

A cause de Sion, je ne me tairai point,

A cause de Jérusalem, je ne resterai pas silencieux,

Jusqu’à ce que son Juste se lève comme l’éclat du soleil.

Que son Sauveur brille comme un flambeau.

Les nations verront ton Juste,

Les rois ton glorieux ;

On le nommera de son nom nouveau,

Que la bouche du Seigneur lui-même prononcera.

Et tu seras une couronne d’honneur dans la main du Seigneur,

Un diadème royal dans la main de ton Dieu.

On ne te nommera plus Délaissée

Et on n’appellera plus ta terre : Désolation ;

On t’appellera : Épouse de Dieu, et ta terre :

Bien habitée. Car en toi Dieu a mis sa complaisance

Et ta terre sera habitée ;

Comme le fiancé recherche la fiancée,

Ainsi te recherche ton Créateur,

Comme le fiancé fait sa joie de sa fiancée.

Ainsi Dieu se réjouit en toi.

Jérusalem, sur tes murs, j’établis des sentinelles :

Tout le jour et toute la nuit, elles ne se tairont pas.

Vous qui faites souvenir de Dieu, ne vous taisez pas,

N’ayez pas de repos jusqu’à ce qu’il ait rétabli Jérusalem,

Jusqu’à ce qu’il en ait fait un objet de jubilation pour le monde.

Passez, passez par les portes,

Aplanissez le chemin du peuple,

Frayez la route, ôtez-en les pierres,

Élevez un étendard pour les peuples.

Voici que le Seigneur fait publier jusqu’aux extrémités de la terre :

Dites à la fille de Sion : Voici que va venir ton Sauveur,

Sa récompense est avec lui et son œuvre le précède.

Et on les appellera : peuple saint, les rachetés du Seigneur ;

Et toi, on t’appellera :

La Recherchée. celle qui n’est jamais plus abandonnée. ”

2. Chants de l’Avent. — La certitude de la venue du Sauveur est de plus en plus ferme. Dieu accomplit le serment qu’il a fait après le déluge :

Je l’ai juré, dit le Seigneur,

Je ne veux plus m’irriter contre la terre,

Les montagnes et les collines recevront ma justice

Et il y aura une alliance de paix à Jérusalem,

Proche est mon salut, il vient,

Et ma justice sera manifeste. ” (Répons)

Nous voyons déjà le Sauveur devant nous :

Voyez comme il est grand, celui qui vient pour sauver les nations,

Il est le Roi de Justice dont la génération est éternelle,

Il entre pour nous comme précurseur, l’Agneau sans tache,

Devenu grand-prêtre selon l’ordre de Melchisédech pour l’éternité. ”) (Répons)

Au lever du soleil, le Sauveur parle lui-même : “ Je placerai dans Sion mon salut et dans Jérusalem ma gloire. ”

JEUDI APRÈS LE 4ème DIMANCHE

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DE L’AVENT

Ah ! si tu déchirais les cieux !

1. Lecture de l’Avent. — Le Prophète nous fait adresser au ciel une prière fervente. (Isaïe LXIV).

Ah ! si tu déchirais les cieux et descendais,

Alors, devant toi s’écouleraient les montagnes !...

Ah ! si tu venais comme producteur de merveilles que nous n’attendions pas !

Si tu descendais pour que tout ce qui est élevé succombe !

Jamais, de toute éternité, on ne l’a entendu et l’oreille ne l’a point perçu,

Aucun œil, ô Dieu, ne l’a vu en dehors de toi,

Ce que tu prépares à ceux qui t’attendent”.

Une fois encore, exprimons tout notre besoin de Rédemption avec les paroles des Juifs captifs :

Et maintenant, Seigneur, tu es notre Père ;

Nous ne sommes qu’argile et tu es le potier.

Nous sommes tous l’œuvre de tes mains.

C’est pourquoi ne t’irrite pas contre nous, Seigneur, c’est assez ;

Ne pense plus à notre faute.

Regarde donc, nous sommes tous ton peuple.

Ta ville sainte est devenue un désert,

Sion est une solitude,

Jérusalem est abandonnée.

La maison qui était pour nous sainte et glorieuse,

Dans laquelle nos pères t’ont loué,

Est devenue la proie des flammes

Et tout ce qui nous était cher

Est tombé en ruine. ”

2. Chants de l’Avent :

Il Sonnez de la trompette dans Sion,

Appelez les nations et annoncez bien haut aux peuples :

Voici que Dieu notre Sauveur va venir,

Annoncez-le et faites-le entendre, parlez et criez :

Voici que Dieu notre Sauveur va venir” (Rép.).

Nous voyons déjà le Seigneur venir comme Roi et en même temps comme enfant :

Le sceptre ne sortira pas de Juda

Et la puissance ne s’éloignera pas de sa tribu,

Jusqu’à ce que vienne celui qui est envoyé,

Celui que les peuples attendent.

Ses yeux sont plus beaux que du vin noir,

Ses dents sont plus blanches que le lait” (Rép.).

L’Église nous console : “ Consolez-vous, consolez-vous mon peuple, dit le Seigneur notre Dieu ” (Ant. Bened.).

Le Seigneur, notre législateur, le Seigneur, notre Roi, va venir lui-même et nous racheter” (Ant. Laudes).

VENDREDI APRÈS LE 4ème DIMANCHE

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DE L’AVENT

Réjouis-toi, Jérusalem

1. Lecture de l’Avent. — Notre lecture d’aujourd’hui est extraite du dernier chapitre d’Isaïe, c’est la dernière lecture de l’Avent (Chap. LXVI, 10 sq.).

Réjouis-toi Jérusalem, rassemblez-vous, vous tous qui l’aimez ;

Tressaillez d’allégresse. vous tous qui avez pleuré sur elle,

Soyez rassasiés à ses mamelles, vous qui êtes allaités,

Et buvez, avec délices, à la source de sa gloire.

Ainsi par le Seigneur : En vérité, je ferai couler sur elle la paix comme un fleuve

Et, comme un torrent qui déborde, la gloire des nations.

Vous serez allaités et portés sur le sein,

Caressés sur les genoux.

Comme un enfant que sa mère caresse,

C’est ainsi que je veux te consoler ;

Oui, dans Jérusalem vous serez consolés.

Vous le verrez et votre cœur se réjouira

Et vos os reprendront vigueur comme l’herbe.

En faveur de ses serviteurs se manifestera la main du Seigneur

Et son courroux contre ses ennemis.

Car voici que le Seigneur viendra comme dans le feu

Et semblable à un ouragan sera son char.

Le Prophète parle alors de la conversion des païens :

Je me prépare à rassembler toutes les nations

Afin qu’elles viennent et voient ma gloire.

Et je ferai parmi elles un signe

Et j’enverrai quelques-uns parmi elles, qui seront de reste, vers les gentils

Qui n’ont pas encore entendu parler de moi,

Qui n’ont pas encore vu ma gloire.

Et ils publieront ma gloire parmi les nations.

Alors tous vos frères de tous les peuples apporteront des présents pour Dieu,

Sur des chevaux, sur des chars, sur des chariots, sur des mulets et des dromadaires, montant vers la montagne sainte de Jérusalem

Et j’en prendrai même quelques-uns parmi eux, comme prêtres et lévites, dit le Seigneur.

Car comme les nouveaux cieux et la nouvelle terre

Que je vais créer, subsisteront devant moi, dit le Seigneur.

Ainsi subsisteront votre postérité et votre nom.

Et il arrivera qu’à chaque nouvelle lune Et à chaque sabbat toute chair viendra

Et se prosternera devant ma face, dit le Seigneur. ”

2. Chants de l’Avent. — Ces chants respirent l’espérance et la joie.

Un petit Enfant nous naîtra et il sera appelé le Dieu fort.

Il siégera sur le trône de David son père et il règnera.

Sa puissance repose sur ses épaules,

En Lui seront bénis tous les peuples de la terre,

Toutes les nations le serviront. ” (Répons)

Voici qu’est arrivée la plénitude des temps :

Où Dieu a envoyé son Fils sur la terre,

Né de la Vierge, placé sous la Loi

Afin de délivrer ceux qui étaient sous la Loi.

A cause du grand amour dont Dieu nous a aimés

Il a envoyé son Fils sous la forme de la chair pécheresse. ” (Répons).

Dieu vient du Liban, son éclat sera comme celui du soleil,

Je regarde vers le Seigneur et j’espère en Dieu mon Sauveur” (Ant. Laud.).

FÊTES A DATE FIXE

29 NOVEMBRE

Vigile de Saint André Apôtre ;

Saint Saturnin, martyr ;

Le premier disciple du Seigneur.

1. Vigile d’Apôtre. — Les fêtes d’Apôtres sont des fêtes de Rédemption. Elles sont réparties dans l’année liturgique et ressemblent aux blocs puissants qui supportent les bases d’un édifice. “ Vous êtes les concitoyens des saints, membres de la maison de Dieu, bâtis sur la pierre de fondation des Apôtres et des Prophètes ; le Christ est la pierre suprême d’angle ” (Vêp. Ap.).

Il conviendrait d’apporter plus de solennité à la célébration des fêtes d’Apôtres. Autrefois, elles étaient des fêtes d’obligation. Il y aurait peut-être une manière sensible de signaler chaque fête d’Apôtre, ce serait d’allumer, pendant la cérémonie, douze cierges, en l’honneur des douze Apôtres.

Les fêtes d’Apôtres ont une Vigile, ce qui est toujours un signe de l’antiquité d’une fête. Autrefois, la Vigile consistait à veiller et à prier pendant toute la nuit. Plus tard, on la reporta au jour précédent. Pour l’ami de la liturgie, la vigile devrait être un jour sérieux de pénitence, une mise en ordre de la demeure de notre cœur, avant la fête. Sans doute la pensée d’une fête d’Apôtre éveille en nous la certitude joyeuse de la Rédemption, mais au jour de la Vigile, nous devons éveiller en nous le besoin de la Rédemption. Elle est le Kyrie qui prépare le Gloria de la fête. De la sorte, la Vigile peut trouver sa place dans l’Avent.

2. Saint Saturnin. — Jour de mort : 20 novembre 300. Tombeau : à Rome. Vie : Le martyrologe nous apprend : “ A Rome, via Salaria, mort des saints martyrs Saturnin, vieillard et Sisinius, diacre ; sous l’empereur Maximien, ils souffrirent longtemps en prison, puis le préfet de la ville les fit étendre sur le chevalet pour disloquer leurs membres, il les fit frapper de bâtons et de scorpions et les fit enfin brûler avec des torches. Après les avoir fait détacher du chevalet, il leur fit trancher la tête. ”

Pratique. — “ Dieu est admirable dans ses saints ”, s’écrie l’Église quand elle considère l’héroïsme de ses martyrs. La vertu des saints est comme un reflet de la Dl grandeur et de la beauté de Dieu. Si la contemplation de la magnificence de la nature nous porte à admirer Dieu, à plus forte raison, le spectacle de la vertu des saints doit nous y entraîner.

3. La messe (Dominus secus). — La liturgie de la messe est d’une grande délicatesse et tout entière dominée par le premier appel de l’Apôtre saint André. Dès notre entrée dans l’église, le regard de Notre Seigneur, présent sur l’autel, s’abaisse sur nous qui approchons, conduits par l’Apôtre saint André, et sa voix nous dit avec douceur : “ Venez à ma suite, venite post me ”. La Collecte demande le pardon de nos fautes et la délivrance des dangers. La leçon (du commun des Vigiles d’Apôtres) compare l’Apôtre avec Moïse le bien-aimé de Dieu. Lui aussi est la terreur des ennemis de Dieu, lui aussi est glorifié devant les rois. Sa fidélité et sa patience ont fait de lui un saint et Dieu le couronne de la couronne de gloire. A l’Évangile, nous sommes témoins de l’heureuse après-midi qu’André et Jean passèrent pour la première fois avec Jésus “ là où il habitait ” près du Jourdain. Le récit est tout frémissant encore de l’heureux souvenir que le disciple bien aimé a gardé de sa première rencontre avec son Maître adoré. Mais nous ne sommes pas seulement témoins, nous vivons nous aussi, mystiquement, ce sublime moment. A la Communion, nous nous écrions : “ Nous avons trouvé le Messie. ” Et André nous conduit (nous ses frères) à Jésus. Ce bel exemple nous montre que les chants de la messe (Intr., Comm.) ne peuvent se comprendre qu’en union avec l’Action de la messe et l’Évangile. Si nous allons aujourd’hui à la messe, le Seigneur nous invite à le suivre ; à l’Offertoire, nous avons la certitude joyeuse d’avoir trouvé le Sauveur. Dans l’appel comme dans la certitude, nous sommes en compagnie d’André qui est aujourd’hui notre guide.

30 NOVEMBRE

Saint André, Apôtre (double de 2e cl.)

Salut, ô Croix, reçois le disciple de Celui qui fut suspendu à ton bois.

C’est la première fête d’Apôtre dans la nouvelle année liturgique. Une fête d’Apôtre est indépendante du temps ecclésiastique. Aujourd’hui, particulièrement, il est assez difficile d’harmoniser la fête de saint André avec le temps de l’Avent. Il faut cependant s’habituer à cette dualité d’impression : nous attendons le Sauveur et nous voulons, dans la ferveur de notre charité, porter la Croix avec saint André. C’est qu’il s’agit de toute l’œuvre de notre salut dont nous devons, chaque jour, recevoir les fruits en nous.

1. Saint André. — Jour de mort : 30 novembre (année inconnue). Tombeau : église de Saint-André à Amalfi, son chef est à Saint-Pierre de Rome. Image : on le représente avec une croix en X, dite croix de Saint-André. Vie. André, frère de l’Apôtre Pierre, fut, avec Jean, le premier disciple qui suivit le Seigneur. Sa première rencontre avec Jésus est décrite avec une beauté touchante dans l’Évangile (Jean. J, 35-42). Il n’appartient sans doute pas au cercle plus intime, comme Pierre, Jacques et Jean, et les évangiles ne racontent rien d’extraordinaire à son sujet, mais la tradition vante son grand amour de la Croix et du Sauveur, et l’Église l’honore particulièrement tant à la messe (son nom paraît en deux endroits : au Canon et au Libera nos après le Pater) que dans le bréviaire. Son Office est un des plus délicats de la liturgie. Son martyre (légendaire) est très touchant : Le juge païen le somme de sacrifier aux idoles. Alors André dit ; Je sacrifie tous les jours au Dieu tout-puissant, l’unique et le vrai, je ne lui offre pas la chair des taureaux ou le sang des boucs, mais l’Agneau immaculé sur l’Autel. Ensuite, tout le peuple des fidèles mange sa chair et cependant l’Agneau reste intact et vivant. ” Enflammé de colère, Aegeas ordonna de le jeter en prison. Le peuple l’aurait délivré sans peine, mais André calma lui-même la multitude en la priant instamment de ne pas l’empêcher de courir vers la couronne du martyre. Arrivé au lieu du martyre, André s’écria en apercevant la croix : “ O bonne Croix qui as reçu ta parure et ta beauté des membres du Christ ! O Croix longtemps désirée, fidèlement aimée, recherchée sans relâche et enfin accordée à l’âme qui te demandait, enlève-moi du milieu des hommes et mène moi à mon Maître afin qu’il me reçoive par toi comme il m’a racheté par toi. ” Il fut alors attaché à la croix. Pendant deux jours, il y resta suspendu vivant, et ne cessa d’annoncer la doctrine du Christ jusqu’à ce qu’il s’en allât vers celui dont il avait tant désiré imiter la mort.

Pratique. — Cette fête d’Apôtre est un jour d’amour du Christ et de la Croix. Que saint André, le docteur de l’Église, nous obtienne particulièrement la grâce de voir dans les croix que nous rencontrons, le Crucifié lui-même, de le saluer et de l’imiter.

2. La messe (Mihi autem). — Le point central est constitué par la vocation définitive de l’Apôtre sur les bords du lac de Génésareth (Évangile). C’est aussi l’action principale de la fête comme le montre si bien la Communion : “ Suivez-moi ”. Le Seigneur ainsi nous invite et nous laissons tout, pour le suivre à la Sainte Table. “ Je ferai de vous des pêcheurs d’hommes. ” Cette parole du Maître s’adresse d’abord aux prêtres. Ils sont envoyés par Dieu pour cette pêche, ce sont eux qui doivent jeter le filet de l’Église. Ils sont aussi les prédicateurs de la foi. Tel est aussi le contenu de l’Epître d’une interprétation un peu difficile : La foi est nécessaire pour tous, Juifs ou païens ; cependant la foi doit d’abord être annoncée par des messagers envoyés par Dieu. De ces messagers, saint André est un des plus importants. Les autres parties de la messe sont empruntées au commun. Dans l’Introït et l’Offertoire, nous louons les Apôtres comme des amis du Christ et des princes du royaume de Dieu ; au Graduel, nous les louons comme des princes, fils de l’Église Reine. — Les laïcs eux-mêmes peuvent écouter la parole du Maître adressée aux pêcheurs d’hommes. Eux aussi doivent avoir le zèle des âmes — par l’exemple, la charité, la fidélité au devoir et aussi par la parole.

3. La prière des Heures. — Dans ces chants, revient toujours l’idée de la Croix. “ Salut, Croix bien aimée, consacrée par le corps du Christ, ornée par ses membres sacrés comme par des pierres précieuses, ”

Ne permets pas, Seigneur, que moi, ton serviteur, je sois séparé de toi ; le temps est venu que mon corps soit confié à la terre et que tu me fasses aller vers toi. ”

Les nombreux chants historiques utilisent les Actes apocryphes.

Saint André priait, les yeux levés vers le ciel, et il criait à haute voix : C’est toi, mon Dieu, que j’ai vu, ne souffre pas qu’un juge impie m’enlève de. la Croix, car j’ai reconnu la vertu de la sainte Croix. Tu es mon Maître, ô Christ : je t’ai aimé, je t’ai reconnu, je t’ai confessé, écoute-moi seulement encore. dans cette dernière supplication ”

Sans doute les saints n’ont aucune relation avec l’Avent. Il nous est cependant certainement permis d’intégrer la célébration de leur fête dans la préparation de l’Avent. Puisque, dans l’esprit de la liturgie, nous devons nous identifier avec les saints du jour, marchons avec eux et en eux au-devant du Roi qui va venir.

2 DÉCEMBRE

Sainte Bibiane, vierge et martyre (semi-d.)

Une famille de martyrs.

1. Sainte Bibiane. Jour de mort : le 2 décembre 363. Tombeau : à Rome. Sa basilique sur l’Esquilin fut construite en 467 par le pape Simplicius et restaurée sous Urbain VIII en 1625. Sous le maître-autel, se trouvent les reliques de toute sa famille. Image : Dans la basilique romaine se trouve une statue de la sainte (un des chefs-d’œuvre du Bernin). Les fresques de cette église représentent sa vie et sa mort. Vie : La sainte appartenait à une famille de martyrs : son père, sa mère, ses sœurs donnèrent leur sang pour le Christ. Bibiane fut confiée à une femme de mauvaise vie, Rufine, qui avait mission de la corrompre. Mais la jeune fille, élevée, dès l’enfance, dans la loi chrétienne, et qui avait gardé intacte la fleur de son innocence, fut plus forte que cette femme perdue, elle échappa à tous les pièges et déjoua les artifices du juge. Celui-ci la fit dépouiller par les licteurs et attacher, les mains liées, à une colonne ; puis il ordonna de la battre avec des fouets munis de balles de plomb jusqu’à ce qu’elle rendît l’âme. Son saint corps, jeté aux chiens sur le forum de Taurus, ne subit aucun outrage, grâce à la protection divine. Sainte Bibiane est la patronne de Séville (Espagne) et elle est invoquée contre les maux de tête et l’épilepsie.

Pratique : Malgré la violence et la tentation, la protection de Dieu garda la vierge forte, qui avait confiance en lui. Elle fut le plus beau fleuron d’une famille de martyrs. L’Église aujourd’hui encore a besoin de familles dévouées, animées de l’esprit du-martyre.

2. La messe (Me expectaverunt). — Au Saint Sacrifice, la sainte sert de médiatrice entre le Christ et nous, elle nous fait entrer dans le Sacrifice du Christ. Avec Bibiane, nous offrons notre vie et notre mort, à l’Offertoire ; le Christ, Bibiane et nous, nous mourrons au moment de la consécration ; à la sainte communion, nous recevons quelque chose de la force de Sainte Bibiane dans la foi, une participation à sa couronne. — Aidons-nous maintenant du texte liturgique : nous entendons la martyre prier au milieu de ses souffrances : “ Les pécheurs me tendent des embûches... mais je garde ta loi dans mon cœur ” (Intr.). Dans sa vie, elle a réalisé cette parole (chez Rufine). Ne va-t-elle pas aussi se réaliser aujourd’hui pour moi ? (Remarquons que plusieurs messes commencent par “ moi ”, passent ensuite à “ nous ” et se terminent, à la Communion par “ toi ”. La leçon est l’action de grâces de notre sainte dans ses souffrances. Le psaume 45 convient aussi très bien à la vie de sainte Bibiane (Grad.). Dieu n’est pas ébranlé dans son âme. “ Le flot impétueux ” (du martyre) “ n’est que joie pour cette cité de Dieu, Dieu a sanctifié son tabernacle. ” Sainte Bibiane a trouvé le “ trésor ” sans prix, la “ perle précieuse ”, le royaume de Dieu, et pour le conquérir elle a donné tout bien terrestre, toute richesse, sa vie même (Ev.). Est-ce que je me sens capable de faire mon Offrande avec elle ?

3 DÉCEMBRE

Saint François Xavier

Saint François Xavier fut un prédicateur de l’Avent pour un grand nombre de païens.

Pouvons-nous établir une liaison entre le saint du jour et l’Avent ? Saint François Xavier fut Précurseur et Baptiste pour l’avènement du Christ, dans l’Inde et te Japon. Le grand missionnaire fut dans l’Extrême-Orient un nouveau saint Jean qui prépara les voies du Seigneur.

1. Saint François Xavier. — Jour de mort : 2 décembre 1552. Tombeau : Son corps repose depuis 1554 à Goa (Inde), le bras droit fut transporté en 1614 dans l’église de Gesù à Rome. Image : On le représente avec l’habit de jésuite, comme un homme grand et fort, avec une petite barbe. Vie : Le grand missionnaire naquit en 1506 au château de Xavier en Navarre ; en 1525 il fit la connaissance de saint Ignace et fut son second compagnon ; en 1542, il fut envoyé aux Indes ; de 1549 à 1551 son champ d’action fut le Japon. Il parcourut un nombre incalculable de régions, toujours à pied et souvent pieds nus. Il porta la foi au japon et dans six autres royaumes. Il convertit des centaines de mille d’infidèles au Christ ; dans l’Inde seule, il régénéra dans les eaux du baptême des princes puissants, des rois mêmes. Et malgré toutes les grandes œuvres qu’il avait accomplies pour Dieu, il était si humble, qu’il n’écrivait jamais qu’à genoux à son Supérieur saint Ignace. Dieu confirma son ardeur à répandre l’Évangile par des miracles nombreux et magnifiques. Il ressuscita quelques morts, entre autres quelqu’un qui avait été enterré la veille et qu’il ordonna de retirer du tombeau. Son unique passion était de gagner des âmes pour le ciel. “ Donnez-moi des âmes, ô mon Dieu ”, telle était sa prière continuelle.

Pratique : Saint François Xavier est le patron de la Propagation de la foi. La grande charge des missions que Dieu a confiée à son Église demande aussi notre concours. Je veux aujourd’hui prier pour les missions et consacrer à leur soutien une aumône proportionnée à mes ressources.

2. La messe (Loquebar). — La liturgie de la messe est toute pleine de la pensée des missions. A l’Introït, tous les peuples sont invités à remercier le Seigneur pour sa miséricorde et sa fidélité, pour la grâce de la conversion ; nous apprenons en même temps comment François se tient devant les rois pour confesser le Christ (l’Introït s’écarte de l’ancienne tradition : l’antienne et le verset appartiennent à deux psaumes différents). L’Épître est un peu difficile : elle indique l’importance du missionnaire. Sans un prédicateur envoyé par Dieu, les hommes ne peuvent pas recevoir la foi. C’est pourquoi Isaïe vante de là les messagers de la foi : “ Qu’ils sont beaux les pas de ceux qui annoncent la paix, qui apportent le joyeux message ! ”

Chez François Xavier s’est accomplie la parole du psaume : “ Dans tout l’univers a retenti leur cri et jusqu’aux extrémités de la terre s’est étendue leur prédication. ” A l’Évangile nous entendons l’ordre de mission donné par le Christ et, en même temps, la promesse des miracles qui s’est réalisée dans la vie de notre saint. La Communion : “ Bienheureux le serviteur que le maître, à son arrivée, trouvera vigilant ; en vérité, je vous le dis, il l’établira sur tous ses biens ” exprime la récompense de saint François, elle doit être la nôtre aussi, au moment où nous approchons de la Sainte Table. Pendant l’Avent cette antienne a un sens tout particulier. Durant sa vie saint François a apporté à tant d’âmes un accroissement de vie divine, serait-il possible qu’au jour de sa mort il ne nous obtienne pas une grâce plus abondante ?

4 DÉCEMBRE

Saint Pierre Chysologue, évêque et docteur de l’Église (double)

Sainte Barbe, vierge et martyre

Les docteurs de l’Église sont les précurseurs du Roi qui vient.

Saint Pierre Chrysologue. Jour de mort : 4 décembre 450. Tombeau : à Imola (province de Bologne) ; un de ses bras est gardé à Ravenne, sa ville épiscopale. Sa vie : Le saint devint en 433 évêque de Ravenne. Il reçut en raison de sa brillante éloquence le surnom de “ parleur d’or — Chrysologue ”. Quand il prêchait à son peuple, il y apportait tant de zèle que souvent la voix lui manquait, comme cela lui arriva dans l’homélie sur l’hémorrhoïsse. Ses auditeurs, les habitants de Ravenne, en étaient profondément touchés, ils pleuraient tant silencieusement et à haute voix, que le saint évêque ne pouvait, ensuite, que remercier le Seigneur de ce que son manque de voix avait contribué au salut des âmes et à l’accroissement de la charité. On connaît aussi sa formule célèbre : “ Celui qui veut rire avec le diable ne pourra pas se réjouir avec le Christ. ” Il nous a laissé des sermons que nous lisons au bréviaire. Sa ville épiscopale, Ravenne, conserve encore aujourd’hui des trésors de l’art chrétien et liturgique d’autrefois.

Pratique : Pour le développement de notre vie chrétienne et liturgique, il sera utile d’écouter avec amour et zèle les homélies et les sermons. Les auditeurs de saint Pierre Chrysologue nous donnent à ce sujet un exemple magnifique ; le saint lui-même nous invite à écouter la Parole de Dieu et nous montre la meilleure manière de la recevoir. Comment recherchons-nous et apprécions-nous tout ce qui annonce la parole de Dieu, dans la liturgie et en dehors de la liturgie ?

2. Sainte Barbe. — Jour de mort : (d’après le martyrologe) le 4 décembre vers 300. Tombeau : d’après la tradition, dans le diocèse de Torzello (Plaisance) ; d’après d’autres, à Kiew, dans le monastère de Saint-Michel. Image : On la représente avec un calice et une hostie, avec une tour munie de trois fenêtres, avec une épée. Sa vie (légendaire) : Barbe était originaire de Nicomédie, fille d’un païen distingué adonné à l’idolâtrie. A cause de sa beauté, son père l’enferma dans une tour afin de la soustraire aux recherches des hommes. Barbe fit le vœu de virginité et pendant l’absence de son père, elle fit ouvrir dans la tour une troisième fenêtre en l’honneur de la Sainte-Trinité. Elle orna aussi sa salle de bain du signe de la croix. A son retour. son père en fut si irrité qu’il tira l’épée et voulut la tuer ; elle ne fut sauvée que par un miracle. Conduite devant le juge, elle dut endurer de nombreux tourments ; enfin son propre père lui trancha la tête et fut puni par Dieu qui le fit mourir sur-le-champ. Sainte Barbe est honorée dans l’Orient et l’Occident comme la patronne des artilleurs et des mineurs. On l’invoque spécialement pour être préservé de la mort subite.

Pratique. : Nos pères faisaient souvent cette prière :

O sainte Barbe, Ô vierge pure,

Veille sur mon âme et mon corps,

De mon vivant, comme à la mort,

Protège-moi, je t’en conjure ;

Obtiens qu’à mes derniers moments,

Je reçoive les sacrements.

3. La messe. — La messe est tirée du commun des docteurs (In medio). “ Au milieu de l’Église Dieu ouvre la bouche du docteur de l’Église.” Voilà ce qui donne la valeur à la prédication, c’est la Parole de Dieu. Aujourd’hui c’est Pierre qui parle, demain ce sera un autre, le curé ou tel ou tel prêtre ; mais c’est toujours le Christ qui continue, par leur bouche, son ministère de prédication. C’est pourquoi cette parole est toujours vraie : “ Prêche avec insistance, que ce soit à temps ou à contre-temps, reprends, adjure, châtie en toute patience et sagesse ” (Épître). Nous fêtons à la messe la mort de -notre saint, dans laquelle s’est accomplie la belle parole de l’Épître : “ J’ai combattu le bon combat, j’ai achevé ma course, j’ai conservé la foi, je sais que m’est réservée la couronne de justice que me donnera en ce jour le Seigneur, le juste Juge, non seulement à moi, mais à tous ceux qui attendent avec amour son avènement. ” Au Saint-Sacrifice, le Seigneur se tient devant nous, il a en main deux couronnes, l’une pour le saint et l’autre pour nous.

Le sens d’une messe en l’honneur des saints est une communauté de souffrance, mais aussi une communauté de gloire. Nous communions donc vraiment avec le saint. Saint Pierre a reçu cinq talents et, à l’arrivée de son Maître, il lui en a présenté cinq autres. En vérité, il a pu fêter avec joie la venue de son Maître. Il ne faut pas que, de notre côté, nous paraissions devant le Roi, les mains vides. Saint Pierre nous prête de ses richesses.

6 DÉCEMBRE

Saint Nicolas, évêque (double)

Don joyeux.

La fête de Saint-Nicolas fut jadis une des plus populaires et la poésie populaire a maintes fois chanté “ le grand saint Nicolas ”.

Saint Nicolas. — Jour de mort (d’après le martyrologe) : 6 décembre, vers 350. Église du tombeau :l’église de Saint-Nicolas à Bari dans les Pouilles (église des Bénédictins) depuis 1087. Image : On le représente avec trois boules sur un livre (la dot des trois jeunes filles), avec trois enfants dans une cuve avec un vaisseau et une ancre. Sa vie : Nicolas naquit à Patara en Lycie. Ses parents, qui étaient restés longtemps sans enfants l’obtinrent de Dieu à force de prières. Il était encore jeune quand il perdit ses parents. Il aimait à secourir les malheureux et les affligés de toute sorte. Dans sa ville natale vivait un homme noble mais pauvre, qui avait trois filles nubiles : ces filles ne pouvaient trouver de parti parce qu’elles n’avaient pas de dot. Le père conçut alors la pensée coupable de les livrer à la prostitution. Quand Nicolas l’apprit, il jeta, une nuit, par la fenêtre une bourse contenant autant d’argent qu’il en fallait pour constituer une dot à l’une des filles. Il renouvela ce geste, la seconde et la troisième nuit. Dans une traversée sur mer, il apaisa la tempête par ses prières c’est pourquoi il est considéré comme le patron des marins. Il dut aussi subir l’emprisonnement pour sa foi. Il mourut tranquillement dans sa ville épiscopale en prononçant ces paroles : “ Entre vos mains, Seigneur je remets mon esprit. ” En Orient, saint Nicolas est très vénéré comme un grand thaumaturge, comme un annonciateur de la parole de Dieu et “ porte-parole du Père ”.

Pratique : A la fête populaire de Saint-Nicolas nous pourrions rendre tout son contenu liturgique. Comme dans beaucoup de pays, elle pourrait redevenir la fête des enfants.

2. La messe (Statuit).-Dans la personne du prêtre nous voyons le saint évêque s’avancer vers l’autel. Mais saint Nicolas est aussi l’image du divin Pontife qui, dans la messe, marche avec nous vers les portes de Jérusalem pour offrir le sacrifice de la Rédemption ; précédés de saint Nicolas, nous portons après lui la croix de la vie (Introït). Il faut aussi que nous soyons avec saint Nicolas de “ fidèles serviteurs ” qui ont bien administré les talents de la foi et de la grâce, et les ont doublés. Au moment du Saint Sacrifice, le “ Maître vient pour demander des comptes ” (chaque messe est en même temps un jugement, “ les affamés sont remplis. de biens et les riches sont renvoyés les mains vides”). La communion nous fait participer aux biens que saint Nicolas possède déjà dans la gloire, mais que nous ne possédons encore que par la foi (Év.). Puissions-nous.. par les mérites et les prières de saint Nicolas, être préservés du feu de l’enfer ! (Oraison).

7 DÉCEMBRE

Saint Ambroise, évêque et doct. de l’Église (double)

Vigile de l’Immaculée-Conception

Je suis la mère du bel amour.

Ce jour présente un double objet à nos méditations : la vigile de la grande fête de l’Immaculée-Conception. et la fête de Saint Ambroise. Bien que le degré de cette dernière fête soit plus élevé, l’Église préfère célébrer à la messe la vigile. Une autre raison de son importance, c’est que la fête de l’Immaculée a de nombreux rapports : avec l’Avent. Mais la prière des Heures est consacrée : à saint Ambroise.

Saint Ambroise. — Jour de mort : 4 avril 397 (aujourd’hui est le jour de son ordination). Tombeau : église Saint-Ambroise à Milan. Image : On le représente en évêque avec un livre et une ruche d’abeilles. Sa vie : Saint Ambroise n’était encore que catéchumène quand il fut élu évêque de Milan. Il fut un prédicateur célèbre. Il convertit par ses sermons saint Augustin et le baptisa. Il se distingua aussi par son courage devant les princes. Après le meurtre de l’empereur Gratien, Ambroise fut envoyé en ambassade auprès de son meurtrier Maxime. Comme celui ci refusait de faire pénitence, il l’excommunia. Il refusa à l’empereur Théodose, à cause des massacres de Thessalonique, l’entrée de l’Église. Comme l’empereur alléguait l’exemple de David adultère et meurtrier, Ambroise lui répondit : “ Puisque tu l’as imité dans son péché, imite-le dans sa pénitence. ” Théodose accepta avec humilité la pénitence qui lui était imposée. Nous rencontrons souvent ce saint, dans le bréviaire : il nous instruit par ses homélies et il a composé des hymnes d’une belle inspiration. Ses écrits respirent l’esprit liturgique du christianisme antique : il vit vraiment le mystère. On ne saurait trop recommander la lecture de ses écrits, même aux laïcs. Saint Ambroise compte parmi les quatre grands docteurs de l’Église latine.

Pratique : Le saint docteur est, tout particulièrement pour nous, un maître de la liturgie. Puisse-t-il nous donner le sens liturgique si nécessaire en notre temps, comme il le créa et le propagea jadis, même dans le peuple. Dans la liturgie, nous trouvons la source première et indispensable de la vie chrétienne.

2. Vigile de l’Immaculée-Conception. — C’est un cas exceptionnel, unique, qu’une fête nouvelle reçoive une Vigile (la fête du Saint-Sacrement elle-même n’en a pas.) La messe de la Vigile (Venite) est particulièrement lyrique et charmante. A l’Introït, l’Immaculée nous raconte les privilèges de grâce qu’elle a reçus : “ Venez, écoutez, laissez-vous raconter ce que le Seigneur a fait de grand à mon âme. ” Nous devons méditer particulièrement ce chant, car en tant qu’enfants de Dieu, nous avons part à la dignité de Marie. La Leçon appartient aux plus beaux textes de la Sainte Écriture, appliqués par la liturgie à la Sainte Vierge : “ Je suis la Mère du bel amour, de la crainte, de la connaissance et de la belle espérance... Venez à moi, vous tous qui me désirez et rassasiez-vous de mes fruits. Car mon esprit est plus doux que le miel... ” “ C’est donc une invitation de l’Immaculée à participer à ses grâces. L’Évangile de la généalogie du Christ nous fait penser au côté humain de l’Immaculée-Conception, c’est la préhistoire du Christ et de Marie dans l’Ancien Testament. L’Offertoire est l’expression de la communauté de sacrifice de l’Épouse (l’Église) et de l’Époux. (le Christ). Quel bel accent n’a pas alors le chant d’amour de Marie : “ Mon bien aimé est à moi et je suis à lui, il se repaît parmi les lis !” Le chrétien qui communie est une image de la Vierge immaculée. Comme Marie, il s’avance uni au Christ “ comme l’aurore qui se lève, beau comme la lune, brillant comme le soleil ” lui aussi est terrible pour l’enfer “ comme une armée rangée en bataille ”.

La fête de la sainteté de la Mère de Dieu a pour nous deux aspects. Le premier aspect est la conception immaculée — l’innocence du paradis terrestre ; — le second aspect est la délivrance du péché originel. C’est ce second aspect que nous considérons dans la vigile. Quand le prêtre monte à l’autel, en ornements violets, nous devons nous dire : Dans le rayonnement de la fête, je purifierai mon cœur de toute souillure. J’ornerai la demeure de mon âme, afin que “ mon corps et mon âme soient préparés pour devenir une digne demeure du Fils de Dieu ”. Ainsi la Vigile de l’Immaculée est une belle préparation de l’Avent. D’ailleurs nous : faisons rentrer complètement la fête de l’Immaculée dans l’esprit de l’Avent. Cette relation n’existait pas primitivement, mais telle est l’évolution de la liturgie. L’harmonie entre cette fête et l’Avent est encore marquée d’une manière intéressante par ce fait que l’Introït de la messe de la Vigile a la même mélodie que celui de la messe de la vigile de Noël (Hodie scietis).

8 DÉCEMBRE

L’Immaculée-Conception de la Sainte Vierge (double de 1ère classe)

L’Épouse parée.

C’est un jour de fête et de joie, un jour glorieux pour la Mère de la chrétienté ; que ses enfants se parent pour ce jour ! Nous célébrons l’instant bienheureux où commença l’existence de la Sainte Vierge, nous célébrons en même temps le sublime privilège, par lequel, seule de tous les humains, Marie fut, en vue des mérites du Christ, préservée, dès le premier instant de sa conception, de la souillure du péché originel. Dans son origine et son principe, cette grande fête de l’Église n’avait aucune relation avec l’Avent. Elle fut fixée :au 8 décembre pour tenir compte des neuf mois qui la séparent de la Nativité de la Sainte Vierge (le 8 septembre). Cependant il est facile de faire rentrer cette fête dans les pensées de l’Avent. En ce temps où nous attendons le Sauveur, où nous avons les sentiments des hommes non encore rachetés, où nous levons volontiers nos regards vers la Mère du Rédempteur, cette fête est comme l’aurore du soleil de Noël qui se lève. C’est pour nous une vraie fête de l’Avent.

1. La vie de Marie au-dessus des temps. — La liturgie de la messe et de l’office nous met devant les yeux la vie de la Très Sainte Vierge et même elle étend cette vie dans le passé et dans l’avenir. Nous pouvons dans cette vie distinguer quatre périodes.

a) La vie de Marie avant la création du monde. La Leçon annonce : “ Le Seigneur m’a possédée au commencement de mes voies... de toute éternité j’ai été créée... Les abîmes n’existaient pas encore… ” Marie, dans les plans de la Providence, était destinée, de toute éternité, à être la Mère de Dieu, l’Immaculée, la sagesse, c’est-à-dire l’image parfaite de la sainteté de Dieu. Telle est l’image de Marie dans le sein de la divine Trinité.

b) La vie préhistorique de Marie. Marie nous apparaît dans les figures et les prophéties de l’Ancienne Loi. On nous présente d’abord l’image que Dieu a tracée lui-même de la Sainte Vierge : la femme qui écrase la tête du serpent (Écriture, au bréviaire), puis passent devant nos yeux toutes les femmes illustres de l’Ancien Testament : Ève, Sara, Judith (Grad.). Les Prophètes l’annoncent dans leurs prophéties, par exemple Isaïe : “ Une vierge concevra... ”. C’est l’image de Marie dans l’Ancien Testament.

c) La vie historique de Marie. La liturgie de la messe nous fait assister à son premier moment et nous l’entendons remercier Dieu des grâces qu’il lui a faites : “ Je me réjouirai d’une grande joie dans le Seigneur... car il m’a revêtue du vêtement divin de la grâce et m’a parée des ornements de la sainteté, comme une fiancée, dans tout l’éclat de ses joyaux” (Intr.). Nous assistons ensuite à la seconde des grandes heures de sa destinée, cette heure pour laquelle Dieu l’a revêtue de sa magnifique parure de fiancée ; nous entendons l’ange proclamer sa haute dignité : “ Peine de grâce, le Seigneur est avec toi. ”

d) La vie céleste de Marie. Elle règne désormais au ciel avec la couronne de Reine, et en faisant son entrée dans la cour céleste, avec sa parure de fiancée, elle chante encore son cantique d’action de grâces : “ Je me réjouis d’une grande joie dans le Seigneur ” (Intr.). Dieu a préparé pour son Fils un temple plus beau que le temple de Salomon, le corps et l’âme de l’Immaculée.

2. La prière des Heures, le jour de l’Immaculée. I Vêpres (la veille au soir). — Un air de fête retentit dans notre âme et nous sommes transportés à l’aube de la Rédemption : Les desseins éternels de Dieu s’accomplissent, l’âme immaculée et pleine de grâce de Marie s’unit avec son corps très saint pour devenir la demeure de Dieu parmi les hommes. La Vierge Immaculée est le modèle parfait des enfants de Dieu. Unissons-nous, avec ardeur, au chant de louange qui jaillit de son cœur : “ Mon âme glorifie le Seigneur. ”

Matines. Le soir répand son obscurité délivrante et apaisante sur tous les bruits et les soucis du jour, c’est le silence solennel. L’Église, dans la personne de ses enfants, étend les mains pour la prière de la nuit : elle se présente aujourd’hui à Dieu comme Épouse Immaculée, dans la personne de Marie, Vierge sans tache et Mère de Dieu. Les regards de notre âme plongent dans l’éternité et contemplent Marie, la première-née de toute créature, le reflet de la lumière éternelle, la créature bénie, choisie dans les desseins de Dieu, pour être immaculée. Peu à peu l’image sainte se détache des profondeurs de l’éternité et apparaît aux frontières du temps, sous l’aspect d’une femme revêtue du soleil, avec la lune à ses pieds, manifestation de la gloire de Dieu aux yeux de tous les peuples. Puis l’image se rapproche et Marie nous apparaît comme l’Épouse de Dieu, environnée de l’éclat royal du Christ, descendant du Liban, d’une beauté céleste, ornée de la couronne de la grâce, prenant place parmi les filles des hommes. Alors les portes du paradis terrestre s’ouvrent et le fleuve du péché originel se répand sur le monde. Au milieu de cette malédiction terrestre, Marie, la femme qui écrase la tête du serpent, apparaît comme notre consolation.

Laudes. Le jour de grâce, tout baigné de la fraîcheur de la rosée, se dégage de l’obscurité de la nuit, et la vie se réveille dans la nature et dans le cœur des hommes. Le Christ mystique célèbre l’heure de sa Résurrection et convoque tous les hommes à louer Dieu. L’Épouse sans tache, l’Église et l’âme, se pare pour recevoir son Époux auquel elle fait signe de loin. comme au soleil “ qui se lève sur les hauteurs ”.

Prime. C’est la préparation au pèlerinage à travers le jour. Je dirige mon âme ornée de la lumière et de la grâce divines, vers les devoirs de la journée, vers les heures joyeuses et les heures pénibles. Mon Ame doit s’avancer comme une fiancée, en ce jour de l’Immaculée.

Tierce. C’est la première halte dans la journée. La -chaleur de la vie divine et la force du Saint-Esprit ont disposé mon âme à recevoir les fruits de la messe. “ Ton vêtement a l’éclat de la neige et ton visage brille comme le soleil. ”

Alors je célèbre la messe (on en trouvera l’explication le 9 décembre).

Sexte. C’est la seconde halte du jour. C’est l’aspect sombre de la fête : le combat contre le péché, combat qui a commencé au Golgotha... Puissent les grâces de la messe faire perdre à mon âme l’image d’Ève et la faire ressembler davantage à Marie !

None. “ Entraîne-nous vers toi, Vierge immaculée, nous marcherons sur tes pas, attirés par l’odeur de tes parfums. ” Le jour de fête s’incline déjà vers le soir ; j’âme toute remplie d’harmonie intérieure, est prête à offrir au Créateur par les mains de Marie toute son existence, pour la retrouver, au jour de l’avènement du Seigneur, transformée en vie éternelle et glorieuse.

Vêpres. Avec une majesté silencieuse le soleil baisse à l’horizon, ses derniers rayons revêtent d’un manteau de gloire la fin de ce jour de Rédemption. Dans mon Ame descend la paix de la sainteté. Je suis, moi aussi, un rameau de la tige de Jessé, car ma vie est la vie divine. J’ai en moi comme un reflet du privilège de Marie, car la flamme du sacrifice purifie toutes les tâches de mon âme. J’ai puisé de nouvelles forces qui me permettront d’écraser en moi l’antique serpent, en tuant le vieil homme, et de tendre vers l’idéal de la pureté sans tache (Ant. Magn.). “ Mon âme glorifie le Seigneur, car il a fait en moi de grandes choses ”.

9 DÉCEMBRE

Dans l’Octave de l’Immaculée-Conception (semi-double)

Tu es toute belle, ô Marie, et la tache du péché originel n’est pas en toi” (Ant. de Vêpres).

Ma bien aimée est blanche comme la neige sur le Liban, Un rayon de miel découle de ses lèvres, Le miel et le lait sont sur sa langue. Viens du Liban, mon Épouse,

Viens, tu seras couronnée de la. couronne de la gloire (Rep.).

La messe (Gaudens gaudebo). — Au jour de la fête, la matière est si abondante, qu’on en est comme aveuglé et qu’on peut à peine analyser chaque partie de l’office. Ce n’est que pendant l’Octave, que l’âme peut réfléchir et donner plus de profondeur à ses pensées. Essayons, aujourd’hui, de méditer la messe de la fête d’une manière plus précise.

Introït : c’est comme un chant de triomphe, après la défaite que le péché a infligée à l’humanité ; c’est comme un rayon de soleil, au sein des ténèbres, quand nous entendons l’Épouse immaculée de Dieu entonner ce chant de joie. Il faut entendre et chanter cette mélodie enthousiaste, pour en saisir tout le bonheur et toute la joie. Pour les prêtres, elle a encore une signification particulière. De ce manteau intérieur de la grâce, les vêtements sacrés, qu’ils portent tous les jours, sont un vivant symbole. Ainsi pourrait chanter le baptisé, ainsi pourrait chanter tout enfant de Dieu, quand il pense au vêtement de la grâce sanctifiante, à l’armure de grâce qu’il a reçue au Baptême, dans la Confirmation et dans l’Eucharistie.

La Leçon nous montre l’image ravissante de l’Immaculée, dans les desseins éternels de Dieu, faisant la joie de la Sainte Trinité. La leçon s’achève en forme d’instruction (ce qui est le rôle de l’avant-messe) en proclamant bienheureux : ( ceux qui veillent journellement aux portes ”. La Conception Immaculée de Marie est le seuil de la Rédemption, l’étoile matinale du salut, ce salut que nous puisons dans l’“ Œuvre de la Rédemption ” (la sainte Messe : “ il puise le salut dans le Seigneur ”). Les chemins de Marie ont été rendus “ immaculés ” par privilège divin, nous aussi nous devons tendre à rendre nos voies sans tache et, pour cela, “ nous attacher à la discipline ”.

Dans l’Introït et la Leçon, Marie a parlé elle-même. Désormais, c’est l’Église qui chante. Au Graduel, l’Église exprime son ravissement. La mélodie du “ Tu gloria Jerusalem ” rend ce sentiment mieux encore que les paroles, c’est un mouvement entraînant vers la Vierge glorieuse, une participation animée à la victoire merveilleuse de la nouvelle Judith sur l’Holopherne des enfers. Plus grave et plus majestueux est l’Alleluia qui suit ; sans doute, il déborde encore d’une indicible allégresse, mais il a, dans sa grave conclusion en mineur, comme un frémissement sacré devant le Verbe éternel qui, à l’Évangile, descend dans le sein de la Vierge. On entend déjà, dans cet Alleluia, comme le prélude du “ gratia plena ” de l’Ange, dans les paroles “ Tu es toute belle ”. Cet “ Ave ” de l’ange est répété à l’Offertoire comme un chant de joie et de trIomphe. Notre offrande à nous est imparfaite, elle seule est “ pleine de grâce, bénie ” en tout. La Communion chante avant tout le privilège de l’Immaculée-Conception, mais elle chante aussi la gloire de l’Église et de l’âme qui, précisément, par la visite de celui “ qui est puissant ”,ont été faites grandes. Ici encore la Communion des saints vient à notre secours ; Marie supplée à la pauvreté de la demeure que nous offrons à Dieu. En elle et par elle, le Seigneur nous considère avec complaisance. La Postcommunion est d’une pensée très profonde. Il y a deux idées dominantes : la blessure mortelle du péché et l’Immaculée. Ce que Marie a été dès le commencement, nous devons le devenir par l’Eucharistie : sans tache.

5 DÉCEMBRE

Saint Sabbas, abbé (mémoire)

Ce n’est pas une fête proprement dite, on fait simplement mémoire du saint à la messe de l’Avent.

Saint Sabbas. — Jour de mort : 5 décembre 532. Tombeau : à Venise. A Rome, une antique église lui est dédiée sur l’Aventin, elle appartient au Collège Germapique. Image : On le représente en Abbé, avec une pomme à la main. Ayant été un jour tenté de manger une pommé, en dehors des repas de règle, il fit vœu de ne plus manger de pommes. Sa vie : Le martyrologe dit : “ A Mutala en Cappadoce, saint Sabbas abbé ; en Palestine, il fut, par la sainteté de sa vie, d’une grande édification, il combattit sans relâche pour la foi orthodoxe contre les adversaires du concile de Chalcédoine. ”

A Jérusalem il bâtit un célèbre “ Laura ” (c’est ainsi que les orientaux appellent les monastères) et ce monastère porta son nom. Quand, plus tard, les Arabes s’emparèrent de la ville, les moines s’enfuirent à Rome et y construisirent un monastère. C’est ainsi que le culte de Saint-Sabbas se répandit à Rome. Dans l’Église d’Orient le saint est très honoré. On le désigne par ces titres : “ Le porteur de Dieu, le saint, l’habitant de la ville sainte, l’étoile du désert, le patriarche des moines. ” Sa vie a été écrite par saint Cyrille de Scythopolis.

Pratique : Durant l’Avent, spécialement, nous devons nous imposer de petites mortifications, c’en sera une de ne rien manger entre les repas. En nous dominant ainsi, nous fortifions notre volonté et nous nous préparons à surmonter les grandes tentations. Quand on célèbre la messe de Saint-Sabbas, on prend la messe du commun des Abbés (Os justi).

10 DÉCEMBRE

Dans l’Octave de l’Immaculée-Conception (semi-double)

Saint Melchiade, pape et martyr

Ton vêtement est blanc comme la neige et ton visage a l’éclat du soleil (Rép. Vêp.).

1. L’Office des Heures de la fête. L’Office a subi de nombreuses modifications avant d’avoir l’aspect qu’il présente aujourd’hui. L’office, composé en 1855 par le jésuite Passaglia qui apostasia plus tard, mais se réconcilia avec l’Église avant de mourir, fut remplacé par un nouveau, après la défection de son auteur. Ce nouvel Office fut établi d’après un projet qui doit remonter à Gavantus (+1638). Les psaumes sont empruntés au commun des fêtes de la Sainte Vierge ; les antiennes et les répons, d’un beau mouvement poétique, chantent l’Immaculée. Aux Vêpres, les antiennes n’ont pas de relation intime avec les psaumes, elles forment un cadre un peu flottant, mais elles sont toutes empruntées à la Sainte Écriture (Cantique des cantiques, Judith, Évangiles). La seconde antienne de Magnificat se rattache à la formule “ Hodie ” des grandes fêtes. Les Matines commencent d’une manière christocentrique : “ Célébrons la Conception immaculée de la Vierge Marie, venons adorer son Fils, le Christ Notre Seigneur. ” Les antiennes s’adaptent très bien aux psaumes dont elles nous donnent la clef. Ainsi, au psaume 8, on loue Dieu de sa grandeur dans la création ; l’antienne ajoute un nouveau motif : “ Admirable est ton nom, ô Seigneur, sur toute la terre, car, dans la Vierge Marie, tu t’es préparé une digne demeure. ” Quand on est novice dans la prière, on apprend ainsi à appliquer les psaumes à une fête. Les leçons du premier Nocturne (le jour de la fête) nous racontent la chute du premier homme : c’est la page sombre de notre fête. Le verset principal est à la fin : devant les portes fermées du paradis terrestre, Dieu trace de sa propre main le portrait de l’Immaculée, la femme qui écrasera la tête du serpent. Cette leçon est merveilleusement choisie. Les répons qui suivent les leçons sont poétiques et attachants. Les leçons du deuxième Nocturne sont, pour la plus grande partie, empruntées à la Bulle dogmatique de Pie IX. Les leçons du troisième Nocturne nous donnent un exemple du culte marial dans l’Église d’Orient. Leur exaltation paraît peut-être un peu excessive à nos esprits calmes d’Occidentaux, mais elles nous font comprendre l’amour et le respect de l’Orient pour la Vierge Marie.

2. Saint Melchiade. — Jour de mort : le 10 décembre 314. Tombeau : primitivement dans le cimetière Saint-Callixte et, actuellement, dans l’église Saint Silvestre delle Monache à Rome. Son chef est dans la basilique de Saint-Sauveur à Rome. Sa vie : On lit dans le Martyrologe : “ A Rome, saint Melchiade. Il eut beaucoup à souffrir pendant la persécution de Maximien ; lorsqu’enfin commença une ère de paix pour l’Église, il s’endormit dans le Seigneur. ” C’était un Africain, et saint Augustin l’appelle “ le véritable enfant de la paix de Jésus-Christ ”. Il gouverna l’Église de Dieu dans les derniers temps des persécutions, de 311 à 314, et il eut le bonheur de voir commencer, pour l’Église, une période de paix. En 312, Constantin donnait la liberté à l’Église.

Pratique : Les soldats du Christ souffrent et travaillent pour la paix extérieure et intérieure, tant que la volonté de Dieu l’exige. La paix de l’Église est le fruit des sacrifices des fidèles et de leurs pasteurs. La paix de l’Église, après la mort de saint Melchiade amena rapidement une floraison magnifique de la liturgie avec un flot de bénédictions et de paix.

11 DÉCEMBRE

Saint Damase, pape et confesseur (semi-double)

Epitaphe de Saint Damase (composée par lui-même).

Celui qui met un frein à la fureur des flots,

Dont la force donne la vie à la graine qui sommeille,

Qui délivra Lazare des chaînes de la mort,

Et rendit son frère à Marthe au bout de quatre jours.

Le Christ, c’est là ma foi sincère, me ressuscitera des morts, moi Damase.

1. Saint Damase. — Jour de mort : 11 décembre 384. Tombeau : à Rome, dans l’église Saint-Laurent in Damaso, qu’il a bâtie lui-même. Sa vie : Damase siégea sur la chaire de saint Pierre de 366 à 384. L’Église venait de recouvrer la paix. La tâche des papes était maintenant de développer la vie religieuse, de veiller à la beauté du service divin. Le rôle de notre saint pape fut, à cette époque, des plus importants. Son grand mérite fut de donner à l’Église une bonne traduction de la Sainte Écriture. Il fit venir saint Jérôme, qui traduisit la Bible en latin (cette version est appelée la Vulgate). Cette version est utilisée aujourd’hui encore dans la liturgie. L’exemple de saint Damase nous suggère une résolution : lire avec zèle la Bible. Ce saint pape fut aussi un grand ami de la liturgie. On lui attribue l’introduction du chant des psaumes à deux chœur dans toutes les églises. Il ordonna aussi qu’à la fin de chaque psaume on ajouterait : Gloria Patri. D’après l’exemple de Jérusalem, il introduisit le chant de l’Alleluia dans les messes des dimanches. Saint Damase fit aussi ensevelir avec honneur les corps de plusieurs martyrs, et il composa des épitaphes en vers pour presque tous les martyrs romains connus. Il est donc le chantre illustre des martyrs. Saint Jérôme a une belle parole à son sujet : Il était le docteur virginal d’une Église virginale. On ne peut pas rend ! :e un plus bel hommage à un prêtre.

2. La messe (Sacerdotes tui). — Essayons de faire rentrer la messe dans l’esprit de l’Avent. La pensée principale de cette messe est : le sacerdoce dans l’Église. Il n’y a qu’un prêtre, le Christ, le Pontife éternel ; tout sacerdoce est une participation au sien. Le Pape saint Damase est l’image de ce Grand Prêtre, et le prêtre à l’autel est l’image de l’un et de l’autre. David dont le nom est souvent nommé en est la figure par son onction, son élection (Offert.), son obéissance et son amour pour la maison de Dieu (Intr.). L’Introït fait revivre, devant nos yeux, les cérémonies de l’ancienne Rome au temps de Damase. Le clergé, en blancs habits de fête, s’avance en une longue procession vers l’autel, pendant que les fidèles (sancti), chantent une hymne joyeuse. Enfin paraît Damase. le saint pape fera briller “ le visage du Christ ” au Saint-Sacrifice. L’Epître nous montre le divin Grand Prêtre qui est “ saint, innocent, immaculé. séparé des pécheurs, toujours vivant, afin de s’entremettre pour nous ”. L’Épître nous explique le sacerdoce du Christ qui se continue au Saint-Sacrifice de la messe et se manifeste dans l’Église. Le Graduel chante saint Damase et l’Alleluia chante le Christ. L’Evangile nous indique les tâches qui incombent au sacerdoce dans l’Église. Le pasteur des âmes est le “ bon et fidèle serviteur que le Seigneur a établi sur sa famille, il doit lui donner, en temps voulu, la nourriture eucharistique ”. C’est ainsi que “ le Seigneur, à sa venue ”, a trouvé Damase et c’est pourquoi “ il l’a établi sur tous ses biens ”. Soulignons encore la vigilance et l’attente du Seigneur qui vient. C’est l’esprit de l’Avent. Damase a bien administré les talents qui lui avaient été confiés. Il peut aujourd’hui, au Saint-Sacrifice, nous faire part de sa surabondance.

12 DÉCEMBRE

Dans l’Octave de l’Immaculée-Conception (semi-double)

Je suis sortie de la bouche du Très-Haut,

La première-née de toute créature ;

J’ai fait que la lumière indéfectible se levât au ciel,

Les abîmes n’existaient pas encore et j’étais déjà conçue ;

Dieu m’a créée dans sa justice,

Il a pris ma main et m’a protégée” (Rép.).

Une homélie : Le docteur melliflue, saint Bernard, nous offre une belle homélie, tirée de son célèbre sermon d’Avent : Super Missus. Cette homélie contient aussi des pensées d’Avent : “ Réjouis-toi, Adam notre père, et toi surtout, Ève notre mère, tressaille de joie. Vous êtes nos parents à tous, mais aussi nos meurtriers à tous et, ce qui est plus triste encore, nos meurtriers avant d’être nos parents. Consolez-vous tous deux, vous dis-je, à cause de. votre fille et d’une telle fille. Mais toi, Ève, d’où vient d’abord notre malheur et dont la honte a passé à toutes les femmes, réjouis-toi encore davantage. Car le temps est proche où ta honte sera supprimée et où l’homme n’aura plus de raison de faire des reproches à sa femme. Il cherchait en effet, d’une manière imprudente, à s’excuser et il ne craignait pas d’accuser cruellement sa femme : La femme que tu m’as donnée, m’a donné du fruit et j’en ai mangé. C’est pourquoi hâte-toi, Ève, vers Marie, hâte-toi, mère, vers ta fille. La fille peut répondre pour sa mère, elle peut satisfaire envers son père pour sa mère ; si l’homme est tombé par la femme, il peut se relever la femme. Que disais-tu, ô Adam ? La femme que tu m’as donnée, m’a donné du fruit et j’en ai mangé. Ce sont là des paroles méchantes qui augmentent ta faute plutôt qu’elles ne la détruisent. Mais la Sagesse (divine) triomphe de la méchanceté : l’occasion de pardon que Dieu voulait te fournir, en t’interrogeant, mais sans y réussir, elle l’a trouvée dans le trésor intarissable de sa bonté. Une femme, en effet, se présente à la place d’une femme, une femme prudente à la place d’une insensée, une femme humble à la place d’une orgueilleuse, une femme qui, au lieu du fruit de la mort, te présente le fruit de la vie et qui, au lieu de cette nourriture amère et empoisonnée, enfante la douceur d’un fruit éternel. Change donc, Adam, tes paroles d’excuse injuste en paroles de remerciements : Seigneur, la femme que tu m’as donnée m’"a donné du fruit de l’arbre et j’en ai mangé et il a été dans ma bouche plus doux que rayon de miel, car c’est par ce fruit que tu m’as donné la vie. Voici donc que pour cela l’ange a été envoyé à Marie...”

13 DÉCEMBRE

Sainte Lucie, vierge et martyre (double)

Lucie, la brillante, en marche vers la lumière de Noël

Il est très facile aujourd’hui d’harmoniser la fête du jour avec les pensées de l’Avent. Lucie (en français : la brillante) rentre dans le symbolisme de l’Avent. Au milieu des ténèbres (nous sommes au moment où les jours sont le plus courts) elle “ luit ” comme une vierge prudente qui va, avec sa lampe allumée, à la rencontre de l’Époux. Lucie est le modèle de l’Église et de l’âme qui doivent revêtir la parure nuptiale pour aller au-devant de l’Époux.

1. Sainte Lucie. — Jour de mort : 13 décembre, vers 3°4. Tombeau : à Venise, Image : On la représente avec une épée et deux yeux sur un plat. Sa vie : Lucie est une des plus illustres vierges martyres de l’ancienne Église. Un jour, elle se rendait avec sa mère, qui souffrait d’un épanchement de sang, à Catane pour honorer le corps de sainte Agathe. Elle pria à son tombeau. Alors la sainte lui apparut en songe et la consola ainsi : “ O vierge Lucie, pourquoi me demandes-tu ce que tu peux toi-même accorder à ta mère : ta foi aussi vient à son secours, c’est pourquoi elle est guérie. Tu as par ta virginité préparé à Dieu une demeure agréable ” (Brév.). Elle obtint en effet la guérison de sa mère. Aussitôt, elle lui demanda la permission de rester vierge et de distribuer aux pauvres du Christ la dot qui devait lui revenir.

A son retour à Syracuse, elle consacra aux pauvres tout le produit de la vente de ses biens. A cette nouvelle, un jeune homme auquel ses parents avaient, contre son gré, promis sa main, la dénonça comme chrétienne au gouverneur. “ Tu parleras moins ”, lui dit le gouverneur, “ quand une grêle de coups tombera sur toi. ” “ Les serviteurs de Dieu ”, répondit la vierge, “ ne manquent jamais des mots qui conviennent, car c’est le Saint-Esprit qui parle par notre bouche. “ Est-ce que le Saint-Esprit est en toi ? ” lui demanda Parrhasius. “ Oui ”, répondit-elle, “ tous ceux qui vivent avec piété et chasteté sont les temples du Saint-Esprit. ” “ C’est bien ”, reprit le gouverneur, “ je te ferai conduire dans une maison de débauche pour que le Saint-Esprit s’éloigne de toi. ” “ Si tu me fais déshonorer malgré moi ”, répondit la vierge, “ la couronne victorieuse de ma pureté sera doublée. ” Enflammé de colère, le juge ordonna de conduire Lucie dans cette maison, mais Dieu la rendit tellement immobile qu’aucune force ne put la déplacer. Alors on versa sur elle de la poix et de la résine ainsi que de l’huile bouillante, mais comme tout cela ne lui causait aucun mal, on lui trancha la tête avec le glaive. C’est ainsi qu’elle acheva victorieusement son martyre.

2. La messe (Dilexisti). — C’est un chant nuptial qui retentit dans mon âme. Mon âme doit aujourd’hui, avec sainte Lucie, la fiancée lumineuse, célébrer ses noces mystiques avec le Fils du Roi de gloire (Psaume 44). Mon cœur tressaille, à ce chant sacré, quand, aux côtés de sainte Lucie, je me rends à l’église : c’est vraiment la marche nuptiale au-devant du Roi qui va venir. Dans la salle brillante du festin de noces, dans l’église, je vois, sur son trône, le Christ, le plus beau des enfants des hommes ; la force et la justice ceignent ses reins et des flèches acérées percent le cœur de ses ennemis. Je pense à sainte Lucie et au juge irrité dont Dieu anéantit les projets criminels. Lentement, avec les invités aux noces de l’Agneau, je m’avance dans l’église, je respire de plus en plus le parfum de la sainteté et je me laisse bercer par la musique nuptiale. — A la droite du Roi, je vois l’Église parée comme une Reine vêtue d’une robe d’or où brille l’écarlate couleur de sang. dans tout l’éclat de sa beauté virginale. “ Écoute-moi. ma fille, vois et penche ton oreille tu vas, dans la personne de Lucie, être fiancée comme une vierge pure au divin Roi. Oublie ton peuple et la maison de ton père, ton trésor, ta perle précieuse, c’est le Seigneur ton Dieu, adore-le ” (Cet exemple nous montre comment la récitation de tout le psaume de l’Introït approfondit le sens de la messe). A l’Offertoire, avec Lucie et toutes les vierges, je viens, dans ma parure nuptiale. m’offrir à l’autel (dans les anciens Missels on lisait non pas afferentur, mais offerentur, il s’agissait donc d’une véritable offrande). Notre offrande s’unit au sacrifice du Christ. Au Canon, le Roi qui passe s’unit mystiquement à moi grâce aux mérites de Sainte Lucie, il me fait participer à sa gloire et, dans la communion, il me donne son corps sacré.

14 DÉCEMBRE

Dans Octave de l’Immaculée-Conception (semi-double)

Entraîne-nous vers toi, Vierge immaculée, nous suivrons

tes traces et nous nous dirigerons vers l’odeur de tes parfums ” (Ant. Vêp.).

Il n’y a rien de souillé en elle

Elle est le reflet de l’éternelle lumière, un miroir sans tache,

Elle est plus brillante que le soleil

Et comparée avec la lumière, elle est trouvée plus pure ” (Rép.).

La Bulle dogmatique sert de leçon à travers toute l’Octave (5 jours). Examinons son contenu liturgique. La Bulle du Pape suit le plan suivant : elle expose d’abord le plan rédempteur de Dieu pour relever l’humanité déchue, dans ce plan rentre le privilège de grâce de Marie : “ Il convenait que Marie brillât toujours de l’éclat de la sainteté la plus parfaite et que, délivrée de la tache de la faute originelle, elle remportât dès le commencement une victoire complète sur le serpent ; elle est en effet une mère d’une dignité incomparable, puisque Dieu le Père avait décidé de lui donner son Fils unique qu’il engendre égal à Lui et qu’il aime comme lui-même, et de le lui donner de telle sorte qu’en vertu des liens naturels, il soit le Fils commun de Dieu le Père et de la Vierge. ”

La Bulle expose ensuite que cette doctrine est la tradition constante de l’Église. On en découvre la preuve tout d’abord dans la liturgie. “ Dans sa liturgie, l’Église attribue à Marie les paroles de la Sainte Écriture au sujet de la divine Sagesse, car sa création fut décidée dans le même décret que l’Incarnation de la divine Sagesse (Jésus-Christ).” (Nous avons ici une interprétation authentique de la liturgie). Les papes ont permis le culte de l’Immaculée-Conception et l’ont favorisé par l’introduction de la fête, par la concession d’une messe propre et d’un Office propre (depuis 1477, à Rome, depuis Pie V, dans l’Église universelle ; depuis Clément VIII (+1592) la fête fut pourvue d’une octave). Pie IX fit de cette fête, en 1854. une fête d’obligation pour toute l’Église. Elle devait être célébrée à Sainte-Marie Majeure, en présence du Pape, avec une grande solennité. (Nous avons ici un exemple d’un office de station moderne). Dans la Préface et dans les Litanies de Lorette, on ajouta la mention de l’Immaculée-Conception “ afin que la loi de la foi fût d’accord avec celle de la prière ”. (C’est un antique axiome de la liturgie : lex credendi est lex supplicandi).

Comme conclusion nous entendons encore l’énoncé du dogme dont l’importance est capitale pour déterminer l’objet de la fête : “ La doctrine qui affirme que la bienheureuse Vierge Marie, dès le premier instant de sa conception, par une faveur spéciale et un privilège du Dieu tout-puissant, en vue des mérites de Jésus-Christ, Sauveur du genre humain, resta préservée de toute tache de la faute originelle, est une doctrine révélée de Dieu et par conséquent doit être crue fermement par tous les fidèles ”.

15 DÉCEMBRE

Jour Octave de l’Immaculée-Conception (double majeur)

Tu es un jardin fermé, ma sœur,

Mon Épouse, tu es un jardin fermé, une source scellée,

Ton fruit est un paradis, ô Marie,

Ouvre-moi, ma sœur, mon amie, ma colombe, mon immaculée (Rép.).

 

Marie — à travers la journée.

Laissons-nous conduire aujourd’hui par Marie à travers la journée, nous serons étonnés du nombre des prières que nous lui adresserons et des pensées dont elle est l’objet. Combien de fois aurai-je à répéter, au cours de l’Office, l’Ave Maria qui sortit jadis de la bouche de l’Ange pour annoncer le grand jour de la Rédemption. C’est une prière de l’Avent. Il faudrait aussi que je récite la belle antienne mariale : Alma Redemptoris, en en méditant les paroles. En voici la traduction :

Bonne Mère du Rédempteur,

Toi qui es la porte ouverte du ciel

Et l’étoile de la mer,

Viens au secours de ton peuple qui défaille

Et qui essaie de se relever ;

Toi qui, à l’étonnement de la nature,

Vierge avant et après l’enfantement,

As enfanté ton Créateur.

De la bouche de Gabriel recevant cet Ave,

Aie pitié des pécheurs. ”

Ce beau cantique respire la détresse de l’Avent. Marie apparaît au milieu de cette détresse. L’ange vient lui annoncer qu’elle a été choisie par Dieu pour être la Mère du Fils de Dieu. C’est elle qui ouvrira, à l’humanité qui aspire à sa Rédemption, les portes du ciel, c’est-à-dire c’est elle qui, par coopération à la Rédemption, aidera à ouvrir les portes fermées du ciel. Elle est pour l’humanité qui erre dans la nuit du péché, ce qu’étaient jadis les étoiles du ciel qui montraient aux navires égarés sur la vaste mer, la direction du port où ils trouveraient le salut. Tel est le cantique que nous chantons au moins deux fois par jour pendant l’Avent et qui nous permet de nous relever de la nuit de l’Avent pour marcher vers la lumière de Noël.

