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Samedi, Pâques II

Jn 6, 16-21 

« C'est moi»

Texte étrange, où Jean, plus que jamais, joue le symbolisme. Dans les premières communautés chrétiennes on a dû ressentir très fortement le mystère que nous vivons depuis deux mille ans: la présence-absence de Jésus.

Quelle présence pour un croyant! Et pourtant il y a des nuits, des tourmentes, de longs vides. Séparés de Jésus, les apôtres l'attendent jusqu'au soir. La nuit venue, ils se résignent à monter sans lui dans la barque. Sa présence au milieu d'eux remplissait tellement leur vie que sans lui tout devient nuit et peur. Même sa venue fantomatique, sa marche sur une eau tourmentée.

Mais résonne alors la voix qui chasse toute peur: « C'est moi! » On retrouve soudain la vie normale avec lui.

Texte précieux à relire quand vient la nuit. Quand la sécheresse spirituelle décolore tout. Il faut attendre, ramer patiemment et silencieusement - mais qu'est-ce que je suis en train de vivre!

Tout à coup il sera là. Et si sa venue est un peu effrayante, retour aux responsabilités, maladie, deuil, peut-être dépression, comme il faut tendre l'oreille pour écouter la voix de sa présence: « C'est moi. Ne crains rien. »

Plus que d'autres, « celui que Jésus aimait » a dû faire le dur apprentissage de l'éloignement physique, des nuits, et de la voix qui soudain faisait retrouver le beau rivage: « C'est moi. »

 

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