La Sainte Vierge m’accompagne à la messe, elle me conduit vers le Christ, elle veut me donner le Rédempteur. Accusée, ployant sous le faix de ses fautes, l’humanité se tient devant le trône de Dieu ; combien de taches ont souillé la beauté des âmes depuis les siècles qui ont précédé le Christ jusqu’à ce jour. Marie, l’Épouse immaculée, intercède pour l’humanité, la supplication et la miséricorde se rencontrent et créent une nouvelle créature dans la grâce (Confiteor). Avant d’entrer dans l’action sacrée de la messe, nous rencontrons encore au Credo la Vierge Marie : je la contemple à son heure la plus sacrée et, avec l’Église dans tout l’univers, je me prosterne devant sa maternité : Et incarnatus est... A l’Offertoire, Marie me remplit de ses saintes pensées, je me mets, avec le Christ, sur la Croix qui va se dresser sur l’autel, pour participer au Sacrifice rédempteur qui, décidé dans les éternels conseils de Dieu, commença à se réaliser dans l’étable de Bethléem, pour ne pas cesser jusqu’à la fin des temps et dont le drame sacré se continue aujourd’hui pour l’honneur de la Sainte Trinité. Marie, maîtresse sainte des chœurs célestes, ouvre, au Sanctus, le rideau du ciel et je puis, à ses côtés, me mêler au chœur des saints, autour du divin Agneau, qui, de son sang, lave notre âme et l’inonde de vie divine.

Nous prenons maintenant congé de la grande fête de l’Avent. Cette fête nous a aidés à préparer la venue du Seigneur. Pendant toute l’Octave, à la place de la messe Rorate, on célèbre la messe festivale de l’Immaculée-Conception.

16 DÉCEMBRE

Saint Eusèbe, évêque et martyr

Les martyrs avaient un grand désir de l’Avènement du Seigneur.

1. Saint Eusèbe. — Jour de mort : 1er août 371 (hier était le jour de son ordination). Tombeau : à Verceil (Italie supérieure). Sa vie : Eusèbe, d’abord lecteur à Rome, puis évêque de Verceil, est un de ces grands défenseurs de la divinité du Christ qui, dans le combat contre l’arianisme, eurent à souffrir des peines et des persécutions indicibles. Il fut, à cause de sa foi, exilé à Scythopolis (Palestine). Plus tard, il fut autorisé à rentrer dans sa ville épiscopale, il y mourut en paix, mais, en raison du dur exil qu’il lui fallu subir, il est considéré, comme martyr au sens large.

Le premier, il introduisit dans l’Église occidentale, pour les prêtres d’une même Église, l’usage de vivre en commun, pour s’occuper ensemble du service divin, en renonçant au monde.

Pratique : Esprit et service de communauté, voilà ce que poursuit aussi la renaissance liturgique que nous voyons de nos jours. Notre Église, actuellement, a besoin de communautés actives, unies dans la prière et le sacrifice. Nos pensées et nos actions ne sont-elles pas trop individuelles, particularistes, égoïstes ?

2. La messe (Sacerdotes Dei). — Cette messe est la seconde du commun d’un martyr Pontife. Immédiatement après la profession solennelle de saint Pierre près de Césarée de Philippe, le Seigneur entreprend de préparer les siens à sa mort sur la Croix ; il fait sa première prophétie de la Passion et adresse à ses Apôtres sa première prédication au sujet de la Croix. Cette prédication va plus loin que la prophétie, ce n’est pas seulement lui qui doit souffrir, ses disciples doivent prendre leur croix et le suivre. Cette prédication de la Croix, l’Église nous la répète à la fête de notre saint martyr Pontife, car il l’a réalisée dans sa vie. Il s’est renoncé lui-même a pris sa croix et il a haï sa vie sur la terre. C’est pourquoi il aura part à la promesse : Le Fils de l’Homme viendra dans la majesté de son Père avec ses anges et lui donnera sa récompense. Au jour où notre saint est mort, le Seigneur est venu vers lui. Au bonheur de ce retour, nous participerons nous aussi un jour.

A l’Épître, le saint martyr nous parle lui-même : Ce n’est qu’à condition de participer à mes souffrances que vous aurez part à ma “ consolation ”. Aussi à l’Offertoire, déposons-nous les croix de notre vie sur l’autel et nous recevons, dans la communion, le gage de la “ couronne ornée de pierreries” (Comm.). I"a liturgie de la messe nous rappelle trois fois que le saint avait aussi la dignité sacerdotale (Intr. Allel. Offert.). Dans le prêtre qui célèbre, voyons le saint évêque, martyr.

Nous sommes maintenant obligés pour des raisons techniques, d’insérer dans le calendrier des saints, des parties de la liturgie de l’Avent, car ces parties, à la différence des autres, sont rattachées aux dates du mois. C’est le cas des antiennes O.

17 DÉCEMBRE

O sagesse, tu ordonnes toutes choses avec force et suavité.

1. Les antiennes O. — Les sept derniers jours avant Noël sont marqués par des antiennes particulières appelées antiennes O. Ce sont des antiennes de Magnificat qui commencent toutes par l’apostrophe O, d’où leur nom. Elles n’ont pas seulement la même mélodie, mais sont construites sur le même plan. :

1) On invoque le Seigneur qui va venir, tantôt en le désignant par un symbole, tantôt par un titre, par exemple : O sagesse, ô Racine de Jessé. 2) Ce symbole ou ce titre est ensuite développé dans une phrase relative. 3) Le point culminant de la phrase est la supplication instante : veni, viens, qui est suivie de la demande de Rédemption. Ces antiennes majestueuses qui sont chantées selon le rite double (en entier même avant le Magnificat) sont comme le résumé de toutes les prophéties sur le Sauveur. La mélodie de ces chants respire l’admiration et le désir ardent. On y entend l’ardente imploration de l’Ancien Testament et du monde païen vers le Rédempteur, elles sont le “ Rorate cœli ” de l’humanité. Il y a dans ces sept chants une progression de pensée. Nous voyons d’abord le Fils de Dieu dans sa vie éternelle, avant les temps (1), puis dans l’Ancienne Alliance (2-4), ensuite dans la nature (5), enfin nous le voyons comme Rédempteur des païens (6), comme “ Dieu avec nous ” (7).

La solennité particulière de ces antiennes résulte des prescriptions de l’Eglise qui veut qu’elles soient chantées entièrement avant et après Magnificat (ce qui n’a lieu d’ordinaire que pour les fêtes doubles et ne se fait pas aux féries et aux dimanches). Dans les abbayes qui ont l’Office choral solennel, des usages particuliers accompagnent le chant des antiennes O. La première est entonnée par l’Abbé, au trône, en habits pontificaux, pendant que l’on sonne la grosse cloche. La cloche continue de sonner pendant tout le Magnificat chanté sur le mode le plus solennel. Les autres antiennes sont entonnées successivement par les plus dignes après l’abbé, revêtus de la chape et debout au milieu du chœur, devant le grand pupitre. Les fidèles pourraient, pendant ces sept jours, unir chaque soir le chant de ces antiennes à celui du Magnificat. On pourrait même, d’après les usages de l’ancienne Église, intercaler l’antienne entre chaque verset du Magnificat.

2. La première antienne O chante ainsi :

O Sagesse sortie de la bouche du Très-Haut,

Qui atteins d’une extrémité à l’autre, qui ordonnes toutes choses avec force et suavité,

Viens pour nous enseigner la voie de la prudence. ”

C’est la vie du Fils de Dieu avant les temps et sa manifestation dans la création. La création est une image du royaume de la grâce dans lequel le Sauveur “ dirige nos âmes avec force et suavité. ”

18 DÉCEMBRE

La deuxième antienne O est formulée ainsi :

O Adona ! (Dieu de l’alliance) et chef de la maison d’Israël,

Toi qui apparus à Moïse dans le feu du buisson ardent et donnas la loi sur le Sinaï,

Viens, étends ta main et délivre-nous. ”

La seconde personne de la Sainte Trinité eut une part active à la création et c’est ce que chante la première antienne. Nous la voyons maintenant parcourir le royaume de Dieu de l’Ancien Testament. Le Christ était le “ Dieu de l’alliance ” du peuple élu. Il a conclu alliance avec Noë, Abraham, Isaac, Jacob, Moïse, il a été le guide d’Israël à travers l’histoire. L’antienne, laissant de côté les autres manifestations divines, n’en rappelle que deux : le buisson ardent et la loi sur le Sinaï. Ce sont, en même temps, deux figures de la lumière de Noël qui vient. La prière fait allusion à la délivrance de l’Égypte qui est une image de notre délivrance du joug du démon.

19 DÉCEMBRE

Viens, délivre-nous, ne tarde plus

La troisième antienne O est formulée ainsi :

O Racine de Jéssé, toi, qu’es levée comme un étendard des peuples, devant qui les rois fermeront respectueusement la bouche et les nations fléchiront les genoux,

Viens, délivre-nous, ne tarde plus. ”

Le Messie circule à travers l’histoire des rois de Juda. Les victoires d’un David sur les peuples symbolisent sa victoire libératrice sur le Golgotha et dans chacune de nos âmes. L’antienne s’inspire des deux passages d’Isaïe sur la racine de Jessé : a) le rameau (Marie) et la fleur (le Christ). La Vierge mettra au monde le Messie attendu ; b) le rameau devient un arbre de vie et un signe pour les peuples. Le petit Roi étend déjà les bras pour attirer tout le monde à lui quand il sera sur la Croix. Les rois lèvent les yeux et contemplent ce signe avec étonnement et silence.

20 DÉCEMBRE

La quatrième antienne O se formule ainsi :

O Clef de David et sceptre de la maison d’Israël,

Toi qui ouvres et personne ne peut fermer, qui fermes et personne ne peut ouvrir :

Viens et tire l’homme de prison, lui qui est assis dans les ténèbres et à l’ombre de la mort. ”

Les Juifs appelaient bouclier ou clef de David l’hexagone. C’était pour eux le symbole de Dieu et-de son saint nom. Il y voyaient le signe du Messie à venir (étoile de Balaam, étoile des Mages). Le Christ est la “ clef de David ”, car c’est lui qui donne le sens de tous les mystères et de toutes les figures de l’Ancien Testament.

21 DÉCEMBRE

Saint Thomas, apôtre (double de 2e classe)

Heureux ceux qui ne voient pas et croient cependant

L’Apôtre saint Thomas et l’Avent, voilà deux sujets qu’il semble assez difficile d’unir. Dans notre pensée, saint Thomas qui toucha les cicatrices du Ressuscité semble appartenir au cycle de Pâques. Il y a cependant une parole de Notre Seigneur qui nous permet d’établir une liaison avec l’Avent : “ Parce que tu as vu, Thomas, tu crois ? Bienheureux ceux qui ne voient pas et croient cependant. ” Nous avons précisément besoin, en face du mystère annoncé de Noël, d’une foi ferme et aimante. Pendant tout l’Avent nous entendons un joyeux message auquel nous devons croire sans voir. Dans la nuit sainte nous nous agenouillerons devant le divin Enfant dans sa crèche et l’Église nous dira : Voici le grand Roi, le Dieu éternel. Nous pourrons alors nous appliquer la parole dite à Thomas : Bienheureux ceux qui ne voient pas et croient cependant.

1. Saint Thomas. — Jour de mort (d’après le Martyrologe) : 21 décembre (année inconnue). Tombeau : primitivement à Édesse (Syrie) au dire de saint Jean Chrysostome, actuellement à Ortona (Italie). Image : On le représente avec la lance (à cause de son martyre) ou bien avec l’équerre (à cause de la légende d’après laquelle il aurait été envoyé comme architecte vers le roi des Indes). Sa vie : Les Évangiles nous apprennent peu de choses au sujet de saint Thomas. Il est appelé “ Didyme, le Jumeau ”. Très rarement, pendant la vie du Maître, nous le voyons se signaler parmi ses frères du collège apostolique. Au moment de la résurrection de Lazare, nous l’entendons dire : “ Allons et mourrons avec lui. ” Ce qui l’a rendu populaire, c’est son incrédulité après la mort de Notre Seigneur. Le passage de l’histoire de la résurrection où il est question de cette incrédulité et que nous lisons aujourd’hui est un des plus touchants de l’Évangile. Le Pape saint Grégoire 1er dit une belle parole au sujet de saint Thomas : “ L’incrédulité de saint Thomas a plus servi à notre foi que la foi des disciples qui ont cru, car, par ce fait même, que saint Thomas n’a été déterminé à croire qu’en touchant les plaies, nous sommes fortifiés dans notre foi au-dessus de tout doute. Le Seigneur permit que l’Apôtre doutât de sa résurrection, mais il ne le laissa pas dans son doute. Le disciple est devenu, par son doute et par son toucher, le témoin de la vérité de la Résurrection. Thomas toucha et s’écria : mon Seigneur et mon Dieu ! Alors Jésus lui dit : Parce que tu m’as vu Thomas, tu as cru. Or l’Apôtre saint Paul écrit : “ La foi est une base certaine pour ce qu’on espère, une persuasion de choses qu’on ne voit pas. ” Il est donc clair que la foi est un fondement pour des choses qu’on ne peut pas voir. Car de ce qu’on voit il n’y a plus de foi mais connaissance. Or quand saint Thomas eut vu et touché le Sauveur, pourquoi lui est-il dit : Parce que tu m’as vu. Thomas, tu as cru ? Parce que ce qu’il vit fut différent de ce qu’il crut. En effet, la divinité ne peut être vue : par aucun homme mortel. Thomas voit l’Homme dans le Christ et confesse sa divinité avec ses paroles : mon Seigneur et mon Dieu ! La foi fut donc ce qui suivit la vue.

Au sujet de la vie postérieure de l’Apôtre nous n’avons que peu de renseignements. Le Martyrologe nous donne ces détails : “ A Calamina (près de Madras, dans les Indes Orientales) le martyre de saint Thomas, Apôtre. Il annonça l’Évangile chez les Parthes et enfin il vint dans l’Inde. Après avoir converti de nombreuses tribus au christianisme, il fut, sur l’ordre d’un roi transpercé à coups de lance.” Ses restes furent d’abord transportés à Édesse (Syrie), plus tard à Ortona (province de Chieti, Italie centrale). Saint Thomas est considéré comme le patron spécial de l’Inde.

2. La messe (Mihi autem). — Toute la messe est dominée par le bel Évangile de l’Apparition du Christ ressuscité à saint Thomas. L’antienne de la Communion,. tirée de l’Évangile, nous rend cette apparition présente. Chacun de nous, à la messe, ressemble à saint Thomas. Le Maître nous apparaît et nous demande d’avancer la main pour toucher ses plaies, c’est-à-dire pour recevoir la chair du sacrifice (dans les temps anciens, les fidèles recevaient la sainte Hostie dans leurs mains). A l’Introït, l’Église chante les Apôtres, ces “ amis ” de Dieu, ces “ princes du royaume de Dieu” (le psaume 138 n’a de relation liturgique avec les fêtes d’Apôtres que par le verset de la Vulgate : “ Très honorés sont pour moi tes amis, Seigneur, inébranlable leur principauté ”. A l’Épître, s’élève devant les regards de notre âme “ l’édifice spirituel de Dieu ”. Le Christ est la pierre d’angle, les Apôtres les fondations et nous sommes les pierres. Cet édifice de Dieu grandit à travers les temps. L’Epître nous montre clairement que les fêtes d’Apôtres sont des jours de Rédemption et que nous devons considérer moins la personne de chaque Apôtre que l’ensemble du royaume de Dieu. Oui, ayons conscience que nous sommes les concitoyens des saints, les membres de la maison de Dieu. Au Graduel, nous voyons la multitude innombrable des fidèles qui ont été gagnés par la prédication des Apôtres. A l’Offertoire, nous nous réjouissons du succès du travail apostolique : “ Dans tout l’univers a pénétré leur parole. ”

3. Chants de l’Avent. — Aujourd’hui l’Église fait entendre deux chants qui ont une importance particulière pour la préparation de Noël :

L’antienne chantée au lever du soleil est un cri de joie de l’Église : “ Ne craignez pas, encore quatre jours et le Seigneur viendra vers vous. ” Ainsi l’Église compte les jours jusqu’à Noël.

A Vêpres nous chantons la cinquième antienne O :

O Orient

Éclat de l’éternelle lumière, Soleil de Justice,

Viens, éclaire-nous, nous qui sommes assis dans les ténèbres, à l’ombre de la mort. ”

De l’histoire du salut, nous passons au monde naturel. Là aussi le Sauveur s’est créé un symbole, le soleil : c’est le symbole préféré de l’Écriture et de la liturgie. Dans cette antienne, le cycle de Noël est caractérisé de la façon la plus heureuse. D’une part, l’humanité est représentée assise dans les ténèbres et à l’ombre de la mort ; d’autre part, perçant les nuages apparaît le soleil rédempteur. Deux prophètes du même nom, les deux Zacharie, annoncent le Rédempteur comme un soleil levant : “ Voici un homme : Orient est son nom” (Zach. VI, 12), “ par les entrailles de la miséricorde de notre Dieu il nous visite, le soleil qui se lève d’en-haut ” (Luc. 1, 78).

22 DÉCEMBRE

Nous chantons aujourd’hui à Vêpres la sixième antienne O :

O Roi des peuples

Le désiré des nations, pierre angulaire qui réunis les deux peuples,

Viens et sauve l’homme que tu as formé du limon de la terre. ”

L’action du Christ s’est étendue même au monde païen. Aux meilleurs du paganisme il a inspiré le désir de sa venue. Maintenant le mur de séparation doit tomber.

23 DÉCEMBRE

Maintenant tout va s’accomplir

Le jour qui précède la vigile de Noël nous offre deux chants précieux de l’Avent.

1. Certitude joyeuse. — Au lever du soleil, l’Église chante, comme dans un soupir de joie après une longue attente : “ Maintenant tout va s’accomplir, tout ce qui a été annoncé par l’ange, de la Vierge Marie ”.

Là aussi, nous avons un trait merveilleux de notre liturgie. Après les jours d’attente anxieuse, la calme certitude de l’accomplissement pénètre dans l’âme.

2. La dernière antienne O est chantée à Vêpres :

O Emmanuel (Dieu avec nous)

Notre Roi, et notre législateur, attente des peuples, Sauveur des gentils,

Viens, apporte-nous le salut, Seigneur notre Dieu. ”

Dans le peuple de Dieu, parmi les Gentils, dans la nature, il s’est manifesté et annoncé, maintenant il vient et il reste avec nous comme Emmanuel. Le divin Roi nouveau-né, dans sa crèche, est l’attente des peuples mais aussi l’accomplissement des prophéties.

La nuit prochaine nous apportera l’Emmanuel notre Roi et notre législateur.

24 DÉCEMBRE

Vigile de Noël (simple, double à partir de Laudes)

Aujourd’hui vous apprendrez que le Seigneur vient

STATION A SAINTE MARIE MADELEINE

1. La Sainte Soirée. — Cette Vigile a une place particulière parmi toutes les vigiles. Les sentiments de pénitence n’y jouent qu’un rôle secondaire ; l’impression dominante est plutôt celle d’une attente joyeuse. L’usage populaire des cadeaux de Noël, très conforme à ce sentiment, concourt beaucoup à faire de ce jour un des plus gais de l’année. Dans chaque famille, ce jour a sa liturgie particulière, usages qu’il serait bon de conserver.

La liturgie ecclésiastique est tout entière consacrée à l’attente certaine de la venue du Rédempteur. Cette certitude se manifeste en deux images. La première nous montre la porte fermée du ciel. Depuis que nos premiers parents ont été chassés du paradis terrestre, cette porte est fermée et un chérubin monte la garde devant, armé d’une épée de flamme. Mais le Rédempteur ouvrira cette porte, il entrera. Aujourd’hui nous nous tenons devant cette porte. Cette image est là plus importante du jour, c’est pourquoi le psaume 23 est le psaume principal du jour.

Élevez vos portes, princes,

Ouvrez-vous largement, portes éternelles,

Voici que va entrer le Roi de gloire. ”

Avec une certitude croissante, l’Église nous annonce trois fois qu’il va entrer : devant la porte de l’Église, quand elle chante l’Introït, à l’Offertoire (l’autel est aujourd’hui la porte fermée derrière laquelle se tient déjà le Rédempteur) et à la Communion qui est une première révélation, une première vision de la gloire de Dieu.

La seconde image est la Vierge bénie. La profonde douleur de saint Joseph tant qu’il ignore le mystère nous assure qu’il n’est pas le père de l’Enfant et l’ange nous donne la certitude que cet Enfant est le Fils de Dieu et le Rédempteur. C’est le dernier événement historique avant la naissance du Sauveur. Joseph apprend de la bouche de l’ange et nous apprenons de celle de l’Église : “ Ce qui est né en Marie vient du Saint-Esprit. Elle enfantera un Fils et tu lui donneras le nom de Jésus (le Sauveur) car il rachètera son peuple de ses péchés. ”

Avec exactitude et concision, l’objet de la fête de ces deux jours est exprimé dans l’invitatoire de l’Office : “ Aujourd’hui vous saurez que le Seigneur va venir et demain vous verrez sa gloire. ” Aujourd’hui nous offre la certitude, et par l’Eucharistie, le sage de la venue certaine du Seigneur — demain sera la grande vision de sa gloire.

Il y a un progrès dans la manifestation du mystère de l’Avent, dans l’Epître elle-même. Elle nous montre. pour la première fois, dans toute sa clarté, l’image du Christ. Au cours de l’Avent, la liturgie nous a indiqué le Sauveur qui va venir, avec une précision sans cesse grandissante (c’est là en effet un des principes fondamentaux de la liturgie : la manifestation progressive). La première semaine, nous apercevons le Sauveur comme voilé d’obscurité et de brouillard. Peu à peu cette image nébuleuse est devenue plus claire et aujourd’hui l’Église nous dit en des formules d’une stricte exactitude dogmatique : “ le Christ, selon sa nature humaine, est né de la Vierge Marie, selon sa nature divine, il est le Fils éternel de Dieu : “ ... l’Évangile que Dieu par ses Prophètes (dans l’Avent spécialement le prophète Isaïe), dans les Saintes Écritures, avait promis auparavant au sujet de son Fils (c’est là tout l’Avent). Son Fils lui est né selon la chair (sa nature humaine) de la race de David, mais selon l’Esprit de sainteté (c’est-à-dire sa nature divine), il a été déclaré Fils tout-puissant de Dieu par sa résurrection d’entre les morts, Jésus-Christ Notre Seigneur... ” Il serait difficile d’exprimer d’une manière plus parfaite la transition de l’Avent à Noël et à Pâques.

Maintenant nous sommes prêts et préparés, Il peut venir.

2. De la prière des Heures. — Le lecteur pourrait, dès aujourd’hui ou tout au moins dans les jours suivants, réciter avec l’Église les parties principales de l’Office. Les Matines d’aujourd’hui sont la dernière prière de l’Avent. L’invitatoire nous fait déjà entendre le leitmotiv du jour.

Aujourd’hui vous saurez que le Seigneur va venir et demain vous contemplerez sa gloire.

Les psaumes sont ceux du jour de la semaine ; les trois leçons sont une simple homélie du docteur de l’Église, saint Jérôme, sur l’Évangile du jour. Le saint nous explique pourquoi le Sauveur n’est pas né simplement d’une Vierge mais d’une Vierge mariée.

Les répons nous font sans cesse entendre le même leitmotiv et cette répétition est saisissante.

Sanctifiez-vous et soyez prêts, car demain vous verrez

La gloire de Dieu parmi vous ?

Aujourd’hui vous saurez que le Seigneur va venir

Et demain vous verrez

La gloire de Dieu parmi vous” (Rép.).

Demeurez fermes dans la confiance et contemplez le secours du Seigneur sur vous,

O Judée et Jérusalem, ne craignez pas :

Demain vous sortirez et le Seigneur sera avec vous,

Sanctifiez-vous, enfants d’Israël, et soyez prêts” (Rép.).

Sanctifiez-vous, enfants d’Israël, dit le Seigneur, car demain le Seigneur va descendre

Et enlever de vous toute infirmité ;

Demain la dette du péché de la terre sera supprimée

Et le Sauveur du monde régnera sur nous. ” (Rép.).

Avec la première prière du matin, les Laudes, l’Office prend un caractère festival (à partir de là, l’Office est double). Quand, le matin, le soleil se lève, l’Église voit déjà venir le Sauveur de Noël : “ Comme un soleil, se lève le Sauveur du monde et il descend dans le sein de la Vierge comme la rosée sur l’herbe, Alleluia. ”

La Vigile de Noël revêt à Prime une solennité particulière ; c’est l’annonce du jour de la naissance du Christ, chantée sur une mélodie chorale spéciale. Dans let ; Communautés où l’on cultive la liturgie, le chantre revêtu de l’aube et de la chape violette, s’avance au milieu du chœur, accompagné de ministres portant des cierges et l’encensoir. Il commence par encenser le martyrologe qui repose sur un pupitre recouvert d’un voile violet et commence à chanter ce qu’on lira plus loin, après avoir annoncé la date du mois et le jour de la lune. Tout le monde est debout, la tête découverte ; à ces mots : “ A Bethléem ” on tombe à genoux et à ces mots : “ La naissance de Notre Seigneur ”, tous se prosternent à terre pour offrir une première adoration au Fils de Dieu fait homme. Le chantre chante donc, ainsi en indiquant les dates à la manière antique :

En l’an 3199 après la création du monde quand Dieu au commencement fit le ciel et la terre ;

En l’an 2759 après le déluge ;

En l’an 2015 après Abraham ;

En l’an 1510 après la sortie du peuple d’Israël de l’Égypte, sous la conduite de Moïse ;

En l’an 1032 après que David eut reçu l’onction royale ;

En la 65e semaine d’année après la prophétie de Daniel ;

En la 194e Olympiade, en l’an 752 de la fondation de la ville de Rome ;

En l’an 42 du règne d’Auguste Octavien, quand la paix fut établie dans le monde entier ;

En la sixième époque de l’histoire du monde ;

Alors Jésus-Christ, Dieu éternel et Fils du Père éternel, voulut sanctifier le monde par la grâce de sa venue ;

Il fut conçu du Saint-Esprit et après l’espace de neuf mois (on s’agenouille) à Bethléem, dans la tribu de Juda, il naquit comme homme de la Vierge Marie :

La naissance de Notre Seigneur Jésus-Christ dans la chair.

Après s’être prosternés, les assistants se relèvent et le reste du Martyrologe est lu par le lecteur à la manière ordinaire.

Pendant le jour, nous chantons de courtes antiennes qui toutes résument l’attente immédiate.

A Prime. “ Judée et Jérusalem, ne craignez pas, demain vous sortirez et le Seigneur sera avec vous, Alleluia. ”

A Tierce. “ Aujourd’hui vous saurez que le Seigneur — va venir et demain vous contemplerez sa gloire. ”

A Sexte. “ Demain sera détruite l’iniquité de la terre et sur nous règnera le Sauveur du monde. ”

A None. “ Demain vous recevrez le salut, dit le Seigneur, le Dieu des armées. ”

A l’Office du soir, les Vêpres nous font déjà entendre les premiers accents de la fête de Noël. L’attente est devenue la certitude heureuse de la possession. Il y a dans les antiennes comme un désir apaisé et un calme majestueux : “ Le Roi pacifique est glorifié, lui dont toute la terre désire voir le visage. ” — “ Les jours sont accomplis où Marie devait enfanter son Fils premier-né. ” — “ Sachez que le royaume de Dieu est proche, en vérité, je vous le dis, il ne tardera pas. ” — “ Levez la tête, voici que votre Rédemption est proche. ”

Dans sa certitude, l’Église chante, au coucher du soleil : “ Lorsque le soleil se sera de nouveau levé dans le firmament, vous verrez le Roi des rois qui procède du Père comme un Époux qui sort de la chambre nuptiale ” (Ant. Magn.).

LE TEMPS DE FÊTE

Les deux cycles festivaux de l’année liturgique sont construits de la même manière : il y a d’abord une montée qui est la préparation, ensuite un cheminement sur les hauteurs pendant le temps des fêtes, puis une descente dans la plaine pendant le temps où s’achève le cycle. Le temps de préparation du cycle d’hiver est l’Avent que nous venons d’achever. Maintenant que ce temps est achevé, nous restons étonnés devant les richesses de poésie symbolique et dramatique que l’Église a réunies. Intentionnellement nous avons laissé la liturgie elle-même parler dans ses chants et ses leçons, afin de pouvoir admirer cette richesse. Nous pouvons affirmer qu’aucun temps de l’année liturgique ne possède une telle surabondance de cantiques, de versets, de chants. Comme d’une corne d’abondance la liturgie nous verse la profusion variée de ses chants.

Maintenant suit, sans solution de continuité, comme une émanation naturelle de l’Avent, la fête de N l. Le temps festival des deux cycles a encore ceci de commun qu’il comprend, dans l’un et l’autre cas, deux grandes fêtes, qui sont comme les piles du pont qui supportent tout le temps festival. Dans le cycle d’hiver, nous avons Noël et l’Épiphanie ; dans le cycle d’été, Pâques et la Pentecôte. Il y a cependant une différence entre ces deux couples de fêtes. Pâques et la Pentecôte représentent un développement organique de la même pensée de salut, Noël et l’Épiphanie sont la répétition de la même pensée. La célébration de ces deux fêtes ne s’explique que par des raisons historiques. Noël est la fête de la Nativité de l’Occident et l’Épiphanie celle de l’Orient. L’Occident a adopté l’Épiphanie. et l’Orient Noël. Ces deux fêtes de l’Orient et de l’Occident sont un monument vénérable de l’union qui régnait autrefois entre les deux Églises, union que nous voudrions voir renaître, après une séparation millénaire. L’union malgré toute la différence d’idées et de sentiments !

Les circonstances historiques qui ont fait de ces deux fêtes des doublets nous aideront à comprendre bien des particularités et à résoudre bien des difficultés qui résultent de ce double emploi. Pour nous autres Occidentaux, la fête de Noël paraîtra toujours plus importante que celle de l’Épiphanie, malgré le rang plus élevé de cette dernière. Noël est et demeure notre fête, l’Épiphanie nous touche de moins près. Après quatre semaines où le désir a tendu fortement notre esprit, Noël est le véritable accomplissement de l’Avent. Il faut cependant avouer qu’entre l’Avent et l’Épiphanie la parenté de pensées est plus étroite. Noël est cependant bien la clôture de l’Avent. Il suffit de parcourir les textes de la Vigile. Nous reprenons toujours ce chant : Demain le péché originel sera détruit. Noël est la fête de la Rédemption. Par contre, il nous faut attendre jusqu’à l’Épiphanie pour voir se réaliser la glorieuse visite du Roi dont la pensée domine l’Avent.

D’ailleurs Noël et l’Épiphanie ne sont pas de simples doublets. L’Église Occidentale a reçu de l’Église Orientale sa fête de la Nativité avec son contenu spirituel oriental et elle l’a développée selon son génie propre. Elle l’a magnifiquement fécondée et enrichie. Son regard s’est élevé du cercle historique étroit de la naissance du Seigneur jusqu’à la perspective de la royauté du Christ qui domine les temps. L’Avent de l’Occident et sa fête de Noël ont bénéficié de cet élargissement de vues. Finalement les deux fêtes de la Nativité sont devenues deux solennités distinctes avec un objet indépendant et une progression intérieure. Nous avons désormais quelque chose d’analogue à ce que nous voyons dans le cycle de Pâques. A Pâques le soleil de la Résurrection se lève et éclaire le monde de ses rayons brillants. A la Pentecôte, ce soleil est à son midi et sa chaude lumière crée la vie et la fécondité. A Noël, le soleil de la Nativité se lève sur les plaines de Bethléem, à l’Épiphanie “ la gloire du Seigneur ” rayonne sur Jérusalem. A Noël nous naissons et renaissons avec le Christ notre frère, à l’Épiphanie le Christ célèbre avec l’Église et l’âme ses noces mystiques. A Noël “ le Christ nous est né ” ; c’est comme une fête intime de famille à laquelle ne participent que quelques privilégiés avec Marie et les bergers ; à l’Épiphanie, “ le Christ nous est apparu ”, c’est-à-dire il a manifesté son apparition au monde.

Les événements historiques comme la Nativité, l’adoration des Mages, le Baptême ne sont ici que des témoignages et des preuves de ce fait heureux que l’Homme-Dieu est le Sauveur du monde.

Les deux fêtes complètement séparées de Noël et de l’Épiphanie, constituent une première et une seconde solennités. Noël a une vigile que nous avons considérée comme faisant encore partie de l’Avent, ainsi qu’une Octave qui admet, il est vrai, la célébration d’autres fêtes (par exemple : saint Thomas, saint Silvestre) ; cette Octave se clôture par une fête indépendante : la Circoncision de Notre Seigneur. Une particularité de la fête de Noël, ce sont les trois fêtes adjointes (Saint-Étienne, Saint-Jean, les Saints-Innocents). Le dimanche dans l’Octave de Noël a son pendant dans l’Octave après l’Épiphanie, mais originairement il servait de transition entre Noël et l’Épiphanie.

L’Épiphanie a également une vigile : son Octave privilégiée n’admet pas les fêtes de rang moyen, ce qui permet de se consacrer sans distraction à une méditation plus profonde du mystère. Récemment, on a fixé au dimanche après l’Épiphanie la fête de la Sainte-Famille. La messe antique et riche de sens de ce dimanche a été renvoyée à un jour de la semaine. Les progrès de la liturgie feront sans doute disparaître cette anomalie.

25 DÉCEMBRE

La Sainte Fête de Noël (double de 1re classe)

Roi et Enfant

L’ami de la liturgie fera bien de préparer quelques jours auparavant l’Office de nuit, particulièrement les Matines de Noël ; une si grande fête mérite une préparation de plusieurs jours.

1. La Sainte Nuit. — a) Les Matines. Un Office religieux pendant la Nuit ! L’ancienne Église en avait fait une institution permanente. La nuit ne devait pas être consacrée seulement au sommeil, mais encore à la prière et à la méditation. Les vigiles (veilles de nuit) ou matines étaient, dans l’ancienne Église, la prière nocturne de la Parousie, dans laquelle on attendait celui “ qui se lève sur les hauteurs ”, c’est-à-dire le retour du Seigneur. Dans l’esprit de la liturgie, l’Heure de prière des matines est encore assignée à la nuit et il y a des Religieux qui, toutes les nuits, se lèvent de leur couche, pour prier et chanter au nom de l’Église. Mais, en fait, pour le peuple, il ne subsiste qu’un Office de nuit, celui de la nuit de Noël. Nous devons d’autant plus l’apprécier. Vers dix heures et demie ou onze heures, les cloches de Noël nous appellent à Matines. Les amis de la liturgie tiendront à réciter les Matines pendant la nuit, autant que possible en commun.

Après l’Invitatoire solennel : “ Le Christ est né, venez, adorons-le ” et le chant de l’hymne, commencent les trois Nocturnes. Les trois psaumes du premier Nocturne, malgré leur caractère et leur contenu différents, se ramènent à une seule idée : la naissance du Christ. Psaume 2 : Engendré éternellement par le Père, né dans le temps de la Vierge Marie. Psaume 18 : Le divin Soleil quitte comme un Époux la chambre nuptiale et vient nous éclairer de ses rayons (ce psaume :nous est connu, nous l’avons rencontré pendant l’Avent). Psaume 44 : La divinité et l’humanité célèbrent leur union dans le divin Enfant qui vient de naître.

Dans les Leçons, le prophète de l’Avent, Isaïe, achève ses prophéties, il annonce le rétablissement du royaume de Dieu par le Christ (première leçon), il console Jérusalem (l’Église) et l’exhorte à revêtir des vêtements de fête, car l’Époux royal vient pour célébrer ses noces (troisième leçon).

Lève-toi, lève-toi, prends ta parure, Ô Sion,

Prends tes vêtements de gloire, Jérusalem, cité sainte,

Lève-toi de la poussière, Jérusalem captive,

Déliées sont les chaînes de ton cou, Sion captive ! ”

Les répons sont d’une grande beauté, tout remplis de l’impression immédiate et de l’expression lyrique de la merveille de Noël, les deux premiers avec la répétition constante de “ hodie ”, aujourd’hui, et le troisième avec son dialogue dramatique. (C’est là qu’il faut chercher l’origine des mystères médiévaux de Noël et de la Crèche).

Aujourd’hui la véritable paix est descendue pour nous du ciel,

Aujourd’hui, par tout l’univers, les cieux ont distillé du miel,

Aujourd’hui a brillé pour nous le jour de la Rédemption nouvelle, de la réparation depuis longtemps annoncée, de l’éternelle félicité (Rép.).

Qui avez-vous vu, bergers ?

Dites-le-nous, annoncez-nous qui a paru sur la terre.

C’est un Enfant que nous avons vu et les chœurs des anges qui louaient le Seigneur.

Dites-nous ce que vous avez vu,

Annoncez-nous la naissance du Christ.

C’est un Enfant que nous avons vu... ” (Rép.).

Le premier Nocturne considérait la naissance du Christ, le second nous entretient de ce que le Christ veut nous apporter : le royaume de Dieu, la paix, la Rédemption, la réconciliation avec Dieu. Ces pensées apparaissent dans plusieurs passages des psaumes. Dans le psaume 47, la ville de Dieu, qui fête aujourd’hui la fête de la Nativité de son Roi, rend grâces dans une procession solennelle, pour sa délivrance du pouvoir des ennemis ; le psaume 71, un vrai psaume de Noël et de l’Épiphanie, chante le Roi pacifique, le dispensateur de la justice, le Père des pauvres, dans l’Enfant royal qui vient de naître. Le psaume 84 est un chant de joie saluant la Rédemption (nous connaissons déjà ce psaume, cf. p. 111).

Les Leçons nous apportent une homélie de Noël du pape saint Léon. Ses discours éloquents causèrent dans l’Église de Rome, au cinquième siècle, une grande joie. Dans les répons, l’Église commence par s’étonner devant le mystère de la Crèche, puis elle fait entendre un chant de gloire en l’honneur de Marie, qui retentit à travers quatre répons.

Dans le troisième Nocturne, la psalmodie après une méditation calme de la miséricorde de Dieu et de sa fidélité, s’abandonne à la joie : le psaume 88 raconte d’une manière saisissante les promesses faites à David, promesses qui se réalisent aujourd’hui : le descendant de David doit être Roi éternellement. Ensuite les deux derniers psaumes terminent dans la joie les Matines. D’ordinaire les leçons du troisième Nocturne sont une explication scripturaire de l’Évangile qui est rappelé par une seule phrase, mais à Noël, comme on célèbre trois messes et qu’on lit par conséquent trois Évangiles, ces trois Évangiles sont ici brièvement expliqués. Trois grands docteurs de l’Église prennent la parole : Grégoire le Grand, Ambroise et Augustin. Ainsi, en comptant saint Léon le Grand, au second Nocturne, quatre docteurs de l’Église latine nous adressent la parole aux Matines de Noël.

b) Les messes de Noël : Le saint jour de Noël est caractérisé par un triple Sacrifice eucharistique. L’ancienne Église de Rome a, en cela, suivi l’exemple vénérable de l’Église de Jérusalem. Les fidèles se rassemblaient, la nuit, dans la grotte de la Nativité et sanctifiaient l’heure de la naissance du Seigneur par la célébration de la messe. A la fin de cette messe ils retournaient à Jérusalem. Que pouvaient-ils faire de mieux que de commémorer l’heure de la Résurrection, dans l’église de la Résurrection, et d’y célébrer en même temps Noël avec les bergers ? C’était la seconde messe. Pendant le jour, ils se réunissaient dans l’Église pour l’Office solennel. Ainsi naquit l’usage de célébrer trois messes le jour de Noël. Cet usage fut imité à Rome. La première Messe était célébrée pendant la nuit dans l’église de la Crèche de Sainte-Marie Majeure (Sainte-Marie Majeure était considérée comme le Bethléem des Romains) : la seconde messe était célébrée dans l’église romaine de la Résurrection, dans l’église palatine grecque dont le nom était Anastasis (c’est-à-dire Résurrection). La troisième était célébrée dans la basilique de Saint-Pierre. De Rome l’usage se répandit dans tout l’Occident. Depuis que les prêtres occidentaux célèbrent la messe tous les jours, la coutume s’est établie que chaque prêtre puisse célébrer la messe trois fois, à Noël.

Trois considérations s’unissent dans chaque messe ; la divine lumière, le temps correspondant du jour ou de la nuit et l’événement évangélique de ce temps. Il y a, dans les trois messes, un développement progressif de la pensée de la fête. L’impression de l’Avent se remarque encore dans la première messe. Le Dieu de Majesté, environné de lumière, s’y manifeste, des anges lumineux volent au-dessus de la terre, et la Mère. la Vierge très pure, est le seul être terrestre qui approche l’enfant divin. L’humanité est encore dans l’attente dans les ombres de la nuit. La pensée de Noël progresse à la seconde messe qui est célébrée à l’aurore, au lever du soleil. La lumière divine qui a paru mystérieusement sur la terre, sous les voiles de la nuit, s’élève pour nous comme un soleil d’une force créatrice puissante, elle entre en relation active avec nous comme “ notre Sauveur ”. Dans la troisième messe, la pensée de Noël atteint son développement le plus élevé et se manifeste dans toute son efficacité “ à tous les hommes ”.

Noël est une fête de lumière. Ce qui le montre déjà ç’est son origine. La date (25 Décembre) n’est pas le jour historique de la naissance du Seigneur (ce jour nous est inconnu). Si on a choisi pour cette fête le solstice d’hiver ce fut plutôt pour supplanter la fête païenne de la naissance du dieu Soleil (sol invictus) et lui substituer Une fête chrétienne. Le Christ est le vrai Dieu-Soleil qui lutte contre les ténèbres de l’enfer et en triomphe. C’est pourquoi la fête de sa naissance est très bien placée au moment où le soleil recommence son ascension. La pensée de la lumière, qui trouve aussi chez le peuple chrétien une touchante expression dans l’arbre de Noël illuminé, se poursuit à travers les trois messes. Le symbolisme de la lumière est particulièrement saisissant pendant la messe de minuit ; à la seconde messe le soleil qui se lève nous offre un -symbole vivant et c’est pourquoi l’Introït chante avec. allégresse : “ Une lumière brille aujourd’hui pour nous. ” A la troisième messe le symbole de la lumière se trouve dans l’Évangile lui-même : “ La lumière brille dans les ténèbres ”.

c) La messe de minuit (Dominus dixit). La pensée principale de la messe de minuit est celle-ci : L’Enfant de Bethléem, né de la Vierge Marie, est le Fils consubstantiel de Dieu, engendré de toute éternité, en un mot : la naissance éternelle et la naissance temporelle du Seigneur. Nous sommes réunis en esprit avec tout la chrétienté dans le petit sanctuaire de Sainte-Marie Majeure dont la crypte, derrière l’autel, représente la grotte de Bethléem. L’Introït fait pendant à l’Évangile. L’Évangile nous dit : “ Marie enfanta son Fils premier-né ” ; l’Introït chante : “ Le Père a dit : dans l’éternel aujourd’hui, je t’ai engendré de mon essence. ” Le Gloria convient particulièrement aujourd’hui. La Collecte remercie Dieu de la divine lumière dans la foi, mais elle demande aussi la jouissance de cette lumière dans la vision béatifique. L’éclat lumineux des anges et l’illumination de l’église ne sont qu’une faible image de la splendeur de la divinité que nous contemplerons au ciel. — La prière liturgique s’est élevée de la nuit de l’Avent (Kyrie) jusqu’aux plus hautes lumières du ciel. Maintenant, dans l’Epître, l’Apôtre des nations s’adresse à nous. Il a connu la nuit de l’Avent et la lumière de Noël autant que personne au monde. C’est le don de Dieu fait homme, le Sauveur lui-même, qui lui apparut sur le chemin de Damas. Depuis ce jour, il n’y a plus de nuit dans son âme mais la claire lumière. La lumière demande une vie de lumière et c’est ce qu’il nous recommande. L’Epître et l’Évangile nous parlent de l’humanité du Christ. Intercalé entre les deux, le Graduel chante de nouveau le Fils éternel de Dieu. La nuit avant le lever de l’étoile du matin est l’image de l’éternité. Nous sommes dans “ la lumière du sanctuaire ”, environnés des ombres de la nuit. Voici maintenant le point culminant de l’avant-messe, le merveilleux Évangile de la nuit sainte : la naissance du Seigneur. Les bergers font la garde de nuit (nous aussi ; tout l’Office est en réalité une garde de nuit, une vigile). La clarté céleste les environne, elle nous environne, nous aussi, au moment de l’apparition de l’ange. L’Offertoire nous est déjà connu par les Matines, c’est un écho de l’Évangile. Les anges du ciel entourent la crèche et se réjouissent, mais la terre elle-même encore plongée dans l’obscurité tressaille de joie. C’est dans ces sentiments que nous nous approchons de l’autel : donnons joyeusement en cette fête où nous recevons le don de Dieu. La secrète nous parle d’un merveilleux échange ; Dieu s’est fait Homme pour que l’homme devienne semblable à Dieu. Puis le mystère de la fête se réalise dans le sacrifice. Le Christ naît de nouveau pour nous et en lui nous renaissons. A la table du Seigneur, nous entendons chanter l’éternelle naissance du divin Pontife et notre propre renaissance (Psaume 109, Communion).

d) La triple nuit de la naissance. Les grands actes de l’histoire du monde et de l’humanité s’accomplissent d’ordinaire en jour et le monde en fête aussi le souvenir en plein jour. L’Église, par contre, a préféré, dès le début, le silence solennel de la nuit et, dans l’antiquité, elle a célébré toutes ses fêtes pendant la nuit. En agissant ainsi elle se rappelait les saintes prières de son divin Fondateur qui se prolongeaient pendant toute la nuit. La nuit était aussi le symbole de son éloignement du monde et de son ardent désir de la Parousie. Et c’est pourquoi, aujourd’hui encore, elle fait, de sa plus longue prière, une prière nocturne. Ce sont les Matines. Elle sait aussi que les plus grands événements de la Rédemption se sont accomplis dans l’obscurité de la nuit, loin des regards du monde. Et même la figure de la Rédemption : la délivrance de la servitude d’Égypte, la mort des premiers-nés, l’immolation et la manducation de l’agneau pascal, était déjà une vraie nuit sainte. Le Christ, Notre Seigneur, a institué son sacrement d’amour, l’Eucharistie, le soir, c’est-à-dire déjà dans la nuit. Sans doute, il est mort pendant le jour, sur le Golgotha ; mais le soleil s’obscurcit, ce fut la nuit pendant le jour. C’est avant l’aurore du matin de Pâques, alors qu’il était nuit encore, qu’il ressuscita. Quand il vint au monde, il ne choisit pas la clarté du jour, mais la nuit. La liturgie le dit d’une manière très belle : “ Pendant que le silence enveloppait la terre et que la nuit était au milieu de son cours, ta “ Parole ” toute-puissante, Seigneur, est descendue du ciel, du trône royal. ” Quand les chrétiens devinrent plus tièdes, l’Église romaine abandonna l’office de nuit, qui consistait dans la vigile, et passa à l’Office de jour. Même la vigile des vigiles, la nuit de Pâques, n’est plus célébrée actuellement. Mais il nous est resté une nuit sainte, avec tout son charme : c’est cette nuit que nous appelons la nuit de Noël, la nuit de la naissance du Sauveur. Et si cette nuit impressionne si fortement les hommes qui ne connaissent le christianisme que par l’extérieur, que ne doit-elle pas être pour nous, chrétiens, qui pouvons retrouver les pensées et les sentiments de l’Église dans sa liturgie ! Les matines ont rempli la nuit de chants sacrés. Nous avons entendu les prophéties et assisté à leur accomplissement ; nous avons écouté les paroles des quatre Pères de l’Église les plus illustres, qui nous ont expliqué la grandeur de cette nuit. Et maintenant nous sommes sur le point de réaliser en nous tout ce qui a été annoncé dans l’office de la parole de Dieu. La messe nocturne d’aujourd’hui nous parle d’une triple naissance, disons d’une triple naissance nocturne.

1. La première nuit. — L’Église nous conduit dans l’éternité, dans la nuit, avant que se levât “ l’étoile du matin ”. Dans cette nuit de l’éternité, la seconde Personne divine procède substantiellement du sein du Père. “ Dieu de Dieu, lumière de lumière, vrai Dieu de vrai Dieu. ” La petite intelligence humaine reste stupéfaite devant ce mystère insondable : le Fils de Dieu né du Père avant tous les temps. Et pourtant cette éternité s’approche maintenant mystérieusement de nous, car, dans la sainte Eucharistie, ce Fils éternel est tout près de nous, l’éternité entre dans notre temps. Oui, dans cette nuit, nous sommes remplis d’un saisissement sacré en face de cette nuit éternelle de la naissance du Fils de Dieu.

2. Cependant le souvenir de cette nuit éternelle n’est que le prélude de cette seconde nuit de naissance qui se passa dans le temps et que nous célébrons. Notre sainte Mère l’Église nous prend par la main et nous conduit dans l’étable de Bethléem ; elle nous montre, au milieu de la nuit, le petit Enfant nouveau-né, qui est en même temps le Roi de la paix ; elle nous montre la Vierge-Mère dans son bonheur maternel. Mais maintenant, à la messe, il y a plus qu’un souvenir et une image de cette sainte nuit de naissance. Le mystère de la messe de minuit c’est que ce Roi, ce Fils de Dieu éternellement engendré, paraît aujourd’hui devant nous comme nouveau-né ; bien plus, choisit notre cœur pour crèche et nous permet de participer aux joies maternelles de Marie.

3. Mais où se trouve la troisième nuit de naissance ? La première était la naissance dans la nuit de l’éternité ; la seconde, la naissance temporelle à Bethléem ; tolites les deux rendues présentes. La troisième naissance est notre renaissance. Chrétiens, cela est si émouvant ! Le Christ s’est fait Homme pour faire de nous ses frères et ses sœurs, afin que nous devenions avec lui des enfants de Dieu, des régénérés. Aujourd’hui c’est la nuit de notre renaissance. Pâques est notre nuit baptismale. Mais, tous les ans, à Noël, l’Église voit se lever de nouveau notre nuit de naissance spirituelle. Nous sommes redevenus de nouveau des enfants de Dieu, après avoir crié vers le ciel, pendant quatre semaines, comme des non rachetés : “ Cieux répandez votre rosée, faites pleuvoir le Juste. ” Aujourd’hui, à la Communion, quand notre cœur est devenu ta crèche, l’Église ne pense pas seulement au Christ quand elle dit : “ Dans les splendeurs de ma sainteté. je t’ai engendré avant l’étoile du matin ” ; elle pense aussi à nous et fait entendre à chacun : Dans la nuit de l’éternité, tu as été choisi par le Père ; dans la sainte nuit de la naissance du Christ, tu avais place dans le Cœur du Fils de Dieu nouveau-né qui faisait de toi son frère ou sa sœur ; et maintenant le Père te presse de nouveau sur son sein en te disant : Avec mon Fils qui est né dans l’étable, tu es devenu mon enfant bien-aimé. Tu célèbres, avec le Christ, ta nuit de naissance, une vraie nuit sainte.

e) Les Laudes. La première prière du matin qui suit maintenant immédiatement la messe de minuit est, à proprement parler, une préparation à la seconde messe, “ la messe de l’aurore ”. Les Laudes et la messe se complètent, la messe est une louange eucharistique, c’est pourquoi nous chantons comme psaume principal le psaume 92. Les antiennes des Laudes nous racontent dans un dialogue dramatique l’histoire des bergers pendant la nuit sainte.

f) La messe de l’aurore ou messe des bergers (Lux fulgebit) : “ L’aurore ” indique le temps mais aussi le symbole de la seconde messe. Les deux pensées principales de la messe sont le lever du soleil de Noël et J’événement historique des premières heures du matin (les bergers à la Crèche). A l’Introït, nous contemplons avec étonnement, au lever du soleil, le Roi du monde -qui vient de naître (le psaume 92 convient tout à fait ici : à l’arrière-plan, Dieu nous apparaît mettant un frein à la fureur des flots). L’Oraison est une magnifique prière de lumière. “ Environnés des flots de la nouvelle lumière du Verbe incarné ”, nous demandons la lumière dans la foi et dans les œuvres. L’Épître complète l’oraison. Le bon Sauveur, le Dieu fait homme, est la lumière qui nous a été communiquée au Baptême. Au Graduel, nous louons ce divin Sauveur “ qui est venu, qui brille devant nous et qui est admirable à nos yeux ”, lui le Maître de tout. Puis à l’Évangile, nous suivons, pleins de joie, les bergers dans l’étable. A l’Offrande, nous sommes nous-mêmes les bergers qui nous approchons du Roi nouveau-né que nous sommes admis à contempler. Avec les bergers, nous lui offrons nos présents (ce n’est pas en vain que, dans les représentations des bergers, on les montre les mains chargées de présents) et nous nous retirons le cœur rempli de la joie de Dieu. L’antienne de la Communion nous montre le Roi nouveau-né faisant son entrée dans son Église, dans l’âme. L’attente de l’Avent est remplie : “ Tressaille de joie, fille de Sion, jubile, fille de Jérusalem, voici que ton Roi vient, le Saint, le Sauveur du monde. ” Cette messe est toute remplie de cette pensée de la lumière et c’est une des plus belles de l’année liturgique.

2. L’Office solennel. — a) La troisième messe (Puer natus est). La messe “ du jour ” est la messe proprement dite de la fête. L’église de Station était primitivement et est encore, conformément à l’idée de la messe, l’église des Gentils, Saint-Pierre de Rome. Cette église est pour les Romains le symbole de la domination du Christ sur le monde païen. Telle est aussi la pensée dominante de la messe : la royauté universelle du Christ.

A l’Introït, nous chantons le petit Enfant dans sa crèche comme l’Imperator (au sens de la Rome antique) du monde, celui “ sur les épaules duquel repose la souveraineté ”. Au psaume 97 que nous avons déjà rencontré aux Matines, nous chantons : “ Le Seigneur a manifesté son salut, devant les yeux des Gentils, il a dévoilé sa justice. ” “ Toutes les régions de la terre voient maintenant le salut de notre Dieu. ” Dans l’Oraison, nous demandons que “ la nouvelle naissance ” nous fasse secouer “ l’antique joug du péché” et nous donne la liberté. Epître s’adapte merveilleusement à la pensée principale. Devant nos yeux apparaît l’image du souverain de l’univers : “ Dieu l’a établi héritier et Seigneur du monde qu’il a créé par lui. Comme splendeur de la gloire du Père et image de sa divine essence, le Fils porte et soutient l’univers par sa parole toute-puissante... maintenant il siège dans le ciel, à la droite de la majesté divine. Le Père dit à son Fils : ton trône, ô Dieu, est établi d’éternité en éternité, un sceptre d’équité est le sceptre de ta royauté... ” L’Alleluia est un prélude à l’Évangile de lumière, c’est un chant de lumière : le jour sacré a brillé. Le soleil, le symbole du Sauveur du monde, est, au ciel, dans tout son éclat. Nous entendons alors l’Évangile. Quel n’est pas alors l’effet du Prologue de saint Jean ! Le Logos est la divine lumière qui brille dans les ténèbres du monde, mais le monde ne la comprend pas. Mais pour nous, les enfants de Dieu, elle brille aujourd’hui ; bien plus, elle établit aujourd’hui sa demeure parmi nous. L’Offertoire développe le thème de la souveraineté universelle du Christ : “ A toi est le ciel, à toi est la terre..., le droit et la justice sont les soutiens de ton trône. ” Quand maintenant, à l’Offrande, nous nous approchons de l’autel, nous venons devant son trône et nous chantons la puissance du grand Roi. A la Communion, nous chantons une fois encore le psaume de l’Introït (psaume 97) : “ Toutes les régions de la terre voient maintenant (dans l’Eucharistie) le salut de notre Dieu. ” Dans la Postcommunion, après avoir rappelé l’un des objets importants de la fête : “ Le Sauveur du monde qui vient de naître est l’auteur de notre naissance divine ”, nous appuyons sur cette considération notre demande : qu’il nous accorde aussi l’immortalité. Le dernier Évangile est déjà une transition avec l’Épiphanie. Nous avons ainsi dans les trois messes un développement progressif de la pensée de Noël :

La nuit — l’aurore — le soleil de midi

Marie seule — les bergers (quelques privilégiés) — le monde entier

Le Rédempteur — notre Rédempteur — le Rédempteur du monde.

b) les Vêpres sont les derniers échos de la fête. Ces secondes Vêpres de Noël prêtent leur psalmodie à toute l’Octave. Quelles en sont les pensées dominantes ? J’en trouve deux.

a). La personne du Christ. – “ Engendré du sein du Père avant l’étoile du matin ”, “ la lumière qui s’est levée dans les ténèbres ”, “ le Seigneur miséricordieux et juste ”. La promesse faite à David que son descendant occuperait son trône royal s’est accomplie dans le Christ (psaume 131 ; c’est pour la même raison qu’on trouve le psaume 88 à Matines).

h). La Rédemption. — Noël est la fête de la Rédemption : “ Il a envoyé la Rédemption à son peuple, il a conclu avec lui une alliance éternelle. ” Ce qui nous surprend le plus dans ces Vêpres, c’est le sombre psaume “ De profundis ”. Nous avons coutume de le chanter à l’Office des morts et il faut en faire aujourd’hui un psaume de fête et de joie ? La raison de son choix est la pensée de l’“ abondante Rédemption”. Cependant il faut nous efforcer de voir son rapport organique avec la fête. La prière chorale est la prière du Christ mystique. Le Christ crie des profondeurs de l’humiliation où il est descendu “ à cause de nous, les hommes ” ; petit Enfant, il crie de sa Crèche, il crie du sein de la misère humaine, au nom de l’humanité qui a besoin d’être rachetée : Des profondeurs, je crie vers toi, Seigneur ”. On s’en rend compte alors : le Roi a revêtu ses haillons. La belle antienne de Magnificat résume toute la fête : “ Aujourd’hui le Christ est né, aujourd’hui le Sauveur est apparu ; aujourd’hui les anges chantent sur la terre, les archanges tressaillent ; aujourd’hui les justes exultent et chantent : Gloire à Dieu dans les hauteurs, Alleluia. ”

3. Saints du jour. — Sainte Anastasie. A la seconde messe, on fait mémoire de cette Rainte. On lit dans le martyrologe : “ Jour de mort de sainte Anastasie. Elle vécut au temps de l’empereur Dioclétien. Elle eut à souffrir de la part de son mari Publius des traitements durs et cruels, mais elle fut maintes fois consolée et encouragée par le confesseur du Christ Chrysogone. Plus tard elle fut emprisonnée longtemps par le légat d’Illyrie Florus. Enfin on lui lia les mains et les pieds et on l’attacha à un poteau autour duquel on alluma du feu. Elle mourut ainsi de la mort du martyre. Cela se passait dans l’île Palmaria. ”

Martyrs de Noël. — “ A Nicomédie (Asie Mineure), mémoire de la mort de plusieurs milliers de martyrs. Ils s’étaient rassemblés, le jour de la Nativité de Notre Seigneur, pour célébrer la sainte Eucharistie. Alors l’empereur Dioclétien fit fermer les portes de la maison de Dieu et entasser tout autour des matières inflammables. Devant l’entrée on plaça un trépied avec un brûle-parfums et le héraut fut chargé d’annoncer : “ Ceux qui veulent échapper à la mort par le feu doivent sortir et brûler de l’encens devant Jupiter. ” Mais tous, d’une seule voix, répondirent qu’ils aimaient mieux mourir pour Jésus-Christ ; alors on alluma le feu qui devait les faire mourir. Ils eurent ainsi le bonheur de naître à la gloire du ciel le jour même où le Christ avait daigné naître comme Sauveur sur la Terre ” (Martyrologe).

LE CORTÈGE DU DIVIN ROI

Comment ces trois fêtes viennent-elles, dans la liturgie, immédiatement après Noël ? L’histoire de la liturgie nous donne une réponse insuffisante : Ces fêtes sont, en partie, plus anciennes que celle de Noël et n’avaient primitivement aucun rapport avec elle. Mais pour nous, ce qu’il faut considérer c’est l’ordre actuel des fêtes, et aujourd’hui, ces trois fêtes sont en relation étroite avec Noël. Saint Bernard nous enseigne qu’un représentant de chacune des trois classes de sainteté rend hommage au Roi nouveau-né : un martyr en désir et en fait (saint Étienne). Un martyr en désir seulement (saint Jean) et des martyrs en fait seulement (les Saints Innocents). Mais cette explication médiévale est trop recherchée. Comment a bien pu penser la liturgie à sa période classique ? Dans les saints, l’Eglise se représente elle-même. L’idéal de perfection, qu’elle incarne au plus haut degré, est atteint par un petit groupe de saints. Or, quel est l’idéal de sainteté du christianisme antique ? L’Église voulait aller au-devant du Seigneur, à son retour, avec la palme du martyre et le blanc vêtement de la virginité. Tel est le sens des trois fêtes qui accompagnent Noël.

L’Église se revêt et nous revêt du vêtement qui lui paraît le plus magnifique pour recevoir le Roi. C’est le vêtement que décrit l’Apocalypse : “ vêtus de vêtements blancs avec des palmes dans leurs mains ”. Ainsi le premier jour nous allons au-devant du Seigneur comme martyrs, le second jour comme vierges et le troisième jour comme martyrs et vierges. Le jour de Noël, l’Agneau est apparu sur la montagne mystique de Sion, et l’Église, les trois jours qui suivent, réunit autour de lui son escorte lumineuse la plus intime : “ Ils chantent un cantique nouveau devant le trône... ” C’est le mystère de la messe de Noël qui se développe pendant ces quatre jours.

Nous comprenons maintenant ces trois fêtes et nous pouvons les célébrer d’une manière plus fructueuse. Tous, pauvres et pécheurs que nous sommes, nous pouvons, en union avec l’Église, saluer le Roi au même titre que saint Étienne, saint Jean et les Saints Innocents. Bien plus, nous pouvons entrer dans la troupe lumineuse des 44 mille “ qui suivent l’Agneau partout où il va ”.

26 DÉCEMBRE

Saint Étienne, premier martyr (double de 2ème cl.)

STATION A SAINT ÉTIENNE SUR LE CŒLIUS

Dans le sang du saint lévite Étienne “ l’Église offre les prémices du martyre ” au Roi des martyrs.

La fête peut être considérée d’un double point de vue : en soi et dans ses relations avec la fête de Noël. A la messe, la fête est tout à fait indépendante, il n’est pas question de Noël. Il est vrai que, dans la pensée de l’Église, cette relation, que la prière des Heures marque expressément, n’est jamais oubliée.

1. Saint Étienne et Noël. — Dès l’invitatoire de Matines, l’Église marque cette relation. “ Le Christ nouveau-né, qui en ce jour a couronné saint Étienne, venez, adorons-le. ” Rien ne marque mieux cette relation que le panégyrique de saint Fulgence que nous lisons aujourd’hui au bréviaire :

Hier nous fêtions la Nativité de notre Roi éternel dans cette vie temporelle. Aujourd’hui nous célébrons solennellement le souvenir des glorieuses souffrance ! ; d’un soldat. Hier notre Roi se voilait dans les vêtements pourpre de la chair, sortait du palais du sein virginal et visitait le monde dans sa grâce. Aujourd’hui un soldat quitte la tente du corps et s’avance en triomphateur vers le ciel. Celui-ci se ceignit de la ceinture d’esclave de la chair et entra pour combattre sur le champ de bataille de ce monde : celui-là dépose la dépouille corruptible de son corps et monte pour régner éternellement dans le palais des cieux. Celui-ci descend recouvert de la chair, celui-là monte couronné de sang. Celui-là monte, après avoir été lapidé par les Juifs, parce que celui-ci est descendu, acclamé par les anges ; aujourd’hui les anges ont reçu avec joie saint Étienne dans leurs rangs. Hier le Seigneur est sorti du sein de la Vierge, aujourd’hui ce soldat est sorti de la prison du corps ; hier le Christ était pour nous enveloppé de langes, aujourd’hui Étienne est par lui revêtu du vêtement de l’immortalité. Hier l’étroitesse de la Crèche enfermait le Sauveur, aujourd’hui l’immensité du ciel reçoit saint Étienne triomphant. Le Seigneur es’, descendu seul pour en relever plusieurs, notre Roi s’est abaissé pour exalter ses soldats. Cependant, mes frères, nous devons reconnaître avec quelles armes Étienne a vaincu la rage des Juifs pour être jugé digne d’un si magnifique triomphe. Pour conquérir la couronne de son nom, Étienne combattit avec les armes de l’amour et il remporta partout la victoire. En vertu de l’amour de Dieu, il ne fut pas vaincu par les Juifs en furie ; en vertu de son amour pour le prochain, il pria pour ceux qui le lapidaient. Par l’amour il exhorta les égarés à se convertir, par l’amour il pria pour ceux qui le lapidaient, afin qu’ils ne soient pas punis. Appuyé sur la puissance de l’amour, il triompha de la rage cruelle de Saul et celui qui sur la terre fut son persécuteur est au ciel son compagnon. ”

2. La fête en elle-même. — a) La Sainte Écriture nous raconte d’une façon saisissante le martyre de notre héros : “ Les Juifs en entendant cela (son discours de défense) se laissèrent aller à la fureur et grincèrent des dents contre lui. Mais Étienne, rempli de l’Esprit-Saint, leva les yeux au ciel et, voyant la gloire de Dieu et Jésus debout à la droite de Dieu, il dit : Je vois les cieux ouverts et le Fils de l’Homme assis à la droite de Dieu. Alors les Juifs poussèrent de grands cris, ils se bouchèrent les oreilles et se précipitèrent tous ensemble sur lui. Ensuite ils le traînèrent hors la ville et le lapidèrent. Or les témoins déposèrent leurs vêtements aux pieds d’un jeune homme nommé Saul. Tandis qu’on lapidait Étienne il priait et disait : Seigneur Jésus, recevez mon esprit. Étant alors tombé à genoux il cria à haute voix : “ Seigneur ne leur imputez pas ce péché. ” A ces mots, il s’endormit dans le Seigneur.

b) La messe (Sederunt principes) : Nous admirons la vivacité dramatique avec laquelle l’Église place le saint au milieu de nous. Nous assistons positivement à son martyre. Bien plus, l’Église nous unit à lui, nous prenons part à ses souffrances et à sa gloire. Nous pouvons, dans ce drame, distinguer trois phases : la souffrance — l’abandon — l’union au Christ. L’avant-messe nous fait partager la détresse de saint Étienne. Nous nous tenons avec lui devant le Sanhédrin, nous venons, nous aussi, du monde rempli de tentations et de combats. Ainsi nous pouvons, nous aussi, réciter du fond du cœur la prière de l’Introït et du Graduel : “ Les impies me poursuivent, viens à mon secours, ô Seigneur, car ton serviteur veut garder tes commandements ”. A l’Offertoire, nous déposons sur l’autel, avec saint Étienne, les peines de la vie et nous prions avec lui : “ Seigneur Jésus, recevez mon âme. ” Saint. Étienne nous apprend le sacrifice. Or nous avons une digne victime, le Christ. Le Christ, Étienne et moi, voilà un sacrifice magnifique et complet. A la Communion, nous gravissons le troisième degré. Quel était le but de saint Étienne ? Il fut couronné comme son nom l’indique, il obtint la gloire éternelle. C’est aussi le but du Saint-Sacrifice. La sainte Communion nous unit avec le Christ et prépare la gloire éternelle. Chaque fête de saint nous facilite la rencontre avec Dieu et le contact avec lui. Le saint est un pont qui nous mène à Dieu. Cette messe nous montre, d’une manière exemplaire, comment nous pouvons, au Saint-Sacrifice, accomplir notre ascension spirituelle.

c) La prière des Heures. Le bréviaire nous paraît aujourd’hui un peu âpre. Après un jour de fête rempli de la plus haute poésie et des émotions les plus fortes, le commun des martyrs nous semble trop simple. Mais justement, ce style lapidaire, aux lignes sobres, est dans l’esprit de la liturgie romaine classique. Nous remarquons aujourd’hui que, dans cet office, il, est question à tout moment de “ couronne ”, de couronnement ”, et nous songeons qu’Étienne veut dire le couronné. Les antiennes de Laudes sont d’une grande beauté. “ Avec joie il supporta les pierres, il est suivi de toutes les âmes justes. ” Ensuite nous récitons avec Étienne le beau psaume 62 : “ Mon âme s’attache à toi car mon corps a été lapidé pour toi, mon Dieu. ”

27 DÉCEMBRE

Saint Jean, Apôtre et Évangéliste (double de 2ème classe)

STATION A SAINTE MARIE MAJEURE

C’est ce Jean qui, à la dernière Cène, reposa sur la poitrine du Seigneur, heureux l’Apôtre auquel les secrets célestes ont été révélés” (Ant. Magn. et Ben.).

1. Saint Jean. — C’est le virginal ami du Christ qui, à la dernière Cène, reposa sur la poitrine de son Maître et y puisa l’amour et la connaissance des plus sublimes mystères, ce qui lui valut une place si brillante dans l’Église ! Au pied de la Croix, il reçut, comme legs précieux de son Maître, sa virginale Mère. Il a donné à l’Église son merveilleux évangile, dans lequel, semblable à l’aigle (son symbole), il s’élève jusqu’aux hauteurs sublimes de la divinité. Combien précieux sont, par exemple, les discours d’adieu du Seigneur à la dernière Cène ! Il nous a laissé le seul livre prophétique du Nouveau Testament, l’Apocalypse, le livre du Jugement dernier. Nous y voyons, dans des images impressionnantes, une série nettement déterminée de châtiments successifs que Dieu fait tomber sur le monde. Ces châtiments avec la catastrophe finale s’unissent pour former une grandiose image du jugement de Dieu. Jean est le seul Apôtre qui soit mort de mort naturelle. Il fut cependant martyr par la volonté et la profession de foi. A la fin de sa vie (vers l’an 100 après J.-C.), il fut jeté dans l’huile bouillante (cf. 6 mai) et “°but le calice du Seigneur ”.

Comme le saint évangéliste qui vivait à Éphèse, dans son âge très avancé, était porté à l’église par ses disciples et ne pouvait plus faire de longs discours, il avait coutume, dans les réunions, de répéter toujours les paroles suivantes : Mes petits enfants, aimez-vous les uns les autres. Enfin, les disciples et les frères qui étaient présents, ennuyés de l’entendre toujours répéter le même discours, lui dirent : Maître, pourquoi répètes-tu toujours la même chose ? Alors il leur fit la réponse suivante, bien digne de saint Jean : “ parce que c’est le précepte du Seigneur et si vous observez seulement cela, cela suffit. ” “ Soixante-huit ans après la Passion de son Maître, il mourut dans un âge avancé. Dans le voisinage de la ville qu’on vient de nommer il trouva son dernier repos ” (Martyrologe).

2. L’Office, d’une beauté et d’une délicatesse extrêmes, respire l’amour et l’innocence. Les répons de la fête chantent les divers aspects de la personnalité

de saint Jean : le bien-aimé du Seigneur, l’Évangéliste, l’auteur de l’Apocalypse, l’apôtre virginal, le docteur de l’Église, l’Apôtre reposant sur la poitrine du Seigneur. Dans les leçons :

Jésus aimait ce disciple, car le privilège spécial de la virginité le rendait digne d’un plus haut amour.

Dans l’innocence virginale, il fut choisi comme disciple par le Seigneur et il garda cette innocence jusqu’à la mort

Suspendu à la croix, proche de la mort, le Seigneur lui confia sa Mère, sa Mère Vierge au disciple vierge ” (Rép.).

Vénérable est saint Jean qui pendant la Cène reposa sur la poitrine du Seigneur,

A lui, sur la Croix, le Christ a confié sa Mère, sa Mère vierge au disciple vierge.

Lui, le disciple vierge, le Seigneur l’a choisi et l’a aimé de préférence à tous les autres disciples. ” (Rép.).

Dans les leçons du premier Nocturne nous entendons le commencement de la première Épître de saint Jean, dans laquelle l’Apôtre bien-aimé nous laisse entrevoir son âme remplie d’amour (le commencement vaut pour l’ensemble). Dans le troisième Nocturne, saint Augustin voit dans les deux Apôtres Pierre et Jean les symboles de l’Église de la terre et de l’Église du ciel :

L’Église connaît une double vie qui lui est prêchée et recommandée par Dieu ; de ces deux vies, l’une est dans la foi, l’autre dans la contemplation ; l’une dans le temps de pèlerinage, l’autre dans l’éternité de la demeure ; l’une dans le travail, l’autre dans le repos ; l’une dans la voie, l’autre dans la patrie ; l’une dans l’occupation active, l’autre dans la récompense de la contemplation ; l’une se détourne du mal et fait le bien, l’autre n’a pas de mal dont elle doive se défendre, elle ne connaît qu’un grand bien pour en jouir ; l’une combat contre l’ennemi, l’autre règne sans ennemi... L’une est bonne, mais encore malheureuse, l’autre est meilleure et heureuse. La première est représentée par l’Apôtre Pierre, l’autre par Jean... ”.

3. La messe (In medio). — La liturgie de la messe est un peu âpre. Après la poésie de Noël et celle de la prière des Heures, nous désirerions plus de sentiments. Cependant, sous l’écorce amère, on découvre un noyau succulent, L’église de station est Sainte-Marie Majeure. Le choix de cette église se comprend, puisque saint Jean fut donné comme fils à la Sainte Vierge. Introït (qui est celui du commun des docteurs) convient en premier lieu à saint Jean. Par ses écrits, saint Jean est pour tous les temps le grand docteur de l’Église. Songeons seulement combien de fois saint Jean nous parle dans la liturgie. Ici encore, considérons la liturgie sous son aspect dramatique. En la personne du prêtre, saint Jean s’avance à travers le milieu de l’église, vers l’autel. L’Oraison prie aujourd’hui pour l’Église : “ Éclairée par la doctrine de notre saint, puisse-t-elle parvenir aux dons éternels. ” (C’est là une vraie oraison liturgique qui ne considère pas les particuliers, mais le grand ensemble, le corps mystique de Jésus-Christ). Il faut également entendre la leçon d’une manière plus profonde : la Mère honorable (la Sagesse) est de nouveau l’Église qui rencontre ses enfants, en ce moment, à la messe et les nourrit du pain de vie et de l’eau de la sagesse dans l’Eucharistie. (Nous sommes à Sainte-Marie Majeure. La Mère de Dieu rencontre son fils saint Jean. Marie est le symbole de l’Église et saint Jean le symbole des fidèles). La leçon nous fait mieux comprendre l’Introït. On y applique à tous les élèves de la Sagesse, c’est-à-dire aux disciples de l’Église, ce qui, dans l’Introït, a été dit de saint Jean. Nous voyons une fois de plus que saint Jean est notre symbole et notre modèle. L’Évangile aussi nous étonne un peu : nous aurions peut-être attendu un autre épisode de la vie de l’Apôtre. Cependant le Graduel et la Communion nous apprennent quelle pensée a dirigé la liturgie dans son choix, c’est la parole du Christ : “ Je veux qu’il reste ainsi jusqu’à ce que je revienne (donec venio). C’est le leitmotiv de la messe. Rappelons-nous que pendant tout l’Avent nous avons attendu le Roi “ à venir” et qu’à Noël nous avons chanté plein de joie : “ il est venu” (Off. I. Messe). En la personne du virginal saint Jean, l’Église va au-devant du Roi qui est venu. — Aujourd’hui, dans certaines régions, on bénit et on fait boire le vin de saint Jean : (“ Bois l’amour de saint Jean ”).

28 DÉCEMBRE

Les Saints Innocents (double de 2ème cl.)

STATION A SAINT PAUL

Dans leur robe d’innocence et avec la palme du martyre à la main, ils vont au-devant du Roi.

Après la fête du martyr et celle de l’Apôtre virginal, vient celle des Martyrs innocents. Dans la semaine, nous célébrons cette fête avec la couleur violette, sans Gloria et sans Alleluia. L’Église porte le deuil avec les mères qui ont perdu leurs enfants. Mais si la fête tombe un dimanche, l’Église prend la couleur rouge du Martyre, chante le Gloria, le Te Deum, l’Alleluia, car le deuil ne se concilie pas avec le dimanche.

La fête d’aujourd’hui a un double aspect. D’un côté elle représente le point culminant des trois fêtes adjointes. Le premier jour, nous allions au-devant du Roi dans la personne d’un martyr, le second jour, en la personne de l’Apôtre vierge :, le troisième jour, en la personne de ces enfants qui sont à la fois vierges et martyrs. D’un autre côté, la pensée de Noël et de la Rédemption se continue. Originairement, ce jour n’était pas une fête de saints, mais on commémorait la fuite en Égypte.

1. Ils suivent l’Agneau. — Si nous considérons les textes liturgiques et particulièrement les répons où se manifeste le plus clairement l’esprit de la fête, nous constaterons une idéalisation des Saints-Innocents. L’Église ne s’arrête pas à la figure historique des Saints-Innocents, mais elle voit en eux des images de ces figures sublimes des élus qui ont complètement réalisé son idéal, qui sont restés vierges et ont versé leur sang pour le Christ. C’est ce qui nous fait comprendre les nombreux passages tirés de l’Apocalypse (Leçon de la messe et chants). Dans ces enfants, il faut donc voir l’idéal de la chrétienté primitive : parés de la pourpre des martyrs avec le lis blanc de la virginité, ils ouvrent la marche des privilégiés qui formeront l’escorte d’honneur de l’Agneau. Ainsi cette fête nous donne des leçons pratiques, elle contribue à nous faire appliquer, dans notre vie, les pensées de Noël.

2. Pensées de Rédemption. — La piété nouvelle ne voit dans la fête de Noël que le petit Jésus dans sa Crèche et se préoccupe peu des pensées de Rédemption. Pourtant la Crèche et la Croix vont de pair. C’est pourquoi la liturgie, même dans la joyeuse fête de Noël, laisse entendre des accents de tristesse. Ce ne sont encore que de légers accents, le jour même, à Matines : “ Pourquoi les nations font-elles rage ? ” (Psaume 2) et à l’Évangile de la messe “ les ténèbres ne l’ont pas acceptée ”. Mais cet accent s’élargit les jours suivants, dans la fête de Saint-Étienne, dans celle des Saints-Innocents et le dimanche dans l’Octave. Considérons combien de fois, pendant ces trois jours, il est question de souffrance et de persécution. A la fête des Saints-Innocents, on complote déjà la mort du “Roi des Juifs qui vient de naître ”, les coups n’atteignent cependant que les Saints-Innocents. Dimanche, le vieillard Siméon prophétise au sujet de l’Enfant : “ Celui-ci a été établi... comme un signe de contradiction. ” la fête de la Circoncision, coule, pour la première fois, le sang rédempteur. Désormais le thème de la douleur apparaîtra toujours jusqu’à ce que toute cette douleur aboutisse à la mer de souffrance du Vendredi Saint. Ceci crée la transition avec le prochain cycle festival : le prince de la lumière entre en conflit de plus en plus irréductible avec le monde, il se prépare au combat. Sur la fête de Noël, la Croix projette déjà son ombre. L’Enfant de Bethléem vient pour monter sur la Croix, et pour nous faire prendre notre croix.

3. La messe (Ex ore infantium). — L’église de Station est Saint-Paul. Dans cette église, depuis les temps reculés, on honore les corps de cinq des Saints-Innocents. Ils reposent en un endroit honorable de l’église, sous l’abside, dans un sarcophage. A l’Introït, nous entendons le chant de louange des petits martyrs, auquel nous prenons pat nous aussi (Psaume 8). Pendant que Dieu ne recevait ni du monde ni même d’Israël l’honneur qui lui est dû, les petits martyrs lui offrirent, dans leurs berceaux, le plus bel hommage L’Oraison contient une pensée liturgique profonde :

Non par des paroles mais par leur mort ”. La liturgie consiste moins en paroles qu’en actes ou plutôt ce sont des paroles qui deviennent des actes. De même nous devons être chrétiens non en paroles mais en actes. Le principal c’est l’acte du sacrifice, les sentiments et les pensées ne suffisent pas. Le leçon nous met devant les yeux l’image du mystère, une représentation de l’Office divin du ciel : l’Agneau de Dieu comme tué repose sur l’autel et, autour de Lui, se tiennent les 144.000 âmes pures, les premiers-nés de Dieu. C’est la véritable image de la messe. En union avec cette troupe choisie, nous recevons aujourd’hui la Sainte Eucharistie. L’Evangile nous fait entendre un accent amer au milieu de la paix de Noël. C’est la réalisation de ce que nous avons entendu à la troisième messe :

Il est venu dans sa propriété et les siens ne l’ont pas reçu. ” Le Rédempteur doit s’enfuir en Égypte d’où il a jadis tiré son peuple. Tout le caractère tragique de la Rédemption, par rapport au peuple juif. apparaît dans cet épisode. Dans les autres chants, on nous montre les Saints-Innocents parlant du haut du ciel. Ils se réjouissent d’avoir, comme des petits oiseaux, échappé aux filets de l’oiseleur Hérode et de jouir de l’éternelle félicité. Il est plus difficile de comprendre tes sentiments de la Communion qui chante les “ pleurs et les gémissements ” de Rachel. Mais justement il faut voir là la vie dramatique de la liturgie qui, même dans le moment le plus solennel, continue son action

4. Les Heures de la fête. — Nous avons une belle homélie de saint Augustin aux Matines d’aujourd’hui : “ Mes très chers frères, nous célébrons le jour natal de ces petits enfants dont l’Évangile nous raconte qu’ils furent assassinés, victimes de la cruauté inouïe du roi Hérode. Que la terre se réjouisse donc et que l’Église tressaille, elle la Mère féconde de tant de soldats célestes et de si magnifiques vertus. Voyez, cet ennemi impie aurait été moins utile à ces petits enfants par les voluptés les plus raffinées qu’il ne l’a été par sa haine... Mais à bon droit nous célébrons la naissance de ces enfants que le monde a enfantés pour une vie éternellement heureuse plutôt que le sein de leur mère ne les a fait naître pour la terre ; car ils ont reçu la grâce de la vie éternelle avant d’avoir reçu l’usage de la vie présente. La mort précieuse des autres martyrs mérite une haute louange, à cause de la confession publique ; la mort de ces petits est précieuse aux yeux de Dieu à cause de l’accomplissement sitôt atteint. Car dès le premier commencement de leur vie ils sont moissonnés. La fin de la vie présente signifie pour eux le commencement de la gloire. Ainsi donc ces enfants que l’impiété d’Hérode arracha du sein de leur mère sont appelés avec raison les fleurs des martyrs, car ces premiers boutons que l’Église effeuillât, “ont été, en plein hiver, cueillis prématurément par le vent glacé de la persécution. ”

Salut, martyrs, Ô jeunes fleurs

Vous que cueillit, avant l’aurore,

Le glaive des persécuteurs,

Roses que l’ouragan dévore.

 

Prémices du Christ immortel,

Petits agneaux, tendres victimes,

Vous jouez au pied de l’autel

Avec vos couronnes sublimes.

(Hymne).

Les enfants innocents ont été mis à mort à cause de Jésus-Christ, des enfants à la mamelle ont été immolés par un roi barbare, maintenant ils suivent l’Agneau sans tache et ils disent sans cesse : gloire à toi, Seigneur ”. (Ant. Magn. II).

DIMANCHE

Index

DANS L’OCTAVE DE NOEL

(Semi double)

Le Roi jette un regard vers la Croix

Ce dimanche n’est réellement célébré que lorsque l’une des trois fêtes qui suivent Noël ne tombe pas m ces jours-là Dans ce cas, on célèbre la fête et le dimanche est renvoyé à un jour libre de la semaine.

La messe du dimanche constitue un progrès dans l’évolution de la fête de Noël. On peut caractériser brièvement ce progrès en ces mots : de la Crèche à la Croix.

1. La messe (Dum medium). — Dans cette messe particulièrement impressionnante on peut distinguer trois thèmes : 1. Noël, 2. la Passion, 3. Pâques. L’Introït nous transporte de nouveau à la nuit sainte. Nous voyons le divin Enfant dans sa crèche, mais nous voyons aussi le Roi du ciel descendre de son trône. Le psaume de résurrection, le psaume 92, retentit à travers toute la messe (nous l’avons déjà rencontré à Laudes). Il nous dit qui est l’Enfant de Bethléem et de la Crèche. C’est le Roi du monde revêtu des insignes du Créateur, mais c’est aussi le vainqueur du déluge de l’enfer, le Sauveur. Considérons le symbolisme de l’entrée du prêtre. L’évêque, dans ses habits pontificaux, ou le prêtre célébrant, est aujourd’hui l’image du Roi qui vient sur la terre. L’Oraison est d’un sens tout pratique, elle demande que nous soyons ; riches en bonnes œuvres. L’Épître fait la liaison entre Noël et Pâques : c’est là surtout que se : trouve la signification profonde de la messe : “ Dieu a envoyé son Fils né de la femme..., afin qu’il nous rachète et que nous devenions enfants d’adoption. ” Nous sommes de libres enfants de Dieu ; tout le bonheur pascal est devant nos regards ; dans le Fils de Dieu qui vient de naître nous avons été fait enfants et héritiers de Dieu. Les chants intermédiaires (Grad. Allél.) nous montrent encore le charmant diptyque : le Saint-Enfant — le Roi vainqueur ; Noël et Pâques. L’Évangile nous surprend. Il nous transporte quarante jours après la naissance, dans le temple de Jérusalem, et nous sommes témoins d’une scène saisissante. La Vierge tient l’Enfant Jésus dans ses bras, le vieillard Siméon prédit à l’Enfant et à sa Mère la Croix et la souffrance : “ Celui-ci a été établi pour la chute et la résurrection de plusieurs... et pour un signe de contradiction. Ton âme sera percée d’un glaive… ” Ces paroles ont un accent aigu dans la joie de Noël. Le petit Enfant sera bientôt l’Homme de douleurs, l’heureuse Vierge sa Mère, presque une enfant elle aussi, sera la Mère de douleurs. Le divin héros sera vainqueur des éléments déchaînés, mais comme un nouveau Samson, il sera enseveli sous les ruines de l’édifice qu’il aura renversé. A l’Offertoire, nous reconnaissons de nouveau que la Crèche et le Trône sont notre autel, sur lequel nous attendons, au Saint-Sacrifice, l’Enfant divin, le Roi et le Crucifié. L’Antienne de la Communion (et cela nous montre que cette messe appartient au dimanche après la Circoncision) nous conduit au terme de la petite enfance du Seigneur. C’est un rappel, de l’exil, dans la patrie — pour Jésus et pour nous. Nous pouvons résumer ainsi cette messe impressionnante : Crèche, Croix, Autel.

2. L’Introït.

Pendant que le silence enveloppait la terre

Et que la nuit tenait le milieu de son cours,

Ton Verbe tout-puissant voulut descendre, Ô Père,

De son trône royal et partager nos jours.

Ce chant merveilleux nous fait demeurer un instant : plongés dans une sainte méditation, au pied de la Crèche. Un véritable Introït doit nous mettre dans l’esprit du jour, il doit être comme une goutte de rosée qui, dès notre réveil, tombe sur notre âme, il doit être la première parole du matin et résonner tout le jour comme la voix lointaine d’une cloche. C’est le cas de l’Introït d’aujourd’hui. Nous nous tenons dans la nuit sainte au pied de la Crèche. Tous les bruits se sont tus, on dirait que l’humanité retient son souffle. Alors nous voyons le Fils de Dieu descendre de son trône. Ce n’est pas le petit Enfant que nous voyons, mais le “ Verbe tout Puissant ” descendant de son trône, changeant son trône avec la Crèche.

Pendant que le silence enveloppait la terre. ” C’est dans le silence solennel qu’on approche de Dieu. Dans la bruyante Jérusalem, dans le palais sonore d’Hérode, le berceau d’or reste vide ; dans le silence de la paisible Bethléem, au milieu de Marie et de Joseph silencieux, Dieu descend. Le silence est la clôture de notre âme. Pour que Dieu vienne dans notre cœur, il faut qu’un profond silence enveloppe ce cœur. Silence dans notre intelligence rebelle, silence soumis dans notre volonté, silence dans le monde de nos passions. “ Et que la nuit tenait le milieu de son cours. ” Il était minuit quand le Fils de Dieu descendit sur la terre. Dieu ne fait rien au hasard. Dieu vient volontiers dans le silence de la nuit. Les grands événements du salut se sont accomplis dans l’obscurité. Déjà la délivrance des Juifs de la servitude de l’Égypte, symbole de notre délivrance par le Christ, s’accomplit pendant la nuit ; l’institution de l’Eucharistie se fit dans l’obscurité de la nuit ; sans doute le Christ mourut sur la Croix en plein jour, mais le soleil s’obscurcit. Les premiers chrétiens employèrent précisément la nuit pour vaquer à la Prière et à la célébration des saints mystères. Le silence et la nuit sont donc le manteau sombre dont Dieu aime à se revêtir pour venir à nous par la grâce. C’est aussi dans le silence d’une nuit sombre que le “ Verbe ” du Père, la seconde Personne de la Sainte Trinité, descendit de son trône royal semé d’étoiles sur notre pauvre terre.

Le Christ voulait gravir d’autres trônes. Je compte six trônes. L’Introït nous parle du premier de ces trônes. Sur ce trône, le seconde Personne de la Sainte Trinité est assise de toute éternité ; sur ce trône, elle prend part à la Création et au gouvernement du monde ; c’est là que fut décidée l’œuvre de la Rédemption. Le second trône fut la pauvre Crèche. La paille nue, les langes misérables, le vent glacial sont les premiers messagers que l’humanité envoya au Sauveur pour le recevoir. Pourtant il veut échanger ce trône avec un autre plus dur encore, la Croix. Dans l’Évangile du jour, le vieillard Siméon nous fait entrevoir ce trône “ celui-ci est établi pour être un signe de contradiction. ” Ce trône, le Christ l’a ardemment désiré, car c’est de “ trône qu’il veut tout tirer à lui. Le quatrième trône est le trône du ciel sur lequel il prend place avec son humanité sainte, en récompense de son dur labeur ode Rédemption. Sur la terre il a encore un trône précieux, c’est l’autel. Il y descend à chaque messe. Il trouve ses délices à demeurer parmi les enfants des hommes. C’est œ trône que chante aussi l’Offertoire d’aujourd’hui ; c’est de ce trône qu’il répand ses grâces. Le sixième trône est notre cœur. Que serviraient le trône de la Crèche et le trône de la Croix, si le Christ ne -pouvait régner dans notre cœur ? C’est pour cela qu’il se voile dans le mystère de l’Eucharistie, c’est pour cela qu’il veut être notre nourriture. Veillons à ce que ce trône soit toujours prêt pour le recevoir. Puisse le chant de l’Offertoire s’appliquer toujours à nous : “ Préparé est ton trône, Seigneur ! ”

29 DÉCEMBRE

Saint Thomas de Cantorbéry, évêque et martyr (d.)

Le bon pasteur invite les pasteurs des âmes la Crèche

Je voudrais bien établir une relation entre Noël et la fête d’aujourd’hui. Néanmoins il faut reconnaître que la fête de saint Thomas n’a pas, comme les trois fêtes précédentes, de rapports voulus avec la fête de Noël. Saint Thomas n’appartient pas à l’escorte du Roi nouveau-né.

1. Saint Thomas de Cantorbéry. — Thomas Becket, né en 1118 d’une famille de marchands, étudia à Londres et à Paris, entra au service de l’archevêque Theobald de Cantorbéry, mais devint en 1155 lord chancelier du roi Henri II d’Angleterre et en 1162 archevêque de Cantorbéry. Celui qui avait été jusque là un courtisan facile montra, dès qu’il fut évêque, une grande énergie à lutter contre le roi pour la liberté de l’Église et l’inviolabilité des biens ecclésiastiques. Cette lutte lui coûta la prison, l’exil et finalement le martyre (+29 décembre 1171). Dès 1173, il fut proclamé saint. En 1539, Henri VIII fit brûler ses ossements. Le bréviaire nous raconte : “ Des calomniateurs vinrent dire au roi que l’évêque faisait maint complot contre le roi et contre la tranquillité du royaume et le roi lui-même se plaignit que, dans son propre royaume, il n’y avait qu’un seul prêtre avec lequel il ne pût avoir la paix. A cause de ce ! ! déclarations royales, quelques courtisans impies crurent faire plaisir au roi en le débarrassant de Thomas. Ils se rendirent secrètement à Cantorbéry et attaquèrent l’évêque au moment où celui-ci assistait aux Vêpres. Comme ses prêtres se précipitaient pour leur fermer l’entrée, l’évêque ouvrit lui-même, les portes en disant aux siens : “ La maison de Dieu ne doit pas être défendue à la manière d’un camp, et pour l’Église de Dieu j’irai volontiers au devant de la mort. ” Il dit ensuite aux soldats : “ Je vous l’ordonne, au nom de Dieu, gardez-vous de faire du mal à aucun des miens. ” Ensuite, il se jeta à genoux, recommanda à Dieu, à la bienheureuse Vierge Marie, à saint Denys et aux autres saints patrons de son Église son troupeau et lui-même et, avec le même courage héroïque avec lequel il avait résisté aux lois royales, il inclina sa tête sainte et l’offrit au glaive sacrilège. C’était le 29 décembre 1171. Sa cervelle jaillit sur tout le dallage de l’église. ”

2. La messe (Gaudeamus omnes). — La messe contient toute une série de textes propres et l’Introït lui donne déjà une certaine solennité : “ Réjouissons-nous tous dans le Seigneur en ce jour de fête que nous célébrons en l’honneur de saint Thom,as martyr. ” Le leitmotiv de la messe est : “ Je suis le bon pasteur, je connais mes brebis... ” Nous l’entendons trois fois : à l’Alleluia, à l’Évangile et à la Communion. Cette comparaison du bon pasteur est doublement exacte à la messe, dans le Christ et dans saint Thomas. Le Christ réalise à chaque messe le don de lui-même pour ses brebis. Thomas est l’image du Christ et membre de son corps mystique (Offert.). Pour nous, qui nous offrons mystiquement au Saint-Sacrifice avec le Christ et avec Thomas, ayons part à l’amour, à la fidélité, au dévouement du Pasteur. Très impressionnante aussi, très belle et d’un grand sens liturgique est la magnifique Epître tirée de la lettre de saint Paul aux Hébreux. Elle nous explique le sacerdoce du Christ. Le Christ, l’éternel grand-prêtre, offre son sacrifice sanglant : ce sacrifice se continue à la messe par le ministère du sacerdoce consacré des prêtres de l’Église et du sacerdoce général du peuple. Remarquons encore que les leçons sont tirées du commun des martyrs évêques de l’Église grecque (cf. la fête de saint Josaphat, le 14 novembre).

3. Les Heures de la fête. — Saint Jean Chrysostome,. qui fut lui-même un bon pasteur qui offrit sa vie pour ses brebis, nous parle, au bréviaire, de l’importance du ministère de pasteur.

C’est une grande chose que la prélature dans l’Église, elle demande une grande sagesse et un grand courage, comme le Seigneur le recommande : nous devons donner notre vie pour nos brebis et ne jamais les abandonner, nous devons résister courageusement au loup. C’est là la différence entre le pasteur et le mercenaire : l’un ne se préoccupe que de sa propre sécurité et néglige ses brebis, l’autre se sacrifie lui-même pour l’assurer la sécurité de ses brebis. — Car aux faux pasteurs Ézéchiel a déjà dit : Malheur aux pasteurs d’Israël : ils se paissent eux-mêmes Ne sont-ce pas les brebis qui doivent être nourries par les pasteurs ? ”

4. Les lectures de l’Écriture. — Nous commençons aujourd’hui une série suivie de lectures de l’Écriture ; nous lisons les Épîtres de saint Paul, nous continuerons de les lire jusqu’au samedi avant la Septuagésime. Si l’Église propose justement à ce moment cette lecture, elle a assurément un motif. L’Apôtre des Gentils doit prendre la parole au moment de l’Épiphanie, la fête de l’Église des nations. Isaïe pendant l’Avent a promis le royaume de Dieu, Paul doit montrer la gloire de ce royaume dans sa manifestation. Il n’est guère d’autre livre qui pourrait mieux que l’Épître aux Romains représenter la grandeur du royaume de Dieu. Il y a assurément là une rencontre d’un sens profond. Le Roi nouveau-né est entouré d’Isaïe et de saint Paul.

Les lectures commencent donc avec l’Épître aux Romains qui est la plus importante des lettres de saint Paul, son Credo. Saint Paul explique l’œuvre. de la Rédemption du Christ dans toute sa profondeur et dans toute son étendue. L’Épître est adressée à la communauté chrétienne de Rome encore ; inconnue de lui. Cette communauté se composait de fidèles venus en partie de la Gentilité et en partie du monde Juif. Comme le judaïsme voyait en saint Paul un ennemi acharné, l’Apôtre est obligé, dans cette Épître, de s’expliquer souvent sur les relations de l’Évangile avec la loi mosaïque. Paul écrivit cette Épître à Corinthe (58 après J.-C.) en pleine activité missionnaire dans l’Orient. Il désirait déjà ardemment aller à Rome ; l’Épître est un témoignage de ce grand désir.

Aujourd’hui nous lisons le premier chapitre. Il constitue l’introduction et l’exposé du thème général. Nous connaissons déjà les premiers versets par la messe de la vigile de Noël. Le Christ nous y est représenté, dans une formule brève et pleine, comme Homme et Dieu. Puis l’Apôtre expose le sujet de sa lettre. Dans la foi à l’Évangile réside le salut pour toute l’humanité : Juifs et païens. “ L’Évangile est la force de Dieu pour quiconque croit, d’abord pour les Juifs, ensuite pour les païens. ” Or, avant que l’Évangile fût annoncé, toute l’humanité était, par sa propre faute, exposée au jugement et à la condamnation de Dieu. Saint Paul le prouve d’abord pour les païens (18-32). Bien qu’il y ait une connaissance naturelle de Dieu — car le Créateur nous parle par sa création — le monde païen a abandonné le vrai Dieu et s’est laissé aller à l’idolâtrie. La conséquence fut une déchéance morale profonde. “ Ce qui en Dieu est invisible, sa puissance éternelle et sa divinité, se manifeste, depuis la création du monde, dans ses œuvres, si bien qu’ils n’ont aucune excuse. Et bien qu’ils connussent Dieu, ils ne l’ont pas honoré comme Dieu... mais ils sont devenus vains dans leurs pensées et leur cœur insensé s’est obscurci... Ils ont échangé la gloire du Dieu immuable pour des images d’hommes mortels, d’oiseaux, de quadrupèdes, de serpents. C’est pourquoi Dieu les a abandonnés au moyen de leurs passions à l’impureté de telle sorte qu’ils ont déshonoré leur corps... Ainsi Dieu les abandonna aux passions déshonorantes. ” Saint Paul trace ensuite un tableau effrayant de la corruption morale du paganisme.

30 DÉCEMBRE

Dans l’Octave de Noël

O grand mystère, Ô sacrement admirable,

Les animaux contemplent le Seigneur nouveau-né, couché dans sa Crèche ;

Heureuse Vierge dont le sein a mérité de porter le Christ, le Seigneur,

Salut, Ô Marie, pleine de grâce, le Seigneur est avec toi (Rép.).

C’est précisément au temps de Noël que nous aurions le désir de trouver, après la fête, quelques jours d’Octave pendant lesquels nous pourrions méditer à loisir et approfondir le mystère si consolant mais si profond de l’Incarnation. Or la plupart des jours qui suivent Noël sont occupés par des fêtes. Nous n’en devons que plus apprécier la journée d’aujourd’hui. C’est un jour qui appartient tout entier à Noël. La messe est la troisième de la fête. Nous pourrons aujourd’hui lui consacrer une étude plus complète.

1. Considérations sur Noël. — Il est une pensée qui a vivement frappé l’Église ancienne et que nous rencontrons chez les Pères et dans les textes liturgiques ; elle se présente sous forme d’antithèse : Dieu s’est fait homme afin que [‘homme devienne Dieu. Dieu a pris la nature humaine afin de nous faire participer à la nature divine. Dieu est devenu enfant des hommes pour que nous devenions enfants de Dieu. Ainsi la fête de la Nativité du Christ est le commencement de notre naissance divine. Nous sommes devenus aujourd’hui avec le Christ enfants de Dieu.

Dieu s’est fait Homme. C’est là une chose tout à fait incompréhensible. Le Dieu éternel que le ciel et la terre ne peuvent contenir, qui porte dans sa main l’univers comme une coque de noix, devant lequel mille ans sont comme un jour, ce Dieu éternel, infini devient Homme ! Ne serait-ce pas déjà une condescendance s’il avait envoyé un ange pour racheter l’humanité ; ne serait-ce pas déjà une œuvre de miséricorde, s’il était apparu un instant devant le monde, dans l’éclat de sa majesté, dans le tonnerre et les éclairs comme sur le mont Sinaï ? Non, cela était trop peu pour son amour et sa bonté, il voulut être un enfant des hommes comme nous et de plus un enfant des hommes pauvre, un fils de pauvres artisans, né dans une étable, à l’étranger, sans un toit hospitalier. Le vent glacial, la paille nue, des animaux sans raison, voilà tout ce qu’il trouva à son arrivée parmi l’humanité. Quand nous songeons à tout cela, nous ne pouvons que garder un silence de stupeur et tomber à genoux, dans un acte d’adoration, devant la Crèche.

Ce n’est qu’au ciel que nous connaîtrons tout le sens profond d s actes rédempteurs du Christ. Ce sera l’une des plus grandes joies de notre béatitude éternelle. Mais la Sainte Église : notre Mère nous en laisse déjà pressentir quelque chose, elle qui est éclairée des lumières de l’Esprit-Saint. Elle est cette Mère sensée qui “ réfléchit sur toutes les paroles de Dieu et les conserve dans son cœur ”. Elle nous dit : Dieu s’est fait homme pour nous faire participer à la nature divine. C’est le rêve millénaire de l’humanité : “ Vous serez comme des dieux ”, chuchotait Satan à l’oreille de nos premiers parents, “ connaissant le bien et le mal ” ; et ses paroles ont trouvé un écho. L’homme fut honteusement trompé. Sans doute Il a connu le bien et le mal, mais il n’est pas devenu dieu. Des millénaires d’éloignement de Dieu durent lui apprendre qu’il s’égarait dans la recherche de la divinité. Ce n’était pas par l’orgueil qu’il pouvait devenir Dieu, mais par l’obéissance et l’humilité. La nuit de Noël le lui a montré. Dieu s’est revêtu de haillons, il est devenu un petit Enfant vagissant, afin de nous montrer le chemin que nous devons suivre pour devenir Dieu.

Au paradis terrestre, l’ange tombé disait à l’homme : mange de ce fruit et tu seras Dieu. Il mangea et devint un enfant de l’enfer. Aujourd’hui un ange (l’Église) se tient devant nous et nous dit en nous présentant une nourriture : mange de cette nourriture et tu seras Dieu. La divine nourriture, la chair du Fils de Dieu abaissé jusqu’à nous, nous rend “ participants de la divine nature ”.

2. Thèmes de Noël. — Le jour même de la fête nous avons pu à peine saisir toutes les belles et grandes choses que nous présentait l’Église. Aujourd’hui nous pouvons revenir sur nos pas et laisser nos pensées errer autour du berceau du Roi nouveau-né.

O Roi du ciel que tout sert !

Il est couché dans l’étable et il mesure l’univers,

Il est couché dans la Crèche et en même temps il règne au ciel.

Aujourd’hui nous est né le Sauveur, qui est le Christ, Le Seigneur, dans la ville de David ” (Rép.).

Que les cieux se réjouissent, que la terre tressaille, que la mer bouillonne, et tout ce qui est en elle, que la plaine exulte et tout ce qu’elle porte, que les arbres de la forêt bondissent devant la face du Seigneur, car il est venu” (Psaume 95, aux Matines et à la Messe de Noël).

La créature inanimée salue le Rédempteur, car elle aussi désire être délivrée de la malédiction à laquelle elle est assujettie depuis le péché de l’homme (Rom. VIII, 22). L’hommage de la nature au Fils de Dieu qui vient de naître, est décrit ici avec une grande beauté. Le ciel, la terre, la mer, la plaine, tout rend hommage au Seigneur. Oui, dans la sainte nuit de Noël, un murmure et un frémissement parcourent les arbres de la forêt de Bethléem et se propage jusque dans les antiques forêts de chez nous : “ Il est venu. ” Et l’arbre qui, trente-trois ans après, devait servir de Croix, frémit de toutes ses branches.

3. Lecture de l’Écriture (Rom. Chap. II). — Dans le premier chapitre, saint Paul a tracé un tableau impressionnant de la banqueroute morale du paganisme. Maintenant il montre que les Juifs eux-mêmes n’ont aucune raison de s’élever au-dessus des païens. Eux aussi, ils ont mérité le courroux de Dieu parce qu’ils n’ont pas observé la loi de Moïse : “ C’est pourquoi tu es inexcusable, ô homme (Juif) qui juges. Car par ce fait même que tu juges les autres, tu te condamnes toi-même : car toi, juge, tu fais de même... Affliction et détresse viennent sur toute âme qui fait le mal, sur les Juifs d’abord et ensuite sur les païens. Par contre" gloire et honneur et paix à toute âme humaine qui fait le bien, aux Juifs d’abord et ensuite aux païens. Car pour Dieu il n’y a pas d’acception de personne. Quiconque pèche sans la loi sera perdu sans la loi, et quiconque possédant la loi pèche, sera condamné par la loi. Car ce ne sont pas les auditeurs de la loi qui sont justes aux regards de Dieu, mais se sont les observateurs de la loi qui seront justifiés. En effet, quand les païens qui sont sans la loi remplissent, de par la nature, les prescriptions de la loi, ces hommes sans loi sont à eux-mêmes leur loi. Ils montrent en effet que les exigences de la loi sont inscrites dans leur cœur, car leur conscience leur rend témoignage... ” Ce que saint Paul dit ici trouve aussi son application parmi nous quand il s’agit de juger les nombreux incroyants et indifférents de nos jours. Avec la même sévérité que saint Paul apportait à juger les Juifs zélateurs de la loi, nous devons nous juger nous-mêmes : “ N’est pas un vrai Juif celui qui l’est extérieurement et la vraie circoncision n’est pas celle qui se fait dans la chair extérieurement ; le vrai Juif est celui qui l’est intérieurement et la vraie circoncision est celle du cœur, non selon la chair mais selon l’Esprit.. Remplaçons ces mots : Juif et circoncision par chrétien et baptême et nous pourrons prendre ces paroles pour nous.

31 DECEMBRE

Saint Sylvestre, pape

Le Confesseur reçoit le Roi

Je vais aujourd’hui sous les traits du serviteur au devant du Sauveur de Noël qui revient.

Aujourd’hui est le “ dernier jour de l’année ”. Les enfants de Dieu vivent encore dans le monde, c’est pourquoi les adieux à “ l’année qui finit ” nous font une certaine impression à tous. L’Église, dans sa liturgie, ne célèbre pas de fête du nouvel an, même pas au début de l’année liturgique. Les cérémonies religieuses célébrées en maint endroit à l’occasion du changement d’année, ne sont que de la piété populaire. L’Église, dans ses saints mystères, vit déjà de la vie de l’éternité.

La fête de saint Silvestre n’a aucun rapport avec le mystère de Noël. C’est une des fêtes les plus anciennes de l’Église et, dans la pensée des chrétiens, elle est inséparable de cette époque.

1. Silvestre 1er. — Il fut le successeur de saint Melchiade. Il régna de 314-335. C’est sous son pontificat que l’Église commença à sortir des Catacombes et que des églises célèbres furent construites. Saint Silvestre fut l’ami de l’empereur Constantin. C’est lui qui confirma le premier concile œcuménique, le concile de Nicée (325) et qui organisa la discipline ecclésiastique pour le temps de paix. On pourrait l’appeler le premier Pape de la paix. Il est l’un des premiers confesseurs auxquels furent accordés des honneurs liturgiques. Son tombeau est dans l’église dédiée à lui et à saint Martin, à Rome.

2. La messe (Sacerdotes tui). — Dans l’évêque ou le prêtre qui fait son entrée, nous voyons le saint pape revêtu des ornements de la gloire. A l’Epître nous l’entendons comme docteur, mais nous le voyons aussi recevoir du “ Maître à son retour ” la couronne de vie et nous la recevons avec lui au Saint-Sacrifice. A l’Évangile, notre saint est “ le serviteur vigilant ” qui, la ceinture aux reins et la lampe allumée à la main, attend son Maître quand il vient pour les noces. Remarquons dans ces deux lectures l’insistance sur le retour du Seigneur, retour qui s’accomplit mystiquement à la messe. Nous pouvons rapprocher cette messe (c’est une des plus anciennes messes des confesseurs) de celles de Saint-Étienne et de Saint-Jean, toutes les trois parlent du retour du Christ. Célébrons Noël comme ce Martyr, cet Apôtre virginal, ce Confesseur.

Quand nous réfléchissons à cette messe, nous pensons, malgré nous, à l’époque de l’année où nous sommes. Est-ce dans l’intention de la liturgie ? Je l’ignore. Quel accent n’a pas l’Évangile d’aujourd’hui, l’Évangile du serviteur vigilant ! Il semble qu’il veuille nous dire : “ rends compte aujourd’hui ” de l’année qui s’achève. Qu’arriverait-il si le Seigneur venait frapper à notre porte, lui ouvririons-nous en hâte ? Et que nous disent aujourd’hui les paroles de l’Epître : “ Le temps de ma dissolution approche, j’ai combattu le bon combat, j’ai achevé ma course, j’ai conservé la foi. Maintenant la couronne de la justice m’est réservée, la couronne que me donnera en ce jour le Seigneur, le juste Juge, non seulement à moi, mais à tous ceux qui aiment son avènement ”. A la Postcommunion nous exprimons à Dieu notre remerciement pour le don eucharistique. Ne pouvons-nous pas aussi faire de cette prière une action de grâces pour tous les dons reçus pendant l’année ?

3. Lecture de l’Écriture. — Nous continuons l’Épître aux Romains (III, 19-31). Remarquons avec soin le développement de la pensée. Nous avons vu jusqu’ici que les païens et les Juifs sont pécheurs et que, par conséquent, tous les hommes ont besoin de Rédemption (III, 1-20) : Ce préambule sert à établir l’affirmation principale : le chemin du salut est la foi en Jésus-Christ. Mais avant d’en venir à cette pensée principale, saint Paul examine une question intermédiaire : Israël n’a donc pas d’avantage sur les païens ? “ Quel privilège possède donc encore le Juif ou quelle utilité a la circoncision ? Beaucoup en tout sens. D’abord ceci, c’est que les prophéties de Dieu leur ont été confiées. Que dirons-nous si quelques-uns d’entre eux n’ont pas cru ? Est-ce que leur infidélité anéantira la fidélité de Dieu ? Jamais. Dieu reste véridique... ” La route est libre désormais pour établir la pensée principale. Le sacrifice du Christ a apporté la justice ; cette justice n’est possible que par la foi à Jésus Christ. La foi est le fondement de la justification, ce ne sont pas les œuvres de la loi mosaïque dont les Juifs étaient si fiers. L’homme ne peut pas mériter la justification, mais elle lui est donnée quand il croit ; c’est une grâce, une pure grâce. “ Maintenant la justice de Dieu est manifestée sans la loi, cette justice attestée par la loi et les prophètes. C’est la justice de Dieu par la foi à Jésus-Christ, pour tous ceux et sur tous ceux qui croient. Car il n’y a pas de distinction : tous ont péché et ont besoin de la gloire de Dieu, mais ils sont justifiés gratuitement par sa grâce en vertu de la Rédemption par le Christ Jésus. Dieu l’a établi comme victime sanglante de rémission par la foi, pour prouver sa justice. Dieu, dans sa patience, avait laissé passer les péchés précédents afin de prouver sa justice dans le présent. de sorte que Dieu lui-même est juste et justifie celui qui croit en Jésus-Christ. Où reste maintenant ta glorification ? Elle a disparu. Par quelle loi ? Celle des œuvres ? non mais par la loi de la foi. Car nous croyons que l’homme est justifié par la foi sans les œuvres de la loi. Ou bien Dieu n’est-il que le Dieu des Juifs ? N’est-il pas aussi le Dieu des Gentils ? Oui, certes, il est aussi le Dieu des Gentils. ”

4. La fin de l’année. — Nous autres chrétiens, nous sommes les enfants du temps et les enfants de l’éternité. Nous vivons sans doute dans le temps, mais nous vivons aussi au-dessus du temps. Depuis que, dans le Baptême, le Christ nous a donné la vie des enfants de Dieu, nous avons l’assurance définitive que nous ne goûterons pas la mort. C’est pourquoi nous ne sommes pas attachés au temps ; ce n’est pour nous qu’un moyen pour atteindre la fin, un moyen pour obtenir l’éternité. Saint Paul, le meilleur docteur de notre piété liturgique, dit ces belles paroles : “ Ma vie, c’est le Christ, et la mort est pour moi un gain ” (Il veut dire la somme de ma vie sur la terre, c’est le Christ, c’est pourquoi la mort n’est pas une perte, mais un grand gain, car elle m’unit entièrement au Christ). Dans ces semaines précisément (dans l’automne ecclésiastique), l’Église nous a mis au cœur un grand désir du retour du Seigneur. Il faut que ce désir soit véritable chez nous. Le chrétien qui vit avec l’Église doit réellement accomplir son voyage sur terre avec la nostalgie du Christ et ne pas se laisser enivrer par les faux biens terrestres. Notre patrie est dans la cité céleste de Sion. La Jérusalem terrestre, l’Église, n’est qu’une colonie de cette sainte Sion : ses citoyens ont leur droit de cité là-haut. Sur terre, ce sont des étrangers et même, dans ce monde terrestre, ce sont des étrangers indésirables. Parce que l’Église est une colonie du ciel, elle participe, en quelque sorte, à l’éternité. Les fêtes et les solennités de l’Église sont une image du jour de fête éternel, qu’est le ciel, dans lequel les bienheureux célèbrent un dimanche sans fin. La liturgie avec sa stabilité, son équilibre, sa louange de Dieu ininterrompue, est une image de l’éternité.

O mes frères et mes sœurs, si vous voulez vivre et penser avec l’Église, franchissez les portes éternelles de la liturgie. Mettez-vous en opposition consciente avec le monde d’aujourd’hui qui n’a de pensée que pour la vie au jour le jour. Cette recherche exagérée de ce qui est personnel, cette vie subjective, cet attachement aux bagatelles, cet amour des biens terrestres, cette course après l’argent, tout cela c’est du temporel, tout cela doit passer. Laissez de côté ce temporel et réfugiez-vous dans l’éternité de l’Église, enveloppez-vous dans l’éternité de la liturgie. L’office des Heures nous dit, au premier jour de l’an, une parole brève mais pleine de signification : “ Toute chose terrestre passera, mais toi tu restes le même ; tout vieillira comme un vêtement et comme un manteau, tu le déposeras ; mais toi tu es toujours le même et tes années ne vieillissent point. ” Vivons donc, dès cette terre, une vie d’éternité.

Cependant nous ne devons pas mépriser le temps. Si c’est un moyen pour atteindre l’éternité, nous devons l’employer. “ La nuit vient dans laquelle personne ne peut travailler. Si le temps est un chemin pour arriver au but, suivons ce chemin. Il faut utiliser le temps, ou, comme dit saint Paul, acheter le temps (un peu comme on achète une marchandise sur le marché). Comment le ferons-nous ? Pensons moins au passé et au futur qu’au présent et à l’instant d’aujourd’hui. Le Christ dit : “ A chaque jour suffit sa peine, demain aura souci de demain. ” Hier est passé, demain est incertain ; mais aujourd’hui, le moment présent, voilà ce que nous avons dans notre main. Voilà ce qu’il faut utiliser. L’Église entoure votre temps d’un triple cercle : l’année, la semaine et le jour. Les époques de l’année liturgique sont les saisons de l’âme. La semaine est sanctifiée par le dimanche. Ayez un grand respect pour le, dimanche. Chaque jour, au Saint-Sacrifice, le divin Soleil se lève pour nous ; nous pouvons chaque jour recevoir la visite festivale du divin Roi.

1er JANVIER

La Circoncision de Notre Seigneur (double de 2e classe)

STATION A SAINTE MARIE DU TRANSTEVERE

Le Roi offre les prémices de son sang rédempteur.

Aujourd’hui la liturgie commémore la Circoncision du Seigneur.

Quand huit jours furent passés et que l’Enfant dut être circoncis, on lui donna le nom de Jésus. Ainsi l’avait déjà nommé l’ange avant qu’il fût conçu dans le sein de sa Mère ” (Év.).

1. La fête a quatre thèmes principaux : a) la nouvelle année, b) l’Octave de Noël, c) la Circoncision du Seigneur, d) Marie Mère de Dieu. a) Aujourd’hui est le premier jour de l’année civile. L’Église en tient compte, elle a fait de ce jour une fête d’obligation (dans l’Église universelle). L’Église veut qu’au seuil de l’année civile, nous apportions à Dieu le tribut de nos hommages. Dieu est le Maître du temps. Puissions-nous employer tout le temps précieux de l’année nouvelle selon les vues de la divine Providence, comme une voie qui nous mène à l’éternité.

b) Nous fêtons aussi aujourd’hui l’Octave de la fête de Noël. Dans l’esprit de l’Église, les grandes fêtes ne doivent pas durer un jour seulement, mais se prolonger pendant huit jours. L’Église est psychologue et sait comment est fait notre esprit. Le premier jour, notre âme admire, incapable de pénétrer plus avant dans le sens du mystère ; les jours suivants, elle médite le mystère sous toutes ses faces, avec son intelligence et son cœur, et le huitième jour elle réunit toutes ses impressions dans une vue d’ensemble. Pour la fête de Noël, il n’en est pas entièrement ainsi : l’âme ne peut pas s’attarder tranquillement à la méditation des pensées de Noël, parce que, pendant l’Octave, on célèbre d’autre fêtes. Le jour Octave n’en a que plus d’importance. L’Église nous conduit pour la dernière fois devant l’Enfant divin.

c) Cependant, à côté de ces pensées générales de Noël, il y a dans la liturgie, un progrès : la Circoncision du Seigneur. C’est la pensée spéciale du jour. Huit jours après sa naissance, l’Enfant fut circoncis selon la loi de Moïse et on lui donna le nom de Jésus qui lui avait déjà été attribué par l’ange, avant sa conception. Ce mystère de la fête peut être considéré d’un double point de vue, par rapport au Seigneur et par rapport à nous ; ces deux considérations ont leur fondement dans la liturgie. Le Christ est venu sur la terre pour nous sauver ; il aurait pu accomplir la Rédemption par une parole ou par un acte. Mais il voulut accomplir l’œuvre rédemptrice. par une série d’actes particuliers et les couronner enfin par un grand acte, sa mort et sa résurrection. Ces actes particuliers sont accomplis à cause de nous, pour nous faire reconnaître l’importance et l’efficacité de la Rédemption. A ces phases de l’œuvre rédemptrice appartient la Circoncision. Aujourd’hui coulent les premières gouttelettes du sang rédempteur. C’est le premier sacrifice, le sacrifice du matin que suivra, un jour, le sacrifice du soir (sacrificium vespertinum) sur la Croix ; aujourd’hui une goutte de sang et dans trente-trois ans, tout le sang jusqu’à la dernière goutte. La fête d’aujourd’hui est donc un intermédiaire entre Noël et Pâques, entre la Crèche et la Croix : l’enfant est encore couché dans sa Crèche et déjà il verse son sang pour l’humanité.

Mais la Circoncision a aussi des conséquences pour nous. Nous avons pu dire à Noël : le Christ est né. nous sommes nés avec lui (nous le prions à la Postcommunion comme l’auteur de notre naissance divine) ; de même nous pouvons dire aujourd’hui : le Christ a été circoncis, nous prenons part à sa Circoncision. Telle est la tâche de notre Rédemption, il faut que nos passions mauvaises soient mortifiées. Bien que nous ayons été sanctifiés au Baptême, nous portons toujours notre nature corrompue avec nous, nous avons besoin d’une “ circoncision du cœur ” continuelle. Cela se fait intérieurement par la participation aux saints mystères. extérieurement par la poursuite personnelle de la perfection.

d) Aujourd’hui est aussi une fête de la Sainte Vierge, peut-être la plus ancienne des fêtes de Marie. L’Église est reconnaissante à Marie à cause de la grande part qu’elle a prise à l’Incarnation de Notre-Seigneur. Comment la liturgie considère-t-elle aujourd’hui Marie ? Comme Mère de Dieu et comme Vierge. Il faut citer en premier lieu les antiennes de Vêpres qui sont tout à fait sur le modèle occidental. Elles sont riches de pensées et parcourent tout l’Ancien Testament pour lui emprunter ses prophéties : Gédéon et la toison, le buisson ardent, la racine de Jessé, l’étoile de Jacob. La liturgie ne s’abandonne pas à des discussions sentimentales, elle ne se demande pas si, au moment de la circoncision, Marie a souffert ou pleuré. Non, Marie est la Vierge-prêtre ; joyeuse et grave, elle offre avec Notre-Seigneur les prémices de son sacrifice. Marie est aussi le modèle de l’Église et nous indique sa part et notre part dans l’œuvre de la Rédemption. Aujourd’hui et dans tous le$ temps, notre Mère virginale, l’Église, est là Elle fait couler par les mains de ses prêtres le sang rédempteur dans le cœur de ses enfants. Mais notre âme aussi peut et doit prendre la place de Marie et faire couler à la messe le sang du Sauveur pour elle-même et pour les âmes de ses frères et de ses sœurs.

2. La messe (Puer natus) est en grande partie empruntée aux messes de Noël : les chants sont de la troisième, l’Épître est de la première. Une importance particulière s’attache à la phrase : “ il s’est livré pour nous, afin de nous sauver. ” Les oraisons sont mariales, une preuve que Marie est aujourd’hui au premier plan. L’Évangile seul est propre, c’est le plus court de l’année. L’église de Station est actuellement Sainte-Marie au-delà du Tibre (Santa Maria in Transtevere), mais primitivement c’était la vénérable église de Sainte-Marie des Martyrs, l’antique Panthéon. Ce choix d’une église de la Vierge est très significatif : la première effusion de sang de Jésus fait songer à la dernière effusion sur la Croix. Dans les deux cas, Marie “ était là, debout ”. — Le sang précieux qui brille sur l’autel dans le calice est le sang que Notre Seigneur versa pour la première fois, c’est le sang de la Vierge Marie.

Tu es glorifiée et digne d’honneur, Vierge Marie ; sans violation de ta virginité, tu es la Mère du Rédempteur.

Il était couché dans la Crèche et resplendissait au ciel.

Seigneur j’ai entendu ta voix et j’ai craint ; j’ai considéré tes œuvres et j’ai tremblé :

Au milieu de deux animaux il était couché dans la Crèche et resplendissait au ciel. ” (Rép.).

3. Lecture de l’Écriture (Rom. Chap. IV). —

Il se trouve aujourd’hui que l’Écriture occurrente concorde avec les pensées de la fête. Le lien c’est la circoncision. Saint Paul a montré que la justification ne se produit que par la foi au Christ. Il doit alors répondre de nouveau à une objection des Juifs : la loi et la circoncision n’ont donc aucune valeur ? Il répond : non, la loi n’est qu’un pédagogue dont le rôle est de nous conduire au Christ, elle nous adresse au Christ. “ Supprimons-nous la loi par la foi ? Jamais, mais nous confirmons la loi. ” De cela saint Paul donne une double preuve, en s’appuyant d’abord sur l’histoire d’Abraham (IV, 1-12) puis sur les promesses de Dieu à Abraham (13-25). Dans la première partie, saint Paul montre que la foi d’Abraham s’affirma avant sa circoncision. Il est par conséquent le père de tous les Juifs, circoncis comme des païens incirconcis. “ Si Abraham a été justifié par les œuvres, il a une raison de se glorifier mais pas devant Dieu. Que dit, en effet, l’Écriture ? Abraham crut à Dieu et cela lui fut imputé à justice... De quelle manière cela lui fut-il imputé ? Quand il était déjà circoncis ou bien avant d’être circoncis ? Ce n’est pas en tant que circoncis mais en tant qu’incirconcis. Il reçut le sceau de la circoncision comme signe de la justification de la foi qu’il avait reçue comme incirconcis, afin qu’il fût le père de tous les croyants qui sont incirconcis, afin aussi que la foi leur soit imputée à justice, et le père des circoncis, de ceux qui sont non seulement circoncis mais encore ont imité notre père Abraham dans la foi qu’il avait comme incirconcis. ”

Dans la seconde partie, saint Paul prouve la foi d’Abraham par la promesse que Dieu lui fit qu’il serait le père de beaucoup de peuples. Cette foi est d’autant plus brillante chez lui que cette promesse lui fut faite avant la naissance d’Isaac. “ Il est écrit : je l’ai établi père de nombreux peuples, car il a cru à Dieu qui réveille les morts à la vie et appelle à l’existence ceux qui ne sont pas. Contre toute espérance, il a eu une foi pleine d’espérance qu’il serait le père de nombreux peuples d’après la parole : Ainsi sera ta descendance. Et il ne fut pas faible dans la foi en considérant son corps déjà mort — il avait pourtant près de cent ans — et le sein déjà mort de Sara. Aux promesses de Dieu, il n’opposa pas le doute et l’incrédulité, mais il fut fort dans la foi, rendant honneur à Dieu. Il était persuadé que Dieu est assez fort pour accomplir ses promesses. C’est pourquoi cela lui fut imputé à justice. ”

4. Les noms du Seigneur. Le Sauveur a plusieurs noms ; comment se distinguent-ils ? Le prophète Isaïe le nomme Emmanuel. Cependant ce n’est pas à proprement parler un nom de Notre Seigneur, on ne l’appelle jamais ainsi. Le Prophète voulait simplement dire que Jésus habiterait parmi nous comme Dieu. Mais Notre Seigneur a encore un autre nom en plus de Jésus, il s’appelle aussi Christ. Christ veut dire : l’oint, le Messie, le Rédempteur. Ce n’était donc pas à l’origine un nom, mais seulement un titre désignant le ministère de Notre Seigneur. C’est pourquoi dans saint Paul le mot Christ est placé le premier : Christus Jesus, c’est-à-dire le Messie Jésus. Cependant peu à peu ce titre est devenu le second nom de Notre Seigneur et nous disons de préférence : Jésus-Christ. Nous employons aussi ces deux noms séparément. Il y a entre les deux une nuance délicate qui, pour nous, les amis de la liturgie, est d’importance. Jésus est le nom personnel de Notre Seigneur, le nom qu’emploie de préférence la piété personnelle et subjective. Par conséquent, quand nous sommes au pied du tabernacle et que nous nous entretenons familièrement avec Notre Seigneur, le nom de Jésus vient naturellement sur nos lèvres. Les trois derniers siècles ont été surtout des siècles de piété subjective, c’est pourquoi on aimait tant à employer le nom de Jésus. La fête d’aujourd’hui en est une preuve. Mais “ Christ ” est par excellence le nom ministériel de Notre Seigneur, c’est le nom qu’aime employer la liturgie, la piété objective. C’est pourquoi les anciens textes liturgiques emploient plus souvent le nom de Christ que le nom de Jésus ; par exemple : dans le Canon nous trouvons cinq oraisons qui se terminent ainsi : par le Christ Notre Seigneur. Le nom de Jésus se trouve très rarement seul dans la liturgie, il est presque toujours uni à Christ .

Nous comprenons maintenant le contenu des deux noms saints. Quand nous disons le “ Christ ”, nous voyons apparaître devant nos regards le divin Grand-Prêtre qui renouvelle son sacrifice sur l’autel ou bien le divin Roi qui est assis sur le trône de Dieu et qui reviendra au dernier jour ; en un mot Dieu fait Homme. Mais quand nous disons : “ Jésus ”, nous voyons l’Homme qui a parcouru les chemins de Judée, nous le voyons avec son Cœur si bon, sa douceur et son amour, nous voyons ses souffrances ; nous avons devant nous toute sa vie, c’est l’Homme-Dieu, Jésus. C’est pourquoi la liturgie nous prescrit d’incliner la tête au nom de Jésus et non à celui de Christ.

DIMANCHE

Index

ENTRE LE 2 ET 5 JANVIER OU 2 JANVIER

Le Saint Nom de Jésus (double de 2e classe)

Au nom de Jésus doivent fléchir les genoux tous ceux qui sont au ciel, sur la terre et dans les enfers ; et toute langue doit confesser que Notre-Seigneur Jésus-Christ est dans la gloire du Père. (Introït).

Il n’a pas été donné d’autre nom, aux hommes sous le ciel, par lequel nous devions obtenir le salut. (Leçon).

1. Considérations préliminaires. — Cette fête n’apporte aucun progrès dans l’évolution de l’année liturgique, ce n’est qu’un complément de la fête de la Circoncision. Au moment de la Circoncision, Notre Seigneur reçut le nom de Jésus comme l’ange l’avait annoncé auparavant. Le but de la fête est de faire considérer aux chrétiens la majesté du Saint Nom de Jésus. C’est une fête récente, dont l’origine est surtout la piété méditative. Nous en tirerons cependant des pensées liturgiques conformes à l’esprit antique du Christianisme.

Que signifie originairement le nom ? Le nom devrait exprimer l’essence d’une chose. Ainsi Adam, au Paradis terrestre, donna à tous les animaux des noms conformes à leur nature intime. De même le nom de Dieu signifiait chez les Juifs son essence : Jahvé, c’est-à-dire : je suis Celui qui suis, l’Etre éternel. C’est pourquoi les Juifs avaient un si grand respect du nom de Dieu qu’ils n’avaient pas le droit de le prononcer. Ce respect est également inclus dans le Notre Père : “ Que ton nom soit sanctifié ”. Les personnes qui, dans l’histoire sainte,. ont joué un rôle important ont reçu leur nom de Dieu lui-même. Adam — l’homme de la terre, Ève — la mère des vivants ; Abraham — le père de beaucoup de peuples ; Pierre — le rocher. Le précurseur de Notre-Seigneur a reçu lui aussi un nom que Dieu lui imposa. La famille voulait à toute force lui donner le nom de son père, mais Élisabeth aussi bien que Zacharie manifesta ses exigences : Jean est son nom (Jean veut dire : la grâce de Dieu).

Nous pouvons comprendre dès lors que le nom du Sauveur ne lui a pas été donné au hasard ni d’après le caprice des hommes, mais qu’il l’a reçu directement de Dieu. Car son nom devait exprimer son sublime ministère sur la terre. Nous lisons en effet dans l’Écriture que l’ange Gabriel annonça à la Vierge Marie le nom de Notre Seigneur : “ Tu lui donneras le nom de Jésus.” Et à saint Joseph, son père nourricier, l’ange dit encore davantage, il n’annonça pas seulement le nom, mais encore il en expliqua la signification : “ tu lui donneras le nom de Jésus, car il rachètera son peuple de ses péchés ; ” Ainsi donc Notre. Seigneur ne devait pas seulement être le Sauveur mais encore en porter le nom. Chez Notre Seigneur le nom exprime donc véritablement son essence.

Voilà pourquoi ce nom doit être si saint pour les chrétiens. Toutes les fois que nous prononçons ce nom, nous devons incliner ta tête, car ce nom nous. rappelle à lui seul le plus grand bienfait que nous ayons jamais reçu : notre qualité de rachetés et d’enfants de Dieu.

2. La messe (In nomine Jesu). — La messe est un sacrifice de louange en l’honneur du Saint Nom de Jésus. L’Introït nous donne une belle image d’adoration. Nous voyons le royaume de Dieu dans ses trois états : l’Église triomphante, l’Église militante et l’Église souffrante prosternées devant le Seigneur assis. sur son trône de gloire et dont le nom est Jésus. La collecte demande la vision éternelle au ciel du Seigneur dont nous honorons le nom sur la terre. La leçon est un passage du plaidoyer de saint Pierre après la guérison du paralytique : “ Au nom de Jésus-Christ de Nazareth que vous avez crucifié et que Dieu a ressuscité des morts, cet homme se tient devant vous guéri... Car Il n’a pas été donne aux hommes d’autre nom sous le ciel par lequel nous devions obtenir le salut. ” Le Graduel se rattache à la leçon. Celle-ci se terminait par ces mots : salvos fieri (recevoir le salut), le Graduel continue : Salvos fac nos (donne-nous le salut). L’Alleluia est vraiment un chant de louange (Alleluia veut dire : louez Dieu) : “ Ma bouche doit annoncer la louange du Seigneur et toute chair doit louer son saint nom. ” L’Évangile est le même que celui de la Circoncision : le Seigneur reçoit le nom de Jésus qui lui avait été donné auparavant par l’ange, avant sa conception. Les deux processions eucharistiques (Off. et Comm.) sont un chant de louange au nom du Seigneur. Les deux oraisons (Sec. et Postc.) caractérisent la sainte messe comme “ un sacrifice offert en l’honneur du nom de Jésus à la divine majesté ”, conception qui ajoute une note de piété plus personnelle à l’antique conception du sacrifice. — Prenons aujourd’hui de nouveau la résolution de dire avec respect et piété la conclusion habituelle des oraisons : “ par Jésus-Christ Notre Seigneur ”.

3. La prière des Heures. Saint Bernard chante, dans les hymnes et les leçons, le Saint Nom de Jésus. “ Ce n’est pas en vain que le Saint Esprit compare le nom de l’Époux avec l’huile, en faisant dire par l’Épouse à l’Époux : Ton nom est comme une huile répandue. Car l’huile nous donne lumière, nourriture et onction, elle est une lumière, un aliment et un remède. Or voici que tout ceci s’applique au nom de l’Époux... Est-ce que Dieu ne nous a pas, dans la lumière de ce nom, appelés à sa lumière merveilleuse, SI bien que saint Paul dit : vous étiez auparavant ténèbres, maintenant vous êtes lumière dans le Seigneur ? Le nom de Jésus est aussi un aliment. N’es-tu pas réconforté toutes les fois que tu y penses ? Tout aliment de l’âme est sec qui n’est pas assaisonné de ce condiment. Jésus est un miel dans la bouche, une douce mélodie dans l’oreille,. un délice dans le cœur. C’est aussi un remède. Quelqu’un est il triste, que Jésus vienne dans son cœur et monte à ses lèvres et voici que, dès que s’est levée la lumière de son nom, tous les nuages disparaissent et la sérénité revient.” -Lecture d’Écriture (Act. Ap. chap.III et IV) : la guérison du paralytique est racontée tout au long.

4. Le monogramme du Christ. Dans les conceptions des anciens, le nom étaient une expression de la personne. Cela nous explique que, dans l’art chrétien antique, pour désigner la personne du Seigneur, on employait son nom, mais sous la forme abrégée des initiales. Nous pouvons, dans l’art de la primitive Église, distinguer les signes suivants du nom du Seigneur.

a) Le signe du Christ. Les plus anciens monuments attestant ce signe sont du troisième siècle ; le premier portant une date précise est une inscription funéraire sur la tombe d’un consul de l’an 389. Au troisième siècle, on peut établir les formes suivantes 1. des lettres séparées, IX (Jesus Christus), 2. des lettres placées l’une sur l’autre >I< = Jesus Christus. Dans l’archéologie, on appelle d’ordinaire ce signe le monogramme préconstantinien. = Christus est le monogramme constantinien. (Cela veut simplement dire que le premier est plus fréquent et que le second se rencontre après l’empereur Constantin). 3. La croix monogrammatique. Lorsque Constantin, après sa victoire au pont Milvius, plaça le monogramme du Christ sur les enseignes de l’armée (labarum), sur les casques et les monnaies, il utilisa un signe déjà courant chez les chrétiens. Cependant la vision de l’empereur avec cette promesse : “ In hoc signo vinces ” et l’accomplissement brillant de cette promesse élevèrent désormais ce signe jusqu’à en faire un symbole du triomphe du Christ. Depuis la victoire du christianisme, il trouva une large diffusion R dans tous les pays et fut employé de mainte façon. Ce ne fut plus seulement une simple abréviation, mais un symbole indépendant du Christ-Roi. Souvent le monogramme du Christ (tel qu’il était sur le labarum) fut entouré d’une couronne de laurier ou d’un cercle. Cela signifiait la souveraineté du Christ sur le monde ou le triomphe du Christ sur les ennemis de son royaume. Le monogramme reçut alors les formes les plus diverses et on y ajouta une riche ornementation. On aima placer autour du signe ou de la croix monogrammatique l’alpha et l’oméga (expression de l’éternité et de la divinité du Christ).

b) Le signe du nom de Jésus. Le monogramme connu IHS est un symbole qui parmi un très petit nombre, est resté en usage jusqu’à nos jours. Il doit sa grande diffusion à saint Bernardin de Sienne, qui le fit placer sur ses étendards, entouré de douze rayons de soleil et surmonté d’une couronne. Depuis, ce signe est devenu le monogramme préféré du doux nom de Jésus. Saint Bernardin, par ses exhortations zélées. détermina plusieurs prêtres à placer ce monogramme sur les autels ou à le faire broder sur les aubes ou les chasubles. Sur ses conseils, plusieurs villes d’Italie inscrivirent ce monogramme en lettres gigantesques sur les murs extérieurs de leurs hôtels de ville, comme on peut encore le voir à Sienne. Quelle est l’origine de ce monogramme ? IHC est l’abréviation du grec ??????. IHS est l’abréviation du latin IHESVS (forme du moyen âge). Comme on ne pouvait plus comprendre H comme un éta (è) grec, on dut ajouter un H. C est l’ancienne écriture du s grec (sigma). Dans l’antiquité chrétienne, ce monogramme n’est pas fréquent et ne doit pas remonter au-delà du Ve siècle.

Plus tard, on a mal traduit IHS en l’interprétant comme : Jesus hominum Salvator, ou bien même Jesu humilis societas (ce qui l’a fait prendre comme symbole par l’Ordre des Jésuites). On aimait encore beaucoup cette interprétation : In Hoc Signo (sc. vinces). Du v (vinces) ajouté on fit plus tard trois aiguilles.

c) Ichthus. L’ancienne Église connaissait aussi un anagramme très aimé pour désigner le Seigneur ; le fameux Ichthus. Le titre complet du Christ se formulait ainsi en grec : Jesous Christos, Theou Uios, Soter — Jésus-Christ, Fils de Dieu, Sauveur. Les premières lettres de ces saints mots donnent le mot grec : Ichthus, c’est-à-dire poisson. C’est la raison pour laquelle on aimait à représenter le Christ sous la forme d’un poisson. Ainsi l’abréviation aussi bien que la figure fut pour les premiers chrétiens une désignation secrète du Christ. Ils nommaient même le Seigneur “ le grand et pur poisson ” (Inscription funéraire d’Aberkios, vers 180 après J.-C.). Tertullien suppose connu ce symbolisme du poisson (vers 200 après J.-C.), quand il écrit : “ Nous (les chrétiens), à l’exemple de notre Ichthus, Jésus-Christ, nous sommes nés dans l’eau comme de petits poissons ” (Du baptême, chap. 1).

d) Monogramme en forme de croix. Déjà, dans le signe abrégé du Christ, on pouvait voir un effort pour unir la croix au nom du Christ. La croix et le nom du Christ sont considérés comme des signes de la Rédemption :, mais encore comme une protection contre les attaques du démon. C’est pourquoi on avait coutume de peindre sur les portes et les maisons le monogramme de Jésus en lui donnant une forme de croix. Un des exemples les plus connus jusqu’ici est la disposition en forme de croix des deux mots ??????et?????? (lumière et vie) qui caractérisent le Christ lui-même dans saint Jean (VIII, 12 ; XI, 25). Le Christ est lumière et vie. Le Christ nous donne la lumière et la vie divines. La lumière et la vie, la liturgie souhaite, implore et communique ces deux biens pour les vivants et pour les morts. Nous pouvons dès lors comprendre que l’union en forme de croix de ces deux mots lumière et vie, fut, pour J’ancienne Église, un symbole parlant très aimé. On les rencontre sur les portes (Syrie), sur les tombeaux, mais aussi sur les ampoules, les petites lampes en terre cuite, les ustensiles domestiques.

2 JANVIER

Octave de Saint Etienne (simple)

Les portes du ciel s’ouvrent devant le martyr du Christ, le bienheureux Étienne, lequel, dans le nombre des Martyrs, prend la première place.

C’est pourquoi il est couronné au ciel comme vainqueur.

Il est le premier qui offrit au Seigneur le sacrifice de la mort que le Sauveur a soufferte sur la Croix.

1. La fête. -a) Non seulement la fête de Noël, mais encore les trois fêtes adjointes ont une Octave. Cependant l’Octave de celles-ci est simple. Elle consiste en ce que, le huitième jour, la fête est reprise avec une solennité diminuée (simple). Nous trouverons donc encore une fois saint Étienne parmi nous. Le jour de sa fête nous l’avons vu dans la suite du Roi nouveau-né. Aujourd’hui nous pouvons considérer avec plus d’attention sa personne, sa grandeur et sa sainteté. Étudions sa personnalité dans la Sainte-Écriture.

Nous sentons, dans les lignes de son histoire, avec quel amour la Sainte-Écriture parle de ce jeune héros, de la jeune Église. Nous lisons le récit de son élection comme diacre, il est nommé le premier avec cette mention : “ un homme rempli de foi et du Saint-Esprit ”. Nous entendons parler de son activité : “ Étienne rempli de grâce et de force faisait des miracles et des grands signes dans le peuple. ” Il se manifeste immédiatement comme un combattant hardi. Les Juifs entreprennent une discussion avec lui, mais “ ils ne peuvent pas résister à la sagesse et à l’Esprit qui parle par sa bouche”. Puis ; il est victime de la calomnie et il est traduit devant le Sanhédrin, comme blasphémateur et insulteur du temple. Mais même dans les chaînes “ son visage était comme celui d’un ange de Dieu ”. Nous entendons le discours qu’il fait pour sa défense, dans lequel il montre que le peuple juif a toujours anéanti les plans de Dieu. “ Lequel n’ont pas persécuté vos pères ? Ils ont tué ceux qui annonçaient la venue du Juste (du Christ). Vous êtes devenus maintenant ses traîtres et ses meurtriers. ” Le courage n’a pas manqué au héros. Le récit de son martyre est saisissant. Sur le lieu d’exécution il a une vision du Fils de Dieu. Et puis il tombe sur les genoux, il recommande son âme à Dieu, il prie pour ses ennemis et meurt.

b) A la messe nous participons aux souffrances d’Étienne (Offertoire) et à sa consolation (Communion). L’Oraison propre est très belle : “ Tu as dans le sang du saint lévite Étienne consacré les prémices du martyre. ” De même que par les prémices de la moisson, R toute la moisson est consacrée au Seigneur, de même, dans la fête de saint Étienne, tous les martyrs sont consacrés au Fils de Dieu qui vient de naître. A l’Offertoire le saint nous fait participer à son esprit de sacrifice. Quelle belle antienne : “ Seigneur Jésus recevez mon âme ! ” La Communion nous donne la grâce d’aimer nos ennemis et la force de souffrir, en même temps qu’une participation aux mérites des souffrances et à la gloire de saint Étienne.

c) La prière des Heures. Saint Augustin ne nous dit que quelques paroles, mais combien riches de sens ! “ Le Christ, le chef des martyrs, a souffert pour nous, il nous a laissé un exemple afin que nous marchions sur ses traces. Saint Étienne a suivi les traces de ses souffrances. Comme il confessait le Christ, il fut lapidé par les Juifs et il reçut la couronne que présageait déjà son nom. Stéphanus est un mot grec qui veut dire couronne. Il s’appelait le couronné, il portait déjà la palme du martyre dans son nom. ”

2. Lecture d’Écriture (Rom. V, 1-9). — Paul devient positif dans ses explications : l’Évangile donne au croyant l’assurance ferme qu’il ne succombera pas au jugement et qu’il obtiendra l’éternelle vie. Ce sont des pensées d’or : “ Puisque nous sommes maintenant justifiés par la foi, ayons la paix avec Dieu, par Notre Seigneur Jésus-Christ. Par lui nous avons aussi l’accès à la grâce et nous nous vantons de l’espérance de la gloire de Dieu. Ce n’est pas assez, nous nous glorifions dans nos tribulations, car la tribulation produit la patience ; la patience, la persévérance ; la persévérance, l’espérance. L’espérance ne sera pas confondue, car l’amour de Dieu est dans nos cœurs, répandu par le Saint-Esprit qui nous a été donné... Or Dieu a prouvé son amour pour nous par ce fait que le Christ est mort pour nous, quand nous étions encore pécheurs. Combien plus, maintenant que nous sommes justifiés par son sang, serons-nous sauvés par lui de la colère. Car puisque, bien que nous fussions des ennemis, nous avons été réconciliés, par sa mort, avec Dieu, combien plus, maintenant que nous sommes réconciliés, serons-nous sauvés par sa vie ? ” Dans la suite, saint Paul établit un parallèle entre Adam et Jésus-Christ, les chefs d’une double série humaine : celle des pécheurs condamnés à la mort, — et celle des rachetés appelés à la vie.

3 JANVIER

Octave de Saint Jean (simple)

C’est le bienheureux Évangéliste et Apôtre Jean qui eut la grâce,

Par suite du privilège de son amour spécial, d’être estimé par le Seigneur plus que tous les autres Apôtres (Rép.).

1. Le jour de la fête, nous avons vu saint Jean surtout dans la suite du Roi portant l’étendard des âmes virginales. Aujourd’hui, au jour de son Octave, nous contemplons sa personne et son importance pour l’Église. Il est vraiment le grand docteur dont le Seigneur “ a ouvert la bouche au milieu de l’Église ” (Intr.). Saint Jean a exercé, dans la suite, une grande influence sur la constitution de la liturgie. Son portrait du Christ est celui de notre liturgie : “ Parmi les quatre Évangiles, ou pour mieux dire, les quatre livres du même Évangile, saint Jean, qui, à cause de son élévation de pensée, est à bon droit comparé à un aigle, a donné une doctrine plus élevée et plus sublime que les trois autres. Et il veut que, dans sa sublimité, nos cœurs aussi s’élèvent... Car les trois autres Évangélistes ont, pour ainsi dire, suivi l’Homme (le Christ) dans son cheminement terrestre et ne nous ont dit que peu de choses de sa divinité. Quant à saint Jean, comme s’il dédaignait de marcher sur la terre, il s’est élevé dès le début de son Évangile non seulement au-dessus de la terre et de toutes les sphères de l’air et du ciel, mais encore au-dessus des phalanges angéliques... et est arrivé, ainsi, jusqu’à Celui par qui tout a été fait ” (Saint Augustin ; au bréviaire d’aujourd’hui).

La liturgie nous montre presque chaque jour Notre Seigneur en trois images que saint Jean a tracées : le Verbe (le Logos), l’Agneau et le Roi. Chaque jour à la messe, nous lisons le Prologue de saint Jean qui nous élève jusqu’aux hauteurs inaccessibles de la divinité dont nous scrutons les profondeurs, et à la fin nous tombons à genoux à cette parole : “ Et le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous ”. Chaque jour, au Gloria in excelsis et à l’Agnus Dei., nous chantons l’Agneau divin qui “ enlève les péchés du monde ”. Saint Jean a recueilli cette image du Seigneur qui lui est chère des lèvres de son premier maître Jean-Baptiste, comme un précieux héritage que, toute sa vie, il a gardé fidèlement, comme nous pouvons nous en rendre compte dans l’Apocalypse. Cette image est le plus parfait symbole du Christ s’immolant au Saint-Sacrifice de la messe. L’image du Christ-Roi se trouve également chez d’autres auteurs sacrés (saint Paul, saint Pierre). Cependant c’est saint Jean qui la présente de la façon la plus constante dans son Évangile et dans son Apocalypse.. Rappelons-nous que cette image apparaît dans chaque conclusion d’oraison :“ qui vit et règne ”. Dans nos prières d’aujourd’hui, demandons une étincelle de cet amour du Christ qui animait le disciple de amour.

2. Lecture d’Écriture (Rom. chap. VI). — Saint Paul explique maintenant que le chrétien n’a plus rien à faire avec le péché, car 1° le vieil homme a été enseveli au Baptême avec le Christ et un homme nouveau est sorti de l’eau, 2° il a été crucifié avec le Christ et est ressuscité avec lui. Il s’ensuit qu’il est mort pour toujours au péché. “ Comment pouvons nous, nous qui sommes morts au péché, vivre encore dans le péché ? Ou bien ne savez-vous pas que nous tous, qui avons été baptisés dans le Christ, avons été baptisés dans sa mort ? Nous avons été ensevelis avec lui par le Baptême dans sa mort, afin que, de même que le Christ est ressuscité des morts, nous marchions dans la nouveauté de vie par la gloire du Père... Car si nous avons été greffés sur lui dans l’imitation de sa mort nous le serons aussi dans la ressemblance de sa résurrection. Alors nous reconnaissons que notre vieil homme a été crucifié avec lui afin que le corps de péché soit détruit et que nous ne servions plus le péché... Mais si nous sommes morts avec le Christ, de même, nous le croyons, nous vivrons avec lui... ” (Dans ce verset se trouve le germe de la liturgie de Pâques). Saint Paul complète son exposé par l’image de la situation d’esclave. Auparavant nous étions les esclaves du tyran qu’est le péché, les fruits étaient des actes dont nous devons rougir, la fin en était la mort. Maintenant nous devons nous placer tout à fait dans le nouveau service. Les fruits en sont une vie sainte et la fin en est la béatitude éternelle : “ Car le salaire du péché est la mort, mais le don de la grâce de Dieu est la Vie éternelle dans le Christ Jésus Notre Seigneur. ”

4 JANVIER

Octave des Saints Innocents (simple)

Les enfants innocents furent immolés à cause du Christ, par le roi barbare, les nourrissons furent mis à mort, maintenant ils suivent l’Agneau immaculé et disent sans cesse : gloire à toi, Seigneur ! (Ant. Magn.).

1. La fête. — a) Au jour Octave, l’Église abandonne le deuil de la douleur des mères et honore les Saints Innocents avec la couleur du martyre, de même on chante le Gloria et l’Alleluia. — La messe est encore le même tableau mystérieux, la représentation de l’Office divin au ciel. L’Agneau, comme tué, est couché sur l’autel, entouré des 144 mille âmes pures, les prémices de Dieu. En union avec cette phalange privilégiée nous célébrons aujourd’hui le mystère eucharistique.

b) La prière des Heures. Le bréviaire attribue à saint Augustin le sermon suivant : “ A la naissance du Sauveur commence le deuil, non pour le ciel, mais pour la terre. Aux mères est destinée la lamentation, aux anges la joie, aux enfants la mort. C’est Dieu qui est né, c’est pourquoi, il convient que des enfants innocents lui soient offerts en sacrifice, à lui qui est venu pour condamner la méchanceté du monde. Les petits agneaux doivent être immolés parce que l’Agneau qui enlève les péchés du monde est crucifié. Mais les brebis se lamentent parce qu’elles perdent leurs petits agneaux qui peuvent à peine bêler. Un grand martyre, un cruel spectacle. Sans motif, l’épée est tirée parce que l’envie grince des dents. Et pourtant le nouveau-né ne fait violence à personne... ” Nous voyons les brebis se plaindre de la perte de leurs agneaux : “ On entend des pleurs dans Rama, un grand gémissement. ”

Les deux répons chantent la virginité de Marie (ils conviennent tout à fait à l’Office). C’est en fêtant les Saints Innocents que nous comprenons toute l’importance que l’Église attribue à la virginité et à la chasteté. L’antienne principale de la fête est celle-ci : “ Voici ceux qui sont restés sans tache, ils sont vierges ; ils suivent l’Agneau partout où il va. ” C’est pourquoi aussi on chante sans cesse dans le temps de Noël la “ virginité féconde ” de la Vierge Marie.

2. Lecture d’Écriture (Rom. VII, 1-25). — Saint Paul est obligé d’en revenir à la loi. La pensée que tout ce qui est arrivé au Christ se reproduit mystique ment dans ses membres, trouve une nouvelle application dans les relations des chrétiens avec la loi. Le chrétien est délivré de la loi parce qu’il est mort avec le corps du Christ et sert maintenant légitimement Dieu (1-7). Dans les versets suivants (8-25) saint Paul parle de l’homme non racheté. En lui deux puissances se disputent la victoire : l’homme intérieur, la raison qui connaît le bien et l’approuve ; la chair où les mauvais désirs et par conséquent le péché prennent racine. La loi n’a pu briser la force de la nature pécheresse. De cette puissance la grâce du Christ peut seule délivrer.

Je sais qu’en moi ou plutôt dans ma chair, ne réside pas le bien. La volonté est toujours chez moi mais non l’accomplissement du bien. Car je ne fais pas le bien que je veux, mais j’accomplis le mal que je ne veux pas. Mais je vois en moi une autre loi dans mes membres qui contredit la loi de ma raison et me livre captif à la loi du péché. Ah ! malheureux homme que je suis ! Qui me délivrera de ce corps de mort ? Grâces soient rendues à Dieu par Jésus-Christ Notre Seigneur.

VIGILE DE L’EPIPHANIE (SEMI DOUBLE)

Prends l’Enfant et sa Mère et retire-toi dans la terre d’Israël ; ceux qui en voulaient à la vie de l’Enfant sont morts ” (Comm.).

L’Enfant Jésus croissait en âge et en sagesse devant Dieu et devant les hommes ” (Ant. Magn. 1 Vêp.).

La journée d’aujourd’hui a une double importance. D’un côté elle est la préparation de la seconde grande fête du cycle festival et de l’autre elle représente l’Office du dimanche après l’Octave de Noël. Par suite de cette union, la vigile perd son caractère de pénitence (ornements blancs, pas de jeûne). Le jour a même une certaine solennité (Credo).

1. La messe (Dum medium). — Nous connaissons déjà cette messe depuis le dimanche dans l’Octave de Noël. Cependant elle est ici à sa place primitive (ce qui ressort de l’accord de l’Évangile et de la Communion). On continue par delà la fête des Saints Innocents l’histoire de l’Enfance de Notre Seigneur : c’est le retour de l’exil d’Égypte.

Quand nous méditons cette belle messe nous en arrivons à la réflexion suivante. Les deux parties du monde chrétien ont travaillé à la construction de notre liturgie, cela apparaît clairement dans le cycle de Noël.

L’Orient nous a donné la fête de l’Épiphanie qui est au-dessus des temps, l’Occident nous a donné la fête historique de Noël. La messe d’aujourd’hui précisément porte toutes les marques distinctives de l’esprit occidental et spécialement de l’esprit romain.

a) L’Occident célèbre les fêtes historiquement : la messe d’aujourd’hui est la conclusion de l’histoire de la petite Enfance : Naissance de Notre Seigneur, le 25 décembre ; Circoncision, le 1er janvier ; fuite en Égypte, le 28 décembre ; retour à Nazareth, le 5 janvier (l’Occident a même donné à la fête de l’Épiphanie un caractère qui rappelle l’histoire de l’Enfance, au moyen de l’adoration des Mages.)

b) Les messes de Noël se distinguent par l’antithèse si caractéristique de l’Occident : Homme (Enfant) — Dieu (Roi). Nous trouvons ces antithèses dans la messe d’aujourd’hui (Intr. Grad. Ép.) avec une beauté particulière dans le Graduel : “ Tu es le plus beau des enfants des hommes — le Seigneur est Roi. ”

c) L’Occident se distingue par la profondeur des sentiments, l’enseignement pratique et la concision des formules. C’est ce que nous trouvons aussi dans notre messe. Quel beau lyrisme dans l’Introït ! Nous ne saurions trop redire cet Introït. Notre âme y trouve tout l’enchantement de la poésie de Noël. Mais nous voulons aussi tirer une leçon pratique pour notre vie chrétienne de la fête de Noël. Voici cette leçon : nous devons être de vrais enfants de Dieu. Nous avons déjà, la semaine dernière, entendu dans mainte lecture ces paroles : Dieu est devenu Enfant des hommes pour que nous devenions enfants de Dieu ; pendant toute l’Octave de Noël, nous avons, à la Postcommunion, fait cette prière d’un sens profond : que le Sauveur du monde qui vient de naître nous accorde la qualité d’enfants de Dieu et l’immortalité. Cette pensée, dans la messe d’aujourd’hui, est formulée d’une manière encore plus pratique et plus brève. L’Épître nous dit, en paroles significatives, que nous sommes les enfants adoptifs de Dieu et que nous avons tous les privilèges de la filiation divine : “ Parce que vous êtes des enfants, Dieu a envoyé dans vos cœurs l’Esprit de son Fils qui crie : Abba, Père. Ainsi il n’est plus esclave mais fils, s’il est fils il est aussi héritier par Dieu.” Ces paroles expriment les fruits du mystère de Noël. Par le Dieu fait Homme, nous sommes devenus enfants de Dieu, avec tous les droits et les biens que ce titre comporte.

2. La prière des Heures. Les leçons du deuxième Nocturne contiennent un sermon de Noël avec des antithèses bien augustiniennes. “ Notre Seigneur Jésus, Créateur éternel de toutes choses, est aujourd’hui né de sa Mère et est devenu notre Rédempteur. Il est né aujourd’hui pour nous dans le temps, de sa propre volonté, afin de nous conduire à l’éternité de son Père. Dieu est devenu homme afin que l’homme devienne Dieu ; afin que l’homme mange le pain des anges, le Seigneur des anges est devenu Homme aujourd’hui. Aujourd’hui s’est réalisée la prophétie : “ Cieux, répandez votre rosée, nuées laissez pleuvoir le Juste, que la terre s’ouvre et fasse germer le Sauveur. ” Le Créateur des hommes est devenu Homme, pour chercher celui qui était perdu... L’homme a péché et est devenu redevable, l’Homme-Dieu s’est fait Homme pour délivrer ceux qui étaient redevables. L’homme est tombé, Dieu est descendu. L’homme tomba d’une manière pitoyable, Dieu est descendu avec pitié. L’homme tomba par orgueil, Dieu est descendu par sa grâce ” — Comme en ce jour on récite tout l’Office de la Circoncision, on peut dire que nous entendons aujourd’hui les derniers accents de Noël.

3. Saint Télesphore (127-137). — “ A Rome, le pape saint Télesphore. Il souffrit sous Antonin le Pieux, après de nombreux tourments, la mort glorieuse du martyre pour la foi chrétienne. ” — La fête du premier pape martyr, dans l’année nouvelle, nous rappelle que beaucoup de vicaires de Jésus-Christ ont. rendu à Notre Seigneur le témoignage du sang. Recommandons-nous à tous les saints papes martyrs.

4. Lecture d’Écriture (Rom. VIII, 1-39). — Ce que ne pouvait la loi, Dieu l’a accompli par son Fils, Il a pris notre chair pécheresse et, dans cette chair, il a souffert la mort sur la Croix. La justice, d’après laquelle la chair pécheresse méritait la mort, est satisfaite. C’est pourquoi Dieu a donné au chrétien le Saint-Esprit. C’est le nouveau principe de vie divine qui est infusé aux chrétiens par le Baptême. Ce même Esprit, à la résurrection, éveillera le corps à la vie éternelle (1-1 1). La possession du Saint-Esprit ne nous oblige pas seulement à mener une vie divine, elle nous en rend capables. Elle est le gage de la gloire future (12-30). Maintenant. le chrétien peut être sûr de son salut. Dieu est son Père, le Christ son Rédempteur, et, dans son âme, il porte un amour pour son Seigneur qui est plus fort. que toutes les puissances de l’au-delà et de la terre. Le chapitre VIII est le point culminant de toute : l’Épître : “ Tous ceux qui sont poussés par l’Esprit de : Dieu sont les enfants de Dieu. Vous avez reçu l’Esprit d’adoption dans lequel nous crions Abba, Père. L’Esprit lui-même témoigne à notre esprit que nous sommes des enfants de Dieu. Mais si nous sommes des enfants, nous sommes aussi des héritiers, les héritiers de Dieu, les cohéritiers du Christ, si nous souffrons avec lui pour être glorifiés avec lui. Car c’est ma conviction que les souffrances du présent n’ont aucune importance en comparaison de la gloire future qui nous sera manifestée. ” “ Si Dieu est pour nous qui sera contre nous ? Est-ce que Celui qui n’a pas épargné son propre Fils, mais l’a livré pour nous, ne nous donnera pas tout le reste avec lui ? Qui pourrait être accusateur contre les élus de Dieu ? C’est Dieu qui les justifie. Qui est-ce qui les condamnera ? Le Christ Jésus qui est mort, bien plus, qui est ressuscité, qui est à la droite de Dieu et qui de plus intercède pour nous. Qui pourrait nous séparer de l’amour du Christ ? La tribulation, l’angoisse, la persécution, la faim, la nudité, le danger ou le glaive ?... Je suis persuadé que ni la mort ni la vie, ni les anges, ni les puissances, ni le présent, ni l’avenir, ni les violences, ni les hauteurs, ni les profondeurs, ni aucune créature ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu dans le Christ Jésus Notre Seigneur. ”

5. Entrée dans les sentiments de la fête. — Le sens d’une vigile est la préparation de notre esprit et de notre âme à prendre les sentiments de la fête. Ce sera le rôle des considérations suivantes.

Épiphanie, Manifestation du Seigneur. Le nom lui-même est déjà étranger pour nos esprits d’Occidentaux, nous avons de la peine à nous y adapter. Notre fête à nous c’est Noël. Le monde incroyant lui-même ne peut pas se soustraire au charme de Noël. Cette fête est devenue la chair de notre chair. Mais l’Épiphanie ? Pour le peuple, c’est la fête des trois Rois mages, la fête des Rois. Mais la notion et le contenu de l’Épiphanie sont restés, pour lui, choses étrangères. Quelle différence y a-t-il donc entre Noël et l’Épiphanie ?

Le pape saint Léon nous le dit aux Matines d’aujourd’hui avec une concision toute classique : “ Celui qui, à Noël, est né de la Vierge, le monde l’a reconnu aujourd’hui. ” A Noël nous fêtions un événement historique, la naissance du Christ. Sans doute, derrière ce fait, il y avait une idée, la Rédemption ; mais cette idée n’apparaissait qu’à ceux qui méditaient profondément le mystère. Le peuple se réjouissait à la pensée que le Christ est né et entourait avec bonheur la Crèche. Aujourd’hui nous ne célébrons directement aucun événement, mais une idée qui n’a pris une forme concrète que dans les actions du Christ, nous célébrons cette pensée : le monde a reconnu Jésus-Christ comme Dieu. Nous pouvons donc résumer les deux fêtes dans cette brève formule : A Noël Dieu est apparu comme Homme, à l’Épiphanie cet Homme est apparu au monde comme Dieu. Noël est la fête de l’Incarnation, de la manifestation humaine du Christ, l’Épiphanie est la fête de sa manifestation divine. Que le Christ soit Homme, il n’est pas besoin de le prouver, il suffit qu’il naisse et qu’il vive comme Homme parmi nous. C’est pourquoi à Noël nous ne fêtons que le fait historique de sa naissance. Mais que cet Homme, ce faible Enfant, soit Dieu, il est nécessaire de le prouver. Et sa naissance nous servirait de rien si nous n’étions persuadés que cet Homme est Dieu. Ainsi à la fête de la manifestation humaine devait s’ajouter la fête de la manifestation divine.

L’Épiphanie nous donne donc la preuve que Jésus, Fils de Marie, est le Fils de Dieu. Nous nous demandons : comment le Sauveur pouvait-il prouver sa divinité ? Il ne le pouvait que par des signes et des miracles. A proprement parler, tous les miracles du Christ avaient pour but, en dernière analyse, de prouver aux hommes qu’il était le Fils de Dieu. Mais il y a des miracles particuliers qu’il a faits expressément pour donner cette preuve (par exemple : au moment de la guérison du paralytique : “ afin que vous reconnaissiez que le Fils de l’Homme a, sur la terre, le pouvoir de remettre les péchés... ”) Ainsi toute la vie de Notre Seigneur est une Épiphanie, une manifestation de sa divinité. Et nous pourrions, à notre gré, rappeler demain plusieurs miracles, comme preuves de sa divinité. Mais l’Église a choisi trois de ces actes merveilleux dont elle se sert pour montrer que Dieu est apparu parmi les hommes. Dans une belle formule concise, la liturgie explique ainsi la fête :

Aujourd’hui, l’étoile conduisit les Mages à la Crèche ;

Aujourd’hui, l’eau fut changée en vin, aux noces ;

Aujourd’hui, le Christ voulut être baptisé par Jean dans le Jourdain afin de nous racheter, Alleluia ” (II Ant. Magn.).

Assurément ces preuves ne forcent pas l’adhésion de l’homme, il faut que s’y ajoutent la grâce du côté de Dieu et la foi du côté de l’homme. L’étoile se leva pour les Mages, mais la grâce agit dans leur cœur et les conduisit à la foi et à la reconnaissance de la divinité. L’Épiphanie est donc tout ensemble une fête de la foi et une fête de la grâce.

Nous comprenons maintenant pourquoi le mystère des Mages a été choisi de préférence par l’Occident. Les Mages sont les premiers païens qui aient été appelés à la foi au Fils de Dieu. Ils nous représentent, nous qui sommes venus du paganisme. L’Épiphanie est la fête de la foi du monde païen. Nous célébrons notre vocation à la foi.

Encore une considération pratique pour nous. Depuis la mort du Christ, la preuve de sa manifestation divine nous est apportée par l’Église. Mais cependant moins par des miracles que par la parole de Dieu dans la Sainte Écriture et la prédication. Cette preuve non plus ne force pas notre adhésion, il faut que s’y ajoutent la grâce de Dieu et la foi. Cependant, au milieu d’un monde incroyant, l’Église présente à ceux qui ont B la grâce et la foi ces deux faits : Dieu s’est fait Homme (Noël) et il s’est manifesté comme Dieu aux hommes (Épiphanie).

6. Ières Vêpres de la fête. — Aux heures du soir, nous célébrons déjà les premières Vêpres de la fête de demain, nous en entendons les premiers accents. Les antiennes, comme autant de motifs musicaux, nous indiquent les pensées principales de la fête. “ Celui qui était engendré avant l’étoile du matin et avant tous les siècles, le Seigneur notre Sauveur, s’est aujourd’hui manifesté au monde.” (C’est, dans une formule concise, tout le sens de la fête). Puis la liturgie se tourne vers Jérusalem : “ Jérusalem, ta lumière est venue et la gloire du Seigneur s’est levée sur toi et les peuples marcheront dans ta lumière, Alleluia. ” De cette image qui domine les temps nous passons à une image historique : “ Les Mages ouvrirent leurs trésors et offrirent au Seigneur de l’or, de l’encens et de la myrrhe, Alleluia. ” Puis, d’un bond, nous passons à la seconde image de la fête, le baptême de Jésus dans le Jourdain et nous lançons un appel à toutes les eaux : “ Mers et fleuves, glorifiez le Seigneur, sources, chantez un chant de louanges au Seigneur, Alleluia ”... Telle est la manière de la liturgie, les images se fondent les unes dans les autres. Dans l’hymne, les trois images se suivent en ordre. Nous voyons les Mages se mettre en route pour se rendre auprès de l’Enfant divin, pendant qu’Hérode tremble pour son trône. “ Celui qui donne des royaumes au ciel ne vole pas les trônes terrestres. ” Nous voyons l’Agneau divin descendre dans les eaux du Jourdain pour laver nos péchés. Nous voyons, à Cana, l’eau rougir et devenir du vin. A Magnificat, nous disons avec les Mages : “ Voici le signe du grand Roi. Mettons-nous en route pour aller le trouver et offrons-lui des présents, de l’or, de l’encens et de la myrrhe, Alleluia. ” Cette antienne est choisie avec une opportunité remarquable. C’est la dernière préparation à la grande fête. Levons-nous, nous aussi. Avec les Mages, allons vers le Christ.

6 JANVIER

L’Épiphanie de Notre Seigneur

(double de 1ère classe avec Octave)

STATION A SAINT PIERRE.

Voici qu’est arrivé (advenit) le Souverain, le Seigneur, dans sa main se trouve la dignité royale, la puissance et l’empire du monde ” (Introït). L’Église nous indique par là que notre fête est l’accomplissement suprême de l’Avent. L’Epiphanie est le point culminant du cycle de Noël.

Réjouissez-vous dans le Seigneur, mes très chers, je vous le dis encore, réjouissez-vous, car peu de temps après la solennité de la naissance du Christ, brille à nos yeux la fête de sa Manifestation. Celui qui, à Noël. est né de la Vierge, le monde l’a reconnu aujourd’hui ” (Mat. Homélie de saint Léon I).

1. Pensées de la fête. — La liturgie atteint le second sommet du cycle de Noël, dans la fête de l’Épiphanie. Noël est la fête intime, la fête de famille des chrétiens, l’Épiphanie est la fête mondiale de l’Église catholique. La pensée de la fête, comme nous l’avons déjà dit, est moins un événement de l’enfance de Jésus que la manifestation du Fils de Dieu au monde. Cette pensée est illustrée par trois images tirées de la vie de Notre Seigneur : l’adoration des Mages, le Baptême de Jésus et son premier miracle aux noces de Cana. Alors que les chrétiens orientaux mettent au premier plan la seconde image et appellent cette fête, la fête du Jourdain, l’Église Occidentale préfère la première image, l’adoration des Mages et appelle volontiers cette fête, la fête des Rois.

Pour avoir une intelligence plus profonde de la fête, considérons deux manières de voir des Orientaux. Quand, en Orient, un souverain visitait une ville, il était reçu solennellement au milieu des illuminations, lui-même faisait son entrée dans toute sa splendeur royale, il offrait aux habitants de la ville un repas somptueux et concédait des privilèges. On appelait cette visite solennelle théophanie, épiphanie “ apparition d’un dieu ”, comme si Dieu lui-même était venu sur la terre. Cette apparition de Dieu se réalise véritablement dans la personne du Christ. Le divin Roi est “ apparu ” dans sa ville, l’Église. Il déploie toute sa magnificence, les habitants de la ville le reçoivent avec de grandes manifestations de joie et il leur prépare le festin de l’Eucharistie.

La seconde manière de voir se rattache à l’usage des noces en Orient. Ces noces revêtaient une solennité extraordinaire et duraient plusieurs jours, si bien que les Orientaux se représentaient la vie heureuse sous l’aspect des noces. L’image des noces est une vraie image biblique, c’est aussi une image liturgique : le Christ vient comme un Époux dans le monde, par la Rédemption. Il célèbre ses noces avec l’Église, l’Eucharistie est son banquet nuptial. Ces deux images s’unissent dans la fête de l’Épiphanie. Le Christ, le divin Roi, fait son entrée dans sa ville et célèbre ses noces avec son Épouse l’Église ; quant à nous, les enfants de Dieu, nous sommes invités à prendre part au festin nuptial.

Cette image se dessine avec une grande beauté dans l’antienne de Benedictus, à Laudes, et les trois images signalées plus haut se fondent harmonieusement en une trame merveilleuse.

Elle est rythmée et provient d’une hymne, c’est vraisemblablement une libre adaptation d’un modèle grec versifié.

Hodie caelesti Sponso

Juncta est Ecclesia

Quoniam in Jordane lavit

Christus ejus crimina ;

Currunt cum muneribus

Magi ad regales nuptias

Et ex aqua facto vino

Laetentur convivae

Alleluia.

Aujourd’hui à son céleste Époux

A été unie l’Église

Parce que dans le Jourdain ont été lavés

Par le Christ ses péchés ;

On voit courir avec des présents

Les Mages aux noces royales

Et du vin provenant de l’eau

Les convives se réjouissent.

Alleluia.

Dans cet admirable tableau de noces est dessinée toute la vie sacramentelle de l’Église : le Baptême, l’Offrande, la Communion. Par le Baptême, le Christ s’est fait de chaque âme chrétienne une épouse immaculée et il célèbre ses noces avec l’Église dans le banquet eucharistique. Les dons spirituels, que nous apportons à l’Offertoire dans le symbole de l’Offrande, sont de véritables. dons royaux, des présents de noces. A la Communion, nous recevons de nouveau ces dons et nous constatons avec admiration que l’eau a été changée en vin. Ainsi les deux grandes fêtes du cycle d’hiver nous représentent la Rédemption en deux tableaux progressifs : la Naissance et les Noces : Noël, la naissance du Christ et notre renaissance en Lui ; Épiphanie, le mariage du Christ avec l’Église et l’âme. L’idée de lumière est aussi nettement accentuée dans les deux fêtes (de là l’insistance de l’Église sur l’étoile des Mages, de. là aussi la belle leçon à la messe de la fête : Illumine-toi, Jérusalem).

Bien que, le jour de la fête, les trois mystères se présentent tour à tour à nous (au bréviaire), l’Église, en les traitant successivement, s’en tient à la suite historique. Le jour même de la fête, elle célèbre l’adoration des Mages ; au jour Octave, le Baptême dans le Jourdain ; le deuxième dimanche après l’Épiphanie. les noces de Cana, Entre temps, le dimanche dans l’Octave, elle introduit l’incident de Jésus à douze ans, ce qui constitue une transition entre l’Enfance et la vie publique de Jésus,

2. L’Office des Heures. — Dans une si grande fête, les laïcs eux-mêmes devraient prendre part à la prière des Heures de l’Église, Le jour de l’Épiphanie, spécialement, la prière des Heures est une adoration du Fils de Dieu sous la conduite des Mages, On s’en rend compte immédiatement, en constatant que, dans les antiennes, revient avec prédilection le mot adorare, adorer. Les Matines de la fête n’ont pas d’invitatoire. A sa place on emploie le psaume d’adoration lui-même, le ps. 94, au cours des Matines (avec répétition fréquente du verset principal). Les âmes pieuses feront bien, au cours de cette semaine, de méditer le ps. 71 qui est le cantique directeur de la fête, L’Église distingue encore ses très grandes fêtes en chantant, dans les répons brefs des petites heures, l’Alleluia comme à Pâques. C’est le cas aujourd’hui.

3. Annonce des fêtes mobiles de l’année. — Aujourd’hui, dans les Églises cathédrales et abbatiales et aussi dans les communautés où on cultive la liturgie, les fêtes mobiles de l’année sont annoncées solennellement après l’Évangile de la grand messe :

Sachez, mes très chers frères, que, de même que nous nous sommes réjouis de la Nativité de Notre-Seigneur Jésus-Christ, nous vous annonçons, aussi par la miséricorde de Dieu, la joie de la Résurrection de Notre-Seigneur :

Le 17 février sera le dimanche de la Septuagésime.

Le 6 mars le jour des Cendres et le commencement du jeûne de la sainte quarantaine.

Le 21 avril nous célébrerons la sainte Pâque de Notre-Seigneur Jésus-Christ dans la joie.

Le 30 mai est l’Ascension de Notre-Seigneur Jésus-Christ.

Le 9 juin est la fête de la Pentecôte.

Le 20 juin est la fête du Très saint Corps du Christ.

Le 1er décembre est le premier dimanche de l’Avent de Notre-Seigneur Jésus-Christ à qui soit honneur et gloire dans les siècles des siècles. Amen .

Remarquons le sens profond de cette annonce. Au point culminant du cycle de Noël, l’Église nous fait déjà à entrevoir le point culminant du cycle de Pâques.

4. La messe (Ecce advenit). — La prière des Heures était une adoration, la messe est une Offrande, sous la conduite des Mages. Cette fête étant la fête de l’Église des Gentils, de l’Église catholique, nous célébrons le Saint-Sacrifice dans la basilique de Saint-Pierre, où tous les peuples sont rassemblés en esprit. A l’entrée du Pape et du clergé, nous saluons le divin Roi qui paraît dans sa ville, car aujourd’hui est le point. culminant et l’accomplissement de l’Avent. “ Voici que s’avance (advenit) le Souverain. ” Et nous chantons immédiatement le psaume 71, le psaume des Rois qui retentit à travers toute la messe. La belle Oraison nous explique le mystère des Rois : nous sommes comme les Mages, conduits par l’étoile de la foi, à travers le désert de la vie ; à travers les persécutions d’Hérode (du démon), nous marchons vers le Christ, non pas vers l’Enfant, mais vers le Roi qui revient dans tout l’éclat de sa Majesté. Ce retour se réalise déjà à la messe, extérieurement semblable à ce que virent les Mages, l’Hostie rappelant le petit Enfant.

L’Oraison a déjà fait ressortir le thème de la lumière. Dans la leçon il apparaît dans toute sa splendeur. Le Prophète montre à nos regards une vision de la royauté du Messie sur le monde. La ville de Dieu est illuminée, car le Roi y fait sa visite royale, sa “ Parousie ”. La ville étincelle alors de la lumière de Dieu pendant que l’obscurité recouvre toute la terre. Alors les peuples païens accourent vers la lumière divine pour marcher ensuite dans son rayonnement. Ils viennent avec des présents dans les mains, des présents royaux, de l’or et de l’encens. — Avec intention, le Graduel répète comme un écho de la leçon, les deux pensées dominantes : la lumière et les présents ; l’Alleluia emprunte à l’Évangile son verset principal qui contient les deux mêmes idées. (Les deux chants constituent ainsi une transition entre les deux lectures, ce sont deux morceaux classiques).

La vision prophétique qui domine les temps trouve dans l’histoire des Mages (Évang.) une première réalisation et une illustration. Mais nous, ne nous arrêtons pas à l’image ; déjà à l’Évangile, en faisant la génuflexion à ces mots : “ et ils tombèrent à genoux et ils l’adorèrent ” nous montrons que nous ne nous contentons pas d’entendre l’histoire des Mages mais que nous nous associons à eux. Au Saint-Sacrifice, l’image devient réalité. La procession de l’Offrande commence, nous nous avançons avec les Mages vers l’autel, nous sommes nous-mêmes les Mages, nous sommes des Rois et nos dons d’aujourd’hui sont des présents royaux. Mais nous sommes aussi les représentants des Gentils qui ont rendu hommage au divin Roi (le texte développé répète trois fois : toutes les nations le serviront). Remarquons encore une fois comme l’Offertoire est bien choisi pour accompagner la procession de l’Offrande. La secrète explique au sens spirituel les dons des Mages.

Les présents royaux sont les offrandes de l’Église et celles-ci sont beaucoup plus précieuses que l’or, l’encens et la myrrhe, elles sont le Christ lui-même qui à l’Offertoire est offert avec une dévotion pure comme l’or, au Sacrifice est immolé comme l’encens et, à la communion, est déposé comme la myrrhe, dans le tombeau de notre âme. A la Communion, nous sommes enfin, avec les Mages, au terme de notre voyage, nous voyons briller l’étoile du Seigneur, la lumière de sa venue dans notre cœur. Maintenant nous adorons le Seigneur (nous chantons encore le ps. 71, le psaume des Rois qu’il faudrait chanter en entier).

Les courtes indications que nous avons données nous montrent que presque chaque prière et chaque chant sont à leur vraie place. Les chants sont nettement destinés à accompagner les diverses processions et les symbolisent merveilleusement. Ainsi l’Introït marque l’entrée du divin Roi ; l’Offrande, le voyage des Mages pour offrir leurs présents ; la procession de la Commu. nion, l’arrivée des Mages à Bethléem. Il y a aussi entre les deux lectures un beau parallélisme, l’une est prophétie, l’autre l’accomplissement. Le Graduel et l’Alleluia marquent la relation entre les deux lectures. Enfin les deux oraisons expriment avec concision et magnificence le drame de la fête. On peut appeler la Messe des Rois un modèle classique du formulaire de messe.

A la messe d’aujourd’hui nous apprenons à apprécier l’ancienne procession de l’Offrande qui malheureusement est tombée en désuétude. A l’offrande, nous entrons dans le Sacrifice du Christ ; l’offrande se rapporte à notre propre personne, c’est nous-mêmes que nous offrons. Mais aujourd’hui nous devons nous mettre davantage en frais et faire une offrande pour toute l’année. Nous devons apporter des présents précieux comme l’or, saints comme l’encens, marquant notre dévouement absolu comme la myrrhe amère. Dans les communautés qui aiment la liturgie, on pourrait organiser une offrande spéciale : des pièces d’or et d’argent pour les pauvres, de l’encens pour les besoins de l’année et quelques remèdes pour les malades nécessiteux.

5. Pieux usages à l’occasion de l’Épiphanie. — Les Grecs faisaient, à l’occasion de cette fête, une bénédiction très solennelle de l’eau avec procession au fleuve. En Occident, dans certaines régions, on bénit ce jour-là de l’eau appelée l’eau des Rois, et les fidèles il emportent cette eau bénite chez eux. Cette eau bénite est un sacramental destiné à la sanctification, à la purification et à la protection des chrétiens. Mais sa signification la plus profonde est de rappeler l’eau du Baptême. Dans certaines églises on bénit aussi de l’or, de l’encens et de la myrrhe. C’est une sainte et louable coutume de bénir les maisons le jour de l’Épiphanie. La formule rituelle employée pour cette bénédiction est pleine de sens. “ Bénis, Seigneur, Dieu tout-Puissant, cette maison afin que demeurent en elle la santé, la chasteté, la vertu victorieuse, l’humilité, la bonté, la douceur, l’accomplissement de la loi et la reconnaissance envers Dieu, le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Et que cette bénédiction demeure sur cette maison et ses habitants, par le Christ Notre Seigneur. Ainsi soit-il.

7 JANVIER

Deuxième jour de l’Octave de l’Épiphanie (semi-d.)

De l’or au Roi, de l’encens au vrai Dieu et de la myrrhe pour sa sépulture.

1. La prière des Heures. — L’Office nous offre -au cours de la semaine une grande abondance de considérations sur le mystère de la fête. Au second Nocturne nous lisons un passage d’un sermon d’Épiphanie de saint Augustin. Il est très instructif de voir comment ce Père de l’Église conçoit la fête. Il ne connaît comme mystère de la fête que l’adoration des Mages : -“ Pour les Mages ce jour se leva une fois avec sa lumière, pour nous la commémoration annuelle de ce jour est venue. Les Mages étaient les prémices des Gentils, nous sommes le peuple des Gentils. Pour nous c’est la langue des Apôtres qui nous a instruits, quant à eux, ils ont été instruits par l’étoile qui était comme la langue du ciel. A nous, les Apôtres, comme d’autres cieux, ont raconté la gloire de Dieu (nous voyons ici que dès le temps de saint Augustin le ps. 18 était déjà chanté en l’honneur des Apôtres) Grand mystère ! Le Sauveur était couché dans sa Crèche et cependant il amenait les Sages de l’Orient. Il était caché dans l’étable et il fut reconnu dans le ciel, afin que Celui qui était reconnu dans le ciel fût manifesté dans l’étable. Ainsi l’Épiphanie, c’est-à-dire la manifestation du Seigneur, établit sa gloire et son abaissement. Celui qui, dans les profondeurs du ciel, était signalé comme le Très-Haut par le signe des étoiles est trouvé dans l’étroite demeure comme un faible enfant né avec des membres enfantins, enveloppé de langes enfantins, afin que les Sages l’adorent et que les méchants le craignent. ”

Au troisième Nocturne nous lisons un passage d’un sermon d’Épiphanie du pape saint Grégoire le Grand (ce sermon fut fait dans l’église liturgique par excellence, à Saint-Pierre). Ce sermon, divisé en quatre parties, est, à part quelques légères omissions, lu tout entier au bréviaire.

Considérons encore que, dans l’esprit de la liturgie, — nous participons pendant toute la journée au mystère des Mages. C’est ce que nous indiquent les antiennes des Heures, particulièrement celles de Laudes et de Vêpres. A Prime : la grande manifestation de Celui qui a été engendré avant l’étoile du matin ; à Tierce : la marche des Mages sous la conduite de l’étoile ; à Sexte : la marche d’offrande des Mages ; à None : la visite des Mages à l’Enfant-Dieu. Les antiennes de Benedictus et de Magnificat sont tous les jours différentes. Au lever du soleil, l’Église chante : “ De l’Orient, les Mages sont venus vers Bethléem pour adorer le Seigneur et ils ouvrirent leurs trésors et offrirent de grands présents : de l’or au Roi, de l’encens au vrai Dieu et de la myrrhe pour sa sépulture. Alleluia ” (Ant. Ben.). Elle chante au coucher du soleil : “ Quand les Mages virent l’étoile, ils eurent une grande joie ; et ils entrèrent dans la maison et ils offrirent au Seigneur de l’or, de l’encens et de la myrrhe. Alleluia ”. (Ant. Magn.).

2. La Messe. — Il est conforme à l’esprit d’une Octave de méditer chaque jour avec soin quelques parties de la messe de la fête. C’est ce que nous ferons. Considérons aujourd’hui l’Introït. Pour bien comprendre un Introït, il faut l’examiner dans toute son étendue, avec le psaume entier et y voir l’accompagnement de l’entrée du prêtre. Le psaume 71 est celui qui convient spécialement à la messe de l’Épiphanie, il domine toute la messe. Le chrétien devrait l’étudier et le préparer avant la fête. Dans ce psaume on chante le royaume du Roi céleste. Ce royaume possède deux caractéristiques : c’est un royaume de paix et de justice. Ce royaume est illimité dans le temps et dans l’espace. Il est facile de voir que ces pensées conviennent parfaitement à notre fête où nous célébrons la fondation du royaume du Christ. On insiste particulièrement sur ces versets : “ Les rois de Tharsis et des îles lointaines apporteront des présents, les rois d’Arabie et de Saba se hâteront avec leurs dons, tous les rois de la terre l’adoreront, toutes les nations le serviront. ” Ce sont précisément ces versets qui ont fait des Mages, des rois (ils forment aussi la seconde antienne, on les appelle versus ad repetendum). L’antienne de l’Introït commence par ecce : — voici. L’Église indique du doigt l’Évêque qui fait son entrée. Sous la figure du célébrant, apparaît le Roi pacifique qui fait son entrée dans sa ville dont la maison de Dieu est le symbole. La liturgie prévoit donc le dramatique déploiement de la procession à travers l’église. Remarquons quelle réalisation présente il y a dans cet Ecce (de même que dans la répétition de Hodie : — aujourd’hui), Ecce advenit — ces mots nous les connaissons depuis l’Avent. Nous avons attendu avec un désir ardent, pendant quatre semaines, le “ Roi qui doit venir ”. Aujourd’hui notre attente est comblée : le voici. Il est là .. Et avec quelle beauté est exprimée cette pensée de la royauté et avec quelles fières paroles ! Dominator, Dominus, le Souverain, le Seigneur (???????. “ Il porte dans sa main (comme un globe impérial) la royauté et la puissance et l’empire du monde (dont l’empire romain n’était qu’une faible image). Nous sommes ainsi, dès cette ouverture, au cœur du drame : le Roi se tient au milieu de nous.

Mais l’entrée du prêtre présente encore un autre symbole. Avec le célébrant, ce n’est pas seulement le Roi qui fait son entrée ce sont aussi les trois Rois qui s’approchent de Bethléem “ la maison du pain ”, l’autel qui signifie le Christ. Nous tirons ce second symbolisme du versus ad repetendum. Nous ne devons pas être surpris de voir le prêtre réunir ces deux symboles ; à la messe il est souvent tour à tour représentant de l’Église et du Christ, il est le médiateur qui réunit en lui-même les -deux acteurs du drame : Dieu et les hommes. Voilà les considérations profondes que nous offre l’Introït.

3. Symbolisme des présents des Mages. — A ce sujet, la liturgie entre, au cours de la semaine, dans de longs développements :

Trois présents précieux ont été apportés aujourd’hui par les Mages au Seigneur,

Et ils sont remplis d’une signification mystérieuse :

Dans l’or se manifeste la puissance du Roi, Que l’encens te fasse penser au grand-prêtre,

Et la myrrhe à la sépulture du Seigneur ” (Rép.).

Les Mages apportèrent de l’or, de l’encens et de la myrrhe. L’or convient au Roi, l’encens est offert au Dieu, avec la myrrhe on embaume les cadavres. Les Mages déclarent donc Celui qu’ils adorent, avec leurs présents mystérieux : avec l’or comme leur Roi, avec l’encens comme leur Dieu, avec la myrrhe comme un Homme destiné à la mort... Offrons, au Seigneur qui vient de naître, de l’or et ainsi nous confesserons que nous croyons en lui comme au Roi qui est au-dessus de tout, offrons-lui de l’encens pour reconnaître que Celui qui est apparu dans le temps est Dieu de toute éternité, offrons-lui de la myrrhe pour confesser notre foi qui enseigne que, selon sa divinité, il est impassible, mais que, selon notre nature qu’il a prise, il a été mortel. — Ces présents des Mages, l’or, l’encens et la myrrhe, nous pouvons encore les interpréter autrement : Par l’or on peut entendre la sagesse, selon le témoignage de Salomon qui dit : un trésor désirable est placé dans la bouche du sage. Par l’encens qui est brûlé en l’honneur de Dieu, peut être exprimée la vertu de piété, car ainsi parle le Prophète : “ comme la fumée d’encens, ma prière monte vers toi. ” Par la myrrhe on peut entendre la mortification de notre chair. C’est pourquoi l’Église dit de ses travailleurs qui jusqu’à la fin ont combattu courageusement pour le Seigneur : “la myrrhe découle de mes mains ” (Grégoire I, au bréviaire).

Cette signification mystérieuse des présents des Mages a été résumée par le prêtre Juventus (vers 33°) dans le vers suivant : Thus, aurum, myrrham, Regique, Hominique, Deoque dona fuerunt (L’encens, l’or, la myrrhe, au Roi, à l’Homme, au Dieu, ils offrent ces présents (Saint Jérôme, au bréviaire).

4. Lecture d’Écriture (Rom. Chap. IX-XI) — Le royaume de Dieu que, pendant l’Avent, le Prophète Isaïe nous a montré dans une vision prophétique, nous pouvons, sous la conduite de saint Paul, le contempler dans toute sa beauté. Au chap. VIII, saint Paul a dit l’essentiel. Aux chap. IX-XI, il se débat avec le fait du rejet d’Israël, qu’il essaie de comprendre à la lumière du plan rédempteur de Dieu. Paul n’est pas un renégat, mais un ardent amour le rattache à son peuple. Comme Moïse, il serait prêt à sacrifier son propre salut pour sauver son peuple. “ Je dis la vérité dans le Christ, je ne mens pas ; ma conscience me rend témoignage dans le Saint-Esprit que je porte un grand deuil et un chagrin incessant dans mon cœur. Oui, je souhaiterais même d’être séparé du Christ pour l’amour de mes frères qui me sont apparentés par la chair. Ils sont Israélites, à eux appartiennent... les promesses, à eux appartiennent les pères dont le Christ est descendu selon la chair, lui qui est Dieu au-dessus de tout. hautement loué dans l’éternité. Amen. ”

Saint Paul montre alors que ce n’est pas la descendance charnelle qui décide de la justification, mais la vocation conditionnée par la grâce de Dieu. L’histoire de l’Ancien Testament lui en fournit des exemples. Ce n’est pas le premier-né Ésaü, mais le puîné Jacob qui reçut la bénédiction messianique. Avant qu’ils fussent nés et, par conséquent, avant qu’ils aient pu faire le bien et le mal, il fut dit à la mère : l’aîné servira le plus jeune, afin que demeure la prédestination de Dieu d’après son libre choix qui se fait non d’après les œuvres mais par vocation. Aussi est-il écrit : “ J’ai aimé Jacob, mais j’ai haï Ésaü. ” Saint Paul songeant à la prédestination divine écrit : “ O homme, qui es-tu donc pour demander des comptes à Dieu ? Est-ce que la statue dit au sculpteur : pourquoi m’as-tu faite ainsi ? Est-ce que le potier n’est pas maître de son argile pour faire de la même masse un vase honorable et un vase d’abjection ? ” Paul voit dans l’avenir une lueur d’espoir. Israël n’est pas entièrement rejeté. Dès que les païens, dans leur ensemble, seront venus à la foi, alors, le jour de grâce se lèvera pour Israël lui-même. “ L’endurcissement d’une partie est venu sur Israël jusqu’à ce que la plénitude des païens soit rentrée. Alors Israël tout entier sera sauvé. ” Cette merveilleuse issue de l’histoire du monde arrache à l’Apôtre un chant de louanges sur les desseins de Dieu : “ O profondeur de la richesse de sagesse et de science de Dieu ! Combien impénétrables sont ses jugements, combien indiscernables sont ses chemins ! ”

8 JANVIER

Troisième jour de l’Octave de l’Épiphanie (semi-d.)

Lumière de lumière, ô Christ, tu es apparu.

1. Prière des Heures. Au second Nocturne, Saint Augustin parle de l’aveuglement des Juifs. “ L’illumination des Mages nous montre l’aveuglement des Juifs. Les Mages cherchèrent en Judée Celui que les Juifs ne connaissaient pas dans leur propre pays. Les Mages trouvèrent l’Enfant chez les Juifs, mais ceux-ci ne voulurent pas admettre qu’il fût parmi eux. Les Mages, ces étrangers venus de loin, adorèrent l’Enfant Jésus alors qu’il ne pouvait encore parler et ses concitoyens le crucifièrent quand il fut devenu Homme et qu’il fit des miracles. Les Mages adorèrent leur Dieu dans l’Enfant muet, les Juifs ne traitèrent même pas Jésus comme un homme, malgré toutes les merveilles qu’il avait accomplies ; comme si c’était un plus grand miracle de voir briller une nouvelle étoile à sa naissance que de voir le soleil se voiler à sa mort. ”

Au lever du soleil, l’Église chante : “ Ce sont trois présents que les Mages offrirent au Seigneur, de l’or, de l’encens et de la myrrhe, au Fils de Dieu et au grand Roi, Alleluia. ” Au coucher du soleil, nous chantons : “ Lumière de lumière tu es apparu, les Mages t’apportent des présents, Alleluia, Alleluia, Alleluia. ”

2. La messe. L’oraison transporte le drame sacré des Rois Mages dans notre vie. Les Mages virent l’étoile, se mirent en route sous sa conduite et arrivèrent au but de leur voyage auprès du divin Enfant. Ces trois actes se rencontrent aussi dans notre vie : l’étoile, le chemin, le but.

Pour nous aussi s’est levée une étoile, c’est la grâce de la part de Dieu et la foi de notre part. Sans cette étoile, il n’y a pas pour nous de christianisme. Combien nous devons remercier Dieu qui nous a choisis entre mille, comme les Mages, pour nous appeler à la foi. La foi est une grâce de Dieu, nous ne pouvons pas nous la donner, mais nous pouvons la cultiver en nous et l’accroître, nous ne devons pas nous exposer à la perdre. Cette étoile brille devant nos yeux. Qu’elle nous oriente et nous guide !

Le second acte est le chemin. C’est notre vie. Les Mages suivirent l’étoile, ils quittèrent leur pays peut-être sous les moqueries de leurs compatriotes, ils voyagèrent à travers les déserts et les solitudes par monts et par vaux. Ils se heurtèrent à des obstacles, particulièrement à Hérode. Le voyage des Mages est un modèle de notre vie chrétienne. Nous devons sortir du pays de notre chair, nous devons être des pèlerins et des étrangers. Le chemin de notre vie est solitaire, le monde prend d’autres voies. Ce n’est pas un chemin de roses c’est un chemin à travers le désert. Et un ennemi nous guette, un Hérode qui veut éteindre l’étoile et nous barrer la route : le démon.

Où nous mène ce chemin ? Le but est le Christ, non le Christ enfant, mais le Christ glorieux dont la vision nous rendra éternellement heureux, le Christ qui reviendra au moment de la mort. Nous ne devons jamais perdre de vue ce but. La vie chrétienne n’en a pas d’autre que la parousie ; tous les autres buts, si saints soient-ils, nous égarent. L’apostolat même et le soin des âmes ne doivent pas être notre but. Apprenons de la liturgie le désir de ce but de notre vie. Toute l’année est une marche des Mages sous la conduite de l’étoile vers le but suprême, le Christ.

3. Notre or. Mettons-nous aujourd’hui dans le rôle du premier Roi Mage et réfléchissons à la manière dont nous pourrons présenter au divin Roi nouveau-né notre or. Qu’est-ce qui constitue notre or ? Notre or est tout d’abord notre amour, rouge comme l’or, pur et de bon aloi comme l’or, le grand, le fort amour de Dieu dont le Christ lui-même a dit : tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toutes tes forces et de tout ton esprit ; dont saint Paul dit : qui pourrait nous séparer de la charité du Christ ? Sera-ce la tribulation, l’angoisse, la persécution, la faim, la nudité, le danger ou l’épée ?.. Rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu qui est dans le Christ Jésus Notre Seigneur.

Notre or est ensuite notre fidélité, cette fermeté, cette persévérance qui ne se laisse ébranler ni par les coups ni par les souffrances ni par les persécutions, la fidélité jusqu’à la mort.

Notre or c’est aussi la sincérité et la loyauté de nos sentiments qui seront tels qu’ils se manifesteront. On peut tromper les hommes, on ne trompe pas Dieu. Le monde aime prendre des masques de toutes sortes, mais le chrétien doit se montrer à visage ouvert, être vrai et loyal, il ne doit pas être du clinquant, mais de l’or vrai.

Il est encore un or que nous pouvons déposer sur l’autel, le plus précieux présent de la terre. La secrète nous l’indique, c’est Jésus-Christ lui-même que nous offrons au Saint-Sacrifice à son Père céleste et qui “par ces dons (symboliques) est offert, sacrifié et mangé ”. Oui, l’Eucharistie est l’or véritable qui ne perd jamais ni son éclat, ni sa valeur. Sommes-nous bien persuadés de la grandeur de la messe ? C’est le grand don royal et c’est par elle que nous sommes “ une race élue, un sacerdoce royal, une tribu sainte ” (1. Pier. II, 9).

4. Lecture de l’Écriture (Rom. XII, 1-6). — Nous sommes arrivés à la partie morale qui est plus facile à comprendre et plus édifiante pour nous. Le Chapitre XII que nous lisons aujourd’hui est si beau que l’Église y a pris les Épîtres des deux premiers dimanches après l’Épiphanie. “ Je vous en conjure, mes frères, par la miséricorde de Dieu : offrez votre corps comme un sacrifice vivant, saint et agréable à Dieu. Que ce soit votre culte raisonnable... ” C’est notre or que nous devons justement offrir aujourd’hui. Ensuite saint Paul parle en termes magnifiques de la vie commune des chrétiens. “ Nous sommes tous un corps dans le Christ et nous sommes mutuellement les membres, munis de dons différents... ” Sur ce fondement du corps mystique il établit cette construction : “ Que l’amour soit sans hypocrisie. Soyez des hommes qui haïssent le mal, qui s’attachent au bien, mutuellement adonnés à la charité fraternelle, ; rivalisant de respect réciproque... soyez joyeux dans l’espérance, patients dans les tribulations, persévérants dans la prière. Prenez part aux besoins des saints (des chrétiens), exercez avec zèle l’hospitalité. Bénissez ceux qui vous persécutent, bénissez et ne maudissez pas. Réjouissez-vous avec ceux qui se réjouissent, pleurez avec ceux qui pleurent... S’il est possible et autant qu’il dépend de vous, gardez la paix avec tous les hommes... ne vous laissez pas vaincre par le mal, mais par votre bonté soyez vainqueurs du mal. ”

5. Les saints du jour. — Le livre d’or de l’Église nous raconte : En Norique (aujourd’hui la Haute et Basse Autriche, la Styrie), saint Séverin. Il a propagé le christianisme parmi ce peuple et mérité le nom d’Apôtre de la Norique. Par la permission divine ses restes arrivèrent à Lucullano, près de Naples, et furent plus tard transférés dans le monastère de Saint-Séverin.

9 JANVIER

Quatrième jour de l’Octave de l’Épiphanie (semi-d.)

Notre encens.

1. Prières des Heures. — Au second Nocturne, nous lisons un sermon très surnaturel du pape saint Léon I. Il nous est d’autant plus précieux qu’il fut prêché dans un centre très liturgique, à Saint-Pierre, pendant la célébration de l’antique fête de l’Épiphanie. “ Récemment, nous avons célébré le jour où la Vierge très pure enfanta le Rédempteur. Aujourd’hui, il nous est donné, mes très chers, par la solennité vénérable de l’Épiphanie du Seigneur, de continuer notre joie, afin qu’au milieu des mystères semblables de fêtes apparentées, la force de notre joie et l’ardeur de notre foi ne soient pas diminuées. Le salut de tous les hommes nous est indiqué par ce fait que l’enfance du Médiateur entre Dieu et les hommes fut manifestée au monde, alors qu’il était encore caché dans une petite ville chétive... C’est pourquoi apparut alors. aux trois Mages, en Orient, une étoile d’une clarté nouvelle, qui, plus brillante et plus belle que les autres. astres, attirait facilement le regard et l’esprit des. observateurs... Celui qui avait donné un signe du ciel accorda aussi à ceux qui le voyaient la grâce de le connaître. Et ce qu’il faisait connaître il le fit aussi chercher et, après les recherches, il le fit trouver. Les trois hommes suivent la conduite de la lumière céleste. Avec une attention soigneuse, ils suivent le signe qui leur montre le chemin et les précède. Par l’illumination de la grâce, ils furent conduits à la connaissance de la vérité. Ils croyaient que cette naissance du Roi que leur signalaient des renseignements. humains, ils devaient aussi la chercher dans la ville royale. Mais Celui qui avait pris la forme de l’esclave et qui n’était pas venu pour juger mais pour être jugé, avait choisi Bethléem pour sa naissance et Jérusalem pour ses souffrances. ”

Au troisième Nocturne, nous entendons la quatrième et dernière partie du sermon de saint Grégoire (ainsi donc deux sermons historiques pour la fête de l’Épiphanie à Saint-Pierre, l’un vers 450, l’autre vers 600 ; transportons-nous par la pensée, en lisant ces sermons, dans ce temps vénérable). Le saint docteur nous parle de l’autre chemin ”.

Les Mages nous donnent une leçon importante par ce fait qu’ils “ rentrèrent dans leur pays par un autre chemin ”. En agissant ainsi sur l’ordre d’en-haut, ils nous indiquent ce que nous devons faire nous-mêmes. Notre patrie est le Paradis, mais après avoir connu Jésus nous ne pouvons pas y parvenir en prenant “ le chemin par où nous sommes venus ”. Nous nous sommes éloignés de notre patrie par l’orgueil et la désobéissance en aimant ce qui est sensuel et en goûtant au fruit défendu. Nous devons donc “ retourner ” dans les larmes, dans l’obéissance, dans le mépris des sens et l’assujettissement de la chair. Nous revenons alors “ par un autre chemin dans notre patrie ”. Chassés des joies du Paradis à cause de la jouissance défendue, nous y sommes rappelés par les larmes. — Il est nécessaire par conséquent, mes très chers frères, que, dans une sainte crainte constante et dans une défiance salutaire, nous ayons toujours devant les yeux, d’une part, nos méfaits et, d’autre part, la sentence du dernier jugement. Songeons que le Juge sévère apparaîtra, le Juge qui nous menace de son jugement, mais nous en cache le jour ; le Juge qui inspire de la terreur aux pécheurs et cependant attend avec tant de mansuétude et ne retarde son retour que pour trouver en nous moins de sujet de condamnation. Punissons par des larmes de pénitence nos délits et, pour citer un psaume (psaume 94), allons au-devant de son retour avec la confession de nos fautes. Ne nous laissons aucunement prendre au piège des passions, ne nous laissons pas tenter par la joie malsaine du monde, il est toujours tout proche, le Juge qui a dit : “ Malheur à vous qui riez maintenant car vous serez dans le deuil et vous pleurerez ” (Luc, VI, 23).

Au lever du soleil, nous chantons : “ Nous avons vu son étoile en Orient et nous sommes venus avec des présents l’adorer. ”

Au coucher du soleil, nous chantons : “ Hérode demanda aux Mages : “ Quel signe avez-vous vu qui vous indique le Roi nouveau-né ? ” — “ Nous avons vu une étoile brillante dont l’éclat éclaire le monde. ”

2. La messe. — C’est un tableau riche en couleur et de sens profond que le Prophète Isaïe déploie devant nous à la leçon de la messe. Nous voyons au-dessus de la ville de Jérusalem se lever le divin soleil, la gloire du Seigneur. Le Prophète éveille la cité de son sommeil nocturne, il l’invite à illuminer ses maisons. Il montre que toute la région environnante est plongée dans les ténèbres d’une nuit profonde ; au-dessus de Jérusalem seule se lève le soleil. De nouveau, il s’adresse à la ville. Lève tes yeux et vois : En troupes, voici qu’accourent les païens, ce seront tes nouveaux fils et tes nouvelles filles. Tu te réjouiras et t’étonneras de cette affluence. Ils viennent vers toi dans les costumes les plus divers : toutes les races et toutes les nations sont représentées ; un flot de chameaux et de dromadaires approche. Ces peuples ne viennent pas les mains vides, ils apportent de l’or et de l’encens.

Telle est l’image. Nous savons ce qu’elle signifie. L’arrivée des Mages n’est que le premier accomplissement symbolique de cette prophétie. Jérusalem est la sainte Église que le Christ vient de fonder. Pendant que le reste du monde est plongé dans les ténèbres du paganisme, du péché et de l’ignorance, brille au-dessus de l’Église la divine lumière. Et maintenant commence la conversion des païens pour la joie de l’Église. Combien de fils et de filles lui naissent chaque année ! Ne voyons-nous pas que l’Épiphanie est la fête de l’Église des Gentils ? Le merveilleux tableau se complète sans cesse depuis la première Pentecôte jusqu’à la fin du monde. Heureux sommes-nous de faire partie de cette troupe élue qui, des ténèbres du monde, est venue à la lumière de l’Église. Ouvrons toutes grandes les portes de notre cœur et laissons y pénétrer les rayons de ce divin Soleil, qu’il en éclaire tous les recoins les plus intimes. Cependant ne venons pas les mains vides. Que l’or et l’encens soient nos présents royaux. L’or est notre vocation, notre travail ; l’encens notre prière et notre culte. Deux mots résument notre présent de fête : Ora et labora, prie et travaille.

3. Notre encens. — Offrons aujourd’hui au Seigneur avec le second Mage, de l’encens. L’encens est. dans la liturgie, le symbole de l’adoration du Christ. A la grand’messe, à l’Évangile comme à l’Élévation, on offre de l’encens à Notre Seigneur ; de même dans le culte extra-liturgique de l’Eucharistie, on emploie l’encens comme un témoignage d’adoration. En offrant l’encens, la communauté chrétienne veut aujourd’hui manifester sa foi vivante à la divinité de Jésus-Christ. et à la présence réelle de l’Homme-Dieu dans nos saints mystères. Il ne faut pas que ce soit une foi théorique. mais cette foi chaude et vivante qui devient brûlante au Saint-Sacrifice. A l’Évangile, le Christ est au milieu de nous et nous parle et, pendant le Canon, caché sous les voiles eucharistiques, il est réellement présent. Voilà quel est notre encens.

Mais l’encens est aussi le symbole de la prière : “ Que ma prière s’élève vers toi, comme la fumée de l’encens ”, chante chaque soir l’Église avant le Magnificat. Offrons donc aujourd’hui au Seigneur le don de notre prière. La prière est, il est vrai, quelque chose de tout personnel, s’élevant de notre âme vers l’Esprit de Dieu, et plus elle sort des profondeurs de l’âme, meilleure elle est. Mais la prière est aussi le service de cour que nous devons à la divine Majesté. Notre Mère l’Église nous en apprend l’étiquette dans sa liturgie. La prière la plus agréable à Dieu est toujours la prière de l’Église et avec l’Église, parce que cette prière est, en dernière analyse, la prière du Christ, du Christ mystique dont l’Église est précisément le corps. Ainsi nous offrons aujourd’hui au Seigneur, avec l’encens, la prière liturgique.

Enfin nous mettons dans ce sacrifice d’offrande toute notre vie religieuse, notre piété au sens le plus large, nous offrons avec l’Apôtre (Rom. XII, 1) notre corps comme un sacrifice vivant, agréable à Dieu, c’est notre culte raisonnable ”.

4. Lecture d’Écriture. — Au premier Nocturne de Matines, saint Paul, dans son Épître à l’Église des Gentils (Rom. Chap. XIII et XIV), parle de nos relations avec l’État et l’autorité séculière : “ Que tous soient soumis à l’autorité. Car il n’y a aucune autorité qui ne vienne de Dieu ; là où il en existe une, elle a été établie par Dieu. Celui, par conséquent, qui se soulève contre l’autorité résiste à l’ordre de Dieu... C’est pourquoi on doit lui être soumis non seulement à cause du châtiment mais encore à cause de la conscience. Pour ce motif, payez-lui aussi les impôts, car ceux qui sont chargés de ce service sont les ministres de Dieu. Rendez à chacun ce qui lui est dû, l’impôt à qui est dû l’impôt, le tribut à qui est dû le tribut, la crainte à qui est due la crainte, l’honneur à qui est dû l’honneur. ” Ces quelques mots règlent toute notre attitude envers les pouvoirs publics ; ce passage est un commentaire de la parole célèbre du Sauveur : “ Rendez à César ce qui appartient à César et à Dieu ce qui appartient à Dieu. ”

5. Saints du jour. On lit dans le martyrologe : “ A Arezzo en Toscane (Italie centrale), le bienheureux pape Grégoire X. Il était originaire de Plaisance (Haute Italie) et avait été archidiacre à : Liége (Belgique) avant d’être élevé sur le Siège Apostolique. Il tint le second concile de Lyon. Là il parvint à amener une union avec les schismatiques Orientaux et à mettre fin au conflit qui divisait les peuples chrétiens. Il employa beaucoup de zèle à recouvrer la Terre Sainte. Ainsi son gouvernement fut animé des plus nobles intentions. ”

10 JANVIER

Cinquième jour de l’Octave de l’Épiphanie (semi-d.)

La procession d’offrande de la messe.

1. Prière des Heures. — Au deuxième Nocturne, nous entendons des extraits d’un sermon de saint Maximin, évêque de Turin (milieu du Ve siècle), sur les trois mystères de la fête : “ Dans cette grande fête, nous pouvons, selon la tradition de nos pères, nous réjouir de plusieurs mystères. Aujourd’hui, nous racontent-ils, le Seigneur fut trouvé par des païens que guidait une étoile et adoré par eux ; aujourd’hui, comme convive à des noces, il a change l’eau en vin ; aujourd’hui, il a, des mains de Jean, reçu le Baptême et ainsi il a sanctifié les eaux du Jourdain et en même temps purifie son baptiseur. Quel est des évènements de ce Jour le plus Important ? Celui-la le sait qui les a accomplis. Quant à nous, nous devons être persuadés que tout ce qui est arrivé est arrivé à cause de nous.

Car que les Chaldéens aient été amenés par l’éclat d’une étoile qui brillait d’une manière étrange, à venir l’adorer, cela donna, aux païens l’espérance de parvenir au culte du vrai Dieu. Que l’eau ait été changée en vin d’une manière merveilleuse, cela présageait le mystère d’un nouveau breuvage divin ; que l’Agneau de Dieu ait été baptisé, cela nous montre le bienfait et le salut du Baptême qui nous a fait renaître. Il convient donc, mes frères, qu’en l’honneur du rédempteur dont nous avons célébré récemment la nativité, avec toute la joie convenable, nous fêtions aussi avec piété ce jour natal de ses œuvres merveilleuses. Comme il convient donc que ces trois évènements mystérieux nous soient annoncés en un seul jour, à nous qui confessons solennellement le mystère ineffable de la Sainte Trinité sous le nom unique de Dieu ! Par ce miracle donc Notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ voulut se manifester aux regards des mortels, afin que sa divinité invisible, qui était cachée dans sa forme humaine, se manifestât visiblement dans ses œuvres. ” — Aujourd’hui nous pensons le matin et le soir aux dons que nous apportons : “ Tous les peuples viendront de loin et apporteront des présents, Alleluia ” (Ant. Ben). “ Ils viendront tous de Saba, apportant de l’or et de l’encens, Alleluia, Alleluia ”. (Ant. Vêp.).

2. La messe. — Dans tous les temps, les présents des Mages ont attiré l’attention de la chrétienté. On en a tressé toute une guirlande mystique et symbolique. Or. dans l’antiquité chrétienne. la démarche des Mages. pour offrir leurs présents était considérée comme le symbole de la procession des fidèles à la messe. Nous en trouvons une preuve frappante dans une mosaïque de Ravenne. Là des deux côtés de la nef est représentée l’Offrande de l’empereur et de l’impératrice avec leur suite. L’Empereur porte le pain, et l’Impératrice le vin, à l’autel ; sur le vêtement de l’Impératrice est brodée la marche des Mages.

La messe de la fête elle-même suppose ce symbole en mettant sur les lèvres des fidèles, pendant l’Offrande, les versets du psaume 71 : “ Les rois de Tharsis et des îles offriront des présents, les rois d’Arabie et de Saba apporteront leurs dons...” L’Église veut dire par là : Dans le drame sacré, les fidèles représentent les Mages qui apportent au divin Roi des présents précieux comme l’or, saints comme l’encens, marquant le sacrifice comme la myrrhe. Cela ne s’applique pas seulement à l’Octave de la fête, nous devons toujours avoir devant les yeux la marche des Mages et leurs présents, toutes les fois que — bien que ce soit seulement en esprit — nous faisons l’Offrande à la messe.

Et nos offrandes ont tant d’analogie avec celles des Mages ! Le sens de l’Offrande est en effet le don de sa propre personne ; le don représente le donateur. Ainsi donc l’Offrande doit ressembler à l’or ; elle doit être ce qu’il y a de plus vrai, de plus pur et de plus précieux en nous. Elle doit ressembler à l’encens, car elle est l’expression de la plus profonde soumission à Dieu. Tel était en effet le sens le plus ancien du sacrifice

(cf. Caïn et Abel). Elle doit enfin ressembler à la myrrhe, car il n’y a que ce qui est pénible qui soit digne d’un sacrifice. Enfin les trois dons symbolisent tout l’ensemble de notre vie : travail, prière et souffrance. Apportons chaque jour ces trois dons au sacrifice de la messe.

L’Église a encore une interprétation plus profonde de ces présents dans la secrète de la messe, mais nous en parlerons une autre fois.

3. Notre myrrhe. — Offrons aujourd’hui, avec le troisième Mage, notre myrrhe. Que signifie-t-elle ? Avant tout, c’est la foi vivante au Seigneur crucifié. Nous rendons-nous compte véritablement et d’une manière vivante, qu’au Saint-Sacrifice, la mort du Christ sur la croix nous est rendue présente ? “ Toutes les fois que vous mangerez de ce pain, ... vous annoncerez la mort du Seigneur jusqu’à ce qu’il revienne. ” Saint Paul dit aussi qu’il ne veut rien connaître que le Christ et le Christ crucifié. Sommes-nous remplis de reconnaissance et d’amour pour le Christ crucifié ? “ Portons-nous les stigmates du Christ dans notre corps ? ” Voilà ce que doit nous rappeler l’offrande de la myrrhe.

La myrrhe signifie aussi, d’après les Pères, la mortification de la chair. Nous trouvant dans l’état de nature déchue, nous devons considérer notre chair comme un ennemi ; il n’y a aucune alliance possible : “ Celui qui ne se renonce pas lui-même et ne prend pas sur lui sa croix ne peut être mon disciple. ”

Enfin la myrrhe c’est la souffrance de notre vie. Le contenu de notre vie se compose surtout de ces trois choses : travail, prière, souffrance. Des trois, la plus précieuse est la souffrance supportée dans l’abandon et l’union à Dieu. Mettons, aujourd’hui et chaque jour, la souffrance ainsi acceptée sur l’autel, au moment de l’Offrande. Ce ne sera plus alors notre souffrance mais une partie de la Passion du Christ et nous pourrons “ compléter ce qui manque aux souffrances du Christ ”. Croyons bien que seuls les privilégiés de Dieu sont choisis pour aider le Christ mystique à porter sa Croix. La souffrance est un martyre et l’Église ne met rien au-dessus du martyre.

4. Lecture d’Écriture. — L’Apôtre des Gentils nous parle de la vraie tolérance (Rom. XIV, 1-13) ; lui qui voulait être Juif avec les Juifs, Grec avec les Grecs, “ tout à tous ” ; lui qui chez ses coreligionnaires a trouvé tant d’intolérance, peut nous enseigner la vraie tolérance chrétienne qui n’abandonne pas un pouce des principes, mais par la charité rétablit les bonnes relations avec les personnes : “ Personne d’entre nous ne vit pour soi et personne ne meurt pour soi ; mais, quand nous vivons, nous vivons pour le Seigneur et, quand nous mourons, nous mourons pour le Seigneur. Ainsi donc, que nous vivions ou que nous mourions, nous appartenons au Seigneur. Car le Christ est mort et est redevenu vivant pour régner sur les vivants et les morts... Ne nous jugeons pas les uns les autres, efforcez-vous plutôt de n’être pas pour vos frères une pierre d’achoppement et un scandale. ”

11 JANVIER

Sixième jour de l’Octave de l’Épiphanie (semi-d.)

Par un autre chemin.

1. Prière des Heures. -Au second Nocturne, nous entendons un sermon très instructif de saint Fulgence, évêque de la petite ville maritime de Ruspe dans l’Afrique du Nord : “ Dieu qui, dans l’Ancien Testament, a ordonné de lui offrir les prémices, a consacré lui-même, quand il est devenu Homme, les prémices des Gentils à son culte. Les bergers étaient les prémices -du judaïsme, les Mages furent les prémices de la gentilité. Les premiers furent amenés du voisinage, les autres furent ramenés des pays lointains. “ Où est ”, demandent-ils, “ le Roi des Juifs qui vient de naître ? ” A Hérode, le roi des Juifs, plusieurs fils étaient déjà nés. Archelaüs naquit dans un palais, le Christ dans un abri de passage. Archelaüs fut placé à sa naissance dans un berceau d’argent, le Christ dans une étroite crèche ; et pourtant celui qui est né dans un palais est négligé, celui qui est né dans un abri de passage est recherché ; le premier n’est même pas nommé par les Mages, mais le Christ, dès qu’ils l’ont trouvé, est adoré humblement et à genoux. Qui est ce Roi des Juifs ? Il est pauvre et riche, abaissé et sublime. Qui est ce Roi des Juifs que l’on porte dans les bras comme un nourrisson et qui est adoré comme Dieu, petit dans sa crèche, immense dans les cieux, sans apparence dans ses langes, glorifié parmi les étoiles ? D’où vient, Hérode, que tu te troubles tant ? Ce Roi qui vient de naître, ne vient pas dans le monde pour vaincre les rois, dans le combat, mais pour les subjuguer merveilleusement par sa mort. Il n’est pas né pour être ton successeur, mais pour que le monde croie fidèlement en lui. Il ne vient pas pour exposer sa vie dans les combats, mais pour triompher dans sa mort. Ce petit Enfant que les Mages nomment le Roi des Juifs est aussi le Créateur et le Seigneur des anges. Tu trembles à la venue d’un enfant qui ne parle pas encore, il te faut pourtant craindre bien davantage la toute-puissance du Juge. Ne crains pas en lui le successeur de ton royaume, mais le juste Juge qui condamnera ton incrédulité. ”

L’Antienne de Benedictus a aujourd’hui un accent inattendu : “ Ils viendront vers toi ceux qui te blasphèment et ils adoreront la trace de tes pas ” (Is. LX, 14). Nous songeons à la conversion des païens, mais aussi à celle des persécuteurs du Christ, par exemple : de Saul. Le soir nous chantons : “ Les Mages, avertis dans leur sommeil, s’en retournèrent dans leur pays par un autre chemin. ”

2. La messe. — Hier nous avons vu que la démarche des Mages symbolisait l’Offrande des fidèles. Mais dans la secrète, l’Église nous donne une interprétation plus profonde des “ dons royaux ”. Ils symbolisent l’Offrande ta plus précieuse, le Fils de Dieu. Quelle est donc notre véritable offrande à la messe ? Ce ne sont pas les dons de l’Offrande, le pain et le vin, mais le corps et le sang de Jésus-Christ dans lesquels sont changés le pain et le vin. Les fidèles n’offraient ces dons que pour exprimer par là que le corps et le sang du Christ étaient leur sacrifice. Oui, telle est l’essence du Saint-Sacrifice de la messe : le corps du Seigneur sacrifié dans la mort, l’Agneau immolé est placé dans nos mains, nous pouvons l’offrir au Père céleste en expiation de nos fautes, pour le remercier de ses bienfaits, pour lui demander ses grâces. Et cet Agneau du sacrifice y est symbolisé par les dons des trois Mages. Il est l’or. Y a-t-il quelque chose de plus précieux pour nous sur la terre ? Il convient de lui offrir de l’or, car il est le Roi des rois. Il est l’encens qu’on offre à Dieu en sacrifice. Le Christ n’est pas seulement l’Agneau du sacrifice, il est aussi le grand Prêtre dont la prière s’élève comme un encens. Il est la myrrhe, car la chair qui fut vraiment immolée et le sang qui coula vraiment sur la Croix sont devant nous sur l’autel.

Les trois parties du Sacrifice de la Messe trouvent aussi un beau symbole dans les trois dons. L’Offertoire est l’or. La signification de l’Offrande est en effet le don de soi-même et ce don doit être vrai et pur comme l’or. La Consécration ressemble à l’encens ; c’est en effet l’action sacerdotale par excellence tant pour les prêtres consacrés que pour le sacerdoce général des fidèles. Car le peuple exerce en premier lieu son sacerdoce royal par la participation active à la messe. La Communion enfin ressemble à la myrrhe. Le corps du Seigneur fut jadis déposé, avec de la myrrhe, dans le tombeau taillé dans le roc. Aujourd’hui le même corps descend dans le tombeau de notre cœur, conservé par la myrrhe de la grâce, pour ressusciter dans notre vie vertueuse et chrétienne.

3. Considérons aujourd’hui la démarche des Mages et comparons-la avec celle que nous faisons pour aller à l’église. Le voyage des Mages, tant à l’aller qu’au retour, leur ménagea des joies et des peines. Ce ne fut certes pas une décision facile que de quitter leur pays pour s’en aller dans des pays étrangers, inconnus et dangereux et de se confier à la conduite d’une étoile. Ce voyage dura peut-être des semaines et rencontra bien des difficultés, quand ce ne serait que le séjour auprès d’Hérode. Quelle dut être l’impression des Mages quand, à Jérusalem, l’étoile disparut et qu’Hérode prit une attitude si énigmatique ! Mais leur joie n’en fut que plus grande quand ils revirent l’étoile qui les conduisit au but désiré : “ ils se réjouirent d’une très grande joie. ” Leur retour dans leur pays ne fut pas, non plus, exempt de difficultés (Saint Jean Chrysotome décrit, dans le bréviaire, les difficultés de la foi) ; le retour précipité, la fuite devant Hérode, dont ils avaient trompé l’attente, rendit leur retour pénible. Mais la joie du grand événement, ils la portèrent continuellement, toute leur vie, dans leur cœur.

Nous aussi, nous faisons souvent, peut-être tous les jours, un voyage semblable pour aller à l’église et pour en revenir : ce voyage a bien des rapports avec celui des Mages. Pour nous aussi, le voyage pour aller à l’Église nous demande des sacrifices mais nous apporte aussi beaucoup de joie. Il s’agit de se lever à temps, de marcher parfois par le vent et le mauvais temps, par la pluie et la neige, le froid et l’obscurité. Il y a souvent un Hérode qui veut nous retenir : notre propre paresse qui nous empêche de nous lever, notre famille qui trouve insensé d’aller tous les jours à la messe. Cependant si nous triomphons de tous ces obstacles, nous goûterons quelque chose de la “ très grande joie ” des Mages. Estimons notre voyage vers l’église, c’est un voyage liturgique. Dans l’ancienne Église, les fidèles se réunissaient dans l’ecclesia collecta et de là se rendaient en procession, en priant et en chantant, à l’église de station où avait lieu le Saint-Sacrifice. Nous pouvons nous représenter quelque chose de semblable. Notre demeure est l’église de réunion, nous l’avons justement fait bénir le jour de l’Épiphanie, comme une église, avec de l’encens et de l’eau bénite. Là, nous nous sommes rassemblés en esprit, maintenant commence la procession. Malgré notre isolement nous ne sommes pas seuls ; notre ange gardien nous accompagne et les saints nous précèdent. C’est donc une vraie procession. — En chemin, méditons l’Introït qui nous donnera le symbolisme de notre démarche. Récitons l’un ou l’autre verset du psaume : “ Comme mon cœur s’est réjoui à la joyeuse nouvelle, c’est à la maison de Dieu que nous allons ! ” Pensons aux dons royaux que nous déposerons sur l’autel, à l’intention pour laquelle on offrira le Saint-Sacrifice. Cette démarche doit être une démarche sainte. Notre retour aussi doit être recueilli, rempli du bonheur de la visite du divin Roi, accompagné de réflexions sur l’œuvre journalière qui commence. Établissons un pont d’or entre le mystère du jour et nos obligations quotidiennes. Le souvenir constant du voyage des Mages sanctifiera celui que nous faisons pour nous rendre à l’église.

4. Lecture d’Écriture. — Saint Paul continue d’exposer ses idées sur le support mutuel (Rom. XV, 1-16). (Ces pensées sont particulièrement opportunes en cette fête de la réconciliation générale des peuples qu’est l’Épiphanie). L’exemple du Christ éclaire ces pensées. “ Nous devons, nous qui sommes forts, supporter les faiblesses des faibles, sans chercher à nous plaire à nous-mêmes. Chacun de nous doit chercher à faire plaisir à son prochain pour le bien et pour l’édification. Car le Christ lui-même ne rechercha pas son bon plaisir comme il est écrit : les injures de ceux qui t’injuriaient sont tombées sur moi. ” Dans la suite nous entendons l’Apôtre expliquer les relations des Juifs et des Gentils avec le Christ. Nous avons déjà : entendu ce passage, comme Épître, le second dimanche de l’Avent, nous le lisons ici dans une nouvelle lumière : “ Le Christ a été Juif à cause de la fidélité de Dieu (car telle était la promesse). Quant aux Gentils, ils peuvent louer Dieu à cause de sa miséricorde parce que, sans mérites et sans promesses, ils ont été appelés. ” Paul est arrivé à la conclusion de son Épître, il développe maintenant ses plans d’avenir. Après son travail missionnaire dans l’Orient, il aspire à se rendre dans l’Occident lointain. “ J’espère, quand je me mettrai en route pour l’Espagne, vous voir en passant et, après avoir un peu joui de votre présence, prendre congé de vous pour aller là-bas... Mais je sais que si je viens vers vous j’y viendrai avec l’abondance des bénédictions du Christ. ”

12 JANVIER

Septième jour de l’Octave de l’Épiphanie (semi-d.)

Nous avons vu son étoile en Orient.

1. Prière des Heures. — Le grand prédicateur, saint Jean Chrysostome, nous donne, aujourd’hui, de belles considérations sur la foi des Mages, avec des sentiments presque modernes : “ Les Mages entrèrent dans la maison et virent l’Enfant avec Marie sa Mère. Ils tombèrent à genoux, ouvrirent leurs trésors et lui offrirent de présents : de !’or, de l’encens et de la myrrhe. Mais qu’est-ce qui peut bien les avoir déterminés à adorer l’Enfant ? La Vierge n’avait pourtant rien de remarquable en elle et la maison était loin d’être magnifique. Et par ailleurs, il n’y avait rien là qui pût les remplir d’étonnement et les porter à l’adoration. Et pourtant ils ne se contentent pas d’adorer, mais ils ouvrent leurs trésors et offrent des présents comme on n’en offre pas à un homme mais à Dieu seul. L’encens et la myrrhe indiquent nettement Dieu. Qu’est-ce qui les a déterminés à une telle manière de faire ? La même raison qui les fit quitter leur pays et entreprendre un si grand voyage, c’est-à-dire l’étoile et l’illumination du cœur que Dieu lui-même leur accorda. Cette illumination les amena peu à peu à une connaissance plus complète. S’il n’en avait pas été ainsi, ils ne lui auraient pas témoigné un si grand honneur. Car tout ce qu’ils pouvaient voir avait un aspect misérable. Ce qui tombait sous leurs sens n’avait aucune importance : la crèche, la grotte, une Mère pauvre. Cela arriva pour que tu puisses reconnaître la haute sagesse des Mages et apprendre qu’ils ne sont pas venus trouver seulement un homme, mais un Dieu et un Dieu bienfaiteur. C’est pourquoi ils ne se scandalisèrent pas de ce qu’ils pouvaient voir extérieurement, mais ils adorèrent et offrirent des présents, présents qui se distinguèrent fortement de la grossièreté juive. Car ils n’offrirent pas des moutons et des veaux, mais des dons spirituels, apparentés à la sagesse de l’Église : science, obéissance et amour, voilà les présents qu’ils offrirent. “ Et dans un songe, ils reçurent l’avertissement de ne pas retourner voir Hérode ”, c’est pourquoi ils rentrèrent dans leur pays par un autre chemin. Qu’on considère là leur foi. Non seulement ils ne se scandalisent pas, mais ils sont aussi très calmes et obéissants, ils ne se troublent pas et ne tiennent pas entre eux de discours de ce genre : “ Vraiment, cet enfant a-t-il vraiment de l’importance et possède-t-il une puissance quelconque ; à quoi bon fuir et se dissimuler ? Nous sommes venus ouvertement et pleins de confiance vers ce grand peuple et nous nous sommes présentés devant le roi furieux ; pourquoi maintenant l’ange nous renvoie-t-il chez nous comme des fugitifs ? ” Ils ne parlent ni ne pensent ainsi. La véritable foi se manifeste en ce qu’elle ne cherche pas le motif du commandement mais obéit simplement. ”

L’antienne du lever du soleil est de toute beauté :

Il est manifestement sublime le mystère de la piété :

Il a été accrédité par l’Esprit,

Manifesté aux anges,

Annoncé aux peuples,

Cru dans le monde,

Reçu dans la gloire, Alleluia. ”

2. La messe. — Deux fois, à la messe de la fête, le peuple chante ce passage de l’Évangile ; “ Nous avons vu son étoile dans l’Orient et nous sommes venus avec des présents adorer le Seigneur. ” On le chante à l’A1leluia et à la Communion. Qu’est-ce que cela veut dire ? Ce que le chœur chante, il se l’approprie. Par conséquent, quand la communauté chante ces paroles, elle se met à la place des Mages. Elle a vécu elle aussi une expérience semblable, elle aussi est arrivée au but et veut adorer le Seigneur qui s’est manifesté. ri Demandons-nous pourquoi elle le fait précisément à ces deux moments ? C’est que ce sont les deux moments principaux de la manifestation du Christ à la messe. Le chant de l’A1leluia est l’annonce de la manifestation du Christ dans le symbole de l’Évangile. La Communion rappelle, dans le drame sacré, le moment le plus solennel de l’histoire des mages. Comme les Mages, œ nous nous prosternons devant le Fils de Dieu caché sous les apparences sacramentelles. Ce chant est donc tout à fait approprié à ce moment, surtout si nous le considérons comme le chant de procession des communiants. Chaque partie est à sa place dans cette messe d’un caractère vraiment classique.

3. Lecture d’Écriture (Rom. XVI, 1-24). — Le dernier chapitre contient des salutations et les dernières recommandations : “ Saluez-vous mutuellement dans le saint baise, toutes les Églises du Christ vous saluent. ” Le baiser de paix est passé dans la liturgie comme symbole de la charité fraternelle. “ La nouvelle de votre obéissance dans la foi est parvenue partout. C’est pourquoi je me réjouis à votre sujet et désire que vis-à-vis du bien vous soyez sage, et vis-à-vis du mal simples... Mais à Celui qui a le pouvoir de vous fortifier dans mon Évangile et dans la prédication de Jésus-Christ, — selon la révélation du mystère qui a été tenu sous silence pendant de longs siècles, mais qui est maintenant manifesté par les écrits prophétiques, selon l’ordre du Dieu éternel, pour produire l’obéissance dans la foi, et a été révélé à tous les peuples, — à Dieu seul sage soit honneur et gloire par Jésus-Christ ï dans les siècles des siècles. Amen. ”

4. Le symbole de l’étoile. — Les étoiles ont de tout temps attiré sur elle l’attention de l’humanité. Les païens eux-mêmes les considéraient comme les ; messagères d’un monde plus élevé. La Sainte Écriture admire, dans le firmament étoilé, la gloire et la grandeur de Dieu. Mais l’Écriture voit déjà, dans les étoiles, le symbole du divin. Ainsi, dans la prophétie de Balaam, le Christ est désigné comme une étoile : “ Une étoile sortira de Jacob” (Nomb. XXV, 17). Dans l’Apocalypse, le Christ se nomme lui-même “ l’étoile brillante du matin (Apoc. XXII, 16). Et ce n’est pas par hasard qu’une étoile a conduit les Mages vers le Sauveur. Dans la Sainte Écriture, les Apôtres, les évêques, les docteurs de l’Église sont également comparés aux étoiles. Enfin les saints et les justes au ciel sont désignés comme des étoiles qui reçoivent leur éclat du Christ lui-même et rayonnent elles-mêmes dans la gloire éternelle. L’art chrétien primitif se rattache à la Sainte Écriture et voit dans l’étoile : a) le symbole du Christ. Par suite on unit volontiers l’étoile au signe du Christ. Ainsi on aime à représenter l’étoile des Mages comme monogramme (préconstantinien) du Christ (cf. p. 232). L’étoile symbolise ensuite : b) le retour du Christ (Parousie) et le paradis. C’est pourquoi nous trouvons aux voûtes des tombeaux, dans les mausolées, des étoiles. On aimait les y placer parce qu’elles représentaient précisément la béatitude céleste. Mentionnons, par exemple, le célèbre mausolée de Galla Placida à Ravenne. Tout le couvercle est semé d’étoiles sur fond bleu et, au milieu, brille une grande croix latine. Ceci représente le retour du Christ et la gloire céleste. On trouve souvent, au milieu des étoiles, le signe du Christ, la couronne de victoire, l’ancre. La signification est toujours la même : le Christ et la gloire éternelle.

DIMANCHE

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DANS L’OCTAVE DE L’ÉPIPHANIE

Fête de la Sainte Famille (double majeur)

Le dimanche dans l’Octave de l’Épiphanie forme la transition entre l’histoire de la jeunesse du Sauveur et son ministère public, car au jour Octave on célèbre déjà son baptême dans le Jourdain. C’est pourquoi l’Église nous présente aujourd’hui l’Enfant-Jésus à l’âge de douze ans. C’est sans doute encore un Enfant, mais il nous fait déjà songer à son ministère futur. — Mais cet office antique et très beau est actuellement supplanté par la fête de la Sainte Famille. La messe du dimanche est reportée au premier jour libre, généralement au lundi. Nous parlerons successivement de la fête de la sainte Famille et de la messe du dimanche.

SAINTE FAMILLE

En vérité tu es un Roi caché

1. Premières impressions. — Nous avons vu que la liturgie de Noël est l’œuvre de l’Orient et de l’Occident. L’Occident nous a donné la fête historique et intime de Noël et l’Orient la fête de l’Épiphanie placée au-dessus du temps. Mais chacune des deux Églises a compris et développé cette dernière fête à sa manière. L’Église d’Orient a pensé surtout aux magnificences de la visite royale et des noces, l’Église d’Occident a vu surtout la “ fête des Rois ”. La fête d’aujourd’hui nous montre que ce ne sont pas seulement les diverses contrées mais encore les diverses époques qui ont contribué à la formation de la liturgie. La plupart des fêtes du temps de Noël (à part celle du Saint Nom de Jésus) remontent aux temps de l’ancienne Église et ont comme un parfum d’antiquité. Celle d’aujourd’hui est issue du temps présent. La comparaison entre ces deux ordres de fête nous fera mieux connaître la manière et l’esprit de la liturgie. Quand on a récité les Matines et célébré la messe d’aujourd’hui, on est frappé de trois particularités : a) ici la pensée passe avant l’action ; b) le but de la fête est un enseignement, une leçon morale, c) le caractère sentimental est plus visible que dans les fêtes anciennes.

a) Les anciennes messes sont des mystères en action, c’est un drame divin dont les textes sont l’illustration ; l’avant-messe et même la prière des Heures sont l’image de ce qui se réalise au Saint-Sacrifice. La fête d’aujourd’hui est, dans ses textes liturgiques, une méditation de la vie cachée de la Sainte Famille à Nazareth. Les Matines et l’avant-messe n’ont qu’un lien assez lâche avec la messe elle-même. C’est une méditation vraiment attachante : le Roi caché dans sa vie d’obéissance ; sa sainte Mère, la Reine et la Vierge prêtre de la Sainte Famille ; Saint Joseph, l’humble chef de la sainte Famille ! Considérons la Sainte Famille dans le travail, dans la prière, dans la joie et dans la peine.

b) Quel est le but de la fête ? C’est un but particulier. Elle veut présenter aux familles, dont la vie a été si ébranlée par la grande guerre, l’exemple de la Sainte Famille de Nazareth. Ceci est encore une différence. Les anciennes messes et les anciennes fêtes nous donnent sans doute une leçon de vie, elles aussi, mais ce n’est pas là leur but principal. La fin et le but de Noël, c’est la venue du Christ. Notre fête veut renouveler la famille chrétienne. Nous autres chrétiens, qui sommes des liturgistes conscients, nous aurons à cœur de suivre l’exhortation pressante de notre Mère l’Église, nous développerons l’esprit du foyer au sein de notre famille, nous aurons du zèle pour la sainteté de la famille. N’oublions pas non plus de cultiver l’esprit de famille, dans notre communauté liturgique.

c) Notre fête plaçant au premier plan la méditation et l’enseignement, il n’est pas étonnant qu’elle fasse appel à tout ce qui peut émouvoir notre sensibilité. C’est pourquoi les textes sont très touchants. Celui qui n’est pas encore très initié à la liturgie éprouvera, par exemple, un grand charme à réciter les Matines ; les Hymnes, composés par le pape Léon XIII lui-même, sont très lyriques. Les Leçons du premier nocturne sont un miroir de vertus pour la famille chrétienne, les Répons sont de charmantes miniatures ; les Leçons des deux autres Nocturnes sont elles-mêmes attrayantes et touchantes. On le voit, l’Église est, dans sa liturgie, semblable au père de famille de l’Évangile : elle tire de son trésor “ du nouveau et de l’ancien ”.

2. La messe (Exultat gaudio) : La messe de la fête est claire et facile à comprendre : l’Evangile est le joyeux message de la vie cachée de Notre-Seigneur (la disparition de l’Enfant Jésus au temple ne joue dans cette fête qu’un rôle secondaire) ; le verset principal de l’Évangile est celui-ci : “ Il descendit avec eux et vint à Nazareth et il leur était soumis ”. Nous apprenons ici que souvent un Evangile n’est choisi qu’à cause d’une seule phrase. L’Epître veut nous peindre la vie de la sainte famille : la charité, l’humilité, la patience, la paix, la prière, au foyer de Nazareth. “ Tout ce que vous faites, en paroles et en œuvres, faites-le au nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ et rendez grâces à Dieu le Père par lui. ” L’Épître est en même temps un miroir de vertu pour chaque famille. Les Oraisons demandent l’intercession, la protection et l’imitation de la Sainte Famille. La dernière -demande que Marie et Joseph viennent à notre rencontre à l’heure de la mort et que Jésus nous reçoive dans les tabernacles éternels. Les chants sont lyriques, ils transportent l’âme pieuse dans la petite maison de Nazareth et nous montrent la Sainte Famille dans la joie (Intr.) : “ Comme elle est aimable ta demeure, Seigneur des armées, mon âme a soupiré avec ardeur vers les vestibules du Seigneur. ” L’Église applique aujourd’hui ce beau psaume à la petite maison de Nazareth. Le chant de l’Alleluia admire “ le Roi caché, Dieu d’Israël et Sauveur ”. Il est caché dans la petite maison de Nazareth. L’Offertoire convient très bien : la présentation de Jésus était une véritable offrande, ce qu’est aussi dans son essence notre sacrifice. La Communion nous permet aussi un beau rapprochement. De même que Notre-Seigneur “ descendit avec ses parents et vint à Nazareth ” il descend encore sur l’autel et “ nous est soumis ”.

3. Lecture d’Écriture (I. Cor. chap. 1). — Aux Matines, les Leçons du premier Nocturne sont choisies spécialement. Elles sont un développement de l’Épître. Elles contiennent des enseignements sur la vie chrétienne de la famille. Cependant nous commençons aujourd’hui la lecture suivie de l’Épître aux Corinthiens. Pour l’importance et l’étendue, cet Épître vient immédiatement après celle aux Romains. Elle s’en distingue par le sujet ; cependant Saint Paul y explique méthodiquement l’œuvre du salut du Christ. Mais il le fait sans plan, il se contente de répondre successivement à des questions et de résoudre des difficultés. L’Épître aux Romains nous fait connaître la théologie de l’Apôtre, l’Épître aux Corinthiens nous fait pénétrer dans la vie des communautés de l’Église primitive et c’est là ce qui constitue la valeur principale de cette Épître. A la théologie succède la pratique. Il conviendrait que tout chrétien cultivé étudie méthodiquement cette Épître.. Mais l’Église ne nous laisse qu’une semaine pour en faire la lecture. C’est pourquoi nous en choisirons librement sept passages qui nous montreront la magnificence du royaume fondé par le Christ.

Nous lisons aujourd’hui le commencement de l’Épître. Saint Paul commence solennellement : “ Paul, par la volonté de Dieu appelé Apôtre de Jésus-Christ, et Sosthènes son frère souhaitent à l’Église de Dieu qui est à Corinthe, à ceux qui sont sanctifiés dans le Christ Jésus, à tous ceux qui sont appelés saints, ainsi qu’à tous ceux qui invoquent le nom du Seigneur, où qu’ils soient et que nous soyons, grâce et paix de la part de Dieu notre Père et du Seigneur Jésus-Christ. Je rends grâce à Dieu continuellement, à votre sujet, à cause de la grâce de Dieu qui vous a été donnée dans le Christ Jésus. Par lui vous êtes en effet devenus riches en tout don d’enseignement et en toute science, car la prédication du Christ a été affermie parmi vous. Et vous n’êtes privés d’aucun don de la grâce et vous pouvez attendre la manifestation de Notre-Seigneur Jésus-Christ qui vous donnera la persévérance jusqu’à la fin et vous serez sans blâme au jour de l’avènement de Notre Seigneur Jésus-Christ. Dieu est fidèle, par qui vous avez été appelés dans la société de son Fils, Jésus-Christ Notre Seigneur. ”

Quand on médite cette introduction, on se rend compte des principes de vie qui animaient les premiers chrétiens et en même temps de l’enthousiasme de saint Paul. — Dans la suite, saint Paul stigmatise le malheureux esprit de parti qui divisait les Corinthiens ; il compte quatre partis : “ Je crois bien que chacun d’entre vous dit : Moi, j’appartiens à Paul, moi à Apollo, moi à Céphas, moi au Christ ”. Il parle ensuite de la folie de la Croix : “ car la parole de la Croix est folie pour ceux qui se perdent, mais pour nous qui sommes sauvés, elle est une force de Dieu... Les Juifs demandent des signes, les Grecs la sagesse, quant à nous, nous prêchons le Christ crucifié qui est un scandale pour les Juifs et une folie pour les Gentils. Mais pour ceux qui sont appelés, Juifs et Gentils, nous prêchons le Christ, la force de Dieu et la sagesse de Dieu. ”

4. La cellule liturgique. — La famille est la cellule de toute communauté : de l’État, de la société humaine, ainsi que de l’Eglise. De la santé de la cellule dépend le bien-être de tout le corps, de l’ensemble de l’organisme. De la santé morale de la famille dépend le bien de l’État, ainsi que le bien de l’Église. Nous devons donc avoir à cœur de posséder des familles vraiment chrétiennes. Malheureusement, c’est précisément la famille qui a le plus souffert des conséquences de la grande guerre. Le but des ennemis de la foi est de détruire la famille et par là d’empoisonner les cellules fondamentales de l’organisme chrétien. Hélas ! on sape de plus en plus la vie de famille. Est-ce que notre renaissance liturgique ne pourrait pas apporter sa contribution à la restauration de la famille ? Assurément et une large contribution. Tout d’abord la liturgie entretient et développe l’esprit de communauté : elle fait l’éducation de cet esprit. Il faut abandonner l’esprit d’égoïsme quand on veut se laisser guider par la liturgie. Le dogme sublime et fondamental du corps mystique du Christ, sur lequel s’appuie la liturgie, doit logiquement restaurer la famille. La famille est le corps mystique en petit, elle est la cellule de ce corps mystique. C’est justement la famille qui peut présenter à nos regards le corps mystique dans sa réalité. Il est si difficile autrement de faire voir cette réalité. Les hommes croient toujours que c’est une image et une parabole ; mais, dans la famille, ils peuvent en reconnaître la réalité. Le père est la tête du corps, comme le Christ est la tête de l’Église ; la mère est le corps, comme l’Église ; les enfants sont les membres, comme les chrétiens sont les membres du corps mystique. Dans une vraie famille, il n’y a réellement qu’une volonté et qu’une pensée “ un seul cœur et une seule âme ”. Le pain terrestre vient du père ; il est distribué par la mère ; les enfants reçoivent sang et vie de leurs parents. C’est là encore une magnifique image du corps mystique. Mais c’est plus qu’une image, c’est un symbole plein de réalité. Le père a quelque chose en lui du Christ, chef du corps mystique ; il n’est pas seulement son représentant, il porte quelque chose en lui de son essence et de sa présence ; la mère aussi a quelque chose de l’Église ; quant aux enfants, ils sont membres du grand corps mystique du Christ.

Maintenant adoptez cet esprit d’unité dans votre famille et tâchez de le réaliser pratiquement. Il faudrait tout renouveler. Vous, enfants,. voyez dans votre père le Christ. Voyez, honorez, aimez en lui le Christ. Que la femme aussi voie en lui le Christ. Quant à vous, pères de famille, essayez de vivre comme le Christ et de gouverner votre famille dans son esprit. La mère est l’Église. Quel idéal pour la femme ! Quel encouragement pour l’homme et les enfants !

Les enfants sont des membres remplis du Christ ; ce sont des cellules dans lesquelles le Christ doit grandir, arriver à la maturité et prendre forme. On ne peut pas s’imaginer comme une famille pourrait prospérer sans être entièrement pénétrée de cette pensée fondamentale. La liturgie a donc un rôle à remplir pour la famille. Que de choses nous pourrions dire encore ! Comme la liturgie sanctifierait la famille dans la prière, le sacrifice de la messe, les sacrements, l’année ecclésiastique ! La prière des Heures en famille : la prière du matin et du soir en commun ! Le sacrifice de communauté ! Comme la messe entendue et vécue en commun formerait la famille ! Cette famille rassemblerait les sacrifices, les travaux, les souffrances, les prières de toute la semaine pour les offrir à la messe du dimanche ; elle puiserait dans l’instruction du dimanche des exhortations mutuelles pour la semaine qui commence. Quelle importance n’ont pas les sacrements pour la famille : le baptême qui est une fête pour tous, la première communion, la Confirmation, les derniers sacrements ! Et tout particulièrement la mère a une mission liturgique dans la famille. C’est elle qui fera de sa maison une église, de sa famille une communauté liturgique.

MESSE DU DIMANCHE

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Ne savez-vous pas que je dois m’occuper des intérêts de mon Père ?

1. Jésus à douze ans. — Quelle est l’importance de ce passage de l’Évangile, dans la messe du dimanche ? Dans la fête de la Sainte Famille, l’Église voulait nous présenter la vie parfaite de la Sainte Famille, comme un idéal ; dans la messe du dimanche nous célébrons une manifestation divine (une Épiphanie encore) et une phase importante de la vie rédemptrice du Christ. Notre Seigneur manifeste sa “ gloire ” aux époques importantes de sa vie : au moment de son Incarnation, par la mission de l’Ange et le miracle dans la maison d’Élisabeth ; au moment de sa naissance, par le Gloria des anges et l’étoile des Mages ; au moment de sa Présentation, par la prophétie de Siméon ; à l’âge de douze ans, l’âge de sa majorité, par son attitude surprenante, au temple, et l’affirmation de sa divinité ; à l’âge de trente ans par la révélation de la Sainte Trinité, pendant son Baptême ; au début de sa vie publique, par le miracle des noces de Cana ; de même au moment de sa mort, de sa Résurrection, de son Ascension. Cette manifestation de sa gloire, aux moments les plus importants de sa vie, a pour but de graver dans la mémoire de l’humanité les phases capitales de son œuvre rédemptrice. L’Église, fidèle à la recommandation de son Maître (“ faites ceci en mémoire de moi ”), célèbre dans son culte eucharistique tous les événements importants de la Rédemption et renouvelle ainsi, chaque année, toute l’œuvre du salut. Aujourd’hui, Notre-Seigneur nous annonce son programme rédempteur : “ Ne savez-vous pas que je dois m’occuper des intérêts de mon Père ? ” et nous donne en même temps, dans l’Eucharistie, la grâce de la majorité spirituelle qui se définit par la même parole. Encore une autre remarque. Dans un grand nombre de ces manifestations divines, dans la vie rédemptrice du Seigneur, sa Sainte Mère est à ses côtés et souffre ; c’est encore le cas aujourd’hui. Quelle signification a pour nous cette circonstance ? La Sainte Vierge est l’image de l’Église qui, par ses souffrances et sa coopération, s’approprie la grâce de la Rédemption et attend la grande manifestation divine, le retour de Notre-Seigneur. Le recouvrement de l’Enfant Jésus au temple est un symbole de son retour au dernier jour. Notre Mère l’Église le cherche jusqu’à sa Parousie “ avec douleur ” ; quand elle le retrouve, quand il vient, il dit : “ Ne savez-vous pas que je dois m’occuper des intérêts de mon Père” c’est-à-dire être assis à sa droite ? Le Saint-Sacrifice est la réalisation anticipée du retour, un reflet du retour du Christ dans le présent, $ et cela particulièrement au moment des fêtes de Noël et de l’Épiphanie. Essayons de comprendre le sens E profond de la messe d’aujourd’hui : nous voyons Notre-Seigneur entrant dans sa majorité, au moment de son premier et de son second avènement ; l’Église est là, c’est la Mère qui le cherche avec douleur et le retrouve avec joie.

2. La messe (In excelsio throno). — Quand on a compris l’importance de cette messe et qu’on en a admiré la beauté, on regrette que la fête de la Sainte Famille l’ait définitivement supplantée. A l’Introït, nous entrons dans le sanctuaire et nous voyons une merveilleuse image de la Parousie : le Christ est sur son trône, les anges l’entourent, sa royauté est éternelle. Puis nous chantons le psaume de la Résurrection, le ps. 99 (le dimanche est le jour de la Résurrection). L’Oraison nous rappelle que l’accomplissement de la volonté de Dieu est la première tâche de notre vie. Cette pensée anime toute la messe ; nous la retrouvons dans l’Epître : notre corps doit être une hostie vivante, sainte, agréable à Dieu. Saint Paul exprime ici le sens profond de l’Offrande, il faut que nous soumettions notre vie à une réforme profonde. Nous entendons ensuite de belles considérations liturgiques sur le corps mystique du Christ. L’Évangile est une manifestation divine de l’Enfant Jésus ; ses paroles (les premières qui nous soient transmises de lui) le montrent comme Fils de Dieu, elles expriment sa vocation et aussi la nôtre : l’accomplissement de la volonté divine ; mais elles laissent aussi présager les combats qui se préparent. A l’Offertoire, nous nous -,présentons avec allégresse devant la face du Seigneur pour le servir et être ses victimes vivantes. La Communion reprend le leitmotiv de la messe : notre désir à nous aussi est de nous occuper des intérêts du Père céleste. Au Saint-Sacrifice, l’Église et l’âme tiennent la place de Marie qui retrouve Notre-Seigneur au moment de son retour.

13 JANVIER

Jour Octave de l’Épiphanie.

Le Roi purifie son Épouse dans le Baptême.

1. Premières impressions. — Aujourd’hui, l’Église célèbre le second mystère de la fête de l’Épiphanie, le Baptême de Notre-Seigneur, un événement d’une importance capitale dans la vie du Sauveur. Le Baptême du Christ est avant tout une phase marquante de son activité rédemptrice. Nous avons déjà célébré toute une série de ces événements rédempteurs : l’Incarnation (missa aurea), la Nativité, la Circoncision, la majorité. Par le Baptême, Notre-Seigneur reçoit, au début de sa vie publique, la consécration de sa mission et il annonce en même temps, dans l’action symbolique du Baptême, la Rédemption de l’humanité par sa satisfaction offerte à notre place. Lui qui est sans péché, se couvre des péchés du monde, descend dans les flots purificateurs et conduit les hommes à la filiation divine. N’oublions pas que le Baptême du Christ est un acte par lequel le Christ se substitue à nous. Il vient au Jourdain pour nous. Il faut donc aussi que, dans notre Rédemption subjective, cet événement se réalise en nous. Il se réalise trois fois.

Il s’est réalisé dans notre baptême : alors nous avons été plongés dans l’eau avec Notre-Seigneur, nous sommes morts et nous avons été ensevelis avec lui ; puis nous nous sommes relevés et pour la première fois le ciel s’est ouvert au-dessus de nous, le Saint-Esprit est descendu dans notre âme et, pour la première fois, le Père céleste nous a nommés enfants de Dieu.

Le Baptême de Notre-Seigneur se réalise une seconde fois à la messe : la mort du Christ est l’eau sacrée où je me plonge ; alors le ciel s’ouvre, l’Esprit du Christ descend sur moi à la Communion et le Père céleste m’assure, par le gage de l’Eucharistie, de ma filiation divine renouvelée et accrue.

Le Baptême du Christ se réalisera en nous une dernière fois à notre mort : la mort aussi est un baptême qui nous fait plonger dans les flots sombres. Quand nous nous relèverons, les cieux s’ouvriront vraiment, nous verrons la Sainte Trinité non seulement par la foi mais dans la vision claire.

Nous pouvons aujourd’hui voir se dessiner les grandes lignes de l’édifice spirituel de la vie chrétienne : la mort du Christ est le fondement sur lequel bâtissent le Baptême et l’Eucharistie, le sommet est le retour du Christ dans la mort.

2. La messe (Ecce advenit). — Dans sa disposition actuelle, elle manque d’unité, car la plupart des textes, notamment les chants et la leçon, ont rapport au mystère des Mages, alors que l’Évangile traite du Baptême de Notre Seigneur. Il est à remarquer que l’Évangile ne renferme pas le récit détaillé du Baptême du Christ, d’après les Synoptiques, mais est un extrait de saint Jean, qui fut disciple du Précurseur. Saint Jean ne parle qu’incidemment de cette sublime manifestation. Par contre, c’est précisément dans ce passage qu’est mise en lumière l’importance du Précurseur. Saint Jean-Baptiste est en effet le paranymphe de l’Église. Il a, pendant l’Avent, préparé l’Épouse à recevoir le divin Époux ; aujourd’hui “ il se tient là et se réjouit de tout cœur d’entendre la voix de l’Époux ” ; il dit : “ cette joie m’a été accordée largement. Il faut qu’il grandisse et que je diminue. ” Le Christ en effet va maintenant grandir, comme le soleil qui monte au zénith, jusqu’à la Pentecôte, mais nous n’entendrons plus parler du Précurseur avant que le soleil ne s’incline à l’horizon. Le Christ est l’Époux, l’Église est l’Épouse et Jean-Baptiste est l’humble et chaste ami de l’Époux vers qui il conduit l’Épouse et tous les trois forment un seul groupe. Les Oraisons propres sont très belles et riches de pensées. Elles traitent toutes les trois de l’“ apparition ” de la divine “ lumière ” (elles sont vraisemblablement les plus anciennes oraisons de la fête principale). La Collecte demande que nous soyons transformés dans le Christ qui a pris notre nature. La Secrète est une véritable oraison d’Offrande : le Christ, le Fils unique de Dieu, est l’auteur de notre Offrande et c’est lui aussi dont la miséricorde la reçoit. La Postcommunion présente elle aussi une grande richesse de pensées : que Dieu nous prévienne avec la lumière céleste (de la grâce) afin que par le mystère de l’Épiphanie, que nous avons célébré, nous puissions le contempler avec des regards purs et le recevoir avec des dispositions dignes.

3. La prière des Heures. — Saint Grégoire de Nazianze, en des termes d’une grande beauté et d’une grande profondeur, nous parle du Baptême du Christ : “ Le Christ est illuminé ou plutôt il nous illumine de sa lumière. Le Christ est baptisé ; descendons dans l’eau avec lui, afin que nous puissions remonter avec lui. Jean baptise ; Jésus vient pour être baptisé, peut-être veut-il que le Baptiste lui-même soit enseveli avec lui dans les flots, en tout cas, il veut y ensevelir toute la postérité d’Adam. Mais avant tout, il veut par : son Baptême sanctifier les eaux du Jourdain. Lui-même était chair et Esprit. Dans l’Esprit et dans l’eau, -doivent désormais être sanctifiés ceux qui seront baptisés. Le Baptiste se refuse à baptiser, mais Jésus insiste : “ Il est nécessaire que je sois baptisé par toi. ” Ainsi la lueur parle au soleil, la voix (de celui qui crie dans le désert) parle à la “ Parole ” de Dieu. Jésus sort de l’eau entraînant avec lui le monde tombé et le relevant. ”

LECTURE D’ÉCRITURE SAINTE DANS LA SEMAINE QUI SUIT LE PREMIER DIMANCHE

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APRÈS L’ÉPIPHANIE

Les leçons de l’Écriture sont d’ordinaire réparties entre les jours de la semaine, indépendamment de la fête du calendrier. Ce n’est qu’exceptionnellement qu’une fête a ses leçons d’Écriture propres. D’ordinaire, la liturgie commence un nouveau livre le dimanche et l’achève le samedi. Dans le temps qui commence et qui va jusqu’à la Septuagésime, on lira les autres Épîtres de saint Paul. Comme la majorité de ces Épîtres ne comprennent que quelques chapitres, il arrive qu’on lise deux ou trois de ces Épîtres au cours d’une semaine.

Mais l’Église tient à ce qu’on lise au moins le commencement de chaque Epître, le commencement tient lieu de l’ensemble.

Lundi (1 Cor. VII, 17 sq.). — Saint Paul nous montre, dans ce passage, comment il faut apprécier notre vocation terrestre : “ Que chacun vive selon les dons que lui a faits le Seigneur, selon la vocation qu’il a reçue de Dieu. Cette recommandation, je la fais à toutes les Églises. Si quelqu’un a été appelé comme Juif, qu’il ne cherche pas à le dissimuler. Si quelqu’un a été appelé comme incirconcis, qu’il ne se fasse pas circoncire. Ce n’est ni la circoncision ni l’incirconcision qui importe, mais l’observation des commandements de Dieu. Que chacun demeure dans l’état où il a été appelé. Si tu as été appelé comme esclave, ne t’en trouble pas, même si tu peux devenir libre, reste de préférence comme tu es. Car celui qui a été appelé comme esclave dans le Seigneur est un affranchi du Seigneur, de même celui qui a été appelé comme homme libre, est un esclave du Christ. Vous avez été chèrement achetés, ne vous faites pas les esclaves des hommes. Mes chers frères, que chacun reste devant Dieu dans l’état où il a été appelé... Je vous le dis, mes frères : le temps est court. C’est pourquoi que ceux qui sont mariés vivent comme s’ils ne l’étaient pas, ceux qui pleurent comme s’ils ne pleuraient pas, ceux qui se réjouissent comme s’ils ne se réjouissaient pas, ceux qui achètent comme s’ils ne possédaient rien, ceux qui ont des relations avec ce monde comme s’ils n’en avaient pas, car la figure de ce monde passe. Je voudrais que vous soyez sans soucis. ” C’est ainsi que vivaient et pensaient les premiers chrétiens, la vie terrestre ne leur semblait qu’un passage conduisant au but désiré. Et nos pensées, à nous, sont si terrestres ! Nous devrions méditer avec attention ce passage.

Mardi (1. Cor. IX, 1 sq.). — Le désintéressement et le zèle de saint Paul apparaissent dans le passage suivant en pleine lumière : “ Est-ce que je ne suis pas Apôtre ? Est-ce que je n’ai pas vu Notre Seigneur, le Christ Jésus ? Si pour d’autres, je ne suis pas Apôtre, je le suis du moins certainement pour vous, car vous êtes le sceau de mon apostolat, dans le Seigneur. N’ai-je pas le droit de me faire servir à boire et à manger ? Ou bien suis-je seul avec Barnabé à n’avoir pas le droit de renoncer au travail manuel ? Qui donc fait le service de guerre à ses propres frais ? Qui donc plante une vigne et ne jouit pas de ses fruits ? Qui donc fait paître un troupeau et ne jouit pas du lait du troupeau ? Il est écrit dans la loi de Moïse : “ Tu ne lieras pas la bouche du bœuf qui écrase le blé. ” Est-ce que Dieu se préoccupe des bœufs ? Ou bien n’est-ce pas plutôt à cause de nous qu’il dit cela ? Oui, c’est à cause de nous que cela est écrit, car il faut que le laboureur laboure dans l’espoir ; c’est dans l’espoir d’avoir sa part que celui qui bat le blé doit faire son travail. Si j’ai semé parmi vous la semence spirituelle, serait-ce extraordinaire si je moissonnais parmi vous des fruits temporels ? Pourtant je n’ai fait aucun usage Ô de ce droit, mais je prends tout à mon compte, pour ne pas mettre obstacle à l’Évangile du Christ. Je ne vous écris pas ceci dans l’intention que vous me fassiez ces choses, car j’aimerais mieux mourir que de voir quelqu’un m’enlever mon honneur. Car si je prêche l’Évangile, ce n’est pas seulement une gloire pour moi, c’est une nécessité. Quelle est donc ma récompense ? C’est, en annonçant l’Évangile, de l’annoncer gratuitement, sans faire usage de mon droit à propos de l’Évangile. Bien que je sois à tous égards un homme libre, je me suis fait l’esclave de tous, pour en gagner beaucoup. Avec les Juifs, j’ai été comme un Juif, pour gagner les Juifs. Il Avec ceux qui sont sous la Loi, j’ai été comme un homme qui est sous la Loi — bien que je ne sois plus sous la Loi — afin de gagner ceux qui sont sous la Loi. Avec ceux qui sont sans Loi, j’ai été comme un homme sans Loi ; alors que je n’étais pas dégagé de la loi de Dieu et que, bien plutôt, j’étais attaché à la loi du Christ — afin de gagner ceux qui sont sans Loi. Avec les faibles j’étais faible, afin de gagner les faibles. Je me suis fait tout à tous, afin de pouvoir, par tous les moyens, en sauver quelques-uns. Je fais tout pour l’Évangile, afin d’y avoir part. ”

L’avant dernière phrase peut être considérée comme — le programme de vie de saint Paul.

Mercredi (1. Cor. XI, 17). — Saint Paul stigmatise une faute particulièrement grave dans la communauté de Corinthe, la célébration indigne de l’Eucharistie. Alors, l’Eucharistie était encore unie, aux agapes, le repas de charité. Les chrétiens se réunissaient dans la maison d’un riche fidèle, chacun apportait quelque chose pour le repas du soir, ils se servaient mutuellement et prenaient soin particulièrement de nourrir les pauvres ; ensuite ils célébraient l’Eucharistie et recevaient le corps et le sang du Seigneur. Or, il arriva à Corinthe que les riches apportèrent de la nourriture et de la boisson et se les réservèrent exclusivement pour eux-mêmes, sans se préoccuper des autres. Saint Paul en fait le reproche aux Corinthiens : “ N’avez-vous pas de maisons pour manger et boire, ou bien méprisez-vous l’Église de Dieu et voulez-vous faire honte aux pauvres ? Que voulez-vous que je vous dise ? Vous louerai-je ? Non, à ce sujet, je ne puis vous louer. ”

Ensuite pour leur montrer la grandeur de leur faute, il leur rappelle l’institution de la Sainte Eucharistie : “ J’ai reçu du Seigneur ce que je vous ai transmis : le Seigneur Jésus, dans la nuit où il fut trahi, prit du pain, rendit grâces et dit : ceci est mon corps qui a été livré pour vous ; faites ceci en mémoire de moi. De la même manière, après le repas, il prit le calice en disant : ce calice est le nouveau testament dans mon sang, faites ceci, toutes les fois que vous boirez, en mémoire de moi. Car toutes les fois que vous mangerez de ce pain ou que vous boirez le calice, vous annoncerez la mort du Seigneur, jusqu’à ce qu’il revienne. ” Ce passage est pour nous très précieux. Il nous donne la description complète d’une messe, aux temps apostoliques. Puis saint Paul parle de la réception indigne de la Sainte Communion : “ Par conséquent, celui qui mange ce pain ou boit le calice du Seigneur indignement, se rend coupable du corps et du sang du Seigneur. Que l’homme s’éprouve donc lui-même (pour savoir s’il est digne) et qu’ainsi il mange de ce pain et boive de ce calice. Car celui qui mange et boit indignement, mange et boit son propre jugement, car il ne distingue pas le corps du Seigneur (d’une nourriture ordinaire). ”

Jeudi (1. Cor. XII, 12 sq.). — Saint Paul est l’auteur de l’image du corps mystique. Il développe ici cette image : “ De même que le corps est unique et pourtant a beaucoup de membres et que tous les membres du corps, malgré leur multiplicité, ne forment qu’un seul corps, de même en est-il avec le Christ. Car dans le Baptême, tous, Juifs ou Gentils, esclaves ou libres, nous avons été, par un seul Esprit, réunis en un seul corps, nous sommes tous aussi imbibés du même Esprit. Car le corps ne se compose pas d’un seul membre, mais de plusieurs. Or si le pied disait : “ parce que je ne suis pas la main, je n’appartiens pas au corps ”, il n’en appartient pas moins au corps. Et si l’oreille disait : “ parce que je ne suis pas l’œil, je n’appartiens pas au corps ”, elle n’en appartient pas moins au corps. Si tout le corps était œil, où serait l’ouïe ? Et si tout le corps était oreille, où serait l’odorat ? Or Dieu a assigné à chaque membre sa place dans le corps, comme il a voulu. Si tous n’étaient qu’un membre, où serait le corps ? Mais il y a plusieurs membres et cependant un seul corps. L’œil ne peut pas dire à la main : “ je n’ai pas besoin de toi ”. Au contraire, les ld1 membres qui paraissent es plus faibles, ans e corps, sont particulièrement nécessaires... Quand un membre souffre, tous les membres souffrent avec lui ; quand un membre est honoré, tous les membres se réjouissent avec lui. Vous êtes le corps du Christ et, considérés comme des parties, ses membres. Les uns ont été destinés par Dieu, dans son Église, pour être des apôtres, les autres des prophètes, les autres des docteurs... !)

Vendredi (1. Cor. XIII, 1-13). — Saint Paul chante le cantique de la charité. C’est là un des plus beaux passages de la Sainte Écriture. Il compare d’abord la charité avec les Charismes qui étaient alors très désirés : “ Quand je parlerais les langues des hommes et des anges, si je n’ai pas la charité, je suis comme un airain sonnant et une cymbale retentissante. Quand j’aurais le don de prophétie, quand je pénétrerais tous les mystères, quand je posséderais toute science et quand j’aurais toute la foi possible jusqu’à transporter les montagnes, si je n’ai pas la charité, je ne suis rien. Et quand je distribuerais tout mon bien pour nourrir les pauvres, quand je livrerais mon corps pour être brûlé, si je n’ai pas la charité, tout cela ne me sert de rien. ” Puis l’Apôtre énumère les qualités de la charité telles qu’elles se manifestent dans la vie : “ La charité est patiente, elle est bénigne, la charité n’est point envieuse, elle n’est point précipitée, elle ne s’enfle pas d’orgueil, elle n’est point dédaigneuse, elle ne cherche point ses propres intérêts, elle ne se pique et ne s’aigrit point, elle ne pense point le mal, elle ne se réjouit point de l’injustice, mais elle se réjouit de la vérité, elle supporte tout, elle croit tout, elle espère tout, elle souffre tout. ” Saint Paul parle ensuite de la valeur éternelle de la charité. “ La charité ne disparaîtra jamais, alors que les prophéties auront une fin, que les langues cesseront, que la science sera abolie. Car notre science est partielle, partielle notre prophétie. Mais quand sera venu ce qui est parfait, tout ce qui est imparfait sera aboli. Quand j’étais enfant, je parlais en enfant, je jugeais en enfant, je raisonnais en enfant ; mais lorsque je suis devenu homme) je me suis défait de tout ce qui était de l’enfant.

Nous ne voyons Dieu maintenant que comme dans un miroir et sous des images obscures, mais alors nous le verrons face à face. Je ne le connais encore qu’imparfaitement, mais alors je le connaîtrai comme je suis connu de lui. Or maintenant ces trois vertus demeurent : la foi, l’espérance et la charité ; mais la plus grande des trois est la charité. Recherchez la charité. ”

Samedi (1. Cor. XV, 1 sq.). — Saint Paul nous montre que la Résurrection du Christ est le fondement de notre foi. “ Mes frères, je vous annonce le joyeux message que je vous ai déjà annoncé. Avant tout, je vous ai transmis ce que j’ai reçu moi-même, que le Christ est mort pour nos péchés, selon les Écritures, qu’il a été enseveli et qu’il est ressuscité le troisième jour, selon les Écritures, et qu’il est apparu à Céphas, puis aux douze. Ensuite, il est apparu à plus de cinq cents frères, dont la plupart vivent encore aujourd’hui, quelques-uns seulement sont morts. Ensuite, il est apparu à Jacques et ensuite à tous les Apôtres et enfin il m’est apparu à moi aussi qui suis comme un avorton. Je suis en effet le plus petit parmi les Apôtres, indigne d’être appelé Apôtre, parce que j’ai persécuté l’Église de Dieu. Mais, par la grâce de Dieu, je suis ce que je suis, et sa grâce n’a pas été vaine en moi... Mais si on prêche que le Christ est ressuscité des morts, comment se fait-il que quelques-uns d’entre vous affirment qu’il n’y a pas de résurrection des morts ? S’il n’y a pas de résurrection des morts, le Christ non plus n’est pas ressuscité. Or, si le Christ n’est pas ressuscité, notre prédication est vaine, vaine aussi votre foi... Car si les morts ne ressuscitent pas, le Christ, non plus, n’est pas ressuscité. Mais si le Christ n’est pas ressuscité, votre foi est vaine, vous êtes encore dans vos péchés et même ceux qui sont endormis dans le Seigneur sont perdus. Si ce n’est que pour cette vie que nous avons espoir dans le Christ, nous sommes les plus malheureux des hommes. Or le Christ est ressuscité, le premier-né des morts. Par un homme est venue la mort, par un homme vient la résurrection des morts. De même que tous sont morts en Adam, tous dans le Christ reçoivent la vie, mais chacun selon son rang : en premier lieu le Christ, ensuite ceux qui appartiennent au Christ, qui ont cru en son avènement ”.

ÉPILOGUE DU TEMPS FESTIVAL DU CYCLE D’HIVER

(Les dimanches après l’Épiphanie)

Après les deux grandes fêtes, Noël et l’Épiphanie, suivent, dans les livres liturgiques, six dimanches (les dimanches après l’Épiphanie) qui constituent un groupe à part. Ces dimanches font la transition entre les fêtes de Noël et le Carême et nous pouvons les considérer en partie pour une période sans fêtes et en partie comme une prolongation et un dernier écho du temps de Noël. Les livres liturgiques appellent ce temps (ainsi que les dimanches après la Pentecôte) tempus per annum, le temps pendant l’année, le désignant ainsi comme un temps sans caractère festival. D’ailleurs, objectivement et historiquement, les deux premiers dimanches seuls continuent de s’occuper des pensées de Noël ; ce n’est plus le cas des autres. Cependant nous devons affirmer que ces dimanches restent sous l’influence du temps de Noël et surtout de l’Épiphanie.

L’impression générale que laissent ces dimanches est une impression de joie et d’allégresse. Les idées maîtresses de ces dimanches sont les quatre ; suivantes :

1. Nous avons devant nous le Roi divin qui a fait son apparition dans sa ville (l’Introït des quatre derniers dimanches est caractéristique : “ Adorez le Seigneur, vous tous qui êtes ses anges, Sion a entendu sa voix et s’est réjouie, les filles de Juda ont tressailli. Le Seigneur est Roi... ” de même le Graduel : “ Le Seigneur a rebâti Sion, là il se montre dans sa gloire. ”)

2. Le Christ a fondé son royaume de lumière, il travaille maintenant à l’étendre extérieurement et intérieurement. A l’extérieur : les Évangiles des dimanches nous montrent le Christ dans son royaume comme Sauveur (38 dimanche) ; comme vainqueur (48 dimanche) ; comme Juge (58 dimanche) ; comme Maître du champ (68 dimanche). A l’intérieur, il affermit le royaume de Dieu par la charité et la vie chrétienne (c’est le sujet que traitent toutes les Épîtres).

3. Ces dimanches forment aussi la transition vers le cycle pascal : on voit apparaître le combat des ténèbres contre la lumière (cf. les Évangiles des 48 et 58 dimanches).

On voit poindre enfin, dans ces dimanches, la pensée pascale, car chaque dimanche est une petite fête de Pâques.

Le second dimanche a une relation plus intime encore avec la fête de l’Épiphanie. L’Église nous fait considérer de plus près le troisième mystère de la fête de l’Épiphanie : les noces de Cana. Nous assistons ainsi au développement historique de la vie de Jésus : l’adoration des Mages — Jésus à douze ans — le Baptême dans le Jourdain — les noces de Cana. La liturgie nous fait ainsi entrer dans la vie publique de Notre Seigneur ; pendant les dimanches suivants, qui nous mèneront jusqu’au temps de la Passion, nous entendrons les enseignements du Sauveur et nous lirons le récit de ses miracles.

DEUXIÈME DIMANCHE

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APRÈS L’ÉPIPHANIE

Le Roi invite au festin nuptial

Dans le premier miracle de Notre Seigneur, aux noces de Cana, l’Église veut mettre encore en lumière devant le monde son “ Épiphanie ”. “ Il manifesta sa gloire ”, lit-on à la fin du récit, c’est-à-dire il manifesta sa divinité, par son miracle. Cet Évangile est plein d’édification. Quelle charmante image du Sauveur il nous présente ! Le Christ est ami de la joie, il prend part aux fêtes de famille et les sanctifie ; son premier miracle est fait pendant les noces. Et dans Marie nous voyons la plus noble image de la femme et de la mère, partout secourable, prévoyante, serviable, modeste, ne montrant pas de susceptibilité quand on n’accorde pas ce qu’elle demande ; ce que dit saint Paul dans son beau cantique de la charité s’applique parfaitement à elle : la charité est patiente, bienveillante, ne connaît pas l’aigreur. Marie par son intercession a obtenu le premier miracle. L’Évangile contient encore de profondes pensées mystiques. Nous nous rappelons la merveilleuse antienne de Benedictus le jour de l’Épiphanie : “ Aujourd’hui l’Église est unie au céleste Époux... ” Dans l’Ancien et le Nouveau Testament, nous rencontrons fréquemment l’image des noces et de l’Épouse. Le Christ est l’Époux et l’Église est l’Épouse. Chaque messe est comme une noce, la table nuptiale y est dressée.

1. Les noces de Cana et nous. — Maintenant qu’après le temps de fêtes les passages évangéliques reprennent, dans la liturgie, une plus grande importance, demandons-nous quelle est l’intention de l’Église, en nous présentant un épisode de la vie de Notre Seigneur, par exemple : aujourd’hui le miracle des noces Cana. Le miracle est un événement historique et l’Église cherche certainement à nous édifier par les actions de Notre Seigneur et de la Sainte Vierge. Cependant ce n’est pas là son but principal. L’Église raconte le passé mais elle pense au présent. Elle veut nous dire : ce qui s’est passé, il y a 1900 ans, s’accomplit encore mystiquement en nous et particulièrement, actuellement, à la messe. Le Christ ne se contente pas d’avoir changé, il y a 1900 ans, de l’eau en vin, il veut faire aujourd’hui quelque chose de semblable et d’une réalité plus élevée. Nous pouvons même aller plus loin. Le miracle que Notre Seigneur fit alors, il le fit moins pour le miracle lui-même qu’en considération de l’avenir. Tous les miracles de Jésus, toute sa vie, ne sont qu’une image de son action dans son Église, car le but de toutes ses œuvres terrestres était le salut des hommes. Nous pouvons donc dire que le premier miracle du Christ, à Cana, est un symbole de ce que le Christ accomplit dans son Église, de ce qu’il veut accomplir aujourd’hui, à la messe. Nous comprenons maintenant quelle importance a pour nous la vie du Christ. Nous apprenons par là ce que le Christ veut faire parmi nous. Les circonstances historiques nous apprennent quelle attitude nous devons avoir devant cette action du Christ. Il s’ensuit que nous devons vivre cet épisode évangélique et, pour ainsi dire, jouer notre rôle dans cette scène. Représentons-nous comme les hôtes ou même l’époux ou l’épouse. Le Christ et sa Mère sont au milieu de nous. Cela n’est que fiction dira-t-on ; mais il y a une réalité, c’est le don de la grâce, c’est le salut qui nous est accordé aujourd’hui.

Demandons-nous maintenant comment s’y prend la liturgie pour nous conduire aux noces de Cana ? Elle emploie un double moyen. a) Elle nous fait célébrer, à la messe, les noces de Cana d’une manière vivante ; h) dans la Prière des Heures, elle fait revivre ces noces pendant toute la journée.

a) Où est-il question à la messe des noces de Cana ? En deux endroits : à l’Évangile et à la Communion. Que signifie cela ? Par l’annonce liturgique de l’Évangile, l’Église ne se contente pas de nous raconter un événement de la vie du Christ, mais elle met symboliquement le Christ et cet événement devant nous. Car ce n’est pas en vain que l’Église entoure la lecture de l’Évangile des plus grandes marques d’honneur qui ne peuvent s’adresser qu’au Christ regardé comme présent (les cierges, l’encens, le baiser, l’attitude debout, les signes de croix, l’ambon). Ainsi donc, dans l’Évangile, l’Église nous représente aujourd’hui le premier miracle. Ce miracle se reproduit d’une manière plus élevée encore dans l’Eucharistie. D’où vient que l’Église fait chanter, pendant le banquet eucharistique, quelques phrases de l’Évangile (et autrefois, quand le chant de la Communion avait toute son étendue, elle les faisait répéter sans cesse, peut-être jusqu’à dix fois) ? Pourquoi cela au moment le plus sacré, quand Notre Seigneur s’unit à notre âme et devient un avec elle ? N’y a-t-il pas là une déviation ? Non, l’Église dit : Voyez, c’est maintenant la vérité, le Seigneur a gardé jusqu’à maintenant le meilleur vin de l’Eucharistie, le miracle se réalise d’une manière plus haute au Saint-Sacrifice et dans la Communion.

b) Dans la prière des Heures aussi, la liturgie nous fait revivre les noces de Cana. La prière des Heures doit sanctifier chaque jour, l’accompagner de ses bénédictions, mais elle doit aussi développer les idées et les sentiments du jour. Le jour commence avec le lever du soleil et se termine avec son coucher. Ces deux moments sont pour la liturgie les plus saints. Car dans le soleil elle voit le symbole du Christ, le divin Soleil de justice, qui se lève pour nous le matin et se couche le soir. Ces deux moments sont comme les foyers d’une ellipse où se concentrent tous les rayons, c’est là que l’Église rassemble ses pensées les plus sublimes du jour. C’est alors qu’elle célèbre ses deux Heures solennelles : Laudes (la prière du matin) et. Vêpres (la prière du soir). Dans chacune de ces Heures, il y a un point culminant : le Benedictus (le salut au Soleil qui se lève sur les hauteurs) et le Magnificat (l’action de grâces pour la Rédemption). Comment. ce divin soleil se lève et se couche chaque jour, le refrain de ces deux chants, l’antienne, nous l’apprend. Prenons celles d’aujourd’hui. L’antienne de Benedictus nous dit : “ A Cana, il y eut des noces et Jésus s’y trouva ainsi que Marie sa Mère. ” Que veut nous enseigner par là l’Église ? D’une manière simple et sobre, elle nous présente l’événement du jour. Maintenant, nous, dit-elle, vivez ce mystère, vous êtes assis aux noces avec Jésus et Marie. Toute la journée appartient à cette pensée. Que nous chantions ensuite le Benedictus, cela signifie que le Christ, le divin Soleil qui se lève, sera pour nous aujourd’hui le divin thaumaturge de Cana et qu’il nous apportera les grâces de Rédemption qui sont mystique ment contenues dans ce premier miracle. Le soir quand le soleil se couche, l’Église chante : “ Quand le vin fit défaut, Jésus fit remplir les cruches d’eau et l’eau fut changée en vin, A1leluia. ”

Ces paroles expriment brièvement l’accomplissement du miracle, et dans son chant, l’Église veut nous dire : aujourd’hui vous avez reçu une grâce semblable mais plus belle encore que le bienfait de ce miracle : l’eau de votre esprit terrestre et pécheur a été changée en vin précieux de la vie divine qui est le Christ lui-même. En un mot, le miracle de Cana se renouvelle. aujourd’hui, d’une manière plus élevée, dans le mystère eucharistique, et je dois en vivre, toute la journée du lever au coucher du soleil.

2. La messe (Omnis terra). — Les autres parties de la messe nous présentent maintes fois les pensées de Pâques et de l’Épiphanie. L’Introït est un chant. d’adoration et d’hommage au Dieu qui est apparu. Le psaume 65, qui est aujourd’hui le cantique dominant. de la messe (Intr. Offert. Comm. dans son extension complète), est à proprement parler un cantique pascal. L’Oraison est une prière pour la paix, elle n’a par conséquent aucun rapport avec l’action d’ensemble de la messe (cette oraison provient sans doute des temps troublés, des invasions des barbares). Dans l’Epître, l’Église parle (par la bouche de saint Paul) des fonctions ecclésiastiques. Chacun doit exercer le mieux possible la fonction où il a été appelé, sans désirer en exercer d’autres. L’accomplissement de sa vocation, la sagesse qui fait rester dans les limites de cette vocation, voilà le secret de la véritable grandeur chrétienne. Dans la seconde partie de l’Épître, quelques phrases, mais très suggestives, nous décrivent le vaste domaine de la charité envers le prochain. L’Épître nous donne donc d’importantes leçons pour l’organisation de la vie commune des chrétiens. C’est une pensée qui se trouve aussi dans le miracle des noces. Le graduel unit Noël et Pâques : Dieu a envoyé sa “ Parole” (le Christ) et nous a arrachés à la ruine (par la Rédemption). Cette pensée fournit un motif à l’allégresse pascale de l’Alleluia. A l’Offertoire on continue d’entendre un accent pascal (Psaume 65). Ainsi cette messe est une vraie solennité nuptiale, un festin nuptial ; l’impression générale est joyeuse.

3. Lecture d’Écriture (II. Cor. I, 1-11). — Pendant la semaine qui commence, l’Église nous fait lire la seconde Épître aux Corinthiens. C’est une magistrale apologie de l’Apôtre en face de ses adversaires qui voulaient lui aliéner les cœurs des fidèles de l’Église de Corinthe. La lettre est, sans doute, assez difficile à comprendre, mais elle est riche de belles pensées et de vues sublimes. Il est à recommander au lecteur peu familier avec la Bible, de se préoccuper moins de la suite des idées e des beaux passages qu’il pourra remarquer et méditer. — Le passage que nous lisons aujourd’hui est l’introduction et contient quelques lignes profondes sur la communauté de souffrance et de consolation (ce passage est utilisé comme Épître au commun des Martyrs).

Loué soit Dieu, le Père de Notre Seigneur Jésus-Christ, le Père des miséricordes et le Dieu de toute consolation. Il nous console dans toutes nos afflictions, afin que nous puissions nous aussi apporter de la consolation à d’autres qui se trouvent dans toute sorte d’affliction. Car à mesure que nous participons abondamment aux souffrances du Christ, nous recevons par lui une grande consolation. Or, si nous sommes affligés, c’est pour votre consolation et votre salut, si nous sommes consolés, c’est également pour votre consolation. Par là, vous êtes en état de supporter patiemment les mêmes souffrances que nous supportons. Et c’est ce qui nous donne une ferme confiance pour vous, car nous savons que, comme vous avez part aux souffrances, vous aurez aussi part aux consolations.)

4. Prière des Heures. — Saint Jean Chrysostome, le grand patriarche de Constantinople, qui fut un admirateur passionné de saint Paul, nous recommande aujourd’hui la lecture attentive des Épîtres : “ Toutes les fois que j’entends lire les Épîtres de saint Paul, comme cela arrive deux fois par semaine . — souvent trois ou quatre fois, toutes les fois que nous célébrons la mémoire des saints martyrs — j’éprouve, en entendant les accents de cette trompette spirituelle, une grande joie ; je me sens excité et rempli de désirs enflammés. Je reconnais, dans ces paroles, la voix d’un ami et il me semble que je le vois debout devant moi et que j’entends la prédication qui jaillit de ses lèvres. Mais, en même temps, j’éprouve du chagrin et du souci à la pensée que tous les chrétiens ne connaissent pas suffisamment ce saint, que quelques-uns le connaissent même si peu, qu’ils ne savent même pas, d’une manière précise, le nombre de ses Épîtres. Cela ne vient pas d’une ignorance naturelle, mais de ce fait, qu’ils ne veulent pas avoir ces écrits continuellement dans les mains. Quant à nous, nous devons avouer : toute notre science, si nous savons quelque chose, nous ne la devons pas à la bonté et à la pénétration de notre esprit, mais à ce saint homme. Nous lui avons voué un ardent amour et nous ne cessons jamais de lire ses écrits. Il en est de nous comme de ceux qui aiment ; ils connaissent les faits et gestes de ceux qu’ils aiment mieux que tous les autres, car ils ne cessent de s’en préoccuper. Cela l’Apôtre nous le montre lui-même dans son Épître aux Philippiens : “ Comme il convient de penser ainsi à vous tous, parce que je vous porte dans mon cœur, dans mes liens, dans l’affermissement et la défense de l’Évangile. ”) C’est pourquoi, si vous suivez la lecture de l’Apôtre avec une attention affectueuse, vous n’avez pas à chercher autre chose, car la parole du Christ reste vraie : “ Cherchez et vous trouverez, frappez et on vous ouvrira. ” Mais comme plusieurs de ceux qui sont ici rassemblés sont absorbés par l’éducation des enfants, les soins pour leur femme et leur maison, et ne peuvent pas, par conséquent, se livrer à un tel travail, décidez-vous, tout au moins, à recevoir les pensées que d’autres ont rassemblées. Mettez, à les écouter, au moins autant d’attention que vous en mettez à la recherche des biens temporels. C’est presque une honte de ne vous demander que cela. Cependant il est désirable que vous apportiez au moins cette attention-là ”

5. Le grand mystère. — Quand les chrétiens comprendront-ils la grande importance des sacrements ? Quand les recevront-ils comme il faut et apprendront-ils à en vivre ? En ce jour, l’Église célèbre une fête de noces ; en ce jour, le Christ a sanctifié le mariage par sa présence à des noces et par le miracle du vin. Aujourd’hui, tous les chrétiens mariés ou célibataires doivent examiner leur relation avec ce sacrement. Hélas, le mariage, même aux yeux des chrétiens, est devenu une chose purement mondaine. Le serment de fidélité juré devant l’autel est violé avec une telle légèreté ! Les époux se donnent aujourd’hui la main et demain se séparent. Tous les pasteurs des âmes savent par expérience que c’est justement à l’occasion de la réception de ce sacrement que se manifeste l’ignorance religieuse la plus crasse. A la campagne, la situation est sans doute meilleure, mais, à la ville, sur cinquante couples, peut-on dire d’un seul : Ils savent de quoi il s’agit ? Saint Paul a prononcé, sur le mariage, une parole profonde que les époux devraient méditer toute leur vie : “ (Le mariage) est un véritable mystère ; mais je l’entends par rapport au Christ et à l’Église. ”

Le mariage est donc un sublime mystère. Non ce n’est pas la vraie traduction. Peut-être faudrait-il dire : c’est un symbole mystérieux, plein d’efficacité, de l’union sacrée entre le Christ et son Église. Il y a pour le mariage une grande et sublime image dans la surnature : l’union conjugale entre le Christ et l’Église. Saint Paul expose les points de comparaison : “ L’homme est le chef de sa femme comme le Christ est le chef de l’Église, car il est le Sauveur de son corps.” -Rappelons-nous l’idée fondamentale de la liturgie : le corps mystique. Le Christ est la tête ; son corps qui est l’Église reçoit de lui toute force, toute vie, toute grâce de Rédemption. “ De même que l’Église est soumise au Christ, que les femmes aussi soient soumises à leurs maris en tout. ” Saint Paul tire cette conclusion de la comparaison. Cependant la femme pourrait se plaindre et dire que la conclusion est purement en faveur de l’homme. Mais saint Paul continue la comparaison et cette fois en faveur de la femme : “ Vous, maris, aimez vos femmes, comme le Christ a aimé son Église et s’est livré pour elle, afin de la purifier dans l’eau du baptême et de la sanctifier. Il voulait se procurer une Église magnifique, sans tache, sans ride et rien de tel ; il voulait qu’elle soit toute sainte et sans souillure. Ainsi il faut que les hommes aiment leurs femmes comme leur propre corps. ” Saint Paul a raison ; l’homme et la femme ont, dans le mariage, des devoirs également graves. La femme doit l’obéissance, le mari l’amour. La pensée de cette sublime comparaison seule devrait donner aux époux la force de surmonter bien des difficultés dans le mariage. Cependant jusqu’ici nous en sommes restés aux considérations d’ordre naturel.

L’union surnaturelle du Christ et de son Église n’est pas seulement une image et un symbole du mariage. Saint Paul parle d’un grand mystère. Nous avons traduit par symbole mystérieux et plein de réalité. Il s’agit donc plutôt d’une figure que d’une simple comparaison. Dans le mariage, il y a quelque chose du modèle dont il est l’image. L’homme possède quelque chose de l’essence et de la présence du Christ. La femme n’a donc pas à obéir à l’homme qui peut avoir ses défauts et ses caprices, mais au Christ qui se cache en lui. L’homme, à son tour, n’aime pas telle personne ; son amour doit être surnaturel, devenir l’amour du Christ pour son Église. D’où vient cette réalité plus haute ? Du sacrement de mariage. Les chrétiens d’aujourd’hui ont de la peine à comprendre cela et à y croire. C’est la preuve frappante que nous sommes loin de la piété liturgique (objective). Or c’est précisément l’efficacité des sacrements qui place les hommes dans un mode d’être plus élevé. L’homme et la femme deviennent autres par le mariage. Ils sont, tout au moins dans leurs relations mutuelles, des êtres surnaturellement élevés et participent au Christ et à l’Église. Nous avons ici un exemple classique des deux mondes religieux qui s’opposent actuellement. La piété vue du côté de l’homme (subjective) s’arrête à la simple figure et en tire la morale. La piété liturgique (objective) aperçoit ou du moins pressent Il le grand mystère ”, l’être nouveau, “ la nouvelle créature ”. Il en est ainsi de tous les sacrements et même de tout le christianisme.

LECTURE D’ÉCRITURE PENDANT LA SEMAINE QUI SUIT LE 2ème DIMANCHE

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APRÈS L’ÉPIPHANIE

Lundi (II. Cor. Il, 12-17). — Saint Paul parle de son voyage d’Éphèse à travers la Troade et la Macédoine, et il exprime en très beaux termes son souci des âmes. Ce sont les paroles d’un vrai pasteur : “ Quand j’arrivai en Troade, pour annoncer l’Évangile du Christ et que là une porte me fut ouverte dans le Seigneur, je n’eus pas de repos, car je n’y rencontrai pas encore mon frère Tite ; je leur dis adieu et je partis pour la Macédoine. Mais grâces soient rendues à Dieu, qui nous fait toujours triompher dans le Christ et manifeste par nous, en tout lieu, le parfum de sa science, car nous sommes le parfum du Christ pour Dieu, parmi ceux qui sont sauvés et parmi ceux qui se perdent ; pour les uns nous sommes un parfum de mort pour la mort, pour les autres un parfum de vie pour la vie. Et qui est capable d’une telle tâche ? Nous ne sommes pas comme beaucoup qui trafiquent -de la parole. de Dieu, mais nous parlons sincèrement, de la part de Dieu, devant Dieu dans le Christ. ”

Mardi (II. Cor. III, 1-6). — Saint Paul est un Apôtre du Christ, mais comme il est un nouvel Apôtre, il a besoin d’une lettre de recommandation. Cette lettre ce sont les Corinthiens : “ Notre lettre de recommandation, c’est vous, elle est écrite dans notre cœur, comprise et lue par tous les hommes. Oui, vous êtes manifestement une lettre du Christ fournie par nous, écrite non avec de l’encre mais avec l’Esprit du Dieu vivant, non sur des tables de pierre mais sur les tables de chair du cœur. Telle est la confiance que nous avons par le Christ en Dieu. Non que nous soyons capable de penser quelque chose comme de nous-même, non, notre capacité vient de Dieu. C’est lui qui nous a rendus capables d’être les ministres du nouveau testament, non pas selon la lettre mais selon l’esprit. Car la lettre tue, mais l’Esprit vivifie. ”

Mercredi (II. Cor. IV, 5-10). — Saint Paul décrit les souffrance qu’il a endurées pour le Christ et qu’il supporte dans l’espoir de la résurrection : “ Ce n’est pas nous que nous prêchons, mais Jésus-Christ Notre-Seigneur ; quant à nous, nous sommes vos serviteurs à cause de Jésus. Car Dieu qui a dit : “ Que des ténèbres brille la lumière ”, c’est lui qui a fait luire sa clarté dans notre cœur pour faire briller l’illumination de la connaissance de la gloire de Dieu sur la face du Christ.

Mais ce trésor nous le portons dans des vases de terre, afin que cette force sublime soit attribuée à Dieu et non à nous. De tous côtés nous sommes troublés mais non écrasés, dans le besoin mais non dans le désespoir, persécutés mais non délaissés, opprimés mais sans périr. Nous portons toujours les souffrances mortelles de Jésus dans notre corps, afin que la vie de Jésus se manifeste aussi dans notre corps. Car tout en vivant, nous sommes continuellement livrés à la mort, à cause de Jésus, afin que la vie de Jésus se manifeste aussi dans notre chair mortelle. Ainsi la mort agit en nous et en vous la vie ”... “ Ce qui est visible ne dure que peu de temps, ce qui est invisible est éternel. Nous savons que lorsque notre tente terrestre sera détruite, nous recevrons une maison des mains de Dieu, une maison qui n’est pas faite de mains d’homme, une maison éternelle, dans le ciel. En attendant nous soupirons dans le désir d’être revêtus par-dessus de cette habitation — car ce n’est que lorsque nous l’aurons revêtue que nous ne serons pas trouvés nus. Oui, tant que nous sommes dans cette tente, nous soupirons et nous nous sentons oppressés, car nous ne voudrions pas être dépouillés mais revêtus par-dessus, fin que ce qui est mortel soit absorbé par la vie . Et Dieu qui nous a destinés pour cela nous a donné son Esprit comme gage. C’est pourquoi nous sommes toujours joyeux, parce que nous savons que, tant que nous sommes dans notre corps, nous sommes des étrangers, loin de Dieu. — Nous marchons maintenant seulement dans la foi et non dans la vision, nous prenons courage cependant et nous aimons mieux quitter notre corps pour être présents auprès de Dieu. Et c’est pourquoi nous nous efforçons, que nous soyons absents ou que nous soyons présents, de lui plaire. Car il nous faudra tous paraître devant le tribunal du Christ. Là chacun doit recevoir la récompense pour ce qu’il aura fait dans son corps soit en bien soit en mal. ” Voilà un merveilleuse page.

Jeudi (II. Cor. V, 4-VI, 10). — Nous lisons encore un beau passage ; nous entendrons de nouveau la seconde partie, le premier dimanche de Carême :

L’amour du Christ nous presse, quand nous pensons à ceci : Si un seul est mort pour tous, tous sont morts. Oui, il est mort pour tous, afin que les vivants ne vivent plus pour eux-mêmes, mais pour celui qui est mort et ressuscité pour eux... Si quelqu’un vit dans le Christ, il est une nouvelle créature ; l’antique a disparu et tout est devenu nouveau. Tout cela vient de Dieu qui nous a réconciliés à lui par le Christ et nous a donné le ministère de la réconciliation. Car c’est Dieu qui, dans le Christ, réconciliait le monde avec lui, ne lui imputant plus ses péchés et qui a mis en nous sa parole de réconciliation. Nous sommes les ambassadeurs du Christ et Dieu vous exhorte par nous. Au nom du Christ, nous vous en prions : Réconciliez-vous avec Dieu. Celui qui ne connaissait pas le péché, il l’a fait péché à cause de nous, afin que par lui nous soyons justifiés devant Dieu... Comme ses collaborateurs, nous vous exhortons à ne pas recevoir la grâce de Dieu en vain. Car il dit : Dans le temps de grâce je t’écoute, au temps du salut je t’aide. ” Voici maintenant le temps de grâce, voici les jours du salut. Nous ne sommes pour personne une cause d’offense, afin que notre ministère ne soit pas blâmé. Mais en toutes choses montrons-nous comme des serviteurs de Dieu, par une grande patience dans les tribulations, dans les nécessités, les angoisses, les coups, les emprisonnements, les séditions, les fatigues, les veilles, les jeûnes, par la pureté, la science, la patience et la bonté ; avec le Saint-Esprit, avec un amour sincère, par l’annonce de la vérité, par la force de Dieu, par les armes de la vérité, à droite et à gauche, dans la gloire et le déshonneur, inconnus et pourtant bien connus, tout près de la mort et pourtant vivants, meurtris mais non tués, affligés mais toujours joyeux, mendiants, et pourtant faisant la richesse de plusieurs, sans possession et pourtant en possession de tout. ”

Vendredi (II. Cor. IX, 6-15). — Saint Paul parle des bénédictions de la bienfaisance : “ Considérez bien ceci : celui qui sème chichement, récoltera chichement, celui qui sème abondamment fera une récolte abondante. Que chacun donne, comme il l’a décidé, dans son cœur, sans mauvaise humeur et sans y être contraint, car c’est le donateur joyeux que Dieu aime. Dieu est certes assez puissant pour vous donner en abondance toutes espèces de biens de sorte que vous ayez tout en suffisance et qu’il vous en reste à assez pour faire toutes sortes de bonnes œuvres selon la parole de l’Écriture : “ il a répandu (les biens) et a donné aux pauvres ; sa justice demeure éternellement. ” Or celui qui fournit la semence au semeur et le pain pour sa nourriture vous donnera votre ê semence et la multipliera et il fera croître les fruits de votre justice. Ainsi, vous serez riches en tout, pour chaque acte de miséricorde qui produit par nous l’action de grâces à Dieu. Car ce service dévoué n’aide pas seulement aux besoins des saints (les fidèles de Judée) mais produit encore des fruits abondants par les nombreuses prières d’action de grâces à Dieu. Car par suite de ce service, vous louerez Dieu de ce que vous êtes soumis à la profession de l’Évangile du Christ et de ce que vous témoignez votre miséricorde à ceux-ci et à tous les autres. Eux aussi prieront pour vous, parce que la grâce de Dieu s’est manifestée si abondamment en vous. Grâces soient rendues à Dieu pour son don ineffable. Vous connaissez la grâce de Notre Seigneur Jésus-Christ ; bien qu’il fût riche, il s’est fait pauvre à cause de vous afin que vous deveniez riches par sa pauvreté. ”

Samedi (II. Cor. XI, 23-XII, 10). — Comme conclusion, lisons, dans cette Épître, le passage connu de l’apologie de l’Apôtre ; nous pénétrerons ainsi plus intimement dans la vie de saint Paul : “ j’ai supporté de nombreuses fatigues, enduré souvent la prison, reçu de nombreux coups, je me suis vu souvent près de la mort. J’ai reçu des Juifs, en cinq fois différentes, trente-neuf coups de fouet, j’ai été battu de verges trois fois, j’ai fait naufrage trois fois, j’ai été ballotté un jour et une nuit sur la haute mer : des voyages fréquents ; exposé aux périls sur les rivières, aux périls de la part des voleurs, aux périls de la part de mon peuple, aux périls de la part des Gentils, aux périls dans les villes, aux périls dans les déserts, aux périls sur la mer, aux périls de la part des faux frères ; j’ai enduré des travaux et des fatigues, des veilles fréquentes, la faim et la soif, les jeûnes, le froid et la nudité. Outre les maux extérieurs, j’ai mes occupations pressantes de chaque jour, le souci de toutes les Églises. Qui est faible sans que je sois faible avec lui ?.. S’il faut se glorifier (bien que cela ne convienne pas) j’en viendrai aux visions et aux révélations du Seigneur. Je connais un homme en Jésus-Christ qui fut ravi, il y a quatorze ans, jusqu’au troisième ciel (fût-ce avec son corps ou sans son corps. je ne sais, Dieu le sait) mais je sais que cet homme fut ravi dans le paradis et qu’il y entendit des paroles mystérieuses, qu’il n’est pas permis à un homme de rapporter. De cela je me glorifierai, mais pour ce qui me concerne je ne me glorifierai que de mes faiblesses... De peur que la grandeur de mes révélations ne m’inspire de l’orgueil, il me fut donné un aiguillon dans ma chair, un ange de Satan pour me souffleter. C’est pourquoi j’ai prié trois fois le Seigneur de l’éloigner de moi et il m’a répondu : ma grâce te suffit, car la force se perfectionne dans la faiblesse. Je me glorifierai donc volontiers de ma faiblesse, afin que la force du Christ demeure en moi. ” (Nous retrouverons ce passage, comme Épître, le dimanche de la Sexagésime).

TROISIÈME DIMANCHE

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APRÈS L’ÉPIPHANIE

Le Sauveur des Gentils et des pécheurs

A partir du troisième dimanche, la liturgie abandonne la suite chronologique de la vie de Jésus ; désormais elle choisira des miracles et des enseignements de Notre-Seigneur, sans tenir compte de la chronologie. Comme nous l’avons dit, ces péricopes sont un rapport avec les pensées de l’Épiphanie : le Christ paraît dans son royaume comme Sauveur (3e dimanche), comme Vainqueur (4e dimanche), comme Juge (Se dimanche), comme Maître du champ (6e dimanche). Le sens de ce 3e dimanche est celui-ci : Les Gentils et les pécheurs entrent dans le royaume de Dieu ( Les Évangiles des quatre derniers dimanches sont tirés de saint Mathieu, et dans l’ordre des chapitres. C’est peut-être un reste de l’antique coutume de lire les Évangiles à la suite, comme cela se fait encore dans l’Église grecque).

1. Pensées du dimanche. — La journée d’aujourd’hui reste complètement sous l’influence du mystère de l’Épiphanie. Dans les paroles et les chants de l’Église, nous voyons apparaître tes trois principaux personnages ou groupes qui prennent part à la visite royale. L’Introït les signale brièvement : “ Adorez le Seigneur ; vous tous qui êtes ses anges, Sion a entendu sa voix et s’est réjouie ; les filles de Juda ont été dans l’allégresse, le Seigneur est Roi... ” Le Christ-Roi, Sion, c’est-à-dire l’Église, les filles de Juda qui représentent les enfants de l’église, voilà ce dont parle le texte liturgique.

a) Le Christ-Roi occupe tout d’abord la pensée de la liturgie, aujourd’hui ; dès l’Introït, nous voyons rayonner l’éclat de la majesté du Seigneur entouré de ses anges et acclamé par les enfants de l’Église. Le psaume 96, qui est le cantique principal de la journée, nous décrit le Seigneur dans la beauté terrible d’un orage. C’est un effroi pour les pécheurs, mais une “ joie ” et une “ lumière ” pour les “ justes ”. Nous voyons par là que la liturgie se préoccupe de marquer la grandeur de l’hôte illustre qui vient visiter sa ville. C’est encore ce Roi divin que chante le Graduel :

Les Gentils craindront ton nom, Seigneur, et tous les rois de la terre connaîtront ta gloire, le Seigneur a rebâti Sion et il y paraîtra dans sa gloire. ” Ce sont là de vraies pensées d’Épiphanie. Le Grand Roi est le constructeur de Sion, il y fait sa visite solennelle et tous les rois de la terre, ainsi que les Gentils viennent lui rendre hommage. Et que fait-il dans sa ville ? La liturgie fait ressortir qu’il y étend “ le bras de sa Majesté ” pour protéger les siens (Or. Ev. Off.). Il exerce dans sa ville des actes de bienfaisance. — Alors son aspect se transforme et le Grand Roi qui est descendu de la montagne (céleste) ” devient le Fils de l’Homme, le Sauveur qui touche le paralytique et le guérit, qui reçoit amicalement le centurion et guérit son serviteur.

b) Comment se présente aujourd’hui l’Église elle-même ? Elle est Sion qui se “ réjouit ” de la visite festivale, que le Seigneur “ bâtit ”, elle est le centre de rassemblement des Gentils et des rois de la terre, c’est — chez elle que le Seigneur “ paraît dans sa majesté ”.

En outre, la liturgie décrit la vie dans l’Église : le Baptême, l’Eucharistie, la charité. Y a-t-il rien de plus beau que ces trois joyaux ? Le Baptême est représenté dans la guérison du lépreux. C’est une image qu’aimait beaucoup l’ancienne Église (les antiennes de Benedictus et de Magnificat ne traitent que de ce sujet). C’est le grand thème pascal que reprend si souvent le dimanche (cf. aussi l’Offert.). A l’Eucharistie font allusion ces paroles du Christ “ être assis à table avec Abraham, Isaac et Jacob ”. La belle Epître traite de la charité. Enfin la liturgie nous dit encore, à propos de l’Église, que les pécheurs (le lépreux) et les Gentils (le centurion) ont la première place dans le “ royaume de Dieu ” sur la terre.

c) Nous-mêmes, nous sommes représentés aujourd’hui par les filles de Juda “ les filles de Juda sont dans l’allégresse ”. Nos sentiments sont donc des sentiments de joie. Quelle en est la raison ? C’est que nous sommes des enfants de Dieu, rachetés du sang de Jésus-Christ :

La main du Seigneur me soutient, je ne mourrai pas mais j’ai la vie divine... ” Nous sommes encore représentés par les deux figures de l’Évangile, le lépreux et le paralytique. Quelle leçon ne nous donne pas le lépreux ! Comme il est modeste et humble : “ Si tu le veux, tu peux me purifier. ” Il ne demande pas. il se contente d’avoir confiance ; c’est avec cette foi profonde et cette confiance, que nous devons venir aujourd’hui dans la maison de Dieu. Le centurion nous apparaît sous des traits particulièrement sympathiques. Il est le porte-étendard de la gentilité, il reçoit le Roi qui “ fait son entrée ”, en notre nom. De quelles vertus n’est-il pas orné ! Il a de la charité pour son esclave, il est humble. Lui, le fier Romain, il n’ose pas approcher du Christ. Il a la foi : “ Je n’ai pas trouvé une telle foi en Israël ” -’le sens du devoir professionnel. C’est un soldat, de la tête aux pieds ;il exige l’obéissance, mais il sait aussi obéir. Nous comprenons que l’Église ait élevé à cet homme un monument impérissable, en empruntant ses paroles, au moment de la communion : “ Seigneur, je ne suis pas digne... ” C’est donc avec le centurion que nous approchons de la sainte Table.

2. La messe (Adorate Deum). — Ce que nous venons de dire nous a déjà indiqué les idées principales de la messe. Nous ne dirons que quelques mots sur les différentes parties. Les chants psalmodiques (Introït, Graduel, Offertoire, Communion) sont communs aux quatre derniers dimanches après l’Épiphanie. Ils sont caractéristiques de ce temps. Nous adorons le Christ-Roi avec respect et joie, il a bâti Sion et il paraît dans sa gloire. L’Introït est un tableau d’adoration. Le psaume 96 est le psaume principal de la messe. L’Oraison pourrait être la prière du lépreux ou du centurion : que Dieu daigne étendre le bras de sa majesté pour nous protéger. L’Epître est une belle leçon de charité pour le prochain et les ennemis : “ Ne rendez pas le mal pour le mal... Autant qu’il est possible et que cela dépend de vous, vivez en paix avec tous les hommes... Ne vous vengez pas... Si ton ennemi a faim, donne lui à manger... Ne vous laissez pas vaincre par le mal, mais triomphez du mal par le bien. ” Quels beaux enseignements ! Il nous faudra les suivre pendant toute la semaine. L’Offertoire parle de la “ droite ” du Seigneur. L’Oraison et l’Évangile nous en ont déjà parlé. Baisons aujourd’hui cette main du Sauveur qui veut encore nous apporter la guérison de l’âme.

3. Lecture d’Écriture (GaI. J, 1-4). Cette semaine, l’Église lit deux importantes Épîtres de saint Paul, l’Épître aux Galates et l’Épître aux Éphésiens. La première est un écrit polémique contre le judaïsme, la première hérésie très dangereuse dans l’Église. Il s’agissait de savoir si l’Église resterait enserrée dans les liens des prescriptions mosaïques. Ce fut le grand mérite de l’Apôtre des Gentils, d’avoir brisé ces liens.

Dans cette lettre, il livra la bataille décisive. De plus, cette lettre est riche de passages qui nous montrent le profond amour de saint Paul pour le Christ. Dès le premier chapitre, saint Paul nous apparaît comme un combattant énergique : “ Paul, Apôtre non de la part des hommes ni par commission des hommes, mais par Jésus-Christ et Dieu le Père qui l’a ressuscité des morts, en union avec les frères qui sont avec moi, aux Églises de Galatie. Que la grâce soit avec vous de la part de Dieu le Père et de Notre Seigneur Jésus-Christ. Pour nos péchés il s’est offert lui-même, ;, afin de nous arracher à la perdition du monde présent. fl Telle était la volonté de Dieu notre Père. A lui honneur dans les siècles des siècles. Amen. Je m’étonne que vous vous soyez laissés si vite détourner de celui qui vous a appelés par la grâce du Christ pour vous tourner vers un autre Évangile. Et pourtant, il n’yen a pas d’autre... A supposer que nous-même ou un ange du ciel vous annonce un autre Évangile que celui qui vous a été prêché, qu’il soit anathème... Mes frères, je vous l’assure : l’Évangile que je vous ai annoncé ne vient pas des hommes, je ne l’ai pas reçu d’un homme ni appris par enseignement, mais par révélation de Jésus-Christ. Vous avez en effet entendu parler de ma vie dans le judaïsme : j’ai persécuté avec excès l’Église de Dieu et cherché à la détruire. Je me distinguai dans le judaïsme au-dessus de tous mes contemporains dans ma race, me montrant le plus zélé pour les traditions de nos pères. Alors il plut à celui qui m’avait choisi dès le sein de ma mère et qui m’appela par sa grâce de me révéler son Fils unique. ”

4. Pécheurs et païens. C’est dans ces deux mots que nous renfermerons le contenu principal du troisième dimanche après l’Épiphanie. Pécheurs et païens ? Ce sont justement les deux catégories dont nous avons le moins à nous occuper, diront certains lecteurs. Les pécheurs se sont séparés de Dieu, ce sont des rebelles qui se sont soulevés contre le divin Roi ; quant aux païens, ils ne savent rien de Dieu et n’appartiennent pas au royaume du Christ. Que viennent donc faire ces deux catégories de gens dans l’aimable temps de Noël ? Si nous lisons la vie de Jésus d’après les évangiles, nous verrons comment Jésus s’est comporté justement à l’égard des pécheurs et des païens. Il est à remarquer que ce sont justement les “ pieux et les saints” du judaïsme, les Pharisiens, les Scribes et même les prêtres, qui ont montré de l’hostilité envers le Seigneur. Ce sont eux également qui l’attachèrent à la Croix. N’est-il pas tragique de voir que c’est un païen comme Pilate qui voulut arracher le Christ des mains des Juifs acharnés et qui finalement fut forcé, contre sa volonté, de le condamner à la croix ? Par contre, le Seigneur est reçu avec enthousiasme par les pécheurs et les païens. Nous pourrions citer une série d’exemples. Le brave centurion de Capharnaüm ne :s’estime pas digne que le Seigneur “ vienne sous son toit ”. La Chananéenne païenne crie avec supplication vers le Seigneur pour obtenir la guérison de sa fille. Avec quelle foi, la femme païenne, atteinte d’un flux de sang, touche la robe du Seigneur ! Avec quelle sincérité, le païen guéri, du pays de Gérasa, supplie le Seigneur de lui permettre de le suivre. Enfin les Mages païens vinrent du lointain Orient vers Bethléem pour adorer le Roi des Juifs nouveau-né, alors que le Roi Hérode et le grand conseil ne bougent pas le petit doigt pour répondre au message. Et après l’Ascension du Christ, les Apôtres et particulièrement saint Paul firent la même expérience sans cesse renouvelée. Les Juifs repoussèrent la bonne nouvelle que les païens accueillirent avec enthousiasme.

II en fut absolument de même pour les pécheurs, pendant la vie terrestre du Christ. “ Il est entré chez un pécheur ”, “ il mange et boit avec les pécheurs ”, voilà ce que disent avec mépris les Juifs, en parlant du Seigneur. Et lui ne repoussa pas ce reproche : “ Ce ne sont pas les biens portants qui ont besoin de médecin, mais les malades. ” Le Christ est venu “ chercher ce qui était perdu ”. Alors qu’il prononçait contre les “ pieux ” d’Israël un septuple “ malheur ”, il eut de la commisération pour la pauvre femme adultère, pour la pécheresse au banquet, pour la Samaritaine, pour le bon larron sur la croix et leur rendit la joie avec le pardon. “ Je ne veux pas te condamner, ne pèche plus. ” “ Aujourd’hui même, tu seras avec moi en paradis. ”

Son attitude envers les pécheurs, Jésus l’a exprimée : une fois pour toutes dans ses trois paraboles de la miséricorde : la parabole de l’Enfant prodigue, la parabole de la brebis perdue et celle de la drachme perdue. Le Christ ne connaît pas de réserve, pas de conditions humiliantes pour le pardon. Un mot, et tout est pardonné. Au fils prodigue le père a rendu tous ses droits passés : celui-ci voulait, en expiation, devenir esclave ; le père en fait de nouveau un fils de roi. Si le fils retrouvé avait erré çà et là, dans son désespoir, en criant : J’ai péché, je ne suis pas digne d’être l’enfant de mon père, je pense que le père l’aurait chassé de sa maison.

Quelles conclusions tirer de ces considérations ? Ayons pour les pécheurs et les païens les mêmes sentiments que le Christ. Ne soyons pas des pharisiens qui n’ont que des regards de mépris pour les pauvres gens. Ce n’est pas par des disputes et des contestations que nous arriverons à les amener à nous ; nous n’arriverons à aucun résultat par des actes inamicaux et des condamnations. Nous n’avons pas besoin d’abandonner un iota de nos principes ; mais la fidélité à nos principes est compatible avec une tolérance de la charité. Ne jugeons pas les hommes d’après les doctrines théoriques f de leur parti ou de leur confession. Dans la vie réelle, nous sommes beaucoup plus rapprochés et la charité est le chemin qui mènera à leur cœur... Ce n’est pas par l’apologétique, la dogmatique et la casuistique que nous convertirons le monde ; mais, comme le Sauveur, par la charité, la compréhension et la compassion. Nous autres, catholiques, nous sommes toujours portés à nous poser en juges et à condamner, et nous sommes souvent tout près du pharisaïsme. Il y a beaucoup de bon dans l’âme de ceux qui ne pensent pas comme nous, mais nous ne le voyons pas. La résolution pratique de cette semaine devrait donc être celle-ci : Dans nos relations avec ceux qui ne pensent pas comme nous, inspirons-nous de l’esprit du Christ. Et puis pensons aux pauvres païens des missions.

LECTURE D’ÉCRITURE DANS LA SEMAINE QUI SUIT LE TROISIÈME DIMANCHE

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APRÈS L’ÉPIPHANIE

Lundi : Quelques beaux passages de l’Epître aux Galates. — Nous allons essayer, cette fois, une autre méthode et rassembler les plus beaux textes de l’Épître : “ Celui qui a donné son appui à Pierre pour l’apostolat parmi les Juifs, me l’a donné à moi pour l’apostolat parmi les Gentils. Quand ils reconnurent la grâce qui m’avait été accordée, Jacques et Céphas et Jean qui m passaient pour être les colonnes, nous donnèrent la main à Barnabé et à moi ; nous devions prêcher parmi les Gentils et eux parmi les Juifs. Nous devions seulement nous souvenir des pauvres” (II, 8 sq.). — “ Avec le Christ, je suis crucifié, ce n’est donc plus moi qui vis, mais le Christ qui vit en moi. Ma vie actuelle dans la chair est une vie dans la foi au Fils de Dieu qui m’a aimé et s’est livré pour moi” (II, 19 sq.). — “ Vint la plénitude des temps et Dieu envoya son Fils qui, né d’une femme, fut soumis à la Loi, afin de racheter ceux qui étaient sous la Loi, afin que nous recevions la qualité d’enfants adoptifs. Et comme vous êtes des enfants, Dieu a envoyé, dans notre cœur, l’Esprit de — son Fils, qui nous fait crier : Abba, Père. Tu n’es donc plus un esclave mais un fils ; mais si tu es un fils, tu es aussi héritier par Dieu” (IV, 4 sq.). — “ Vous savez comment je vous ai annoncé l’Évangile, la première fois, dans l’infirmité de mon corps, et quelle épreuve a été pour vous mon infirmité. Cependant vous ne m’avez ni méprisé ni poussé, mais vous m’avez reçu comme un ange de Dieu, comme le Christ Jésus. Où sont vos bienheureuses dispositions ? Je puis en rendre témoignage : s’il avait été possible, vous vous seriez arraché les yeux, pour me les donner” (IV, 13 sq.). — “ Mes enfants, je souffre de nouveau les douleurs de l’enfantement à votre sujet, jusqu’à ce que le Christ soit formé en vous ” (IV, 19). — “ Dans le Christ Jésus, il n’y a ni circoncision ni incirconcision qui vaille, mais seulement la foi qui agit par la charité ” (V, 6).

Mardi (GaI. V, 13 — VI, 18). — Selon sa coutume, saint Paul donne à la fin de son Épître des avis pratiques ; il met en garde contre l’abus de la liberté : “ Mes frères, vous avez été appelés à la liberté, mais ne considérez pas la liberté comme une autorisation de vous livrer aux œuvres de la chair ; mais, par la charité du Saint-Esprit, servez-vous mutuellement. Car toute la loi de Dieu est accomplie dans un seul précepte : tu aimeras le prochain comme toi-même. Si vous vous mordez et vous déchirez mutuellement, prenez garde de ne pas vous détruire mutuellement. Je vous le dis : marchez dans l’Esprit et vous n’accomplirez pas les désirs charnels... les deux s’opposent, afin que vous ne fassiez pas tout ce que vous voulez... les œuvres de la chair sont manifestes, ce sont : l’impureté, l’idolâtrie, l’inimitié, les discordes, la jalousie, la colère, les dissensions, l’esprit de parti, l’envie, l’homicide, l’ivresse, les orgies et autres choses de ce genre. Je vous l’ai déjà dit auparavant et je vous le répète maintenant ceux qui font de ces choses, ne posséderont pas le royaume de Dieu. Les fruits de l’Esprit sont : la charité, la joie, la paix, la patience, la bénignité, la bonté, la longanimité, la mansuétude, la foi, la modestie, la continence, la chasteté. Contre ceux qui sont de ce genre, il n’y a pas de loi. Or ceux qui sont au Christ ont crucifié leur chair avec ses vices et ses convoitises... Ne vous y trompez pas, on ne se rit pas de Dieu. Ce que l’homme sème, il le récoltera. Celui qui sème dans sa chair, récoltera de la chair la corruption, celui qui sème dans l’Esprit, récoltera de l’Esprit la vie éternelle. Ne nous lassons pas de faire le bien, car nous récolterons, en son temps, si nous ne défaillons pas... Mais loin de moi la pensée de me glorifier, si ce n’est dans la Croix de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Par lui, le monde est crucifié pour moi et je suis crucifié pour le monde. Dans le Christ Jésus, ni la circoncision ni l’incirconcision n’ont quelque valeur, mais seulement la nouvelle créature... Au reste, que personne ne me fasse plus de peine, car je porte les stigmates du Seigneur Jésus dans mon corps. ”

Mercredi (Éph. I, 1-14). — L’Épître aux Éphésiens est une des lettres composées par saint Paul durant sa première captivité romaine (61-63). Cette Épître est le type classique des lettres de la maturité de saint Paul. Elle décrit la grandeur de l’œuvre du salut, la dignité des chrétiens et la sublimité de l’Église, puis tire, pour la vie des chrétiens, des conclusions pratiques. Le début de l’Épître est un hymne célèbre à la grâce de Dieu. Ce passage, un peu difficile, comprend trois groupes d’idées : saint Paul célèbre le dessein éternel du Père : “ Loué soit Dieu, le Père de Notre Seigneur Jésus-Christ ! Il nous a, par le Christ, comblés de toute bénédiction céleste dans le ciel. Dès avant la constitution du monde, il nous a choisis en lui, afin que nous soyons saints et immaculés devant lui. Dans son amour, il nous a prédestinés à être ses enfants adoptifs par Jésus-Christ selon la libre décision de sa volonté, afin que nous puissions louer la gloire de sa grâce qu’il nous a donnée dans son Fils bien-aimé. ” L’exécution du dessein divin de la Rédemption se fit par le Christ. “ En lui nous possédons la Rédemption par son sang. la rémission des péchés, selon les richesses de sa grâce qui a surabondé en nous, en toute sagesse et prudence. Il nous a manifesté le mystère de sa volonté, selon sa libre détermination, qu’il a arrêtée en lui-même pour la réaliser dans la plénitude des temps, de tout restaurer dans le Christ, ce qui est au ciel et ce qui est sur la terre. En lui aussi, nous avons été appelés à l’héritage auquel nous avons été prédestinés selon le dessein de celui qui fait tout d’après la décision de sa volonté. Nous devons servir à sa gloire, nous qui, auparavant, avons mis notre espoir dans le Christ. ” Mais c’est le Saint-Esprit qui opère dans chaque âme l’œuvre rédemptrice de la grâce. “ En lui, vous aussi, quand vous avez entendu la parole de la vérité, la bonne nouvelle du salut, et que vous y avez cru, vous avez été marqués du sceau de l’Esprit-Saint qui vous a été promis, et celui-ci est le gage de notre héritage qui nous garantit le rachat de ceux que Dieu s’est acquis pour la louange de sa gloire. ”

Jeudi (Éph. l, 17 -II, 23) : Saint Paul décrit la grandeur de l’œuvre du salut : “( Que Dieu, le Père de Notre Seigneur Jésus-Christ, le Père de gloire, vous donne pour le -connaître un esprit de sagesse et de révélation. Qu’il illumine les yeux de votre cœur afin que vous reconnaissiez à quelle espérance vous avez été appelés, combien riche et glorieux est son héritage pour ses saints, et combien suréminente est sa puissance à notre égard, du même ordre que la puissante manifestation de force qu’il a montrée dans le Christ, quand il l’a ressuscité d’entre les morts et fait asseoir à sa droite dans les hauteurs des cieux, au-dessus de toute principauté, puissance, vertu, domination et au-dessus de tout nom qui est nommé non seulement dans le siècle présent mais encore dans le siècle futur. Et il a tout mis sous ses pieds et il en a fait le chef de toute l’Église qui est son corps, remplie de lui qui remplit tout en tout. Et vous, vous étiez morts dans vos délits et vos péchés... Mais Dieu qui est riche en miséricorde, à cause du grand amour dont il nous a aimés, et alors que nous étions morts par nos péchés, nous a vivifiés dans le Christ, par la grâce de qui nous sommes sauvés. Il nous a ressuscités avec le Christ et nous a fait asseoir avec lui dans le ciel, pour montrer aux siècles futurs l’abondante richesse de sa grâce, par suite de sa bonté à notre égard, dans le Christ Jésus. Car, par la grâce, vous êtes sauvés en vertu de la foi et cela ne vient pas de vous, c’est, en effet, un don de Dieu.

Cela ne vient pas des œuvres, on ne doit donc pas s’en glorifier. Nous sommes son œuvre, créés dans le Christ Jésus, pour les bonnes œuvres que Dieu nous a destinées, pour que nous marchions en elles... Ainsi vous n’êtes plus des étrangers mais des concitoyens des saints et des familiers de Dieu. Vous êtes bâtis sur le fondement des Apôtres et des Prophètes alors que le Christ est la pierre d’angle, par laquelle toute la construction se tient et croît dans le Seigneur, pour devenir un temple saint. Sur lui vous êtes construits ensemble vous aussi, pour devenir la demeure de Dieu dans l’Esprit. ”

Vendredi (Éph. IV, 1 — V, 2). — Saint Paul donne des avis pour la vie chrétienne : “ Comme prisonnier du Christ, je vous fais cette recommandation, conduisez-vous d’une manière digne de la vocation que vous avez reçue, soyez pleins d’humilité, de mansuétude, de patience, vous supportant mutuellement dans la charité. Soyez zélés pour conserver l’unité de l’esprit dans le lien de la paix. Vous n’êtes qu’un corps et qu’un esprit, de même que vous avez été appelés à une seule espérance par votre vocation. Un seul Seigneur, une seule foi, un seul Baptême. Un seul Dieu et Père de tous ; qui est au-dessus de tous et (agit) par tous et en tous... Ainsi vous ne serez plus des enfants mineurs... mais plutôt nous croîtrons dans l’amour pour celui qui est le chef : le Christ. Par lui, tout le corps, par-le service de chaque articulation, est réuni et maintenu, et à chaque partie un travail spécial est attribué et ainsi s’accomplit l’accroissement du corps jusqu’à ce qu’il soit édifié dans la charité... Ne contristez pas le Saint-Esprit dans lequel vous avez été marqués, pour le jour, de la Rédemption. Que toute amertume, toute colère, toute indignation, tout cri, tout blasphème et surtout toute méchanceté, soient loin de vous. Soyez plutôt mutuellement bons et miséricordieux et pardonnez-vous les uns aux autres, comme Dieu vous a pardonné dans le Christ. Soyez comme des enfants chers, imitateurs de Dieu, et marchez dans la charité comme le Christ lui aussi vous a aimés et s’est livré pour vous, en sacrifice et en hostie d’agréable odeur à Dieu.”

Samedi (Éph. V, 21 — VI, 9). — Saint Paul parle des devoirs d’état en s’appuyant sur la notion profonde du corps mystique : “ Soyez soumis les uns aux autres, dans la crainte du Christ. Que les femmes soient soumises à leurs maris, comme au Seigneur, car le mari est le chef de la femme comme le Christ est le chef de l’Église, lui le Sauveur de son corps. De même que l’Église est soumise au Christ, les femmes doivent être soumises à leurs maris. Hommes, aimez vos femmes, comme le Christ a aimé son Église et s’est livré pour elle, afin de la sanctifier. Il l’a purifiée dans le bain de l’eau, par la parole (de vie), afin de se préparer une Église glorieuse, sans tache, sans rides ou rien de semblable, mais elle devait être sainte et immaculée. Ainsi les hommes doivent aimer leurs femmes, comme leur propre corps. Celui qui aime sa femme s’aime lui même. Personne n’a jamais haï sa propre chair, mais chacun la nourrit et l’entretient. Ainsi fait le Christ pour son Église parce que nous sommes les membres de son corps, la chair de sa chair et les os de ses os. C’est pourquoi l’homme quittera son père et sa mère et s’attachera à sa femme et ils seront deux dans une seule chair. C’est là un grand mystère, je veux dire à cause des relations du Christ et de l’Église. Aussi, de même, chacun de vous doit aimer sa femme comme lui-même, quant à la femme, elle doit avoir du respect pour son mari.))

QUATRIÈME DIMANCHE

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APRÈS L’ÉPIPHANIE (Semi-d.)

Le Roi vient en vainqueur dans sa ville

Le troisième dimanche, le Christ se manifestait comme Sauveur des pécheurs et des Gentils. Le quatrième dimanche, il apparaît en vainqueur dans le tableau de la tempête sur la mer.

1. La tempête sur la mer : Demandons-nous, d’abord, ce que cet Évangile signifie. Qu’est-ce qui a déterminé l’antique liturgie à choisir ce passage pour le dimanche que nous célébrons aujourd’hui ?

a) y a-t-il dans l’apaisement de la tempête une “ manifestation ” du Seigneur ? Si, l’avant dernier dimanche, l’Église nous a présenté le miracle des noces pour nous montrer la gloire du Christ, c’est-à-dire sa divinité, le miracle d’aujourd’hui n’est pas moins propre à cette fin. Représentons-le nous. C’est la nuit. Les douze hommes rament. Soudain s’élève une tempête furieuse. Ces marins expérimentés connaissent sans doute la perfidie de la mer, mais cette fois, ils sont désemparés. Ils réveillent le Maître endormi. Jésus se lève, avec majesté et calme, il commande aux éléments en fureur et ceux-ci lui obéissent comme des chiens qui se couchent aux pieds de leur maître. Cette vision du Seigneur commandant avec puissance, les disciples ne l’oublieront de leur vie. C’était donc bien une ” manifestation ” du Seigneur. — Mais était-ce bien l’intention de l’Église de nous montrer cette manifestation ?

b) Ou bien l’Église voulait-elle représenter dans cette tempête les persécutions et les combats auxquels elle est elle-même en butte ? La barque de Pierre a toujours été considéré comme une image de l’Église du Christ. Comme le petit bateau, l’Église est de tout temps ballottée par la tempête, mais “ les portes de l’enfer n’ont pas prévalu contre elle ”. On a sans cesse vu, au cours des siècles, le Seigneur, qui semblait endormi, se lever, commander aux vagues et à la tempête et faire apparaître le calme et la paix.

c) Ou bien pensons-nous à l’âme chrétienne en particulier ? Elle aussi est un petit bateau exposé à la rage du vent et des flots. Quel cœur chrétien est à l’abri des combats extérieurs et intérieurs ? Ce sont des afflictions de toutes sortes, des tentations, des souffrances, des persécutions. L’enfer conspire sans cesse contre le royaume de Dieu dans l’âme. L’Église pense-t-elle à ces tempêtes ? L’oraison du jour pourrait nous le faire croire, c’est une explication de l’Évangile.

L’ermite saint Antoine avait été violemment tenté par le démon, mais avait résisté courageusement. Il vit enfin briller une lumière et demanda : “( Où étais-tu, Seigneur ?” Une voix lui répondit : “ J’étais là, Antoine, mais j’attendais pour voir ton combat ; puisque tu as courageusement résisté, je serai toujours ton aide. ” Que cela soit une consolation pour nous, combattons vaillamment et, en temps voulu, le Christ viendra et commandera à la tempête.

d) Pourtant l’Église a peut-être voulu nous faire entendre les premiers accents du drame de la Passion. La pensée fondamentale du cycle de Noël était celle-ci : Le Christ a fondé sur la terre le royaume de lumière. Maintenant l’Église nous prépare au cycle pascal, dans lequel nous verrons d’abord la lumière combattue par les ténèbres. Cet accent de la Passion se fait déjà entendre légèrement à travers le temps de Noël, aujourd’hui il retentit dans le mugissement des flots en fureur. Nous ne tarderons plus guère à voir le Sauveur environné des flots de la douleur, il sera englouti par eux, mais il sortira vainqueur.

e) C’est peut-être cette dernière pensée qui nous rapproche le plus de l’intention de la liturgie. L’Évangile est une image du combat et de la victoire pascale du Christ. Chaque dimanche est un dimanche de Pâques. Chaque dimanche nous célébrons la mort et la résurrection du Christ en nous-mêmes. Alors même que, pendant la semaine, nous aurions été ballottés par la tempête et les flots, à la messe du dimanche le Seigneur monte à bord de la nacelle, il commande à la tempête et achève la victoire de sa Résurrection. Chaque dimanche notre âme s’approprie quelque chose de cette victoire pascale. Ainsi chaque dimanche est un anneau de la grande chaîne qui va du Baptême jusqu’au dernier combat et à la victoire finale.

2. La messe (Adorate Deum). — Les chants alternés sont les mêmes que le dimanche précédent. Nous voyons encore, à l’Introït, le sublime tableau d’adoration : les anges adorent le Roi du ciel, nous sommes dans l’allégresse avec eux. L’Oraison se rattache à l’Évangile. Dans notre vie, se renouvelle la tempête de la mer, des dangers menacent notre âme de toutes parts, il importe de crier du fond du cœur : Seigneur sauve-nous ! A l’extérieur le combat, à l’intérieur la charité, voilà la vraie vie chrétienne. L’Épître nous fait encore entendre de précieuses paroles sur l’amour du prochain : “ L’amour est l’accomplissement de la loi ”. Le chant de l’Offertoire peut être considéré aujourd’hui comme un reflet de l’Évangile : la puissante main du Christ qui apaisa la tempête nous a tirés des flots de l’enfer et nous maintient debout. Le chant de la Communion peut être considéré, lui aussi, comme un écho de l’Évangile.

3. Lecture d’Écriture (Phil. chap. 1). — L’Épître aux Philippiens est un des écrits que saint Paul composa pendant sa première captivité romaine. Cette lettre est la plus personnelle et la plus aimable de toutes. Philippes était l’Église préférée de l’Apôtre, la première qu’il ait fondée sur le continent européen, elle lui resta toujours fidèle et attachée. L’Apôtre remercie l’Église de ses cadeaux, l’entretient de sa situation et en même temps lui donne des conseils pour sa vie chrétienne (l, 1-18). Nous ne disposons que de deux jours pour la lecture de cette belle Épître. (Peut-être, quelques lecteurs se décideront-ils à la lire dans son entier). Saint Paul commence par remercier Dieu pour le zèle des Philippiens dans la foi : “ Je remercie Dieu chaque fois que je pense à vous. Continuellement, dans toutes mes prières, je prie pour vous tous, avec joie, parce que vous avez eu part à l’Évangile depuis le premier jour jusqu’à maintenant. Et j’ai la ferme confiance que ", Celui qui a commencé cette bonne œuvre en vous, l’achèvera jusqu’au jour du Christ Jésus. Et il est juste que j’aie ces sentiments à votre égard, car je vous porte dans mon cœur, vous tous qui avez part avec moi à la grâce, dans mes liens et dans la défense et l’affermissement de l’Évangile. Dieu m’est témoin que je vous désire tous dans le cœur du Christ Jésus. ” Ensuite saint Paul raconte comment sa captivité n’a pas nui à l’Évangile ; au contraire, elle a servi à la cause du Christ. Pour ce qui concerne l’issue du procès, il s’en remet entièrement à la volonté de Dieu. “ Mon désir et mon espérance sont que je ne sois pas confondu, mais que plutôt maintenant comme toujours, librement et ouvertement, le Christ soit glorifié dans mon corps, soit dans la vie, soit dans la mort. Car ma vie c’est le Christ et la mort m’est un gain. Si la vie dans la chair m’est destinée, cela signifie pour moi un labeur fécond, ainsi il m’est difficile de choisir et je suis entraîné dans. les deux sens. Je voudrais être dissous pour être avec le Christ, ce serait pour moi de beaucoup le meilleur, cependant rester encore dans la chair à cause de vous est. plus nécessaire. Et, dans cette espérance, je sais que je resterai encore et que je demeurerai avec vous tous, pour votre progrès et la joie de votre foi ” (1, 20-25). Ensuite il s’adresse à son Église et l’exhorte à marcher sur les traces du Christ : “ Ayez en vous les sentiments qui sont dans le Christ Jésus. Bien qu’il fût dans la forme de Dieu, il ne s’attacha pas avidement à son égalité avec Dieu, mais il s’anéantit lui-même, il prit la forme de l’esclave, devint semblable à un homme et fut trouvé extérieurement comme un homme. Il s’humilia lui-même et se fit obéissant. jusqu’à la mort, jusqu’à la mort de la Croix. C’est. pourquoi aussi Dieu l’a exalté et lui a donné un nom qui est au-dessus de tout nom. Au nom de Jésus tout. genou doit fléchir, au ciel, sur la terre et dans les enfers. Et toutes les langues doivent confesser pour la gloire de Dieu le Père : Jésus-Christ est le Seigneur ” (II, 5-11).

4. Ténèbres et lumière. C’est ainsi qu’on pourrait caractériser brièvement le contenu de cette semaine. Telle est la vie humaine : ténèbres à l’extérieur, lumière à l’intérieur. Elle ressemble, extérieurement, à la traversée nocturne du lac de Génésareth au milieu du vent et de la tempête, intérieurement, à la procession lumineuse de la Chandeleur.

La vie chrétienne est une tempête sur la mer. Comme le bon Dieu traite parfois rudement ses enfants ! C’est qu’il n’est pas comme ces mères déraisonnables dont la tendresse consiste à caresser et à gâter leurs enfants. Il est le premier à appliquer le principe de la Sainte Écriture : Celui qui aime son enfant n’épargne pas la verge. Et c’est pour notre bien. Les enfants de Dieu supportent malles jours heureux ici-bas. L’histoire de l’Église et l’histoire particulière des âmes le prouvent. Comme l’Église était grande au temps des persécutions ! Les chrétiens détestés, persécutés, méprisés extérieurement, étaient, parfaits et saints. Mais, au moyen âge, quand l’Église brilla de son plus grand éclat et que les empereurs et les rois la dotèrent de biens terrestres, la lumière intérieure pâlit de plus en plus. Oui, il est bon pour nous, chrétiens, que notre situation extérieure ne soit pas trop bonne. Il est vrai que nous avons besoin de ce que le Sauveur exigea de ses disciples pendant la tempête sur le lac : une foi forte et une ferme confiance en Dieu. “ Pourquoi avez-vous si peu de foi ? ” La grande souffrance, les grandes épreuves, la grande misère peuvent être un remède, mais aussi un poison. Certains trouvent dans les souffrances, de nos Jours, le chemin qui mène à Dieu ; mais, pour beaucoup, la crise économique est un poison qui apporte la mort de l’âme. Priez, mes frères, pour tous ceux qui sont éprouvés, afin que leur misère et leur souffrance les purifient et les sanctifient. Aimons à penser surtout et souvent à ceux qui sont, comme nous, membres du corps du Christ et qui sont en butte à la tempête sur la mer. Représentons-nous, par exemple, les chrétiens de Russie. Voyons tel enfant de Dieu en Sibérie ou au Caucase. Il est, à cause de sa foi, condamné aux travaux forcés. Jour après jour, sans dimanche, sans messe, sans communion, il lui faut abattre des arbres ; il est à peine vêtu, mal nourri et, sous le knout des soldats, il s’avance peu à peu vers la mort. Combien de fois ces pauvres gens doivent crier vers le ciel : “ Seigneur, sauvez-nous, nous périssons. ” Pour ces pauvres, qui sont en même temps des riches, nous devons prier, afin qu’ils demeurent forts, afin qu’ils soient vainqueurs. Car leur souffrance nous profite à tous. Ils accomplissent et achèvent ce qui manque au corps du Christ. Mais ce n’est pas seulement en Russie. Chez nous, dans notre entourage, il y a des “ tempêtes sur la mer ”, il y a la misère et les autres souffrances qui anéantissent. Portons secours là où nous le pouvons.

Nous arrivons maintenant au second spectacle de cette semaine. Nous voyons une procession de la Chandeleur. Dehors, c’est la nuit, les enfants du monde dorment encore. Mais les enfants de Dieu s’avancent autour de l’Église, un cierge à la main. Il leur faut se défendre contre le vent qui essaie d’éteindre leur lumière. C’est l’image de la vie intérieure du chrétien. Le Chrétien est un porte-lumière, un porte-Christ. Depuis son baptême, il porte et entretient en lui la divine lumière de la grâce ; bien plus le Christ lui-même est dans son âme, en dépit de la nuit et des tempêtes du dehors. Sans doute, l’ennemi des âmes voudrait bien éteindre cette lumière et il souffle dessus de toutes ses forces. Ce sont là les tempêtes de la vie. Mais l’enfant de Dieu maintient sa lumière et continue de la porter. Dans la maison de Dieu, à l’Évangile et dans la communion, il reçoit un nouvel aliment et une nouvelle force pour entretenir cette lumière. Ainsi il pourra traverser les tempêtes de la vie et porter sa lumière jusqu’au temple de gloire, au ciel.

LECTURE D’ÉCRITURE DANS LA SEMAINE QUI SUIT LE QUATRIÈME DIMANCHE

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APRÈS L’ÉPIPHANIE

Lundi (Phil. III et IV). — Jusqu’à quel point la doctrine de l’Évangile a mis son empreinte sur la vie de saint Paul, nous le voyons par le passage suivant ; “ Ce que je regardais jadis comme un gain, je le considère comme une perte à cause du Christ. Oui, je considère toujours tout comme une perte, parce que la connaissance de mon Seigneur Jésus-Christ, pour qui j’ai tout abandonné, est plus précieuse de beaucoup ; je considère tout cela comme une balayure, afin. de gagner le Christ et d’être trouvé en lui — non pas selon ma propre justice, celle qui vient de la Loi, mais selon celle qui naît de la foi dans le Christ, la justice qui vient de Dieu sur la base de la foi. Je veux le connaître ainsi que la puissance de sa Résurrection et la participation à sa Passion, afin de lui devenir semblable dans la mort, dans la pensée de parvenir à la résurrection des morts. Je ne dis pas que j’ai atteint le but et que je suis déjà parfait, mais je tends vers ce but et je voudrais bien l’atteindre comme je suis déjà atteint aussi par le Christ Jésus. J’oublie ce qui est derrière moi et je m’étends vers ce qui est devant moi. Je poursuis le but qui m’est destiné, le prix de la victoire auquel Dieu m’a appelé d’en-haut par le Christ Jésus ” (III, 7-4). “ J’ai appris à me contenter de ce que j’ai. Je puis vivre dans la pauvreté et je puis vivre dans l’abondance. Je suis habitué à tout, à être rassasié et à avoir faim, à la richesse et à la pauvreté. Je puis tout par Celui qui me donne la force” (IV, 11-13). Que celui qui possède une Bible se donne la peine de lire toute l’Épître, il ne le regrettera pas.

Mardi (Épître aux Colossiens, chap. 1). — L’Épître aux Colossiens appartient, elle aussi, aux écrits de la première captivité romaine (61-63). Elle se caractérise surtout par ses beaux passages sur la divinité du Christ. Le plus important est celui-ci : “ Rendez grâces avec joie au Père, de ce qu’il vous a rendus capables de participer à l’héritage de ses saints dans la lumière. Il nous a arrachés à la puissance des ténèbres et transportés dans le royaume de son Fils bien-aimé. En lui nous avons la Rédemption par son sang, la rémission des péchés. Il est l’image de Dieu invisible, le premier-né de toute créature ; car en lui tout a été fait, ce qui est dans le ciel et ce qui est sur la terre, ce qui est visible et ce qui est invisible, que ce soit les Trônes ou les Dominations, les Principautés ou les Puissances : tout a été créé par lui et pour lui. Il est avant tout et tout subsiste en lui. Il est la tête du corps de l’Église. Il est le commencement, le premier-né parmi les morts, afin d’avoir en tout le premier rang. Il a plu à Dieu de faire habiter en lui toute plénitude, afin de tout se réconcilier, par lui, tout ce qui est sur la terre et tout ce qui est dans le ciel, parce que par son sang sur la Croix, il a créé la paix. Vous aussi qui, autrefois, étiez éloignés de Dieu et par vos mauvaises actions étiez ses ennemis, il vous a maintenant réconciliés par la mort de son corps humain pour vous présenter saints, sans tache et sans reproche devant lui.” — “ Aussi je me réjouis de mes souffrances pour vous et, pour ma part, j’accomplis ce qui manque aux souffrances du Christ, dans ma chair, pour son corps, l’Église, dont j’ai été fait le serviteur en vertu du ministère que Dieu m’a donné pour votre utilité. Il fallait que j’annonce la parole de Dieu, le mystère qui depuis des siècles et des générations était resté caché mais maintenant a été manifesté à ses saints. Dieu a voulu leur montrer la richesse de gloire de son mystère parmi les Gentils : le Christ au milieu de vous, l’espoir de la gloire. ”

Mercredi (Col. III et IV). — Recueillons encore quelques passages, dans l’Épître aux Colossiens : “ Si vous êtes ressuscités avec le Christ, cherchez ce qui est en haut, là où le Christ est assis à la droite de Dieu. Pensez à ce qui est en haut, non à ce qui est sur la terre. Vous êtes morts et votre vie est cachée avec le Christ en Dieu. Mais quand le Christ, notre vie, paraîtra, vous paraîtrez vous aussi avec lui dans la gloire. Mortifiez donc ce qui, dans vos membres, est terrestre : l’impureté, les passions mauvaises et l’avarice qui est une idolâtrie ; toutes ces choses attirent la colère de Dieu sur les fils de l’incrédulité. Vous aussi vous étiez autrefois adonnés à ces choses, quand vous viviez en elles. Maintenant, mettez de côté tout cela : la colère, l’indignation, la méchanceté ; que les injures et les propos honteux ne sortent pas de votre bouche. Ne mentez pas les uns avec les autres. Dépouillez le vieil homme avec toutes ses œuvres et revêtez le nouveau qui se renouvelle selon l’image de son créateur, pour la connaissance parfaite. Là, il n’y a plus ni Grec, ni Juif, ni circoncis, ni incirconcis, ni barbare, ni Scythe, ni esclave, ni homme libre, mais le Christ est tout en tous. Revêtez-vous donc comme des élus de Dieu, saints et chers, de pitié cordiale, de bonté, d’humilité, de douceur, de patience. Supportez-vous mutuellement et pardonnez réciproquement si l’un a à se plaindre de l’autre. Comme le Seigneur vous a pardonné, faites de même, vous aussi. Au-dessus de tout, placez, la charité qui est le lien de la perfection. Que la paix du Christ règne dans votre cœur, car c’est pour cela que vous avez été appelés comme un seul corps. Et soyez reconnaissants. Que la parole du Christ _’, demeure parmi vous dans toute sa richesse et enseignez-vous et exhortez-vous mutuellement en toute sagesse. Chantez Dieu d’un cœur reconnaissant avec des psaumes, des hymnes et des cantiques spirituels. Tout ce que vous faites en parole et en œuvre, faites-le au nom du Seigneur Jésus-Christ et remerciez Dieu le Père par lui. ”

Jeudi (1. Thés. 1, 1-26). — La plus ancienne des lettres de l’Apôtre et sans doute la première Épître aux Thessaloniciens. Saint Paul l’écrivit au cours de son second voyage apostolique, peu de temps après son discours d’Athènes. Cette lettre aussi, comme celle aux Philippiens, est très personnelle et remplie -de sentiments. Saint Paul songe avec joie à son ministère -dans cette Église et il l’exhorte à la persévérance. Il donne aussi des éclaircissements sur le retour du Seigneur que les fidèles croyaient imminent : “ Nous remercions continuellement Dieu pour vous tous quand nous pensons à vous dans nos prières. Inlassablement, nous pensons devant Dieu notre Père à votre foi active, à votre charité dévouée et à votre espérance ferme en Notre Seigneur Jésus-Christ et nous sommes persuadés, frères aimés de Dieu, que vous avez été élus. Car notre prédication de l’Évangile chez vous ne s’est pas faite seulement en paroles, mais en force et dans le Saint-Esprit et dans une grande persuasion. Vous savez comment nous avons paru parmi vous, à cause de vous. Et vous avez été nos imitateurs et ceux du Seigneur, en recevant la parole, au milieu de nombreuses tribulations, avec joie, dans le Saint-Esprit. Ainsi vous avez été un modèle pour tous les fidèles en Macédoine et en Achaïe. Car de chez vous la parole de Dieu s’est répandue non seulement en Macédoine et en Achaïe, mais partout votre foi en Dieu a été manifestée. Nous n’avons pas besoin d’en parler ; car tous racontent, en parlant de nous, l’accueil que nous avons trouvé chez vous et comment vous avez quitté les idoles pour vous convertir à Dieu et pour servir le Dieu vivant et véritable et pour attendre son Fils du ciel, qu’il a ressuscité des morts, Jésus qui nous sauve -du jugement de colère à venir. ” “ Nous sommes entrés parmi vous... avec douceur comme une mère qui soigne ses enfants. Nous nous sentions tellement attirés vers vous que nous vous aurions donné volontiers non seulement l’Évangile mais notre vie, car vous nous étiez devenus très chers. Vous vous souvenez, mes frères, de nos labeurs et de nos fatigues. Jour et nuit nous avons travaillé pour n’être à charge à personne. Ainsi, nous vous avons prêché l’Évangile de Dieu. Vous êtes témoins, et Dieu aussi, avec quelle sainteté, quelle justice, quelle manière irréprochable nous nous sommes comportés avec vous qui avez cru. Vous savez que nous avons été pour chacun de vous comme un père pour ses enfants, vous exhortant, vous consolant et vous adjurant de vous conduire d’une manière digne de Dieu qui vous a appelés à son royaume et à sa gloire. ” “ Mes frères, après avoir été éloignés un certain temps de votre vue, non de votre cœur, nous avions le vif et ardent désir de vous revoir. C’est pourquoi, nous avions fait le projet de venir vers vous moi Paul, même plus d’une fois — mais Satan nous en a empêchés. Car quelle est notre espérance, notre joie, notre couronne devant Notre Seigneur Jésus-Christ à son retour ? N’est-ce pas vous ? Oui, vous êtes notre gloire et notre joie...v

Vendredi (1 Thés IV, 1-12 ; V, 5-25). — Comme un père, saint Paul donne des conseils à sa chère Église : “ Mes frères, nous vous prions et nous vous adjurons, dans le Seigneur Jésus, d’avoir une conduite juste, agréable à Dieu, comme vous l’avez appris de nous : Vous vous conduisez aussi de cette façon, marchez donc de plus en plus dans. cette voie. Vous connaissez les préceptes que nous vous avons donnés, au nom du Seigneur Jésus. Car, telle est la volonté de Dieu : vous devez être saints et vous abstenir de l’impureté... Personne ne doit se permettre d’attaquer ni de circonvenir son frère dans une affaire, car le Seigneur punit tout cela comme nous vous l’avons déjà dit et assuré précédemment. Dieu en effet ne nous a pas appelés à l’impureté mais à la sainteté. Ainsi donc celui qui méprise ces préceptes, ne méprise pas un homme, mais Dieu qui vous a donné son Saint-Esprit. Au sujet de la charité fraternelle, il est inutile que je vous écrive, vous avez appris de Dieu lui-même à vous aimer les uns les autres. Et en effet vous le faites envers tous les frères dans toute la Macédoine. Nous vous prions seulement, chers frères, d’accroître toujours (votre charité). Ayez à cœur de vivre paisiblement, de vous occuper de vos propres affaires et de travailler de vos mains, comme nous vous l’avons recommandé. Conduisez-vous d’une manière honorable vis-à-vis de ceux qui sont du dehors et ne désirez rien de personne... Vous êtes tous enfants de la lumière, enfants du jour. Nous n’appartenons pas à la nuit ni aux ténèbres. Ne dormons donc pas comme les autres, mais veillons et soyons sobres. Celui qui dort, dort pendant la nuit, celui qui est ivre est ivre pendant la nuit. Quant à nous, armons-nous de la cuirasse de la foi et de la charité et du casque de l’espérance et du salut, car Dieu ne nous a pas destinés à la colère, mais à l’acquisition du salut par Notre Seigneur Jésus-Christ, qui est mort pour nous afin que soit que nous veillions, soit que nous dormions, nous vivions avec lui. C’est pourquoi, consolez-vous et édifiez-vous mutuellement comme d’ailleurs vous le faites... Ensuite, nous vous avertissons, chers frères, de reprendre ceux qui sont déréglés, de consoler les pusillanimes, de recevoir les faibles, d’avoir de la patience avec tous. Veillez à ce que personne ne rende le mal pour le mal, veillez plutôt à vous faire du bien mutuellement et à tous. Réjouissez-vous toujours, priez sans cesse. Soyez en toutes choses reconnaissants, car telle est la volonté de Dieu en Jésus-Christ à votre égard à tous. N’éteignez pas l’Esprit, ne dédaignez pas les prophéties ; examinez tout, ce qui est bon gardez-le ; tenez-vous loin du mal sous toutes ses formes. Que le Dieu de paix vous sanctifie en toutes choses. Que votre esprit, votre âme, votre corps se gardent sans tache pour le retour de Notre Seigneur Jésus-Christ. Celui qui vous a appelés est fidèle, il accomplira aussi (sa promesse). ”

Samedi (II Thes. II,1 — III,16). — La seconde Épître aux Thessaloniciens cherche à corriger l’erreur de ceux qui considéraient le retour du Christ comme imminent et stigmatise la conduite déréglée de quelques fidèles : “ Mes frères, en ce qui concerne le retour de Notre Seigneur Jésus-Christ et notre réunion avec lui, ” ne vous laissez pas si vite déconcerter et effrayer, ni par un esprit ni par une conversation ni par une lettre que nous aurions envoyée comme si le jour du Seigneur était imminent. Ne vous laissez égarer par personne et d’aucune manière. Car d’abord doit venir l’apostasie et se manifester l’homme de péché, le fils de la perdition, l’adversaire qui s’élèvera au-dessus de tout ce qui s’appelle Dieu et chose sainte, jusqu’à s’asseoir dans le temple de Dieu et se faire passer pour Dieu. Ne vous souvenez-vous pas que je vous le disais quand j’étais parmi vous ? Et ce qui le retient encore et fait qu’il ne paraîtra qu’en son temps, vous le savez. Sans doute le mystère d’iniquité est déjà à l’œuvre, seulement, il faut d’abord que celui qui le retient disparaisse. Mais le Seigneur Jésus le tuera du souffle de sa bouche, par l’éclat de son avènement, il l’anéantira Il (deux événements doivent donc précéder l’avènement du Christ, l’apostasie et la venue de l’Antéchrist). “ Nous vous ordonnons, chers frères, au nom de Notre Seigneur Jésus-Christ, de vous écarter de tout frère qui a une conduite déréglée et ne s’en tient pas à l’enseignement que vous avez reçu de nous. Vous savez bien comment vous devez nous imiter. Nous n’avons pas mené de vie déréglée parmi vous et nous ne sommes laissé offrir notre pain par personne. Au contraire, nous avons travaillé péniblement jour et nuit afin de n’être à charge à personne. Non pas que nous n’ayons aucun droit à cela, mais pour vous donner un exemple que vous devez suivre. Car quand nous étions parmi vous, nous avons souvent donné ce précepte : Celui qui ne travaille pas ne doit pas manger. Et maintenant nous apprenons que quelques-uns parmi vous mènent une vie déréglée et, au lieu de travailler, s’occupent de vaines bagatelles. A ces gens-là, nous ordonnons expressément, dans le Seigneur Jésus-Christ, de travailler paisiblement pour gagner leur pain. Quant à vous, mes frères, ne vous lassez pas de faire le bien. Que si quelqu’un ne veut pas obéir aux ordres que nous donnons par cette lettre, notez-le et évitez d’avoir des relations avec lui afin qu’il soit confondu. Ne le traitez pas cependant comme un ennemi mais corrigez le comme un frère. ”

CINQUIÈME DIMANCHE

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APRÈS L’ÉPIPHANIE (semi-double)

Le Roi vient comme un Juge sage

La manifestation du divin Roi devant le monde demande aussi qu’il se manifeste dans sa puissance et son action : Il se montre d’abord comme Sauveur (38 dimanche), comme médecin des âmes lépreuses. dans le royaume duquel sont reçus les pécheurs et les Gentils. Il apparaît ensuite comme vainqueur des flots de l’Enfer (48 dimanche). Sa victoire pascale se poursuit dans l’Église et dans l’âme. Enfin il se montre aujourd’hui comme juge sage et patient (58 dimanche). Il laisse croître et mûrir la bonne et la mauvaise semence, Il ne veut pas intervenir violemment, il peut attendre. Ce n’est qu’à la fin du monde qu’aura lieu sa dernière et grande “ Épiphanie ” ; alors tous paraîtront devant son tribunal pour être jugés. Alors le psaume du jugement, le ps. 96 que nous chantons, maintenant, trois fois tous les dimanches (Introït, Alleluia, Communion) se réalisera pleinement.

1. La messe (Adorate Deum). — Nous connaissons déjà les chants psalmodiques. Nous les avons chantés le troisième et le quatrième dimanche. Ils sont caractéristiques du temps après l’Épiphanie : le Seigneur a bâti Sion et y paraît dans sa gloire. L’Oraison voit, dans la société chrétienne, la famille de Dieu. Le rôle continuel de Dieu est de la garder, de la protéger, de la défendre. Cette famille ne s’appuie pas sur ses propres forces, mais uniquement sur la grâce de Dieu. Il faut maintenant que cette prière se réalise à la messe. Notre préparation est la confiance, le fruit du Sacrifice est la protection divine. Les lectures nous montrent deux tableaux opposés de l’Église, un tableau aimable et un tableau sombre. Dans l’Epître, saint Paul nous décrit l’idéal de la vie de l’Église : une communauté de saints, que pare toute une couronne de vertus. La charité y domine en reine et, dans son cortège, on voit la paix du Christ. Saint Paul nous fait entrevoir la vie cultuelle et la vie privée de cette communauté, où la parole de Dieu a toute sa richesse. Nous l’entendons chanter des psaumes et des cantiques spirituels et, chez eux, les fidèles vivent, en tout, au nom de Jésus. L’Évangile nous montre le tableau opposé. Nous voyons encore une communauté chrétienne, mais on y remarque des faiblesses humaines, des péchés et même de graves scandales, de la tiédeur, de l’indifférence, de la jalousie, de la part des chrétiens. Cela nous fait de la peine, mais le Sauveur nous aide à résoudre l’énigme du mal dans l’Église et dans l’âme.

Voici d’après l’Évangile quel sera notre programme de la semaine : pour ce qui nous concerne, nous essayerons de réaliser en nous l’idéal ; pour ce qui concerne les autres, nous apprendrons à imiter la patience de Dieu vis-à-vis du mal et à ne pas nous en scandaliser. L’Évangile nous fait pénétrer dans les mystères du royaume de Dieu et nous montre la croissance mystérieuse et souvent inexplicable du royaume de Dieu dans l’Église et dans l’âme. Ce mystère est la permanence du mal dans l’Église. Le mal est la semence du démon, il peut et doit se développer librement et parvenir à maturité. La liberté est accordée sur la terre au bien et au mal. Le mal lui-même a un rôle à jouer dans le plan de Dieu : il doit purifier le bien, éprouver sa fermeté, il est dans la main de Dieu une férule pour le bien. A proprement parler, il ne peut pas nuire au royaume de Dieu et c’est là une consolation pour nous quand nous voyons tant de mal sur la terre. Appliquons aussi l’Évangile à notre âme. Le divin semeur jette aujourd’hui, dans notre âme, le bon grain de l’Eucharistie ; ce grain doit lever dans la semaine. Sans doute, dans la semaine, le démon sèmera aussi son ivraie parmi ce bon grain. Mais il faut que, par notre pénitence, nous détruisions l’ivraie. Que le Sacrifice d’aujourd’hui, le Sacrifice de la “ réconciliation ” fasse disparaître cette ivraie et raffermisse nos “ cœurs chancelants ” (Secrète). L’Eucharistie est le “ gage ” de l’accomplissement de notre salut. Pour employer le symbole de l’Évangile, le divin moissonneur rentre déjà nos gerbes mûres dans les greniers célestes.

2. Le Psaume directeur 96. — Aux Matines de l’Épiphanie, nous avons vu, pendant toute une semaine, la manifestation du Christ devant le monde, dans le tableau que nous donne ce psaume et, les dimanches après l’Épiphanie, ce psaume est chanté à trois reprises à la messe (Intr. Grad. Comm.) pour rendre hommage au divin Roi qui fait une visite festivale dans sa ville. Il convient donc que nous essayions de connaître plus à fond ce psaume :

I. Apparition de Dieu.

Le Seigneur est Roi, que la terre jubile,

Que se réjouissent les nombreuses îles.

Voici que les nuées sombres sont son manteau,

Le droit et la justice sont les soutiens de son trône.

Le feu marche devant lui

Et dévore à la ronde ses ennemis.

Ses éclairs illuminent la terre,

La terre le voit et tremble.

Comme de la cire s’écoulent devant le Seigneur les montagnes,

Toute la terre, devant la face du Seigneur.

Le ciel annonce sa justice

Et tous les peuples contemplent sa majesté.

II. Le jugement.

Là se tiennent confondus les adorateurs d’idoles

Qui se font gloire de leurs vains simulacres ;

Adorez-le, vous qui êtes ses anges. Sion entend et se réjouit ;

Les filles de Juda tressaillent,

A cause de ton jugement, Seigneur.

Car toi, Seigneur, tu es le plus haut sur toute la terre,

Élevé bien haut au-dessus de tous les princes.

Vous qui aimez Dieu, haïssez le mal,

Les âmes de ses saints, Dieu les garde,

Il les délivre de la main des pécheurs.

La lumière se lève sur les justes

Et la joie sur ceux qui ont le cœur droit.

Ainsi vous qui êtes justes, réjouissez-vous dans le Seigneur

Et louez mon saint nom.

Le psaume appartient à la série des psaumes royaux (92, 94-98) qui chantent le Dieu qui a fait alliance avec Israël comme le Roi du monde entier et le vainqueur des Gentils. Quelques-uns de ces psaumes commencent par l’acclamation : le Seigneur est Roi (Dominus regnavit).

Dans notre psaume, l’avènement messianique est représenté sous l’aspect, cher au psalmiste, d’un orage, terrible et dévorant pour les méchants, purifiant et rafraîchissant pour les bons. Ce cantique énergique est divisé en deux strophes de plan assez semblable. La première strophe décrit l’apparition de Dieu pour le jugement, la seconde décrit le jugement lui-même.

Ce qu’Israël, aveuglé en partie par des préjugés nationalistes, n’a vu qu’obscurément, le Christ en a fait pour nous une réalité. Le Dieu de l’alliance qui doit venir, recouvert du manteau de l’orage, pour juger le monde, c’est Notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ. Sans doute, extérieurement, il paraît vêtu du manteau de l’humilité, mais, en réalité, il est “ le plus fort ” ; il est venu dans le monde pour vaincre le “ fort ”. le prince de ce monde et, avec lui, les idoles et les idolâtres. Les Juifs attendaient la venue du Messie, pour juger, pour anéantir les nations et pour établir la domination d’Israël sur le monde. Comme les choses se sont passées différemment ! Le Christ est bien venu pour juger, mais d’une toute autre manière. Le jugement messianique, chacun l’exécute en soi-même : “ celui qui croit en lui ne sera pas jugé, mais celui qui ne croit pas est déjà jugé (Jean III, 18). Maintenant, dans le temps qui suit l’Épiphanie, nous avons l’hôte divin dans nos murs, c’est pourquoi notre âme est toujours joyeuse et les “ nombreuses îles ” elles-mêmes se réjouissent (ce sont les Gentils, dont les Mages furent les prémices). La venue du Seigneur est la préparation de son dernier avènement “ en grande puissance et gloire ” pour l’effroi des méchants et la joie des “ filles de Sion ” (c’est-à-dire des enfants de l’Église) ; à la messe, il est environné de ses anges et, à la communion, ” il garde les âmes de ses saints et les délivre de la main des pécheurs. ”

3. Lecture d’Écriture (1. Tim. 1, 1-16). — Saint Paul a écrit trois Épître$ à ses disciples préférés. deux à Timothée et une à Tite. Comme ces lettres contiennent surtout des avis sur les devoirs des pasteurs d’âmes, on les appelle volontiers les Épîtres pastorales. Elles sont d’abord pour les prêtres un guide précieux dans la direction des âmes, mais tous les chrétiens appelés à l’apostolat laïc, peuvent trouver, dans ces Épîtres, d’édifiantes leçons. Elles nous font connaître aussi la tendresse humaine de l’Apôtre et son amour surnaturel pour ses chers disciples.

Je rends grâces à Notre Seigneur Jésus-Christ qui m’a donné la force, de ce qu’il m’a jugé fidèle et m’a destiné à son ministère, moi qui jadis étais un blasphémateur, un persécuteur et un insulteur. Mais j’ai trouvé la miséricorde de Dieu, parce que j’agissais sans savoir, dans l’incrédulité. Or la grâce de Notre-Seigneur a surabondé en moi, avec la foi et l’amour dans le Christ Jésus. Sûre et digne de toute créance est la parole : le Christ Jésus est venu dans le monde pour sauver les pécheurs dont je suis le premier. Mais j’ai obtenu miséricorde, afin que, d’abord en moi, Jésus-Christ montrât sa patience. Je devais être un exemple pour ceux qui croiront en lui et parviendront à la vie éternelle. A lui, le Roi des siècles, l’Immortel, l’Invisible, le seul Dieu soit honneur et gloire dans les siècles des siècles. Amen. ” “ Avant toutes choses j’insiste pour qu’on fasse des supplications, des invocations, des prières pour tous les hommes, pour les rois et toutes les autorités, afin qu’ils mènent une vie tranquille et paisible en toute piété et chasteté. Ceci en effet est bon et agréable devant Dieu notre Sauveur qui veut que tous les hommes soient, sauvés et parviennent à la reconnaissance de la vérité. Car il n’y a qu’un Dieu et un seul médiateur entre Dieu et les hommes : l’Homme, le Christ Jésus. Il s’est donné lui-même comme rançon pour tous les hommes et cela a été connu en son temps. C’est pourquoi j’ai été établi prédicateur et Apôtre — je dis la vérité, je ne mens pas — comme docteur des Gentils dans la foi et la vérité. ”

4. Le péché. — C’est la pensée essentielle de ce dimanche. Quel rôle joue le péché dans le royaume de Dieu ? Comment les textes liturgiques traitent-ils le péché ? Si nous feuilletons le missel et si nous examinons les lectures (Épîtres et Évangiles) de l’année, nous n’entendrons que très rarement parler du péché. Même dans les messes de Carême, l’Église parle peu du péché. En dehors du Carême, il n’y a peut-être que trois dimanches dans lequel l’Église fasse un exposé un peu plus long sur le péché. Ce sont : le dimanche d’aujourd’hui, le quatrième dimanche après la Pentecôte, où il est question de l’amour de Dieu qui va à la recherche du pécheur et le neuvième dimanche, qui traite de l’enfer. C’est là la première notion du péché que nous puisons dans la liturgie. La liturgie aime peu parler du péché et elle ne le fait que rarement. Elle veut justement élever les chrétiens ; elle veut être l’Évangile, c’est-à-dire la bonne nouvelle ; elle aime donc mieux parler du bien, des biens et des trésors de l’Église.

La liturgie suit l’exemple du Seigneur, qui, lui non plus, n’aimait pas parler du péché. Certes il ne prend pas le péché à la légère, il est mort pour le péché ; mais ; il ne fait pas beaucoup de bruit à propos de chaque péché particulier. Dès qu’il voit que le péché a été exclu de la volonté humaine, il n’existe plus pour lui : “ Je ne te condamnerai pas, ne pèche plus. ” C’est la !g seule parole qu’il adresse à la femme adultère. Et nous le voyons toujours faire preuve de douceur envers les pécheurs ; par ex. : envers la Samaritaine, le bon larron, sur la croix, la Madeleine. Cette douceur apparaît sous son jour le plus beau dans la parabole de l’Enfant prodigue. Le Seigneur n’a pas de rancune pour le péché, tout est oublié dès que le repentir a chassé le péché du cœur.

Agissons de même. Ne voyons dans les hommes que ce qu’il y a de bon et fermons les yeux sur leurs défauts et leurs faiblesses et surtout ne les menaçons pas de châtiments et d’enfer. Aimons à trouver des excuses pour les faiblesses des hommes. “ Ils ne savent pas ce qu’ils font. ” A quoi bon se lamenter sur les péchés du monde actuel ? Que nous sert-il de lancer l’interdit contre les adversaires de notre foi ? Cela ne fait qu’élargir le fossé entre eux et nous. N’y a-t-il pas du bon, même chez nos adversaires ? Ceci nous fait apercevoir immédiatement une différence profonde entre la piété liturgique (objective) et la piété moderne (subjective). Cette dernière part de l’homme, examine particulièrement les actions des hommes et, par suite, s’occupe beaucoup du péché. On peut dire que toute son attention tend à éviter le péché. Ces chrétiens ressemblent à ces hommes méticuleux qui passent toute leur journée à faire disparaître de leurs vêtements la moindre trace de poussière. “ Pourvu qu’il n’y ait pas de péché !”, c’est leur devise. Dominés par la conscience du péché, ces gens n’arrivent jamais à la vraie joie du christianisme. Leur piété consiste en examens de conscience, en examens particuliers, en inscriptions de manquements, en gains d’indulgences, en confessions, en retraites, en récollections. Ils sont incapables d’arriver à un travail positif dans leur vie religieuse.

Que fait la piété liturgique ? Elle part de Dieu. Elle sait que, malgré nos défauts et nos faiblesses, Dieu nous a élus et choisis et nous a donné la grâce. Or il s’agit d’ouvrir son cœur tout grand à la grâce. La vie doit croître et se nourrir. Là où il y a la vie, il y a joie, mouvement, santé. C’est là un travail positif. La piété liturgique garde davantage “ ce qui est en haut ”. Certes elle ne prend pas le péché à la légère. Le péché est justement une maladie, un danger pour la vie divine. Ce serait insensé de ne pas tenir compte de la maladie ; il faut se procurer des remèdes. Mais que, comme un neurasthénique, on pense continuellement à la maladie, au risque d’empoisonner sa vie, cela ne peut pas être la volonté du Créateur. Jouissons de la vie, j’entends la vie divine ; nourrissons-la du pain céleste ; faisons-lui porter des fleurs et des fruits par les bonnes œuvres, tel est le résumé de la piété liturgique.

Assurément il y a des temps où nous devons penser aux maladies et à leur guérison. Mais ces temps sont les plus rares de l’année et de la vie. Ayons l’impression que nous sommes des hommes rachetés du péché. Aujourd’hui cependant l’Église nous dit quelques paroles très importantes sur le péché : 1. Le péché est. une semence du diable. Le diable est toujours en jeu. Sur la terre, c’est toujours un maître puissant ; ne sous-estimons pas sa force. 2. Sur la terre, nous avons la liberté pour le bien et le mal. Le péché lui aussi peut se répandre. C’est un fait avec lequel il nous faut compter. 3. Ce n’est qu’à la fin qu’il y aura une sanction juste. Alors le péché non expié recevra son châtiment. Quel calme et quelle certitude ne nous donne pas l’Évangile de ce dimanche !

LECTURE D’ÉCRITURE DANS LA SEMAINE QUI SUIT LE CINQUIÈME DIMANCHE

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APRÈS L’ÉPIPHANIE

Lundi (1. Tim. III, 1-IV, 1). — Dans la seconde partie de l’Épître, saint Paul donne des conseils aux divers états, aux hommes et aux femmes (II, 8-15),. aux prêtres et aux diacres (chap. III), aux diaconesses et aux veuves (chap. VI), aux maîtres et aux esclaves (chap. VI). “ Je t’écris ceci, dans l’espoir de venir bientôt vers toi. Au cas où ma venue tarderait, tu dois savoir comment on doit se comporter dans la maison de Dieu. C’est en effet l’Eglise du Dieu vivant, la colonne et le fondement de la vérité. Et manifestement grand est le mystère de la piété :

Il est paru dans la chair

Accrédité par son Esprit,

Manifesté aux anges,

Annoncé aux peuples,

Reçu dans la gloire. ”

La piété est une source importante de gain, quand elle est jointe à la modération. Nous n’avons en effet rien apporté dans le monde et nous n’en emporterons rien. Si nous avons de quoi nous nourrir et nous vêtir, contentons-nous en. Car ceux qui veulent être m riches tombent dans la tentation et les pièges du démon et dans de nombreux désirs inutiles et nuisibles qui précipitent l’homme dans la perdition et la ruine. Car la racine de tout mal est l’amour de l’argent ; beaucoup déjà qui s’y sont adonnés ont erré loin de la foi et se sont fait beaucoup de mal. Pour toi, homme de Dieu, fuis ces choses, mais efforce-toi d’acquérir la justice, la piété, la foi, la charité, la patience et la mansuétude. Combats le bon combat de la foi, atteins la vie éternelle pour laquelle tu as été appelé et pour laquelle tu as fait une belle profession de foi devant de nombreux témoins. Je te l’ordonne devant Dieu qui donne la vie à tout et devant Jésus-Christ qui a rendu témoignage devant Ponce-Pilate : observe le commandement sans faute et sans blâme jusqu’à l’avènement de Notre Seigneur Jésus-Christ que manifestera en son temps le seul bienheureux et puissant, le Roi des rois et le Seigneur des Seigneurs, qui seul possède l’immortalité et habite une lumière inaccessible qu’aucun homme n’a jamais vu ni ne peut voir : à lui soit honneur et puissance éternelle. Amen ” (VI, 6-17).

Mardi (II. Tim. l, 1-13). — La seconde Épître à Timothée est sans doute la dernière lettre que l’Apôtre ait écrite avant sa mort. Vers 66, l’Apôtre vint à Rome. Il y fut bientôt jeté en prison et cette captivité fut plus dure que la première. Saint Paul écrit cette lettre de sa prison, pour demander à son disciple chéri de venir le trouver avant l’hiver. Cette lettre est remplie de pressentiments de mort. L’Apôtre souffrit en effet le martyre en 67. Cette Épître est son chant du cygne :

Je rends grâces à Dieu que je sers ainsi que mes ancêtres, dans une conscience pure, en faisant continuellement mémoire de toi dans mes prières, nuit et jour. Je pense à tes larmes et j’ai le désir de te voir pour être rempli de joie. Car j’ai le souvenir de ta foi sincère qui animait déjà ta grand’mère Loïs et ta mère Eunice et qui, j’en suis certain, t’anime toi aussi. C’est pourquoi, je t’exhorte à ranimer la grâce de Dieu qui est en toi par l’imposition de mes mains. Car Dieu ne nous a pas donné l’esprit de crainte, mais l’esprit de force, d’amour et de modération. Ne rougis donc pas du témoignage à rendre à Notre-Seigneur ni de moi son prisonnier, mais prends part à mes souffrances pour l’Évangile dans la force de Dieu. Il nous a délivrés et appelés de sa vocation sainte. Cela, il ne l’a pas fait à cause de nos œuvres, mais selon son dessein et la grâce qui nous a été donnée dans le Christ Jésus, avant le commencement des siècles et maintenant a été manifestée par l’apparition de Notre Sauveur Jésus-Christ, lequel a surmonté la mort et a fait briller la vie et l’immortalité par l’Évangile, c’est pour cela que j’ai été établi prédicateur et Apôtre et maître des Gentils... Comme un bon soldat du Christ Jésus, supporte les peines. Aucun soldat de Dieu ne s’adonne aux affaires temporelles, afin de plaire à celui qui l’a enrôlé. Celui qui combat dans l’arène ne reçoit la couronne que s’il a combattu selon les règles. Le laboureur qui peine a droit le premier aux fruits. Comprends bien ce que je veux dire : le Seigneur te donnera l’intelligence pour tout. Songe que le Seigneur Jésus-Christ, le rejeton de David, est ressuscité des morts : tel est mon Évangile pour lequel je souffre et suis emprisonné comme un malfaiteur ; mais la parole de Dieu ne se laisse pas enchaîner. C’est pourquoi je supporte tout à cause des élus, afin qu’ils obtiennent le salut qui est dans le Christ Jésus ainsi que la gloire éternelle. Certaine est la parole : si nous sommes morts avec lui, nous vivrons avec lui, si nous supportons avec lui, nous régnerons avec lui. Mais si nous le renions, il nous reniera aussi ; si nous sommes infidèles, il demeure fidèle, il ne peut pas se renier lui-même. ”

Mercredi (II Tim. III, 1-13). — Saint Paul exhorte son disciple à l’endurance : “ Tu as pris comme ligne de conduite ma doctrine, ma conduite, mes desseins, ma foi, ma longanimité, mon amour, ma patience, mes persécutions, mes souffrances, telles que celles auxquelles j’ai été en butte à Iconium et à Lystres. Quelles persécutions n’ai-je pas éprouvées, mais de toutes le Seigneur m’a sauvé. De même, tous ceux qui veulent vivre pieusement dans le Christ Jésus doivent souffrir des persécutions. Mais les méchants et les séducteurs iront de pire en pire, ils s’égarent et ils égarent. Pour toi, tiens t’en à ce que tu as appris et dont tu t’es persuadé ; tu sais de qui tu l’as appris et que depuis ton enfance tu es familiarisé avec les Écritures qui peuvent t’instruire, pour le salut, par la foi en Jésus-Christ. Car toute Écriture inspirée de Dieu est utile pour l’enseignement et la correction, pour l’amendement et l’éducation dans la justice. Ainsi l’homme de Dieu est parfait, équipé pour toute bonne œuvre... ” Saint Paul a des pressentiments de mort. “ Je suis près d’être immolé, le temps de ma dissolution est imminent. J’ai combattu le bon combat, j’ai achevé ma course, j’ai conservé ma foi, maintenant est mise de côté pour moi la couronne de justice que le Seigneur, le juste juge, m’accordera en ce jour et non seulement à moi mais à tous ceux qui saluent son avènement. ”

Jeudi (Tit. l, 1-15). — La Lettre à Tite est la troisième des Épîtres dites pastorales. Au sujet de Tite, nous parlerons plus en détaille 6 février. L’Apôtre a composé cette lettre vers l’an 65, entre ses deux captivités. Cette brève lettre contient quelques passages classiques sur la Rédemption et la grâce : “ Paul, serviteur de Dieu et Apôtre de Jésus-Christ, pour communiquer aux élus de Dieu la foi et la connaissance de la vérité (religieuse) qui conduit à l’espérance de la :vie éternelle qu’a promise le Dieu qui ne ment pas, avant les temps les plus anciens. Or, en son temps, il a manifesté sa parole par la prédication dont j’ai reçu la charge de Dieu notre Sauveur. A Tite son fils chéri selon la foi commune. Grâce et paix de Dieu notre Père et de notre Sauveur Jésus-Christ. Je t’ai laissé en Crète pour que tu mettes en ordre ce qui est encore défectueux et que, dans chaque ville, tu établisses des Anciens, comme je t’en ai chargé. Il faut qu’un Ancien soit sans reproche, n’ait été marié qu’une fois, n’ait que des enfants fidèles qui n’aient pas une renommée de débauchés et ne soient pas indociles. Car un évêque, en tant qu’administrateur de la maison de Dieu, doit être sans blâme, il ne doit pas être orgueilleux, coléreux, adonné au vin, violent, avide de gains honteux, mais hospitalier, bienveillant, sobre, juste, pieux, continent. Il doit s’attacher à la parole sûre de la doctrine qui lui a été enseignée, alors il sera capable d’instruire dans la doctrine saine et de réfuter les contradicteurs... Quant à toi, prêche ce qui est conforme à la saine doctrine : recommande aux vieillards d’être sobres, chastes, prudents, sains dans la foi, la charité et la patience ; aux vieilles femmes de se conduire comme il convient aux saints, sans être calomnieuses, sans s’adonner au vin ; qu’elles donnent de bons enseignements, afin d’apprendre aux jeunes femmes à aimer leurs maris et leurs enfants, à être prudentes, chastes, sobres, ayant soin de leur maison, bienveillantes, soumises chacune à son mari, afin que la parole de Dieu ne soit exposée au blâme. Instruis aussi les jeunes gens à avoir une conduite réservée. En toutes choses montre-toi toi-même comme l’exemple des bonnes œuvres ; dans ton enseignement, mets de l’intégrité et de la gravité ; que chaque parole soit pure, inattaquable. Alors l’adversaire sera confondu et n’aura rien à dire contre nous. Apprends aux esclaves à être soumis à leurs maîtres, à leur plaire en tout, sans les contredire ; qu’ils ne cherchent pas à être infidèles mais qu’ils montrent en tout une fidélité parfaite, afin qu’ils fassent, en tout, honneur à la doctrine de Dieu notre Sauveur. A tous les hommes, en effet, s’est manifestée la grâce de notre divin Sauveur. Elle nous porte à renoncer à l’impiété et aux désirs mondains, pour vivre avec sobriété, justice et piété, dans ce monde. Nous attendons dans l’espérance bienheureuse l’apparition de la gloire de notre grand Sauveur Jésus-Christ qui s’est livré pour nous afin de nous racheter de toute iniquité et de se faire un peuple pur, zélé pour les bonnes œuvres” (Nous entendons la dernière partie à la première messe de Noël.)

Vendredi (Tit. II, 15-III, II). -Nous continuons la lecture de l’Épître à Tite : “ Prêche ainsi, exhorte et reprends avec toute autorité. Personne ne doit te mépriser. Avertis-les d’être soumis aux autorités, d’être obéissants et prêts à toute bonne œuvre. Que personne n’injurie, ne soit querelleur, mais qu’ils soient condescendants et très doux à l’égard de tous les hommes. Autrefois nous étions nous aussi insensés et indociles, nous étions dans l’erreur nous laissant aller à toutes sortes de désirs et de passions, nous vivions dans la malice et l’envie — objet de haine et réciproquement haineux. Alors se manifesta la bonté et l’humanité de notre divin Sauveur qui nous apporta :le salut, non par suite des œuvres de justice que nous avons faites, mais d’après sa miséricorde, par le bain ode la régénération, et du renouvellement, par le Saint-Esprit dont il a fait en nous une effusion abondante, par notre Sauveur Jésus-Christ, afin que nous soyons justifiés par sa grâce et devenions les héritiers de la vie éternelle que nous espérons. Vraie est cette parole et je veux que tu gardes fermement ces enseignements, afin que ceux qui par la foi sont arrivés à Dieu s"appliquent avec zèle aux bonnes œuvres. Cela est bon et utile pour les hommes. ”

Samedi (Philémon). — Nous lisons aujourd’hui la plus courte des lettres de saint Paul. Le contenu d’ailleurs est sans importance : c’est une lettre privée, une lettre de recommandation pour un esclave fugitif. Et pourtant cette lettre est un document hors pair de la charité chrétienne et du tact délicat. C’est un modèle de la vraie lettre sacerdotale et, en même temps, une preuve touchante que la mission universelle de saint Paul ne lui faisait pas oublier les âmes particulières. Un esclave, Onésime, s’était enfui de chez son maître, Philémon, un industriel chrétien très en vue, de Colosses. Cet esclave vint à Rome et saint Paul le convertit au christianisme. Maintenant, saint Paul qui est en captivité pour la première fois, le renvoie à son maître, avec une lettre. Ce cas touche à la question capitale du christianisme primitif : l’esclavage. Saint Paul la résout chrétiennement. Il respecte le droit du maître, mais il fait appel à sa charité chrétienne. Il est admirable de voir la manière calme et sûre dont saint Paul propose sa demande. “ J’ai trouvé beaucoup de joie et de consolation dans ta charité, car en toi, mon frère, se sont ranimés les cœurs des. saints. Sans doute j’aurais tout droit dans le Christ : de te commander ce qui est ton devoir. Mais à cause de ta charité, je préfère te prier. Moi Paul, vieux : comme je suis et, de plus, maintenant prisonnier pour le Christ, je te prie pour mon fils à qui j’ai donné la vie dans mes chaînes, pour Onésime. Autrefois il t’était inutile, maintenant il est pour toi et pour moi d’une grande utilité. Je te le renvoie, reçois-le comme : s’il était mon propre cœur. Je l’aurais volontiers gardé" pour qu’il me serve à ta place dans ma captivité pour l’Évangile. Cependant je n’ai rien voulu faire sans que tu sois d’accord, afin que le bien que tu fais ne soit pas fait par force mais librement. Peut-être s’est-il séparé de toi, pour un temps, afin que tu le reçoives éternellement, non comme un esclave mais comme un frère. Il l’a été pour moi dans une large mesure, combien ne le sera-t-il pas davantage pour toi, auquel il appartient, tant dans son corps que dans le Seigneur. Si donc tu m’es attaché, reçois le comme moi-même. S’il t’a causé du dommage ou qu’il te doive quelque chose. inscris-le à mon compte. Moi Paul, je té l’écris de ma. propre main ; je le paierai, pour ne pas dire que tu es mon débiteur et même de ta propre personne. Oui. mon frère, je voudrais tirer utilité de toi dans le Seigneur, prépare à mon cœur une joie dans le Christ. ”

Comme conclusion pratique prenons cette résolution pour notre vie : que nos lettres, à nous aussi, soient débarrassées des vaines phrases et des mensonges, qu’elles soient remplies de tact, de politesse, de charité chrétienne. Soyons chrétiens non seulement à l’église, mais encore dans nos lettres. Quel bien ne fait pas, dans la joie et la peine, une lettre écrite avec un cœur chaud !

SIXIÈME DIMANCHE

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APRÈS L’ÉPIPHANIE (semi double)

Le royaume de Dieu grandit intérieurement et extérieurement

Le dernier dimanche du cycle de Noël ! Nous arrivons au terme du développement des pensées de ce temps. L’Église voulait nous montrer la fondation du royaume de Dieu par le divin Roi Jésus-Christ. Pendant l’Avent, nous avons préparé sa venue ; à Noël, le Roi est venu ; à l’Épiphanie, il est paru dans sa gloire et a exercé ses premiers droits et ses premiers devoirs de souverain. Dans les dimanches après l’Épiphanie, nous voyons l’organisation du royaume de Dieu : le Christ comme Sauveur (3e dimanche), comme Vainqueur(4e dimanche), comme Juge (Se dimanche). Aujourd’hui, nous contemplons le développement de son royaume dans les âmes et à l’extérieur — dans la double parabole du grain de sénevé et du levain.

1. La messe (Adorate Deum). — Une dernière fois nous chantons, dans les chants psalmodiques, le Roi qui “ a bâti Sion et est paru dans sa ville ”, qui est “ adoré des anges et entouré des filles de Sion qui tressaillent de joie ”. Mais nous nous demandons quelles sont les pensées maîtresses de ce dimanche. Jusqu’ici nous avons considéré le Roi dans ses diverses fonctions, comme Sauveur, comme Vainqueur, comme Juge patient ; l’Église nous montre aujourd’hui l’accroissement progressif, organique et incessant du royaume de Dieu. Malgré les ennemis intérieurs et extérieurs (4e et Se dimanches), le royaume de Dieu grandit extérieurement comme le sénevé ; parti d’un petit commencement, il devient un grand arbre et les peuples sont les oiseaux qui habitent ses branches ; intérieurement, la vie divine portée par le dogme et la morale du christianisme pénètre tout l’homme, comme le levain pénètre la pâte et fait grandir l’Église.

Dans l’Épître, l’Église notre Mère, nous montre le tableau d’une communauté chrétienne privilégiée, mais aussi d’un pasteur idéal. Nous voyons là, pratiquement, ce que signifient les deux paraboles du grain de sénevé et du levain. A la fin du temps de Noël, faisons un examen de. conscience et demandons-nous si nous méritons, nous aussi, les éloges de notre Mère l’Église : “ Nous remercions Dieu continuellement pour vous tous... Nous songeons à votre foi active, à votre amour dévoué, à votre espérance constante... ” Où en sont chez nous les trois vertus théologales ? Est-ce que l’Évangile, que la sainte liturgie nous fait entendre tous les jours, nous est apparu dans sa force et dans la plénitude du Saint-Esprit ? Sommes-nous, nous aussi, “ un modèle pour tous les fidèles ” ? Songeons que l’Évangile devient une réalité à la messe. Le grain de sénevé est le Sauveur lui-même qui, descendu dans le monde, dans son Église, croît et devient un arbre ; c’est aussi l’Eucharistie qui, descendue comme une divine semence dans le sol de l’âme, doit croître dans la vie chrétienne et devenir un arbre. Le Sauveur est aussi le levain, que la femme, la sainte Église, prend et mélange à toute la pâte, c’est-à-dire aux cœurs de tous les chrétiens pour qu’il les fasse tous lever et devenir semblables à lui. C’est là le rôle de l’Eucharistie. Ce n’est pas un sénevé ni un pain déjà levé, c’est une petite graine, un levain. C’est une force et une grâce qui ne devient efficace que par la coopération de la volonté humaine. Puisse le Saint-Sacrifice d’aujourd’hui avoir en nous une action “ purifiante, rénovatrice, directrice et protectrice ” (Secr.).

Les antiennes du commencement et de la fin du jour chantent les deux paraboles de l’Évangile :

Le royaume des cieux est semblable au grain de sénevé qui est la plus petite de toutes les semences ; mais, quand il a grandi, il est plus grand que tous les autres légumes ” (Ant. Ben.).

Le royaume des cieux est semblable à un levain que prend une femme et qu’elle mêle à trois mesures de farine jusqu’à ce que le tout soit levé ” (Ant. Magn.).

2. Les deux paraboles. — Examinons de plus près ces deux paraboles. Dans la première parabole, Notre Seigneur compare le royaume des cieux au grain de sénevé. Voici ce qu’il dit de ce grain : il est semé dans les champs ou dans les jardins, c’est une toute petite graine, plus petite que toutes les semences de légumes. Cette plante est une légumineuse du genre des choux, et annuelle ; elle pousse rapidement, devient presque semblable à un arbre et donne de grandes branches, sur lesquelles se posent les oiseaux. C’est la plante à moutarde cultivée aussi dans nos régions et dont on retire la moutarde comestible et la moutarde médicinale. La petitesse de la graine était proverbiale chez les Juifs. Les oiseaux aiment beaucoup la graine de moutarde et volent par bandes sur les branches pour picoter les petits grains noirs qui se trouvent dans les gousses mûres. L’image est claire, maintenant vient l’explication.

a) La parabole du grain de sénevé. Quel enseignement Notre Seigneur veut-il donner par là à ses disciples et à nous ? Il veut encore dévoiler un mystère du royaume de Dieu et faire disparaître un doute. Notre Seigneur dit aux Apôtres : la masse du peuple, y compris les Pharisiens, n’appartiendra pas au royaume de Dieu. Il n’y aura donc que la petite troupe des Apôtres et des disciples ? Ce sera là tout le royaume de Dieu ? Cela ne devait-il pas être une déception pour les disciples ? Par ailleurs, ils avaient lu dans les Prophètes que le royaume de Dieu s’étendrait sur toute la terre. Alors Jésus leur donne le grand enseignement qui les consolera. Le royaume de Dieu aura de petits commencements, mais il se répandra rapidement à travers le monde entier. Il y a donc deux pensées principales dans la parabole : 1. Le petit grain de sénevé signifie les commencements faibles et peu apparents du christianisme. 2. La croissance rapide et la grandeur de la plante signifient la diffusion rapide de l’Église sur toute la terre.

1. Les faibles commencements. — Le Sauveur nous met sous les yeux, dans cette simple image de la nature, une des lois fondamentales de son royaume qui est entièrement opposée à l’attente des Juifs. Cette loi domine et pénètre tout le christianisme, dans les grandes et les petites choses.

Elle s’est accomplie d’abord dans la vie du Christ lui-même. Petit enfant, couché sur la rude paille de l’étable de Bethléem, il a annoncé au monde son programme royal, auquel il s’est tenu aussi pendant toute sa vie. C’est ce programme qu’il proclame au début de son sermon sur la montagne : Heureux les pauvres, heureux les petits, heureux les enfants déshérités de la terre ; à eux appartient le royaume des cieux. Une autre fois, il remercie son Père de ce qu’il a caché les mystères du royaume de Dieu aux sages et aux prudents et les a révélés aux petits. Et c’est également dans la petitesse qu’il a continué son pèlerinage sur la terre. Dans sa mort sur la Croix, il disparaît totalement, il “ s’est anéanti ”, selon l’expression de saint Paul. Oui, sur la montagne du Calvaire, il a enfoui dans la terre la petite graine de sénevé et l’a arrosée de son sang.

Sa destinée est aussi celle de l’Église, son corps mystique. Petits et humbles, méprisables aux yeux du monde, devaient être ses débuts. C’est un pauvre petit troupeau que le céleste berger avait rassemblé, mais il peut lui dire avec confiance : “ Ne craignez pas, petit troupeau, car il a plu à votre Père de vous donner le royaume. ” Et il en a toujours été ainsi. Partout et toujours, les débuts de l’Église sont petits. Les grands et les riches du monde la méprisent ; les petits, les aveugles et les paralytiques sont ses premiers adeptes.

Même dans la vie des particuliers, doit s’accomplir la parabole. Chacun doit commencer par l’humilité et l’abaissement, être petit. L’homme doit descendre de son trône, il doit se baisser, s’il veut entrer par la porte étroite du royaume de Dieu.

2. La croissance rapide. — Cependant la petite graine devient vite une grande plante. C’est une image de l’extension rapide de l’Église. Le christianisme s’est développé comme le grain de sénevé. Il ne lui fallut que peu de temps pour se répandre dans tout l’empire romain. Il suffit de lire l’histoire des Apôtres, pour se rendre compte de cette croissance du grain de sénevé. Dès le jour de la Pentecôte, des milliers de convertis sont baptisés. Bientôt, l’Apôtre des nations commence son ministère et porte l’Évangile jusqu’en Europe ; de ville en ville, il fonde des communautés chrétiennes. Dès la fin du premier siècle, il n’y a pas une ville dans l’empire romain où le christianisme n’ait pénétré. Les empereurs romains mirent tout en œuvre pour étouffer le christianisme dans le sang de ses enfants, mais en vain. Le sang des martyrs était une semence de chrétiens. En l’an 312, l’empereur Constantin dut donner la liberté à l’Église. Le paganisme était vaincu, sans épée, sans argent, par la seule force de l’amour, de la foi et de la vie des chrétiens. Ainsi la petite graine du Golgotha est devenue un grand arbre qui étend ses branches sur toute la terre. Les oiseaux du ciel qui habitent ses branches sont les peuples qui se hâtent d’entrer dans l’Église et reposent à son ombre.

Cette parabole nous fournit une méditation saisissante aussi bien au début qu’à la fin de l’année liturgique, au début où nous voyons croître la petite graine et à la fin où nous contemplons en esprit la fin du monde. Et à tous, elle nous donne une grande leçon : Devenez petits et vous serez grands.

b) La parabole du levain

Les deux paraboles forment un tout, elles se complètent. La première traite de l’accroissement extérieur, la seconde de la force et de l’action intérieures du royaume de Dieu. La première se rapporte davantage au royaume de Dieu en grand, à l’Église, la seconde considère surtout le royaume de Dieu en petit, dans l’âme.

Examinons la parabole en détail. Le levain fut en usage de très bonne heure chez les Juifs. Au moment de la sortie d’Égypte, il est déjà question de levain. Les Juifs faisaient le pain tous les jours. La fabrication du pain est encore, dans nos campagnes, un travail. de femmes. Elles mélangent le levain à la pâte et il en faut une toute petite quantité pour faire lever toute la ma ;se de farine.

Venons-en maintenant à l’interprétation. De même que le petit grain de sénevé renferme en lui une force capable de le faire devenir un grand arbre, de même la toute petite quantité de levain renferme assez de force pour faire lever toute une masse de pâte. Cette parabole représente donc, elle aussi, le développement du royaume du Christ, qui, parti de faibles débuts, a atteint une imposante grandeur. Cependant cette parabole a encore une. signification particulière. L’action du levain est cachée à l’intérieur de la masse de pâte. La parabole veut donc nous montrer la pénétration universelle de l’action du royaume de Dieu, dans l’âme et dans le monde. Le christianisme, dès son apparition, a profondément modifié toutes les situations de la vie humaine, dans l’individu, dans la famille, dans l’État. Le christianisme a vraiment été un levain qui a “ renouvelé la face de la terre ”. Il constitue la plus grande révolution morale de l’histoire. De cet aspect du christianisme, cette simple parabole nous donne une image d’une grande beauté évocatrice.

Il ne serait pas difficile de montrer par des exemples comment le christianisme a transformé le monde. Songeons seulement à l’esclavage. C’est un des plus beaux titres de gloire de l’Église, d’avoir supprimé l’esclavage. Pensons aussi à la situation de la femme et de l’enfant, dans le paganisme. Pensons aussi à une autre tache sombre dans l’histoire de l’humanité, à la sensualité et à l’impureté du monde païen et comparons cette corruption à l’idéal de chasteté que nous a donné Jésus.

Mais la parabole exige quelque chose de nous. Il faut qu’en nous aussi le christianisme soit un levain. Il doit transformer notre vie et notre âme. Il faut que nous soyons chrétiens, non seulement à l’église, mais aussi en dehors de l’église, dans notre profession, dans nos récréations, dans nos souffrances. Nos pensées, nos sentiments, nos résolutions, nos paroles, nos affections doivent être pénétrés du levain du christianisme. Il faut que, dans notre âme aussi, “ soit renouvelée la face de la terre ”. Dépouillons le vieil homme pour nous revêtir du nouveau, de Jésus-Christ.

Combien, encore une fois, cette parabole convient au début et à la fin de l’année liturgique ! Elle nous invite à faire un examen de conscience et à nous demander si notre âme est vraiment pénétrée du levain de l’Évangile. Quelle responsabilité n’avons-nous pas, nous qui, si souvent, au cours de l’année liturgique, avons déposé, dans notre âme, le divin levain de l’Eucharistie et qui constatons qu’il reste bien des parties, dans cette âme, qui n’en sont pas renouvelées !

3. Lecture d’Écriture (Épître aux Hébreux, chap. 1). — Nous surtout, les amis de la liturgie, nous devrions consacrer toute notre attention à l’Épître aux Hébreux, car c’est manifestement un écrit liturgique. Son thème principal est le sacerdoce du Christ. Cette Épître est adressée aux Juifs chrétiens de Jérusalem qui étaient exposés à devenir infidèles à leur foi. Car ils observaient toujours la loi mosaïque, ils prenaient part aux cérémonies magnifiques qui se déroulaient dans le temple et ils étaient en butte au fanatisme des Juifs. Dans ces conditions, le découragement pouvait paralyser le zèle de leur foi. C’est pourquoi saint Paul leur montre la supériorité du Nouveau Testament sur l’Ancien, du sacerdoce du Nouveau Testament sur celui de l’Ancien. Méditons, au cours de cette semaine, les considérations de l’Apôtre et recueillons les plus beaux passages de l’Épître. Saint Paul commence par exposer que le Christ est le médiateur et le Grand-Prêtre de la Nouvelle Alliance. “ En maintes occasions et de diverses manières, Dieu a parlé autre fois à nos pères par les Prophètes ; mais dans ces derniers temps, il nous a parlé par son Fils. Il l’a établi héritier de l’univers qu’il a aussi créé par lui. Et comme il est la splendeur de la gloire du Père et l’image de sa substance, il soutient l’univers par sa parole toute puissante. Après nous avoir purifiés de nos péchés, il est assis à la droite de la Majesté dans le ciel. Il est d’autant plus élevé au-dessus des anges (même dans sa nature humaine) que le nom qu’il a reçu est plus excellent que le leur. Car auquel des anges Dieu a-t-il jamais dit : “ Tu es mon Fils, je t’ai engendré aujourd’hui ” (Psaume 2) et encore “ Je serai son Père et il sera mon Fils” (II Reg. VII, 14) ? Et quand il fait paraître dans le monde son Fils premier-né, il dit : “ que tous les anges de Dieu l’adorent ” (Psaume 96). Sans doute, il est écrit des anges : “ Il fait ses anges des esprits et ses serviteurs des flammes ardentes ” (psaume 103) ; mais le Père dit à son Fils : “Ton trône, ô Dieu, est un trône éternel, un sceptre d’équité est le sceptre de ton royaume, tu as aimé la justice et haï l’iniquité, c’est pourquoi Dieu t’a distingué parmi tous tes compagnons et t’a donné l’onction royale ” (Psaume 44). Et ailleurs : “ Au commencement, Seigneur, tu as fondé la terre et les cieux sont l’œuvre de tes mains. Ils passeront, mais toi tu demeures, ils vieilliront comme un vêtement, tu les changeras comme un manteau et ils seront changés, mais toi tu es toujours le même et tes années ne finiront jamais.” (Psaume 101).

LECTURE D’ÉCRITURE DANS LA SEMAINE QUI SUIT LE SIXIÈME DIMANCHE

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APRÈS L’ÉPIPHANIE

Lundi (Hébr. chap. III). — Dans les deux premiers chapitres, saint Paul prouve que le Christ est élevé au-dessus des anges. Voici sa conclusion : “ Il ne s’est jamais chargé des anges, mais il s’est chargé de la postérité d’Abraham. C’est pourquoi il fallait qu’il fût en tout semblable à ses frères, afin qu’il devint un Pontife miséricordieux et fidèle pour ce qui regarde Dieu, pour expier les péchés du peuple. Car, par le fait qu’il a lui-même souffert et qu’il a été tenté, il peut aider ceux qui sont tentés. ” Dans le troisième chapitre, saint Paul expose que le Christ est le médiateur du Nouveau Testament, élevé au-dessus de Moïse qui fut le médiateur de l’Ancien Testament. Dans la fidélité à sa vocation, il n’est pas inférieur à Moïse, mais il le surpasse en dignité, comme l’architecte est supérieur à ta maison bâtie par lui (nous autres chrétiens nous sommes la maison de Dieu). “ Ainsi considérez, mes frères saints, participants de la vocation céleste, l’Envoyé et le Grand-Prêtre que nous reconnaissons. Il est fidèle à Celui qui l’a établi, comme Moïse fut fidèle dans toute sa maison. Mais celui-ci a été jugé digne d’une plus grande gloire que Moïse. Car le constructeur de la maison mérite plus d’honneur que la maison. Car toute maison a son constructeur. Mais celui qui a construit l’univers, c’est Dieu. Et Moïse était fidèle dans toute la maison comme un serviteur qui devait annoncer la révélation divine. Mais le Christ était fidèle comme le Fils dans sa maison. Or sa maison, c’est nous, si nous avons la foi assurée et l’espérance à ce qui fait notre gloire, d’une manière inébranlablement fidèle jusqu’à la fin. ” Saint Paul ajoute ici une exhortation à la persévérance. Il se sert pour cela du psaume que nous récitons tous les jours à l’Invitatoire de Matines. “ C’est pourquoi, remarquez comment parle le Saint-Esprit (Psaume 94) : “ Aujourd’hui si vous entendez ma voix. n’endurcissez pas votre cœur comme dans l’exaspération au jour de la tentation dans le désert. Là vos pères m’ont tenté pour m’éprouver, bien que, pendant quarante ans. ils aient vu mes œuvres. C’est pourquoi je m’irritai contre cette génération et je dis : Leurs cœurs sont toujours égarés, ils n’ont pas connu mes voies. C’est pourquoi je jurai dans ma colère : ils n’entreront pas dans mon repos. ” Veillez donc, mes frères, à ce que, chez aucun de vous, un cœur méchant et incrédule ne se manifeste par l’éloignement du Dieu vivant. Mais exhortez-vous mutuellement chaque jour, tant qu’on peut encore dire “ aujourd’hui ”, afin que personne d’entre vous ne soit endurci par le péché trompeur. En effet, nous sommes devenus participants du Christ, pourvu que nous conservions la fermeté initiale jusqu’à la fin d’une manière stable. ”

Mardi (Hébr. Chap. V). — Jusqu’ici saint Paul a montré que le Christ est supérieur aux Anges et à Moïse. Maintenant il établit la supériorité du sacerdoce du Christ sur le sacerdoce de l’ancienne Loi. ( Maintenant que nous avons un grand Pontife qui a pénétré le ciel, Jésus Fils de Dieu, tenons fermement à notre confession. Car nous n’avons pas un Grand-Prêtre qui ne puisse pas compatir à nos infirmités, mais quelqu’un qui a été tenté de toutes manières comme nous, mais sans commettre de péché. Approchons donc avec confiance du trône de grâce, afin de trouver miséricorde et grâce pour nous aider en temps opportun. Car tout pontife, pris du milieu des hommes, est constitué pour les hommes dans leurs rapports avec Dieu, afin d’offrir des dons et des sacrifices pour les péchés. Il peut compatir avec ceux qui sont dans l’ignorance et l’erreur, car lui-même est entouré d’infirmité. C’est pourquoi il doit, tant pour lui-même que pour le peuple, offrir des sacrifices pour les péchés. Et personne ne prend pour lui-même cet honneur, mais il faut être appelé par Dieu comme Aaron. Ainsi le Christ aussi n’a pas pris de lui-même l’honneur de Grand-Prêtre, mais il l’a reçu de Celui qui a dit : “ Tu es mon Fils, je t’ai engendré aujourd’hui. ” De même, il dit dans un autre endroit : “ Tu es prêtre pour l’éternité selon l’ordre de Melchisédech. " Et Celui-ci, dans les jours de sa vie mortelle, a offert des prières et des supplications à celui qui pouvait le sauver de la mort, avec un grand cri et avec des larmes et il fut exaucé pour sa piété. Et bien qu’il fût le Fils de Dieu, il a appris à l’école de la souffrance l’obéissance et, après la consommation, il est devenu pour tous ceux qui le suivent cause de leur salut éternel. "

Mercredi (Hébr. chap. VII). — Maintenant saint Paul compare le sacerdoce du Christ avec celui de Melchisédech : “ Melchisédech était roi de Salem et prêtre du Très-Haut. Il alla à la rencontre d’Abraham comme celui-ci revenait de la victoire sur les rois et il le bénit. Abraham lui donna la dîme de tout. Son nom signifie d’abord “ roi de justice ”, mais ensuite, il est roi de Salem, c’est-à-dire “ roi de paix ”. Il est (dans l’Écriture) sans père, sans mère, sans généalogie, sans commencement de ses jours et sans fin de sa vie, semblable au Fils de Dieu — et il demeure prêtre éternellement. Mais considérez combien celui-ci (Melchisédech) est grand, lui à qui Abraham a donné la dîme de ce qu’il y avait de meilleur, lui le Patriarche. ” Les prêtres juifs meurent, mais Jésus est le Prêtre éternel : “ ceux-ci (les prêtres juifs) sont devenus prêtres en grand nombre, parce que la mort les empêche de demeurer, quant à lui, parce qu’il demeure éternellement, il a un sacerdoce perpétuel. C’est pourquoi il peut sauver pour toujours ceux qui par lui approchent de Dieu, car il est toujours vivant afin d’intercéder pour eux. Oui, il nous convenait d’avoir un tel Grand Prêtre, saint, innocent, sans souillure, qui n’a rien de commun avec les pécheurs et qui est élevé au-dessus des cieux. il n’a pas besoin comme les (autres) prêtres, d’offrir chaque jour des sacrifices d’abord pour ses propres péchés ensuite pour ceux du peuple, car il l’a fait une fois pour toutes en s’offrant lui-même en sacrifice. ”

Jeudi (Hébr. chap. IX). — Saint Paul montre la supériorité du sacrifice du Christ sur les sacrifices juifs. “ Le Christ est apparu comme Grand-Prêtre des biens futurs (c’est-à-dire messianiques), et en passant par un tabernacle plus grand et plus parfait, qui n’est pas fait de main d’hommes, c’est-à-dire qui n’est pas de ce monde, et sans verser le sang des boucs et des veaux, mais son propre sang, il est entré une fois pour toutes dans le sanctuaire, après nous avoir apporté une Rédemption éternelle. Car si le sang des boucs et des taureaux et la cendre aspergée d’une génisse sanctifie ceux qui ont été souillés en purifiant leur chair, combien plus le sang de Jésus-Christ qui, par le Saint-Esprit, s’est offert lui-même, purifiera-t-il notre conscience des œuvres mortes (coupables) et nous rendra-t-il dignes de servir le Dieu vivant ? C’est pourquoi il est le médiateur du Nouveau Testament. Sa mort étant survenue, pour expier les péchés commis sous l’ancienne alliance, ceux qui sont appelés doivent recevoir l’éternel héritage promis. Car là où il y a un testament, il est nécessaire qu’intervienne d’abord la mort du testateur. Car ce n’est que par sa mort que le testament entre en vigueur, autrement il n’a aucune valeur, tant que le testateur vit encore. C’est pourquoi le premier (Testament) lui-même n’a pas été consacré sans effusion de sang. Quand Moïse, en effet, conformément à la Loi, eut lu tous les préceptes au peuple, il prit du sang de veaux et de boucs avec de l’eau, de la laine rouge et de l’hysope et en aspergea le livre lui-même et tout le peuple en disant : “ Ceci est le sang de l’alliance que le Seigneur a conclue avec vous ” (Ex. XXIV, 8). Et, de la même manière, il aspergea avec le sang le tabernacle et tous les objets servant au culte. Et presque tout, d’après la Loi, est purifié par le sang et sans effusion de sang il n’y a pas de rémission. ”

Vendredi (Hébr. chap. XI). — Après ces considérations, saint Paul passe aux conseils pratiques. Que devons-nous faire ? 1. Nous devons approcher de Dieu par la foi, l’espérance et la charité (X, 19-39). 2. Nous devons réfléchir au sens de la foi. 3. “ La foi est la possession en germe de ce qu’on espère, une ferme conviction des choses qu’on ne voit pas. C’est en elle, en effet, que les ancêtres ont reçu témoignage. ” Saint Paul parcourt ensuite toute l’histoire sainte et montre comment les grands personnages de l’Ancien Testament ont maintenu fermement leur foi. “ Sans la foi, il est impossible de plaire à Dieu. Car celui qui approche de Dieu doit croire qu’il existe et qu’il récompensera ceux qui le cherchent...” “ Mais faut-il parler encore ? Le temps me fera défaut si je veux signaler Gédéon, Barach, Samson, Jephté, David, Samuel et les prophètes qui par la foi ont renversé des royaumes, rendu la justice, reçu les promesses, fermé la gueule des lions, éteint l’ardeur du feu, échappé au tranchant du glaive, recouvré leur force, été forts dans le combat et fait reculé des armées ennemies. Des femmes ont par la résurrection retrouvé leurs morts. D’autres ont été torturés et refusèrent le rachat (qu’on leur offrait) afin de participer à une résurrection meilleure. D’autres encore ont subi les moqueries et les fouets et en plus les fers et la prison. Ils furent lapidés, tourmentés, coupés à la scie, tués par le glaive, ils errèrent couverts de peaux de moutons ou de chèvres, affamés, opprimés, affligés. Eux dont le monde n’était pas digne, ils errèrent dans les déserts, dans les montagnes, dans les grottes et les cavernes de la terre. Tous se sont acquis par la foi un bon témoignage, mais ils ne reçurent cependant pas le bien promis, car Dieu avait prévu pour nous quelque chose de meilleur ; ceux-ci ne devaient pas obtenir l’achèvement complet sans nous. ”

Samedi (Hébr. XIII,). — Pour conclure, saint Paul exhorte à l’endurance et à la pratique de toutes les vertus : “ Regardons vers Jésus, l’auteur et le consommateur de notre foi, qui, pouvant avoir la joie, préféra la Croix, sans se préoccuper de l’opprobre, et qui est assis à la droite de Dieu. Oui, pensez à lui qui a souffert de la part des pécheurs une telle contradiction contre lui, afin que vous ne soyez pas fatigués et que vos âmes ne défaillent pas. Car vous n’avez pas encore, dans le combat contre le péché, résisté jusqu’au sang... ” (XII, 2-5). “ Que la charité fraternelle demeure en vous. Quant à l’hospitalité, ne l’oubliez pas, car plusieurs ont par elle hébergé, sans le savoir, des anges. Pensez aux prisonniers, comme si vous étiez prisonniers avec eux, et à ceux qui sont maltraités, comme des :gens qui demeurent encore dans un corps. Que le mariage soit honorable chez tous, et le lit conjugal, Sans souillure, car les impudiques et les adultères seront jugés par Dieu. Que votre conduite soit sans avarice, contentez-vous de ce que vous possédez, car il a dit : “ Je ne t’abandonnerai jamais, je ne te délaisserai pas. ” Aussi nous pouvons dire avec confiance : “ Le Seigneur est mon aide, je ne craindrai pas. Que pourrait me faire un homme ? ” Pensez à vos chefs qui vous ont annoncé la parole de Dieu. Considérez la fin de leur conduite et imitez leur foi. Jésus-Christ était hier, il est aujourd’hui, il est pendant l’éternité. Ne vous laissez pas égarer par toutes sortes de doctrines étrangères. Car il vaut mieux fortifier son cœur par la grâce, que par des aliments qui ne sont d’aucune utilité pour ceux qui s’en servent. Nous avons un autel auquel ne peuvent manger ceux qui servent le Tabernacle. ”

FÊTES DES SAINTS

TRANSITION

Quelle est l’impression de l’alpiniste, quand il quitte les sommets neigeux, pour revenir dans la plaine ? Il se sent le cœur serré. C’est un peu notre impression quand, après un temps de fêtes, nous revenons à la vie de tous les jours. Nous revoilà dans le tempus per annum, le temps pendant l’année. Nous comprenons bien qu’il ne peut pas y avoir que des jours de fête, il faut qu’il y ait aussi des jours ordinaires, autrement nous apprécierions moins les jours de fête. Cependant, nous autres chrétiens, qui sommes déjà citoyens du ciel, nous nous sentons à notre aise les jours de fête, car nous éprouvons comme un pressentiment des fêtes éternelles. Nous sommes faits pour es jours de fête, c’est pourquoi nous appelons même es jours de la semaine des féries. Nous lisons au sujet du pape saint Silvestre, dans le bréviaire du 31 décembre : “ Il voulut que les autres jours de la semaine fussent appelés féries, comme c’était déjà l’usage autrefois dans l’Église. Cela signifierait que les clercs devraient s’abstenir de tout le reste, pour se consacrer à Dieu seul. ” Cela s’applique d’une certaine manière à tous les chrétiens. Nous sommes donc descendus dans les jours ordinaires. Que nous reste-t-il dont nous puissions nous réjouir ? Celui qui a contemplé les hautes montagnes et en a fait l’ascension, en garde le souvenir quand il est redescendu dans la plaine, et il estime même les collines de son pays. Le grand Roi qui a fait une visite festivale dans notre Ville est-il déjà reparti ? Oui et non ; dans le drame sacré de la liturgie, il n’est plus là et pourtant nous recevons tous les jours la visite du divin soleil “ qui se lève sur les hauteurs ”. Il est vrai que c’est plutôt une Pâque — un passage, qu’une visite de fête. L’Eucharistie est le pain de ces jours ordinaires et, dans la plaine, les saints nous reçoivent pour guider notre pèlerinage quotidien.

Quelle utilité doivent avoir pour nous les saints ? Il veulent être pour nous, par leur vie, des maîtres et des éducateurs. Chaque jour se lève une petite étoile, dans le ciel nocturne de notre vie, et elle nous montre la direction de la céleste patrie. Ils sont ensuite nos intercesseurs devant le trône de Dieu. Chaque jour, dans la liturgie, nous nous recommandons souvent à leurs prières. Ils nous prêtent leur robe nuptiale et couvrent notre nudité, quand nous voulons aller à la rencontre de l’Époux dans les saints mystères. Recouverts de leurs mérites et même sous leur aspect, nous paraissons devant Dieu, à la messe et dans la prière. Tel est le sens du culte liturgique des saints. L’oraison de saint Félix que nous récitons aujourd’hui exprime bien cette pensée : “ Que les exemples des saints nous excitent à une vie meilleure et que nous imitions les actions de ceux dont nous célébrons la fête. ” Comme l’aigle enlève ses petits vers le soleil, ainsi les saints veulent nous élever des bas-fonds de la vie terrestre vers le divin Soleil.

14 JANVIER

Saint Hilaire, évêque et docteur de l’Église (double)

Saint Félix, prêtre et martyr

Dieu protège les siens même avec une toile d’araignée.

2. Saint Hilaire. — Jour de mort : 13 janvier 367. Tombeau : dans la cathédrale de Parme (Italie). Image : On le représente en évêque, avec le livre des docteurs ; à ses pieds des serpents ou des dragons, symboles des erreurs qu’il a combattues. Sa vie : Saint Hilaire est un de ces héros qui, pour la foi à la divinité du Christ, ont éprouvé de grandes souffrances et accompli de grandes œuvres. A peine le temps des persécutions sanglantes était-il passé, que s’éleva un autre ennemi terrible dans le sein de l’Église : l’arianisme. Cette hérésie niait la divinité du Christ et n’était, sous le masque de la foi chrétienne, qu’une forme de paganisme. En très peu de temps, se déchaîna un conflit qui s’étendit sur toute l’Église, avec d’autant plus de rapidité que les empereurs soi-disant chrétiens favorisèrent puissamment l’hérésie. Il fallut encore que de nombreux martyrs scellassent, de leur sang, la foi à la divinité du Christ. Les évêques orthodoxes qui s’opposaient à l’hérésie furent envoyés en exil où ils souffrirent toutes sortes de privations.

Au premier rang des défenseurs de la foi se trouvait saint Hilaire. Il était issu d’une famille distinguée et avait reçu une éducation soignée. Bien que marié, il fut nommé, à cause de sa vie vertueuse, évêque de Poitiers ; bientôt, à cause de sa défense de la vraie foi, il fut exilé en Phrygie. C’est là qu’il composa son ouvrage principal sur la Sainte-Trinité (en douze livres) où il défend avec enthousiasme la foi de l’Église qui triomphe quand elle est combattue ”. Enfin il put revenir dans sa patrie. Par sa sage douceur, il arriva à débarrasser les Gaules de l’hérésie d’Arius. Comme écrivain ecclésiastique, il eut aussi une influence heureuse ; c’est pourquoi l’Église l’a élevé à la dignité de docteur de l’Église.

Pratique. Depuis le Baptême, notre plus grand bien est la Sainte-Trinité, mais aussi notre adhésion à la Trinité par le Christ. Toutes nos prières, tous nos travaux et tous nos sacrifices sont un culte rendu à la Trinité. Avec quel zèle ne devrions-nous pas nous acquitter de nos prières à la Sainte Trinité depuis le signe de la Croix et Gloria Patri jusqu’au Gloria in excelsis, au Te Deum, au Credo. Depuis le Baptême nous sommes ;la propriété de la Sainte Trinité. Puissions-nous l’être consciemment dans notre intelligence, notre volonté, notre cœur, notre âme tout entière. Saint Hilaire peut être notre guide.

3. Saint Félix. — Jour de mort : 14 janvier 260. Tombeau : à NoIe (Campanie) ; au-dessus de ce tombeau s’élève une église célèbre. Image : On le représente enchaîné et en prison ou bien dans une caverne avec une toile d’araignée. Sa vie : Le prêtre Félix de Nole, après avoir été torturé sur le chevalet, fut jeté en prison. Là, chargé de chaînes, il dut se coucher sur des coquillages et des tessons. Mais, dans la nuit, apparut un ange qui fit tomber ses chaînes et l’emmena hors de la prison. Plus tard, lorsque la persécution -fut finie, il parvint, par ses prédications et ses saints exemples, à convertir beaucoup de gens à la foi chrétienne. Mais ensuite, comme il montrait de nouveau son zèle contre le culte impie, il se produisit contre lui un soulèvement. Il s’enfuit et se réfugia dans une cachette située entre deux murs. Soudain l’entrée de la cachette fut recouverte d’une épaisse toile d’araignée, si bien que personne ne put soupçonner qu’il se trouvait là Après avoir quitté cette cachette, Félix se réfugia, pendant trois mois, chez une femme pieuse. Il mourut en paix (260). Saint Paulin de Nole (v. 22 juin) a composé en l’honneur de ce saint, pour lequel il avait de la prédilection, quatorze hymnes (carmina natalicia). Au temps, de saint Paulin (4e siècle), son tombeau était visité par des foules de pèlerins qui venaient des contrées les plus éloignées, et des guérisons miraculeuses le rendirent glorieux.

Pratique : Soyons persuadés que, lorsque nous travaillons et combattons pour Dieu, nous pouvons être assurés de sa protection. Dieu nous protège de nos ennemis, quand bien même il lui faudrait tendre une toile d’araignée.

4. La messe du commun des docteurs (In medio) est très plastique. L’Église voit dans le prêtre célébrant notre saint docteur (cette conception rend les chants plus intelligibles). Quand le prêtre (autrefois l’Évêque) s’avance vers l’autel, nous chantons : “ Au milieu de l’Église, Dieu lui ouvre la bouc e, le Seigneur le remplit de l’esprit de sagesse et d’intelligence ; il l’a revêtu de la robe de gloire ” (Intr.). Le docteur de l’Église nous adresse en tout temps la parole, dans l’Église de Dieu. C’est dans la personne du prêtre qu’il nous parle aujourd’hui, le vêtement sacerdotal est l’image de la stola gloriae, de la robe de gloire. Dans le psaume 91, nous louons Dieu dans ses saints. L’Oraison mérite elle aussi d’être méditée : le docteur de l’Église est pour nous, sur la terre, un doctor vitae — un maître de vie (c’est-à-dire de la sagesse de vie mais aussi de la vie divine) et en même temps un intercesseur au ciel. Dans Epître, nous voyons le saint marcher sur les traces de saint Paul : il a été un combattant et un prédicateur sans peur -et infatigable du royaume de Dieu — “ opportunément ou importunément ” -, il a fait œuvre d’évangéliste (nous ne voyons la facilité d’adaptation du texte de la messe que lorsque nous connaissons, d’une certaine manière, la vie du saint). Aujourd’hui est le jour de sa mort, le jour du retour du Seigneur pour lui, où il peut dire : “ J’ai combattu le bon combat, j’ai achevé ma course, maintenant est réservée pour moi la couronne de justice que me donnera en ce jour le Seigneur le juste Juge. ” Et nous pouvons aujourd’hui, à la messe, assister avec le saint au retour du Seigneur. Le saint docteur est le sel de la terre, une lumière de l’Église, une ville sur la montagne (songeons à l’Évêque assis sur un trône élevé), une lumière dans la maison du Seigneur, placée sur le chandelier, lumière à laquelle nous pouvons allumer notre petite lumière ; il est appelé grand, car il a fait et enseigné de grandes choses (Év.). Quand nous approchons de l’autel, pour offrir nos dons, le saint “ se multiplie" en nous comme “ se multiplie le palmier ou le cèdre " ; nous lui devenons semblables. (Off). Au moment de la communion, nous voyons encore dans le prêtre qui nous la distribue, le docteur de l’Église. Nous voyons en esprit l’Évêque de la primitive Église, dans ses fonctions liturgiques de prédicateur et de prêtre. Dans l’avant-messe, nous entendons son enseignement ; au Saint-Sacrifice, nous le voyons dans l’administration de la communion. La doctrine et l’Eucharistie sont le froment divin que l’administrateur de la famille de Dieu distribue “ prudemment et fidèlement ”. Aujourd’hui encore le prêtre qui célèbre nous distribue le même froment des élus dans l’esprit de saint Hilaire.

15 JANVIER

Saint Paul, premier ermite et confesseur (double)

Saint Maur, abbé

Le silence et l’obéissance sont des conditions préalables pour la bonne tenue liturgique.

1. Nos maîtres de vertu. — Les saints veulent être nos guides vers le ciel. L’Église déroule devant nos yeux la vie des saints, elle exalte leurs vertus et les propose à notre imitation. Considérons les moyens que l’Église emploie pour cela. Aux Matines, nous lisons avec attention la vie du saint, parfois même, l’Église nous fait lire quelques passages de ses écrits. A l’Oraison, il n’est pas rare que l’Église insiste sur sa vertu préférée. Dans les deux lectures de la messe (Ép. Év.) le saint est caractérisé par des paroles de l’Écriture, afin de nous exciter à l’imiter. Il y a même des messes où les chants psalmodiques sont empruntés à la vie du saint. L’Église brosse ainsi un portrait brillant du saint, elle nous invite à le contempler toute la journée et à en reproduire les traits en nous. C’est là le côté éducateur du culte des saints. Les deux saints d’aujourd’hui nous enseignent l’amour de la solitude, le silence et l’obéissance. La solitude et le silence sont la clôture de l’âme. “ Pendant que le silence enveloppait la terre ”, le Fils de Dieu est descendu ici-bas ; c’est ainsi qu’il descend dans notre âme, qu’il aime environner de silence et de solitude. Dans l’agitation du monde, la voix de Dieu ne se fait pas entendre. L’obéissance est une condition préalable pour devenir enfants de Dieu. La désobéissance a introduit le péché sur la terre. L’obéissance du Fils de Dieu, portée jusqu’à la mort, nous a valu la Rédemption et le ciel.

2. Saint Paul : jour de mort (d’après le martyrologe) : 15 janvier 347, à l’âge de 113 ans. Tombeau : reliques insignes à Rome (Saint Pierre et Sainte Marie du Capitole). Image : On le représente en ermite, vêtu de feuilles de palmier, et avec un corbeau. Sa vie : Paul “ le premier ermite ” (il est rare que le Missel et le Bréviaire fassent une mention particulière comme celle-ci) est le porte-étendard de ces hommes courageux qui, par amour pour le Christ, quittèrent le monde et peuplèrent le désert où ils s’adonnèrent à la contemplation, au milieu de toutes sortes de privations. Les ermites furent les grands suppliants dans ces jours terribles où l’Église devait, dans des combats violents, se défendre contre les hérésies. Pendant des siècles, leur exemple fut l’école de la perfection chrétienne. Ils furent les précurseurs de la vie monastique et religieuse dans l’Église. Le bréviaire raconte cette légende édifiante au sujet de saint Paul : Un jour, saint Antoine, un vieillard de quatre-vingt dix ans, vint le visiter sur l’ordre de Dieu. Bien qu’ils ne se connussent pas, ils se saluèrent cependant par leurs noms et s’entretinrent de conversations spirituelles ; alors le corbeau qui avait coutume d’apporter à Paul. un demi-pain, apporta un pain entier. Quand le corbeau se fut éloigné, Paul dit : “ Vois, le Seigneur qui est vraiment bon et bienveillant, nous a envoyé de la nourriture. Il y a déjà soixante ans que je reçois,. tous les jours un demi-pain, mais, à ton arrivée, le Christ a doublé la ration de ses soldats. ” Ils prirent donc, en remerciant Dieu, leur nourriture auprès d’une source, et, après avoir pris un peu de repos, ils offrirent de nouveau leurs actions de grâces au Seigneur, comme ils avaient toujours coutume de le faire, et passèrent toute la nuit dans les louanges de Dieu. Le lendemain, de bonne heure, Paul révéla à Antoine sa mort imminente et le pria de lui apporter le manteau qu’il avait reçu de saint Athanase, pour l’ensevelir dedans. Lorsque Antoine revint de ce voyage, il vit l’âme de Paul, entourée d’anges et au milieu du chœur des Prophètes et des Apôtres, s’envoler au ciel. — Saint Jérôme écrivit, en 376, la vie du premier ermite.

3. Saint Maur. — Jour de mort : 15 janvier 565. — Tombeau : à Glanfeuil (St-Maur-sur-Loire). Image : en bénédictin, auprès de saint Benoît, ou bien au moment où il sauve l’enfant Placide. Sa vie : Maur fut un des plus célèbres disciples de saint Benoît. Il fut amené tout enfant par son père, en même temps que Placide, au patriarche des moines pour être élevé en vue de la vie monastique. Un épisode de sa vie nous montre quelle était son obéissance enfantine. Le jeune Placide se hâtait un jour vers la mer. Avec un zèle actif, mais aussi de l’étourderie juvénile, Placide s’acquittait de la tâche qui lui avait été confiée. Il se précipitait vers la mer pour puiser de l’eau, mais il se pencha trop en avant pour puiser plus vite, et le poids de la cruche, qui s’emplissait rapidement, l’entraîna dans les flots. Déjà les vagues l’entraînaient, à la distance d’un jet de flèche, loin de la rive. Saint Benoît qui était dans sa cellule connut immédiatement le danger et appela Maur qui était sans doute occupé dehors : “ Cours aussi vite que tu pourras vers la mer, Placide est tombé à l’eau. ” Avec la bénédiction du Père vénéré, Maur se précipite, saisit l’enfant par les cheveux et le ramène à terre. Quelle ne fut pas son effroi quand, après avoir mis Placide en sûreté, il constata qu’il avait marché pendant plusieurs pas sur les flots. Seul l’ordre de son maître avait pu opérer ce miracle . L’opinion d’après laquelle Maur fut plus tard abbé de Glanfeuil, en France, ne peut pas se démontrer historiquement.

4. La messe (Justus ut palma). — La messe reflète d’une manière très belle la vie de saint Paul. Quand, à l’Introït, on le compare à un palmier, nous nous souvenons de sa vie dans le désert où le palmier lui fournissait vêtement et nourriture (de même le Graduel). L’Épître est très belle, c’est un des plus sublimes passages de saint Paul. “ Ce qui était pour moi un gain, je l’ai regardé à cause du Christ comme une perte... tout me semble une ordure, afin que je gagne le Christ... en lui devenant semblable dans la mort pour parvenir à la résurrection. ” L’Évangile aussi est une des plus belles pages de la Sainte Écriture. Le Christ y trace son propre portrait. D’une part il est Dieu, d’autre part il est le Sauveur miséricordieux, dans son humilité et sa douceur. “ Venez tous à moi, vous qui êtes fatigués... et je vous soulagerai. ” Cela se réalise au Saint-Sacrifice, mais nous devons, par contre, réaliser à l’Offrande cette parole : “ Prenez mon joug sur vous. ” Considérons qu’à l’Épître c’est notre saint qui parle ; à l’Évangile, c’est Notre-Seigneur. Tous les deux se sont caractérisés d’une manière merveilleuse. Avec les sentiments de l’Épître, approchons-nous, au Saint-Sacrifice, du Seigneur et du Sauveur de l’Évangile.

16 JANVIER

Saint Marcel, pape et martyr (semi-double)

Épitaphe composée par saint Damase pour le pape saint Marcel.

 

Le pape ami de la vérité, ayant ordonné aux apostats de pleurer leur faute, fut pour tous les méchants un ennemi acharné.

Il s’ensuivit la rage, la haine, la division, le conflit, le soulèvement, le meurtre.

Les liens de la paix (de l’Église) se relâchèrent.

A cause de la faute d’un autre qui, au temps de la paix, avait renié le Christ,

Marcel fut banni du sol de la patrie par le cruel tyran .

1. Saint Marcel. — Jour de mort : 16 janvier 309. — Tombeau : à Rome, dans le cimetière de saint Priscille, plus tard dans l’église qui lui fut dédiée, sur la Via lata. Image : On le représente avec des chevaux ou des ânes, dans l’écurie où il fut obligé de les soigner comme valet d’écurie. Sa vie : Marcel régna comme pape (308-309) au temps de la dernière grande persécution, sous l’empereur Maxence. D’après l’épitaphe de saint Damase, le saint pape admit les fidèles qui avaient renié leur foi (les lapsi) à la pénitence et à la réconciliation avec l’Église. C’est ce qui lui attira la colère de la secte rigoriste et intolérante des Donatistes. Dans un soulèvement populaire, il y eut même des morts. L’empereur Maxence prit prétexte de ces troubles, pour condamner le pape au bannissement où il succomba aux privations. — L’église qui lui a été dédiée aurait, d’après les Actes (apocryphes), été érigée par lui dans la maison d’une pieuse matrone. A cette nouvelle, Maxence aurait transformé l’église en écurie de chevaux et condamné Marcel à être valet d’écurie et l’aurait attaché au service public de la poste de transport. Là il serait mort par suite des privations endurées.

2. La messe (Statuit). — La messe est composée de différentes parties du commun et nous montre, dans les chants, le pontife (Intr. All.) qui, par sa dignité papale, a reçu cinq talents (Comm.). Les deux lectures nous représentent le martyr. Ces deux lectures sont riches de pensées. Immédiatement après la confession solennelle de saint Pierre à Césarée de Philippe, Notre-Seigneur entreprend de préparer les siens à sa mort sur la Croix ; il fait la première prophétie de la Passion et adresse à ses Apôtres le premier sermon sur la Croix ; Dans ce sermon, il fait un pas de plus : il ne suffit pas qu’il souffre lui-même, il faut aussi que ses disciples se chargent de leur croix et le suivent. Ce sermon de la Croix, l’Église nous le fait entendre dans la fête de notre martyr pontife, car celui-ci l’a mis en pratique dans sa vie : il s’est renoncé lui-même, il s’est chargé de la Croix, il a haï sa vie sur la terre, c’est pourquoi il a eu part lui aussi à cette promesse : le Fils de l’Homme viendra dans la majesté de son Père avec ses anges et donnera la récompense. Au jour de sa mort, saint Marcel a vu venir le Seigneur. Ce retour de Jésus, nous le célébrons à la messe et nous pouvons y participer. A l’Épître, le saint martyr se tient devant nous et nous parle : ce n’est qu’en participant à mes souffrances que vous pouvez avoir part à ma consolation. A la communion, nous entendons, comme saint Marcel, l’invitation du Christ : “ Entre dans la joie de ton Seigneur. ” Nous sommes émus quand nous lisons, au sujet de saint Marcel, qu’il accomplit le dur service de la poste de transports, vêtu d’un cilice. Il fut donc à la fois pénitent et martyr. Le saint nous montre par là, de quelle manière, dans les circonstances où nous nous trouvons, nous pouvons être à la fois pénitents et martyrs. La guerre a enlevé à beaucoup leur fortune, leur situation, leur rang. Certains se trouvent aux prises avec les difficultés et doivent lutter contre le mauvais sort. Ils peuvent imiter saint Marcel, en acceptant cette souffrance comme une pénitence et un martyre, c’est-à-dire comme expiation de leurs péchés et par amour pour le Christ. Alors la croix, qui jusque là pesait si lourd sur leurs épaules, deviendra un joug léger et doux. De plus, nous pouvons chaque jour déposer cette souffrance sur l’autel, au moment de l’Offrande ; elle sera consacrée avec les oblats et ne sera plus notre souffrance, mais la souffrance du Christ, une part de la Croix du Christ.

17 JANVIER

Saint Antoine, abbé (double)

Soyez un bon soldat contre le démon.

1. Saint Antoine. — Jour de mort : 17 janvier 356. — Tombeau : d’abord en un lieu inconnu sur la montagne Kolzin au bord de la mer Rouge, puis, en 561, les restes du saint furent déposés à Alexandrie. Ils se trouvent maintenant à Saint-Julien d’Arles. Image : on le représente en ermite, avec la croix égyptienne en forme de T, avec un livre, avec la cloche de mendiant, avec un porc (symbole des tentations diaboliques). Sa vie : Antoine “ le Grand ”, le “ père des moines ”, est du nombre de ces saints dont la vie exerça sur les générations suivantes une grande influence. Né dans la moyenne Égypte, de parents distingués, il se consacra complètement, après la mort prématurée de ceux-ci, à la mortification. Un jour, il entendit, à l’église, ces paroles de l’Évangile : “ Si tu veux être parfait, va, vends tous tes biens et donne-les aux pauvres ” (Math. XIX, 21). Il crut que le Christ avait dit ces paroles spécialement pour lui et qu’il devait obéir au Seigneur. Il vendit donc tous ses biens-fonds et en donna le prix aux pauvres. Il n’eut plus désormais pour lit que la terre nue où il se couchait quand le sommeil l’emportait. Il observait un jeûne si rigoureux, qu’il ne mangeait que du pain et du sel et étanchait sa soif avec de l’eau. De plus, il ne mangeait et ne buvait rien avant le coucher du soleil. Parfois, il resta jusqu’à deux jours sans prendre de nourriture ; il passait souvent les nuits entières en prières. Le saint souvent et longtemps tenté par l’Esprit mauvais, mais il n’en resta que plus ferme dans le bien. Il exhortait ainsi ses disciples à combattre le démon : “ Croyez-moi, le démon a peur de vos pieuses veilles, de vos jeûnes, de votre pauvreté volontaire, de votre piété, de votre humilité et surtout de votre amour enflammé pour le Christ Notre-Seigneur. Dès qu’il voit le signe de la sainte Croix, il s’enfuit confondu. ” Il mourut en 356, à l’âge de 105 ans, sur le mont Kolzin, près de la mer Rouge. Un an après, son ami, le courageux confesseur de la foi, saint Athanase écrivit sa vie qui, pendant des siècles, fut le manuel de l’ascétisme. Le but et la tâche de l’ascétisme, pour lui, est le calme, la sérénité et l’équilibre de l’âme ; l’ascétisme ne tend pas à l’anéantissement du corps, mais à sa soumission, afin de rétablir l’harmonie primitive, la vraie nature de l’homme.

2. La messe (Os justi). — La messe est celle du commun des Abbés, avec l’Évangile du serviteur vigilant. L’Église nous indique ainsi de quels points de vue principaux nous devons considérer notre saint. Il est, avant tout, le grand ermite, l’Abbé et le père des moines. Il est le grand silencieux ; la solitude est la mère des pensées sages et le silence enseigne le bon usage de la langue (Intr.). Dans la Leçon, saint Antoine est dépeint comme un second Moïse, le bien-aimé de Dieu et des hommes ; sa parole a chassé les démons, comme nous le savons par sa vie. Dieu l’a glorifié devant les rois et les peuples. C’est pourquoi l’on vante sa “ douceur” et sa “ fidélité” (Au sens littéral, la leçon parle de Moïse, c’est pou(quoi on parle de la nuée à travers laquelle Dieu le conduisit, mais la comparaison de saint Antoine avec Moïse prête à de belles considérations. Le désert d’Égypte, à travers lequel Moïse conduisit le peuple de Dieu, fut peuplé par Antoine d’ermites et de moines). A l’Evangile, l’Église abandonne le commun et choisit de préférence la parabole du serviteur vigilant. Tel était notre saint. Toute sa vie il porta dans ses mains “ la lampe allumée ” de l’amour de Dieu et, debout, les “ reins ceints ” de la mortification la plus rigoureuse, il attendit le Seigneur qui devait venir. Maintenant il est assis au banquet nuptial, dans le ciel. La messe est une image de ce divin banquet et une participation à sa gloire. (Nous voyons une fois encore que les messes du commun ne sont vivantes et plastiques que lorsque nous les appliquons à la vie des saints).

3. La biographie de saint Antoine. — C’est un usage antique dans l’Église de lire la vie des saints, le jour de leur fête. Or, je voudrais recommander aux lecteurs de ce livre de se procurer des vies classiques de saints, ou bien d’autres ouvrages qui mettent en lumière leur physionomie. On pourrait lire la vie d’un saint, le jour de sa fête, et en continuer la lecture pendant toute l’Octave. Au premier rang de ces livres, il faudrait placer la célèbre “ Vie de saint Antoine ” de saint Athanase. C’est un saint qui écrit au sujet d’un saint. Des siècles ont trouvé, dans ce livre, édification et profit spirituel. Il a converti beaucoup de gens, comme on peut s’en rendre compte, par exemple, en lisant les Confessions de saint Augustin.

Antoine vécut environ vingt ans dans la solitude. “ Mais son âme était purifiée, il n’était chagriné d’aucune douleur et n’était adonné à aucune joie. Il n’y avait en lui ni rire ni tristesse ; la vue de la foule ne l’égarait pas, le salut cordial de tant d’hommes ne l’émouvait pas, mais il était entièrement fermé aux vaines illusions, comme un homme gouverné par la raison, dans un état harmonieux. ”

Voici un extrait du grand discours de saint Antoine aux moines. “ Que ceci soit de préférence l’effort commun : ne pas défaillir dans l’œuvre commencée, ne pas perdre courage dans les épreuves et ne pas dire : il y a si longtemps que nous nous livrons à l’ascèse ! Au contraire, recommençons, pour ainsi dire, chaque jour et augmentons sans cesse notre zèle. Car toute la vie humaine est courte par rapport aux temps futurs, tellement courte que notre temps n’est rien comparé à la vie éternelle. Aussi, mes enfants, persévérons dans l’ascèse. Mais pour ne pas défaillir, il est bon de méditer la parole de l’Apôtre : “ Je meurs tous les jours. ” Si nous vivons avec l’image de la mort devant les yeux, nous ne pécherons pas. Mais cette parole nous dit que, le matin, nous devons nous réveiller comme si nous ne devions pas voir le soir et, le soir, nous endormir comme si nous ne devions pas nous réveiller. Car, naturellement, notre vie est incertaine et nous est mesurée chaque jour par la Providence. Si nous nous mettons dans ces dispositions, et que nous vivions ainsi chaque jour, nous ne tomberons pas dans le péché, aucune passion ne il nous enchaînera, aucune colère ne nous émouvra, aucun trésor terrestre ne nous retiendra, mais, nous rendant chaque jour la mort présente, nous ne nous attacherons à aucune chose. ”

18 JANVIER

La Chaire de Saint Pierre à Rome (double maj.)

Sainte Prisque, vierge et martyre

Nous appartenons à l’Église romaine.

1. La chaire de saint Pierre. — L’Église célèbre solennellement, en ce jour, le souvenir de l’entrée du Prince des Apôtres à Rome et de sa prise de possession du siège épiscopal de la ville éternelle. Les Actes des Apôtres font allusion à cet événement d’une importance primordiale dans l’histoire du monde. Quand saint Pierre, emprisonné par le roi Hérode, eut été délivré par l’ange, il visita dans la nuit la communauté chrétienne rassemblée, lui donna les recommandations nécessaires puis, disent les Actes, “ il se leva et se rendit dans un autre lieu ” (Act. XII, 17). Où se rendit R Pierre ? Les Actes ne le disent pas, peut-être pour ne pas trahir sa résidence, mais la tradition indique Rome. C’était en l’an 42 après J.-C. C’est pourquoi la Tradition admet que Pierre a été évêque de Rome pendant 25 ans. — En 1558, Paul IV décida que l’accession de Pierre au siège de Rome serait célébrée solennellement, le 18 janvier. Jusque là on ne célébrait que le pontificat de Pierre (le 22 février). Dès lors, le 18 janvier fut consacré à la Chaire de saint Pierre à Rome. et, le 22 février, on fêta la fondation de l’Eglise d Antioche, la première que saint Pierre ait gouvernée. Il y a maintenant dans l’Église deux fêtes de la Chaire de Saint-Pierre. La vénérable Chaire de Pierre qui, jusqu’au Ve siècle. se trouvait dans le Baptistère de Saint-Pierre, se trouve aujourd’hui dans l’abside de la basilique vaticane. La précieuse relique ne se compose plus que de quelques morceaux de bois, reliés depuis les temps anciens par des plaques d’ivoire, sur lesquelles se trouvent des figures. Malheureusement, le Pape ne peut plus s’asseoir sur cette antique Chaire, car, au temps de la Renaissance, elle fut renfermée dans un reliquaire colossal, œuvre de Bernin.

2. Sainte Prisque. — Le martyrologe relate :

A Rome, la sainte vierge et martyre Prisque. Sous l’empereur Claude II, elle remporta, après de nombreux tourments, la couronne du martyre ” (vers 270). C’est par erreur qu’on l’a identifiée avec la femme d’Aquila dont il -est question dans les Actes des Apôtres (Sa fête remonte aux temps anciens de l’Église).

3. La messe (Statuit). — La messe (assez récente) place au milieu de nous le premier évêque de Rome, saint Pierre. A l’Introït, nous le voyons dans la personne du prêtre célébrant. A l’Épître, nous l’entendons nous parler, à nous “ les élus étrangers de la dispersion ” et il nous annonce le message vraiment joyeux de l’héritage que rien ne peut détruire ni corrompre ni flétrir, qui nous est réservé dans le ciel et dont le gage est la Sainte Eucharistie. Assurément il vaut la peine d’être, “ pendant un court temps ”, purifiés comme l’or dans le feu des épreuves, pour la manifestation de Jésus-Christ, qui se réalise aujourd’hui au Saint-Sacrifice. A l’Évangile, nous revivons, avec saint Pierre, le grand jour de Césarée de Philippe où le Christ l’établit le rocher de son Église. Mais notre âme, à nous aussi, doit être ferme comme le roc, afin que le Christ y bâtisse le royaume de Dieu. Cette parole : “ Tu es Petrus ” est le leitmotiv de la messe (All. Off. Comm.) et elle s’applique non seulement à Pierre, mais à nous. Au Graduel, l’Église chante l’exaltation de saint Pierre sur sa Chaire. Dans l’Eucharistie, le Seigneur bâtit en nous son Église (Comm.).

3. L’Église romaine. La fête d’aujourd’hui â, pour notre vie liturgique, une grande importance. Nous rendons-nous bien compte que toute notre liturgie est, à proprement parler, celle de la ville de Rome ? Nous célébrons, en majorité, des saints romains, nous célébrons la dédicace des églises romaines. Bien plus, dans l’office des stations, la liturgie nous conduit, une centaine de fois, dans la ville de Rome où nous assistons aux solennités de la messe, avec l’évêque de Rome. Or il importe que nous puissions nous sentir membres de l’Église de Rome, que cette Église soit notre diocèse. C’est ce qu’exige le développement actuel de la liturgie occidentale. Les choses auraient pu se passer autrement. Si la liturgie avait suivi la ligne des trois premiers siècles, les diverses nations auraient pu avoir un patriarcat spécial et une liturgie particulière, à laquelle il aurait été plus facile de s’accoutumer. Mais il faut tenir compte de ce qui existe. Il faut nous unir à l’Église romaine, nous sommes membres de la communauté romaine. Dans l’église de chez nous, il faut voir souvent une église de Rome et célébrer les saints mystères avec l’évêque de Rome. De cette façon, la liturgie romaine nous deviendra familière. — Quelle différence y a-t-il maintenant entre la fête d’aujourd’hui et la fête de saint Pierre et de saint Paul ? C’est que, le 29 juin, nous célébrons l’Apôtre et le Vicaire de Jésus-Christ, le Pape de l’Église universelle. Aujourd’hui nous fêtons l’Évêque de l’Église romaine à laquelle nous sommes incorporés (c’est pourquoi on a, au bréviaire, le commun des confesseurs Pontifes). C’est comme une fête patronale de notre liturgie romaine.

19 JANVIER

Saint Marius, Sainte Marthe et leurs fils, martyrs (simple)

Saint Canut, roi et martyr

Nous avons besoin de familles courageuses dans la foi.

1. Saint Marius et ses compagnons. — Jour de mort : 19 janvier vers 27°. — Tombeau : à Rome, dans la diaconie de saint Adrien et l’église du titre de sainte Praxède. Leur vie : Marius, Perse de noble extraction, vint avec sa femme Marthe, qui était également de noble race, et ses deux fils Audifax et Abachum, à Rome, sous le règne de l’empereur Claude (268-270) pour y vénérer les tombeaux des martyrs. Ils visitèrent les chrétiens prisonniers, les aidèrent de leurs conseils et de leurs services, partagèrent leurs biens avec eux et ensevelirent les corps des saints. Ils furent bientôt arrêtés, à leur tour, et comme ni les menaces ni la terreur ne pouvaient les déterminer à sacrifier aux idoles, ils furent cruellement fouettés. Marthe souffrit la première le martyre, après avoir vivement exhorté son mari et ses enfants à souffrir courageusement tous les tourments pour la cause de la foi. Après elle, les autres furent décapités, au même endroit, et leurs cadavres furent jetés dans le feu. Félicité, une dame romaine, les fit retirer, à demi brûlés, des flammes, et les ensevelit dans sa propriété.

Pratique : Nous célébrons aujourd’hui une famille de martyrs. Une famille de quatre membres, morts le même jour pour le Christ, quel admirable spectacle ! Quelle leçon nous donnent-ils ! Nous avons besoin non seulement de chrétiens à la foi forte, mais encore de familles.. courageuses dans la foi, de familles qui ne forment qu’un cœur par l’amour et le dévouement pour le Christ.

2. Saint Canut, roi de Danemark, tomba sous les coups des meurtriers, dans l’église de Saint-Alban à Odensée, le 10 juillet 1086. Le martyrologe le confond avec un saint du même nom, le duc Canut, neveu du premier, qui mourut le 8 novembre 1131 et fut canonisé le 8 novembre 1169 par le pape Alexandre III. Le saint roi Canut fut canonisé en 1100 par le pape Pascal II.

3. La messe (Justi epulentur). — Bien que les nombreux grands saints du moyen âge et des temps modernes soient plus connus et plus près de nous par le temps, nous devons cependant être remplis du plus grand respect, quand nous célébrons la fête des anciens martyrs. Quelle force dans la foi, quel courage dans les souffrances, quel amour pour le Christ se manifestent dans leur mort héroïque, qui les rend si semblables à Notre-Seigneur ! Ils sont la semence d’où est sortie la riche moisson des peuples, d’où nous sommes sortis nous-mêmes. Avec quelle ferveur se célèbre le Saint-Sacrifice, un jour de fête de martyr ! L’Église nous transporte au tombeau du martyr, sur lequel nous célébrons les saints mystères. Les martyrs renouvellent là le sacrifice de leur vie et l’unissent au Sacrifice rédempteur du Christ. Nous recevons une part de leur foi courageuse et nous sommes associés :à leur gloire. Le martyre est une continuation et un renouvellement de la mort du Christ dans son corps mystique.

Le missel est riche en formulaires pour les martyrs (en dehors des trois du commun, il y en a encore un certain nombre de propres). Ces formulaires sont très anciens et tout pénétrés de l’enthousiasme de la primitive Église. On y respire, pour ainsi dire, l’air des Catacombes. La messe d’aujourd’hui est composée, pour la majeure partie, de textes du commun. L’Introït nous transporte immédiatement au céleste banquet de noces où les justes (ce sont ici les martyrs) se réjouissent dans la contemplation divine. L’Epître est un morceau d’une rare beauté : c’est l’Église qui nous montre les portraits de nos glorieux ancêtres (la famille de Dieu) et nous exhorte à nous montrer dignes d’eux. Nous appartenons à la famille des martyrs, nous devons donc, au moins, avoir la patience et la confiance, si nous n’avons pas, comme eux, à donner notre vie. Enfin, nous entendons le grand thème de l’ancienne Église, le retour du Seigneur. Encore un peu de temps et il viendra celui qui doit venir. Le verset de l’Alleluia est aussi un morceau très ancien : “ Dieu est admirable dans ses saints. ” C’est là en effet le motif qui détermine l’Église à nous faire célébrer, presque chaque jour, les saints, afin que nous admirions en eux la grandeur de Dieu. A l’Évangile, nous sommes sur le mont des Oliviers, aux pieds de Notre-Seigneur qui nous donne les signes de son avènement, les douleurs messianiques ; de ce nombre sont les souffrances des martyrs : “ Ensuite, ils vous tueront et tous les peuples vous haïront à cause de mon nom. ” C’est ce qui est arrivé aux martyrs que nous fêtons. Dans la messe d’aujourd’hui nous assistons par avance au retour du Christ, dans la splendeur des saints. La communion nous donne aujourd’hui la force pour de nouveaux combats. Le Christ lie amitié avec nous et nous encourage à souffrir. La messe d’aujourd’hui a été comme une heure du Thabor. Nous avons vu le Christ à son retour, dans la splendeur des martyrs. Nous descendons maintenant la montagne de la Transfiguration, pour reprendre le chemin de Croix de la vie.

20 JANVIER

Saint Fabien, pape et Saint Sébastien, martyrs (double)

Il sortait une force de lui qui guérissait tout le monde.

Nous fêtons deux saints martyrs, pour qui on a eu, de tout temps, une grande dévotion. Leurs noms sont dans les Litanies des saints. Au moyen âge, on invoquait spécialement saint Sébastien contre la peste.

1. Saint Fabien. — Jour de mort : 20 janvier 250. — Tombeau : à Rome, dans la catacombe de saint Callixte. Image : en pape, avec une colombe ou une épée. Sa vie : Fabien fut élevé à la papauté d’une manière miraculeuse, et gouverna l’Église de 236 à 250. Peu de temps après son élection, l’assassinat de Maximin mit fin à la persécution de cet empereur. Les empereurs qui lui succédèrent étaient favorables au christianisme. Il en résulta une période de paix pour l’Église, sous le règne de Fabien. Celui-ci en profita pour organiser l’Église. A chacun des sept diacres, il assigna une partie de la ville pour avoir soin des pauvres. Les sept sous-diacres eurent mission de recueillir les Actes des martyrs. Quand commença la sanglante persécution de Dèce, Fabien fut une des premières victimes. Il fut martyrisé le 20 janvier 250 et fut enseveli dans la catacombe de saint Callixte, où l’on a même, de notre temps, retrouvé sa pierre tombale.

Pratique : Le pape saint Fabien se préoccupait également du soin des pauvres et de la liturgie. Apprenons de lui à unir la vie liturgique à une charité cordiale et active, à la véritable charité fraternelle du Christ.

2. Saint Sébastien. — Jour de mort : 20 janvier vers 280. — Tombeau : Dans la catacombe qui porte son nom, sous une magnifique basilique, à Rome. Image : On le représente comme un jeune homme, transpercé de flèches, attaché à un arbre. Sa vie : Autour du nom de Sébastien s’est enroulée toute une guirlande de légendes. Le plus ancien récit historique, au sujet de saint Sébastien, se trouve dans le passage suivant de l’explication des psaumes de saint Ambroise :

Laissez-nous vous proposer l’exemple du saint martyr Sébastien. Il était Milanais par sa naissance. Peut-être, le persécuteur des chrétiens avait-il quitté Milan, ou bien il n’y était jamais venu, ou bien il était quelque peu adouci. Sébastien vit qu’il n’y avait là aucune occasion de combat ou bien qu’il s’amollissait. Il partit donc pour Rome où, à cause du zèle des chrétiens pour leur foi, la lutte était chaude. Il y souffrit, il y fut couronné. ”

Au moyen âge, saint Sébastien était considéré -comme un protecteur contre la peste. Paul Diacre raconte qu’en 670, la peste cessa à Rome quand on eut dédié un autel au saint. Voici ce que le bréviaire raconte à son sujet : “ Dioclétien chercha par tous les moyens à le détourner de la foi au Christ. Comme il ne réussissait à rien, il ordonna de l’attacher à un pieu et de le percer de flèches. Comme tout le monde le croyait mort, une pieuse femme, du nom d’Irène, le fit enlever pendant la nuit, mais, ayant trouvé qu’il était encore vivant, elle le soigna dans sa propre maison. Peu de temps après, il fut rétabli ; alors, il se présenta devant l’empereur et, avec la plus grande hardiesse, lui reprocha son impiété. L’empereur fut si irrité du blâme sévère du saint, qu’il ordonna de le battre de verges jusqu’à ce qu’il ait rendu l’esprit. Son cadavre fut ensuite jeté dans un cloaque. ”

3. La messe (Intret). — Quand l’Église célèbre une fête de martyr, elle sent battre son cœur, car les martyrs sont ses enfants chéris ; en eux, elle cherche à devenir semblable à son divin Époux et elle peut dire ces paroles : “ Avec le Christ je suis attachée à la Croix. ” L’Église aime beaucoup célébrer les saints mystères sur le tombeau des martyrs. Par conséquent, nous ne comprendrons complètement le texte, que si nous nous transportons au tombeau des saints et contemplons l’affluence des pèlerins qui se pressent autour de ce tombeau. Les chants psalmodiques supposent presque tous la présence du tombeau. Quel accent n’a pas l’Introït, en présence du saint corps, qui porte encore sur lui les traces de ses souffrances ! C’est pourquoi l’Église commence par un cri douloureux, pour demander la punition des ennemis. On a l’impression que la furie, l’horreur d’une exécution en masse, a arraché à l’Église ce cri douloureux. Comme l’Épître est saisissante, auprès du tombeau, quand l’Église nous décrit les terribles souffrances des martyrs, et nous montre les cellules funéraires (les loculi). Celui-ci aussi “ a été trouvé éprouvé par le témoignage (le martyre) de la foi ”. Et maintenant, au Graduel, l’Eglise chante son allégresse au sujet de la gloire de Dieu qui se montre si puissamment dans nos saints. C’est le bras puissant du Seigneur qui a opéré en eux des œuvres si admirables et qui, maintenant encore, fait “ des prodiges ”. Pour comprendre l’Évangile, il faut nous rappeler qu’au tombeau des martyrs, il se faisait de nombreuses guérisons miraculeuses et que, depuis l’antiquité, saint Sébastien, spécialement, était honoré comme thaumaturge et protecteur contre la peste. Il était aussi d’usage d’amener des malades à l’église et de placer des linges sur le tombeau, car on était persuadé “ qu’une vertu sortait de lui et guérissait tout le monde ”. Que la liturgie ait spécialement ce passage en vue, nous le voyons par la Communion. Il est vrai que cette antienne a un double sens : elle se rapporte non seulement à la vertu miraculeuse du saint tombeau, mais encore à la vertu du corps de Christ (la Communion est donc particulièrement bien choisie) ou, pour mieux dire, dans la messe d’aujourd’hui, la grâce de saint Sébastien passe en nous, car saint Sébastien est la grâce que le Christ nous donne aujourd’hui.

21 JANVIER

Sainte Agnès, vierge et martyre (double)

A Lui je suis fiancée... à Lui seul je garde ma foi

Dans la virginale et héroïque fiancée de Dieu, Agnès, l’Église se représente aujourd’hui et c’est pourquoi elle nous laisse contempler son âme brûlante d’amour de Dieu ; la prière des Heures est aujourd’hui un cantique des cantiques, un chant nuptial de l’Église à son divin Époux. Notre âme aussi, qui est une image de l’Église, doit ressembler à sainte Agnès.

1. Sainte Agnès. — Jour de mort : 21 janvier (à la fin du Ille siècle). Tombeau : dans l’église du tombeau à Rome. Image : On la représente comme une toute jeune fille, avec la couronne du martyre, avec un agneau. Sa vie : Sainte Agnès est une des plus célèbres figures de saints de l’Église romaine et les Pères de l’Église les plus illustres chantent à l’envi sa gloire. Saint Jérôme écrit : “ Toutes les nations, et particulièrement les Églises chrétiennes, célèbrent, en paroles et en écrits, la vie de sainte Agnès. Elle triompha de son âge tendre comme du tyran sans cœur. En plus de : la couronne de l’innocence sans tache, elle conquit — la gloire du martyre ”. Le nom de la sainte est grec (Hagne = la pure), il ne vient pas du latin agna = agnelle. Cependant l’interprétation latine a prévalu dans la primitive Église (Agnès apparut huit jours après : sa mort à ses parents, environnée d’une troupe de vierges, avec un agneau blanc auprès d’elle). Saint Augustin connaissait les deux interprétations. “ Agnès signifie en latin un agnelle et en grec la pure. ” C’est de l’interprétation latine que vient l’usage de bénir, tous les ans à pareil jour, dans l’église Sainte-Agnès, à Rome, des agneaux dont la laine sert ensuite à faire le pallium des archevêques. Le martyre de sainte Agnès ne tarda pas à être célèbre dans toute l’Église. Dans l’église bâtie par Constantin, au-dessus de son tombeau, le pape saint Grégoire le Grand a prononcé quelques-unes de ses plus belles homélies. Au sujet de la vie de la sainte, nous n’avons que peu de renseignements sûrs. Nous trouvons les plus anciens dans l’ouvrage de saint Ambroise sur les vierges, dans un passage que nous lisons aujourd’hui au bréviaire. Par contre, la Passion postérieure est pour nous très importante, car c’est d’elle que, depuis l’antiquité, sont tirés les chants de la prière des Heures.

Vie de la sainte d’après les chants liturgiques :

Comme la jeune Agnès, âgée de treize ans, revenait de l’école, elle rencontra le fils du préfet de la. ville, Symphronius, qui s’éprit d’amour pour elle. Pour la gagner, il voulut lui offrir des joyaux précieux, mais Agnès le repoussa : “ Loin de moi, nourriture de mort, car je possède déjà un autre fiancé ” (2e A. I. N.). “ Avec son anneau, mon Seigneur Jésus-Christ m’a fiancée à lui et il m’a parée de la couronne de fiancée ” (3e A. Laud.). “ Il a entouré ma main droite et mon cou de pierres précieuses et m’a donné des boucles d’oreilles avec des perles sans prix, il m’a parée de beaux brillants” (2e Rép.). “ Il m’a donné une ceinture brochée d’or, et m’a parée de bijoux inestimables ” (4e A). “ J’ai reçu du miel et du lait de sa bouche et son sang a rougi mes joues ” (5e A.). “ J’aime le Christ dans la chambre duquel j’entrerai, dont la Mère est vierge, dont le Père ne connaît pas de femme, dont la musique me fait entendre d’aimables chants. Quand je l’aime, je reste chaste, quand je le touche je reste pure, quand je le reçois je reste vierge. Son corps est déjà uni à mon corps et son sang a rougi mes joues. Je lui suis fiancée, à lui que les anges servent, dont le soleil et la lune admirent la beauté. A lui seul je garde ma foi, à lui je me donne de tout mon cœur. ” Irrité de voir repousser ses avances, le fils du préfet de la ville dénonça Agnès à son père. Celui-ci la menaça de l’envoyer dans une :maison de débauche, mais Agnès répondit : “ J’ai à mon côté un ange qui me protège, un ange de Dieu” ( 2e Ant. Laud.). “ Quand Agnès entra dans la maison de débauche, elle trouva l’ange du Seigneur prêt à la défendre ” (1ère Ant. Laud.). Une lumière l’environna et aveugla tous ceux qui voulurent s’approcher d’elle. Un autre juge la condamna au bûcher, parce que les prêtres païens l’accusaient de sorcellerie. Sainte Agnès pria au milieu des flammes : “ Je te supplie, Père tout-puissant, adorable et vénérable, par ton saint Fils j’ai échappé aux menaces d’un tyran impie et j’ai foulé d’un pied sans souillure les immondices du péché, voici maintenant que je viens vers toi que j’ai aimé, que j’ai cherché, que j’ai toujours désiré.” Elle remercie : “ Tout-Puissant, adorable, vénérable, redoutable, je te loue, car par ton adorable Fils, j’ai échappé aux menaces des hommes impies et j’ai passé, sans me souiller les pieds, à travers les immondices de Satan. Je te confesse avec mes lèvres et je te désire de tout mon cœur et de toutes mes forces. ” Alors les flammes s’éteignent :“Je te loue car, par ton Fils, le feu s’est éteint autour de moi ” (4e Ant. Laud.). Maintenant elle soupire après son union avec le Christ : “ Voici que ce que je désirais ardemment, je le contemple, ce que j’espérais, je l’ai déjà reçu, je suis unie dans le ciel avec Celui que j’ai aimé de tout mon cœur. ” Son vœu fut exaucé, le juge la fit décapiter par l’épée.

2. La messe (Me expectaverunt). Cette belle messe de fiançailles, qui était d’abord la messe propre de la sainte, servit ensuite de modèle pour le commun des vierges. La parabole des vierges sages domine toute la messe (Ailel. Évang. Comm.) ; puis vient le psaume 44, le chant nuptial de l’Église dont Agnès est aujourd’hui l’image (Grad. Off. Com. dans son développement entier). A l’Introït, nous sortons avec Agnès du monde hostile qui nous guette pour nous perdre, et, avec la jeune vierge, nous suivons le chemin immaculé. A l’Offertoire, nous voyons la virginale Épouse, l’Église, unir son offrande au sacrifice rédempteur du Christ. Elle est accompagnée de la blanche troupe des fidèles, sous la conduite d’Agnès (les anciens textes portent non pas “ afferentur ”, mais “ offerentur ”, ce qui indique une offrande). A la Communion, nous entendons encore le leitmotiv de l’Évangile : Voici venir l’Époux, allez à sa rencontre. Quelle impression devait faire ce chant, dans la primitive Église, alors qu’on croyait encore au retour imminent du Seigneur, quand on le chantait, en pleine nuit, dans les catacombes, près du tombeau de la sainte !

22 JANVIER

Saint Vincent et Saint Anastase, martyrs (semi-d).

Soyons des diacres, des serviteurs du corps du Christ.

1. Saint Vincent. — Jour de mort : 22 janvier 304. Tombeau : église du tombeau à Castres (Aquitaine). Image : On le représente en diacre, avec un corbeau (qui protégea son cadavre). Sa vie : Vincent est, avec saint Étienne et saint Laurent, le troisième des illustres saints diacres de l’Église : il est le plus célèbre des martyrs d’Espagne. Il fut, en présence de plusieurs témoins, frappé de coups, étendu sur le chevalet, mais aucune torture, aucune flatterie, aucune menace ne put ébranler le courage de sa foi. On le plaça ensuite sur un gril rougi au feu, on le déchira avec des ongles de fer, on le brûla avec du fer rouge, puis on le ramena dans la prison, dont le sol était couvert de tessons. Là, une lumière céleste illumina tout le cachot, à la grande stupéfaction de tous ceux qui la virent. Là dessus, on le mit dans un lit moelleux, afin de l’amener à l’apostasie par les délices, puisque tous les tourments avaient été inutiles. Mais le courage invincible de Vincent, que fortifiaient la foi à Jésus-Christ et l’espérance de la Vie éternelle, triompha de tout, de la mollesse comme il avait triomphé du feu et des tourments.

Enfin il conquit victorieusement la couronne du martyre.

2. Saint Anastase. — Jour de mort : 22 janvier 628. Tombeau : à Rome, aux bains Salviens (où se trouve son chef). Image : On le représente comme moine, avec une hache (instrument de son supplice). Sa vie : Le martyrologe relate : “ Anastase était un moine de Perse. Il avait, à Césarée de Palestine, souffert une grande quantité de tourments ; en prison, il avait aussi été battu de fouets et verges. Ensuite, le roi de Perse, Chosroas, le fit de nouveau tourmenter de diverses manières et enfin décapiter. Ses soixante-dix compagnons avaient été auparavant noyés dans les flots, si bien qu’ils le précédèrent dans le martyre. Sa tête fut plus tard apportée à Rome ainsi qu’une image de lui qui jouit d’un culte universel. Devant cette image, les mauvais Esprits s’enfuyaient et les malades étaient délivrés de leurs souffrances. Ces effets ont été attestés par les Actes du second concile de Nicée. ” Le saint fut en effet très vénéré à Rome.

Pratique. L’Église a toujours témoigné un grand respect pour les reliques et les images des saints. Ce culte ne nous détourne pas du Christ, mais au contraire nous conduit à Lui, car nous voyons dans les saints des membres glorieux de son corps ; à leur vue s’enfuient véritablement les mauvais Esprits

3. La messe (Intret). — L’Introït est le même que celui d’avant-hier. En pensant à saint Vincent, nous comprendrons mieux ce chant. L’homme naturel s’indigne des tourments des martyrs. L’accent de la Leçon est plus consolant : “ Les âmes des justes sont dans la main de Dieu. Aux yeux des insensés ils ont paru mourir, mais ils sont dans la paix (de la vision béatifique). Dieu les a seulement éprouvés et les a trouvés dignes de lui... il les a acceptés comme victimes, maintenant ils brillent et règnent, et le Seigneur est leur Roi pour toujours. ” Comme l’Église s’entend à placer le martyre dans sa plus belle lumière et à nous inspirer le courage de souffrir ! A l’Évangile, nous entendons, de la bouche du Christ, les signes avant-coureurs de son retour : “ Ils mettront la main sur vous, ils vous persécuteront... ils vous traîneront devant les rois et les gouverneurs à cause de mon nom... Vous serez haïs de tous. ” Cette parole s’est réalisée à la lettre pour nos saints. Nous aussi, nous devons sentir en nous un peu du souffle de leur héroïsme et être, tout au moins, capables d’un martyre non sanglant : “ Dans votre patience, vous posséderez vos âmes. ” Dans la communion, nous recevons une nouvelle force pour offrir notre vie comme un “ holocauste ”.

4. Le diaconat de la Sainte Église. — La fête d’aujourd’hui nous amène à penser au diaconat de la sainte Église. Diacre veut dire serviteur. Le premier diacre est le Christ lui-même qui a dit, à son sujet : “ Le Fils de l’Homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rédemption pour plusieurs. ” (Math. XX, 28). Le diaconat, comme ministère ecclésiastique et Ordre, fut institué par les Apôtres. Les Actes (VI, 1 et sq.) racontent le choix des sept premiers diacres, dont le rôle était en premier lieu le service des pauvres. Peu à peu, ce ministère ecclésiastique prit une grande importance. C’est le premier des Ordres sacrés qui confère le caractère sacramentel. Ceci se manifeste dans la liturgie par le fait que le diacre a déjà le droit de saluer le peuple en disant : Dominus vobiscum, salut auquel le peuple répond par ces mots : Et cum spiritu tuo (c’est-à-dire avec le Saint-Esprit qui vous a été conféré dans l’ordination). Dans la primitive Église, le diacre avait trois fonctions principales : 1° le service des pauvres, 2° la prédication de l’Évangile, 3° la distribution de la sainte Eucharistie aux fidèles ; en un mot, le service du corps du Christ, de son corps mystique (les pauvres) et de son corps eucharistique (l’Évangile et la Communion). Aujourd’hui, dans l’Église d’Occident, ce ministère est presque entièrement tombé en désuétude, mais chaque prêtre doit se rappeler qu’il est aussi diacre et qu’il doit accomplir fidèlement ces trois fonctions : service des pauvres, prédication de l’Évangile administration de l’Eucharistie. Mais le fidèle aussi est diacre. De même qu’il y a un sacerdoce général, auquel participent tous les fidèles, on peut aussi parler d’un diaconat général. Le laïc ne peut-il pas, d’une certaine manière, remplir envers le corps du Christ les trois services du diacre ? Il peut accomplir, dans toute son étendue, le service des pauvres (n’y avait-il pas autrefois des diaconesses ?). Sans doute, il n’a pas le droit de prêcher l’Évangile, mais, par contre, il peut et doit avoir toujours avec lui le livre des Évangiles (dans les anciennes mosaïques, on représente toujours les diacres avec le livre des Évangiles). Il peut propager l’Évangile, les pères et mères peuvent l’expliquer à leurs enfants et le leur lire chaque dimanche ; le laïc peut exercer l’apostolat de la Bible et des bons livres. De cette façon, le fidèle peut être diacre. Enfin le service à l’autel. Jadis, les fidèles eux-mêmes pouvaient porter la Sainte Eucharistie aux malades ; ce ministère est, aujourd’hui, réservé aux prêtres, mais il reste aux laïcs bien des possibilités de servir le Christ eucharistique : le soin de la propreté de l’Église, des linges sacrés, des vêtements sacerdotaux, la décoration des autels ; ils peuvent propager, expliquer le missel, travailler à la renaissance et au développement de l’esprit liturgique, tout cela constitue un beau diaconat. Quelle que soit la nature de nos occupations particulières, restons, toute notre vie, des diacres, des serviteurs du corps de Jésus-Christ.

23 JANVIER

Saint Raymond de Pennafort, confesseur (semi-d.)

Sainte Émérentienne, vierge et martyre

De dignes fruits de pénitence.

1. Saint Raymond. — Jour de mort : 7 janvier 1275. Tombeau : à Barcelone (Espagne). Image : On le représente en dominicain, debout sur son manteau qui le porte sur la mer. Sa vie : Raymond fut un canoniste remarquable qui, par sa codification et sa rédaction des décrétales de Grégoire IX, une collection de décisions ecclésiastiques, rendit de grands services. A l’âge de 45 ans, il entra chez les dominicains. Il travailla à la fondation de l’Ordre de Notre-Dame de la Merci pour le rachat des captifs et il en rédigea la règle. Il avait le don des miracles. L’un des plus célèbres fut celui-ci : Pour revenir des îles Baléares à Barcelone, il étendit son manteau sur la mer et parcourut 160 milles en six heures, puis il entra dans son couvent malgré les portes fermées. Il mourut, âgé de près de cent ans, en 1275. Ce saint excellait dans le ministère de la confession et est considéré comme le patron des confesseurs.

2. Sainte Émérentienne. — Jour de mort : 23 janvier au IIIe s. Tombeau : à Rome, dans l’église de Sainte-Agnès. Image : On la représente comme une vierge, avec une palme et des pierres (instrument de son supplice). Sa vie : Émérentienne, vierge romaine et sœur de lait de sainte Agnès, se faisait déjà remarquer -comme catéchumène par sa foi et son amour pour le -Christ. Un jour qu’elle reprochait vivement aux idolâtres leur rage contre les chrétiens, elle fut assaillie de coups de pierres par la foule furieuse ; elle s’endormit dans le Seigneur, en priant près du tombeau de sainte Agnès, baptisée dans son propre sang qu’elle versait courageusement pour le Christ. Son corps fut découvert au XVIe siècle dans l’église de Sainte Agnès et Paul V l’y fit solennellement ensevelir.

Pratique : Nous avons, en sainte Émérentienne, un exemple de baptême du sang. Elle n’était pas encore baptisée et son martyre lui tint lieu de baptême. Comme elle désirait le baptême véritable ! Cultivons en nous notre conscience de baptisés.

3. La messe (Os justi). — C’est la première messe du commun des confesseurs, la plus typique pour ce groupe de saints. L’image dominante, pendant les saints mystères, est la parabole du serviteur vigilant qui, “ les reins ceints, et une lampe allumée à la main, attend le Seigneur ” à son retour. Telle fut la vie de notre saint. Dans la : nuit de la vie terrestre, il était toujours prêt au voyage et le flambeau de son amour de Dieu brillait toujours ; sa vie était une attente du Seigneur qui doit revenir. Au moment de la mort, le Seigneur a “ frappé à la porte ” et il lui a “ ouvert immédiatement ”, “ le Seigneur l’a trouvé veillant ”, il l’a emmené au festin céleste où il le sert lui-même. Or cet Évangile s’applique à nous aussi. Au Saint-Sacrifice, il se réalise mystiquement. Le Seigneur frappe à la porte, nous lui ouvrons, il nous invite au festin des noces “ transiens ministrabit — il passe et nous sert ”. C’est la meilleure expression de l’Eucharistie : le Christ passe, ce n’est pas encore la “ jouissance éternelle de sa divinité ” dans le ciel. Notre tâche est de “ veiller ” avec le saint, de ceindre nos reins et d’avoir un flambeau allumé. Car le Seigneur nous fait déjà participer à l’élévation du saint au-dessus de tous ses biens. On voit encore ici quelle forte impression fait l’antienne de la communion, quand on la chante au moment où l’on s’approche de la sainte Table, “ quand le Seigneur vient ”.

4. L’oraison. Comme l’Église sait bien utiliser la vie des saints pour notre instruction morale ! La collecte d’aujourd’hui (composée par le pape Clément VIII) le montre parfaitement (on sait que la plupart des oraisons sont composées de trois parties : l’invocation, le motif de la prière tiré de la fête, la prière proprement dite). Le motif fait ressortir deux traits de la vie du saint : son zèle pour les confessions et sa marche sur les flots de la mer. Ces motifs déterminent les deux prières suivantes : a) que nous “ fassions de dignes fruits de pénitence ” et b) que nous parvenions au port du salut éternel. Si saint Raymond est le patron des confesseurs, il peut nous obtenir la grâce de bien user du sacrement de Pénitence. La collecte emploie les paroles de saint Jean-Baptiste dans l’Évangile : “ faites de dignes fruits de pénitence ” (conversion). La pénitence est, dans ce passage, comparée à un arbre dont on reconnaît la bonté à ses fruits, ces dignes fruits sont la persévérance dans la conversion. Combien de fois, hélas, avons-nous fait nous-mêmes l’expérience que la conversion ne dure que peu de temps ! Ce n’étaient pas de dignes fruits. Après demain (25 janvier) l’Église nous donnera un exemple classique, en nous montrant comment saint Paul “ fit de dignes fruits de pénitence ”. La seconde demande est enveloppée dans un beau symbole que la liturgie utilise volontiers : que la barque de notre vie malgré les tempêtes et les vagues, parvienne heureusement au port de l’éternité. Pour que se réalisent ces deux prières, que la sainte Eucharistie nous donne grâce et force.

24 JANVIER

Saint Timothée, évêque et martyr (double).

Garde le commandement jusqu’à l’apparition de Notre Seigneur.

En général, l’Église célèbre les saints au jour de leur mort. Quand le jour de leur mort est inconnu, elle fixe le jour de leur fête à son gré, souvent en tenant compte du temps liturgique ou des relations avec des fêtes analogues. C’est aujourd’hui le cas. Demain, nous célébrons la fête de la conversion saint Paul. La fête de son disciple chéri, Timothée, en est comme le prélude.

1. Saint Timothée : Tombeau : dans l’église des Apôtres, à Constantinople. — Sa vie : Timothée est le disciple préféré et le compagnon constant de saint Paul. Ils’était sans doute converti au cours du premier voyage de mission de l’Apôtre. Quand, au cours de son second voyage, saint Paul repassa à Lystre, Timothée s’adjoignit à lui malgré sa grande jeunesse (environ 20 ans). A partir de ce moment, une amitié filiale l’unit à l’Apôtre. Saint Paul l’appelle son cher enfant qui lui est dévoué “ comme un fils a son père ” (Ph. Il, 22). Timothée était affectueux, désintéressé, prudent et zélé, et personne n’avait une pareille communauté de sentiments avec son maître. Il fut, particulièrement pour l’Apôtre devenu vieux, une consolation dans ses souffrances et un soutien dans ses difficultés. Il fut son collaborateur dans toutes les fondations importantes d’Églises et c’est pourquoi l’Apôtre le chargea des missions les plus graves. — : Il partagea la première captivité de saint Paul. Saint Paul en fit le premier évêque d’Éphèse. Son maître lui-même lui a élevé le plus beau monument dans les deux Épîtres qu’il lui adressa.

2. La messe (Statuit). — La messe, à part Epître, est du commun d’un martyr pontife. Les chants célèbrent l’Évêque qui est une image du divin pontife et qui nous apparaît dans le prêtre célébrant. L’Évangile nous montre les chemins escarpés de l’imitation du Christ : “ Haïr son père et sa mère... sa propre vie ” c’est-à-dire en faire peu de cas, en face de la vocation du Christ ; “ se charger de la Croix et suivre le Seigneur” c’est-à-dire accepter l’opprobre et le mépris. C’est par le mépris du monde et la haine de soi-même, en portant notre croix à la suite du Christ que nous construirons la tour du royaume de Dieu, dans notre âme, et que nous marcherons au combat victorieux contre le démon. — Nous le voyons, l’Église nous montre le chemin à suivre pour être martyrs, même sans verser notre sang.

3. Le testament de saint Paul. — Timothée, le disciple préféré de saint Paul, a compris, mieux que personne, l’esprit de son maître et l’a transmis à l’Église ainsi qu’à nous tous. Nous devons lui en être reconnaissants. Saint Paul a écrit à son disciple deux lettres qui sont comme un héritage qu’il lui laisse. Timothée garda assurément toujours ces lettres ; les exhortations de son maître ne cessaient de retentir à ses oreilles, il aura réglé sa vie d’après ces lettres. Aujourd’hui, jour de sa fête, nous devrions lire ces Épîtres et en faire la norme de notre vie. Mais qui prend seulement le temps de lire ces lettres, aujourd’hui ? C’est pourquoi l’Église choisit, dans l’Épître, un passage de l’une de ces lettres et veut que nous le méditions, au cours de la journée, pour régler notre vie d’après les conseils qu’il contient. Appliquons-nous les paroles de saint Paul, comme si nous étions ses disciples préférés. Que nous disent-elles ? Tout d’abord, elles nous recommandent la pratique des vertus : la justice, la piété, la foi, la charité, la patience, la douceur ; nous devons combattre le bon combat de la vie et saisir des deux mains la vie éternelle. Et saint Paul nous rappelle les deux grands moments de notre vie, les limites de notre pèlerinage terrestre : le baptême et la mort. Au baptême, nous avons fait notre profession de foi, devant de nombreux témoins, c’est-à-dire à la face de l’Église entière et, depuis lors, nous devons être des “ confesseurs et des martyrs” de cette foi. Nous devons rendre active dans notre vie cette profession de foi ; à chaque Credo de la messe ou du bréviaire, nous devons songer aux engagements de notre baptême. Saint Paul nous rappelle le Roi de tous les confesseurs et de tous les martyrs, Jésus-Christ, qui a rendu devant Ponce-Pilate un beau témoignage. L’Église nous rappelle en outre saint Timothée qui, fidèle aux “ exhortations ” de son maître, a rendu “ son bon témoignage” et l’a scellé de son sang. Et cela nous amène à la seconde borne de notre vie : l’avènement du Christ dans la mort. C’est le but de notre vie et tous nos efforts doivent tendre à rester “ sans tache et sans reproche ” jusque-là La sainte Eucharistie unit ces deux points extrêmes, elle se rattache au baptême, elle nous donne force et grâce pour le “ témoignage” et nous conduit jusqu’à l’avènement du Seigneur qui se réalise déjà mystiquement.

25 JANVIER

Conversion de Saint Paul (double majeur).

Cette fête n’avait pas pour objet, originairement, la conversion de saint Paul, mais une translation de ses reliques, et elle était en relation, par le temps, avec la fête de la Chaire de Saint-Pierre (huit jours plus tard). Cependant peu à peu on oublia ce rapport historique et, à la place d’une translation de reliques, on célébra la Conversion de l’Apôtre.

1. Conversion de saint Paul. — L’Église célèbre la conversion de l’Apôtre des Gentils à cause de l’importance de cet événement pour toute la chrétienté. La conversion eut lieu environ cinq ans (le martyrologe dit deux) après la mort du Sauveur ; elle fut soudaine, indépendante de l’action de saint Paul ; ce fut une œuvre de la grâce. L’Apôtre en parle souvent dans ses Épîtres, mais toujours avec un sentiment de saisissement et une reconnaissance profonde (la Sainte Écriture rapporte trois fois en détail cet événement capital dans la vie de l’Apôtre des nations, Act. IX, 1-22, XXII, 3-21, XXVI, 9-18). La conversion de saint Paul est en effet un événement décisif dans le développement du royaume de Dieu sur la terre. Grâce à saint Paul, l’Église fut délivrée des chaînes du judaïsme et se tourna vers les Gentils. Il apporta l’Évangile en Europe et jusqu’à Rome. Grâce à lui, l’Église fut une Église universelle, une Église catholique. Par conséquent, nous sommes même redevables à l’Apôtre des nations de notre christianisme. C’est pourquoi nous célébrons avec reconnaissance le grand événement de la conversion de saint Paul, dans laquelle la grâce triompha si visiblement de la nature et de la volonté humaines. Sans doute la volonté de saint Paul ne resta pas passive. La grâce s’unit à sa volonté : “ La grâce de Dieu ne fut pas vaine en moi. ”

2. La messe (Scio cui). — A l’Introït, saint Paul dit qu’il s’abandonne entièrement à la main de Dieu et qu’il espère, en retour, le bien qui lui est réservé, au jour de l’avènement du Christ. Cet Introït, nous pouvons le faire nôtre et, dans la communion, nous recevons le gage du bien promis. Le ps. 138, que nous réciterons en entier, nous donne la joyeuse certitude que nous avons été choisis de toute éternité avec saint Paul. Puisse notre conversion être complète aussi (Or.). La Leçon décrit, d’une manière vivante, l’événement de la fête. A l’Évangile, nous entendons les promesse de Notre-Seigneur à ceux qui le suivent : “ Quand Fils de l’Homme sera assis sur le trône de sa majesté vous serez assis vous aussi sur douze trônes... ” Ceci s’est réalisé pour saint Paul à sa mort, et la sainte messe nous donne une participation à sa gloire. A l’Offrande que chacun de nous “ abandonne ” ce que la grâce lui inspire de sacrifier ; au banquet eucharistique, nous recevrons le gage du “ centuple ” promis (Comm.).

3. Notre conversion. — Ce grand événement n’a-t-il pas, dans notre vie, son pendant ? Oui. Le premier jour de notre conversion fut notre baptême, ce fut l’intervention du Christ dans notre vie. Ce fut un jour de pure grâce, sans le moindre mérite de not part. Il est vrai que nous n’en eûmes pas conscience dans un certain sens, c’est dommage. Quelle action puissante exerçait le baptême, dans la primitive Église sur les baptisés adultes ! C’était, dans le plein sens mot, une conversion, un redressement de toute la vie Pensons, par exemple, à saint Augustin. Pour nous, qui sommes baptisés les premiers jours de notre enfance, nous avons souvent besoin d’une seconde conversion qui nous fait passer d’une vie tiède ou peut-être pécheresse, en tout cas d’un christianisme inconscient à une vie chrétienne zélée et consciente, qui comporte un renouvellement de la grâce et des promesses baptismales. Ce jour devrait être consacré à la pensée reconnaissante de ces deux conversions : la conversion inconsciente et la conversion consciente .

Il y a encore une autre heure de Damas, dans notre vie, c’est la messe. Là le Christ vient à notre rencontre, sa grâce se rattache à la première grâce qu’il nous donna et veut achever ce qu’elle commença alors. Elle veut maintenir en nous le sentiment de la conversion, ce sentiment que nous admirons dans la vie de saint Paul. Vingt ans, trente ans après sa conversion, il est encore ému jusqu’aux larmes, quand il pense au chemin de Damas. C’est là la marque d’un homme vraiment grand, quand une impression décisive ne s’affaiblit pas en lui. Car la conversion seule ne suffit pas, il faut qu’elle soit durable et l’heure de Damas de la messe nous aide à la rendre telle. A chaque messe se produit une conversion, une transsubstantiation. J’apporte à l’autel ma misère humaine et je reçois en échange la vie divine : j’apporte du pain terrestre (à l’Offrande) et je reçois en retour le pain divin (à la Communion). C’est un Saul qui vient à la messe, c’est un Paul qui s’en retourne.

26 JANVIER

Saint Polycarpe, évêque et martyr (double).

Une voix retentit du haut du ciel : Courage, Polycarpe, combats virilement.

1. Saint Polycarpe. — Jour de mort : 23 février 155. Tombeau : église du tombeau sur le mont Mustapha, en Asie Mineure. Image : On le représente en évêque, avec la palme et la couronne et aussi avec une épée. Sa vie : Le martyrologe raconte avec respect : “ A Smyrne, la mort de saint Polycarpe, disciple de saint Jean ; il avait été consacré par lui évêque de cette ville et se tenait à la tête de toutes les Églises d’Asie Mineure. Sous Marc Antonin et Lucius Aurelius Commode, le proconsul tint un jour à Smyrne des assises judiciaires. Alors, toute la population commença, dans l’amphithéâtre, à manifester contre Polycarpe et à réclamer sa tête. C’est pourquoi on le condamna à la mort sur le bûcher. Mais comme il était sorti sain et sauf de ce supplice, on le décapita avec l’épée, et ainsi il fut orné de la couronne du martyre. Avec lui douze autres chrétiens qui venaient d’arriver de Philadelphie souffrirent aussi la mort pour la foi. ”

Saint Polycarpe est du petit nombre de ces hommes de l’âge apostolique dont le nom est venu jusqu’à nous. L’évêque de Smyrne est une des plus vénérables figures de martyrs de l’antiquité chrétienne. Sa vie et sa mort nous sont attestées par des Actes authentiques de son martyre, — les plus anciens que nous possédions — et par des écrivains contemporains. Rien n’est émouvant comme de lire dans saint Irénée, un disciple de saint Polycarpe : “ Le souvenir de ce temps où j’étais -encore enfant auprès de Polycarpe, en Asie Mineure, est aussi vivant dans ma mémoire que le présent. Maintenant encore, je pourrais montrer l’endroit où il s’asseyait pour enseigner, je pourrais décrire ses allées et venues, son extérieur et même sa manière de parler devant le peuple. Il me semble que je l’entends encore parler de Jean et des autres qui avaient vu le Seigneur, rapporter leurs paroles et ce qu’il avait appris d’eux sur le Seigneur et ses miracles... ”

Ceux de nos lecteurs, qui peuvent se procurer les Actes de son martyre, feront bien de les lire, tous les ans, au jour de sa fête. On sent, dans ses écrits, le souffle de l’esprit de la primitive Église. Le proconsul le pressait d’apostasier en lui disant : “ Abjure et je te rends la liberté, maudis le Christ. ” “ Alors saint Polycarpe de répondre : “ Il y a soixante ans que je le sers. il ne m’a jamais fait de mal, comment pourrais-je blasphémer mon Roi et mon Sauveur ? ” — Attaché sur le bûcher, il pria ainsi vers le ciel : “ Seigneur, Dieu Tout-Puissant, Père de ton Fils béni, Jésus-Christ, par lequel nous avons eu connaissance de toi, Dieu des anges, des Puissances, de toute la création et de toute la légion des justes qui vivent devant ta face ! Je te loue parce que, en ce jour et en cette heure, tu m’as jugé digne de participer, en union avec tes martyrs, au calice de ton Christ, pour la résurrection dans la vie éternelle selon le corps et l’âme, dans. l’immortalité du Saint-Esprit. Parmi eux je voudrais ; être reçu aujourd’hui comme une victime grasse et agréable, comme tu m’y as préparé, Dieu infaillible : et véridique, comme tu me l’as annoncé d’avance et comme maintenant tu l’as accompli. C’est pourquoi je te loue aussi pour tout, je te bénis et te glorifie par ton Pontife éternel et céleste, Jésus-Christ, par lequel soit à toi et à lui et au Saint-Esprit honneur maintenant et dans tous les siècles. Amen. ” Dès qu’il eut dit Amen et achevé sa prière, les bourreaux allumèrent le feu. “ La flamme s’éleva violemment, alors nous (les chrétiens présents) vîmes un miracle. Le feu se courba comme une voile que bombe le vent et entoure ainsi le corps du martyr. Quant à lui, il se tenait au milieu, non comme une chair qui grille, mais comme un pain qui est déjà cuit ou comme de l’or et de l’argent que purifie le feu... a Pour finir, encore un passage d’une grande importance liturgique : “ De cette façon, nous avons ensuite reçu ses ossements qui sont plus précieux pour nous que des pierreries... et nous les avons ensevelis dans un endroit convenable. Là, avec la grâce de Dieu, nous nous rassemblerons avec joie et allégresse et nous célébrerons l’anniversaire de son martyre en mémoire de ceux qui ont déjà soutenu le combat et pour préparer au combat ceux qui l’attendent encore. ”

2. La messe (Sacerdotes Dei). — La messe (empruntée pour la plus grande partie aux textes des messes de commun) évoque souvent la vie de notre saint. Le vieil et vénérable évêque se tient devant nous dans la personne du prêtre célébrant. (Intr. Allel.). A l’Épître, le maître apostolique de notre saint nous parle de la charité : “ Nous reconnaissons l’amour de Dieu, en ce qu’il a donné sa vie pour nous. Ainsi devons-nous donner notre vie pour nos frères. ” C’est ce qu’a fait Il saint Polycarpe. A la messe se renouvelle mystiquement cette double mort : celle du Christ et celle du Saint martyr. Le saint a également réalisé l’Évangile, il a, dans la lumière du monde, annoncé la foi au Christ, il a “ confessé le Seigneur devant les hommes ” ; main tenant le Seigneur “ le confesse devant son Père céleste. ” Au banquet eucharistique, nous recevons un rayon de cette gloire dont Polycarpe jouit dans la splendeur des cieux.

27 JANVIER

Saint Jean Chrysostome, évêque et docteur de l’Église (double)

Je porte les stigmates de Notre-Seigneur Jésus-Christ dans mon corps.

1. Saint Jean Chrysostome. — Jour de mort : 14 septembre 407, en exil. Tombeau : son corps fut d’abord apporté à Constantinople ; plus tard, il fut transporté à Rome, à Saint-Pierre. Sa vie : le martyrologe annonce au 14 septembre : “ A Constantinople, la mort de saint Jean, évêque de cette ville ; à cause du flot d’or de son éloquence, il avait reçu le surnom de Chrysostome (Bouche d’or). Par les intrigues d’un parti ennemi, il fut exilé. Mais, après que le pape Innocent 1er eut décidé en sa faveur, on fut obligé de le rappeler. Comme le saint avait beaucoup souffert des mauvais traitements des soldats qui l’accompagnaient, il succomba sur le chemin du retour. ”

Faisons aujourd’hui un pèlerinage à Saint-Pierre de Rome, au tombeau du grand évêque. Il est difficile de dire en peu de mots toute son importance : c’est un docteur de l’Église, un évêque et un martyr. Maintenant encore, il se tient “ au milieu de l’Église ” et toujours “ le Seigneur ouvre sa bouche ”, car ses écrits continuent son influence dans l’Église. Ce fut un prédicateur béni de Dieu, peut-être le plus grand de tous les temps, il eut un culte ardent pour saint Paul, si bien qu’on croyait que l’Apôtre l’avait aidé dans la rédaction de ses écrits. Ses commentaires de l’Écriture, à cause de leur caractère concret, sont plus intelligibles pour nous que les commentaires allégoriques des autres Pères de l’Église. Ses écrits sont très nombreux, et ses œuvres complètes forment treize volumes in-folio. Elles comprennent des traités sur la vie monastique, la virginité, le sacerdoce, des sermons, des homélies.

Ce fut aussi, dans tout le sens du mot, un pasteur des âmes, un protecteur de la veuve et de l’orphelin, un évêque courageux, qui savait “ reprendre opportunément et importunément ”, qui ne craignait pas le mécontentement des princes, même celui de l’impératrice. Son devoir pastoral fit de lui un martyr : deux fois il dut partir pour l’exil, et bien que l’Église ne le fête pas comme martyr, il porte cependant la palme du martyre à la main, car sa mort fut la conséquence des mauvais traitements qu’il subit. Signalons encore qu’il exerça une grande influence sur la liturgie de l’Église d’Orient : les cérémonies de la messe qui sont, aujourd’hui encore, les plus employées dans l’Église grecque, s’appellent liturgie de saint Jean Chrysostome.

2. La fin de sa vie. — Les soldats de la garde de l’empereur le conduisaient et le forçaient de marcher rapidement. Ils espéraient parvenir, au moyen des fatigues excessives, à se débarrasser du saint. En dépit de la pluie qui tombait violemment, les soldats le poussaient sans pitié devant eux. Jamais on ne faisait halte dans les villes et les bourgades. Malgré tous ces mauvais traitements, le saint garda, pendant ces trois mois d’un voyage pénible, son calme et sa sérénité. Après avoir traversé, sans s’y arrêter, la ville de Komona, on fit halte à cinq ou six milles de là, près du sanctuaire d’un martyr. Là, pendant la nuit. le saint évêque vit, dans une vision, saint Basilisque évêque de Komona. qui avait été martyrisé en Bithynie, sous l’empereur Maximin ; il était accompagné du martyr Lucien d’Antioche : “ Courage Jean, mon frère”, lui dit-il, “ demain nous serons réunis ensemble. ” Dans la foi à cette promesse, le saint demanda le lendemain matin aux soldats de le laisser en ce lieu jusqu’à la cinquième heure. Ceux-ci refusèrent et le forcèrent à partir. Mais à peine avaient-ils fait trente stades, qu’ils se virent forcés de revenir sur leurs pas, car Jean était tombé malade. Le saint évêque demanda des habits blancs qui convenaient à la pureté de sa vie. n distribua ses propres habits aux personnes présentes, ne gardant que ses chaussures. Après avoir reçu les saints mystères et fait devant les fidèles rassemblés sa dernière prière, avec la formule accoutumée “ Béni soit Dieu pour tout ”, celui dont les pieds s’étaient fatigués pour amener les pénitents au salut et détourner les grands pécheurs de la voie de la perdition, entra dans l’éternel repos.

3. La messe (In medio) du commun des confesseurs.

28 JANVIER

Sainte Agnès (pour la seconde fois) vierge et martyre (simple).

A sa droite se tenait un agneau.

C’était un antique usage, le huitième jour après la fête d’un saint, de se rassembler autour de son tombeau et de célébrer le Saint-Sacrifice. Cet usage s’est maintenu pour la fête de sainte Agnès ; seulement, dans les livres liturgiques, on n’appelle pas ce jour l’Octave, mais “ Sanctae Agnetis secundo ”, c’est-à-dire pour la seconde fois. Cette seconde fête est célébrée avec une solennité moindre (rite simple). Cet antique usage a été repris dernièrement pour les trois fêtes qui suivent Noël. Cependant la fête d’aujourd’hui a, dans les anciens sacramentaires, une importance particulière : c’est le jour de la naissance de sainte Agnès, qu’on célébrait, par exception, à cause de la grande vénération qu’on avait pour la sainte.

1. Sainte Agnès. On lit aujourd’hui au bréviaire cette édifiante leçon : “ Comme, un jour, les parents d’Agnès veillaient, selon leur coutume, auprès de son tombeau, elle leur apparut dans la nuit entourée d’un chœur de vierges et leur adressa les paroles suivantes : Chers parents, ne me pleurez pas comme une morte car, en c